“ Au XVIIIe siècles, la Russie, à son tour, s’est montrée à court de souffle ou de patience — en consentant au partage des provinces polonaises, qu’elle tenait déjà dans la main, ou presque, et la russification de celles qui font partie de son lot est une tentative absurde aujourd’hui — parce qu’elle est irréalisable. ”
Russification
Définition et enjeux
Citations sur “russification”
Émile de Laveleye,
La Nouvelle Politique de la Russie…
“ Avec du temps et de l’argent, la russification complète ne peut manquer de s’accomplir. Le système se perfectionne chaque jour. Le programme des patriotes exaltés, fauteurs du panslavisme, est que dans l’empire il ne doit plus y avoir qu’une langue, le russe, et qu’une religion, la grecque orthodoxe. ”
Anatole Leroy-Beaulieu,
L’Empire des tsars et les Russes
“ Les Polonais, les Lithuaniens, les Lettons, les Allemands et les Juifs de l’ouest se trouvent ainsi défendus contre la russification par une double barrière qui en explique le peu de progrès. En face des 55 ou 57 millions de Russes, les populations non russifiées ne forment pas dans la Russie d’Europe, en dehors de la Finlande, du royaume de Pologne et du Caucase, plus de 8 à 9 millions d’âmes, divisées en plus de dix peuples et en presque autant de langues et de religions. ”
Émile de Laveleye,
La Nouvelle Politique de la Russie…
“ Le plan des russophiles, que le gouvernement parait vouloir mettre à exécution, serait donc de faire naître ici une agitation agraire et d’en profiter pour faire passer peu à peu la terre de la main des Allemands dans celles des paysans lettes et esthoniens, qui ne présenteraient pas une sérieuse résistance à la russification. Pour les convertir du protestantisme à l’orthodoxie, il y a divers procédés. Parfois on essaie de les gagner par l’intérêt en leur promettant que le tsar leur avancera de l’argent pour racheter leurs champs aux étrangers. D’autres fois on les prend par la curiosité. ”
Anatole Leroy-Beaulieu,
Revue des Deux Mondes
“ La situation sociale de la Russie ne saurait donc inspirer à l’observateur la même sécurité qu’à la plupart des sujets du tsar. Il se peut que, de ce côté, le xxe siècle prépare à la Russie de sérieuses difficultés. Pour me servir d’une métaphore fréquemment employée en Russie, si le mir russe doit être regardé comme le rempart de la propriété contre les instincts révolutionnaires et les théories socialistes, c’est à la façon de ces ouvrages avancés qui, une fois tombés au pouvoir de l’ennemi, peuvent être retournés contre le corps de la place et servir de base d’attaque aux assaillans. ”
“ Je prétends donc que la Russie est une force de dissolution ; je prétends qu’elle est le seul levier prêt pour soulever un monde ; qu’elle étendra devant ses pieds la Civilisation prostituée et qu’elle dédaignera ses baisers de courtisane. J’affirme de plus que le moment de cette force est venu, et qu’à l’heure présente, la Russie est la terreur de l’Occident boutiquier, l’arbitre du sort de l’Europe, l’ancre de salut de l’Humanité. ”
Eugène Labaume, Relation circonstanciée de la campagne de Russie… (1814)
“ Où sont, disait-on de toute part, ces Russes qui, depuis cinquante ans, sont la terreur de l'Europe et les conquérans de l'Asie ? La puissance de la Russie n'est qu'une puissance factice, créée par des écrivains gagés, ou des voyageurs mensongers. ”
Anatole Leroy-Beaulieu,
L’Empire des tsars et les Russes
“ Chez toute autre nation de l’Europe, une réforme aussi radicale et aussi soudaine eût été insensée ; en Russie elle se heurtait moins à l’histoire et à la nature qu’à des préventions et des préjugés en partie venus du dehors, qu’à des opinions et des habitudes qui, bien qu’invétérées chez les Russes, n’avaient de raison d’être ni dans le climat, ni dans la race, ni dans la religion. ”
L. Louis-Lande, Études sur les Travaux publics…
“ La Russie a beaucoup appris pendant ces vingt ans, s’est beaucoup réformée; l’abolition du servage a eu pour conséquence de rendre le peuple plus laborieux, de relever la noblesse en la rappelant au sentiment de ses devoirs, d’épurer l’administration en lui donnant le contrôle d’hommes libres. Si jamais l’ambition du tsar semblait redevenir un péril pour l’Europe, ou reconnaîtrait vite si la Russie est en état de reprendre la vieille politique de conquête ”
Alfred Rambaud,
Histoire de la Russie : depuis les origines jusqu'à nos jours…
(1900)
“ Le bas peuple était indigné de voir proscrire les longues barbes et les longs vêtements nationaux, les raskolniks de voir autoriser «. l'infection sacrilége du tabac ». Le voyage d'Occident acheva de troubler les esprits et les coeurs. Avait-on jamais vu un tsar de Moscou sortir de la sainte Russie pour courir les royaumes des étrangers? Quelles aventures l'attendaient chez les niemtsi et les bousourmanes ? car le peuple russe savait à peine distinguer entre les Turcs et les Allemands, ignorait la France et l'Angleterre. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ La Russie peut sévir encore, elle peut s’adoucir, le problème reste le même et s’aggrave sans compensations pour l’empire des tsars. Lorsque la Russie, il y a un siècle, réalisant la pensée de Pierre le Grand, marchait sur la Pologne pour la dissoudre et recueillir ses dépouilles, elle violait assurément toute justice; mais elle avait une raison : elle voulait se rapprocher de l’Occident, et entrait par là dans les affaires de l’Europe. ”
marquis de Astolphe Custine, La Russie en 1839, Volume IV
“ Qu'importe aux hommes qui mènent la Russie le dénûment, la pâleur des soldats de l'Empereur? Ces spectres vivants ont les plus beaux uniformes de l'Europe: qu'importent les sarraux de bure sous lesquels se cachent dans l'intérieur de leurs cantonnements ces fantômes dorés?... Pourvu qu'ils ne soient pauvres et sales qu'en secret, et qu'ils brillent lorsqu'ils se montrent, on ne leur demande ni ne leur donne rien. Une misère drapée: telle est la richesse des Russes: pour eux l'apparence est tout, et l'apparence chez eux ment plus que chez d'autres. ”
David Urquhart, La Crise. La France devant les quatre puissances… (1840)
“ Si la Russie vous ressemblait par l'esprit, vous lui ressembleriez par les destinées. La Russie serait-elle ce qu'elle est si elle ne trouvait en vous-mêmes les moyens dont elle use contre vous ? La Russie a des fins et non des principes, et ce sont vos vaines disputes sur les mots qui lui font réaliser ces fins. Pensez-vous qu'elle n'a pas calculé d'avance que la France, perdant de vue les faits, irait courir après les vaines spéculations, et négligerait ses intérêts pour discuter des principes? ”
Jules Barbey d’Aurevilly,
Les Œuvres et les Hommes/À côté de la grande histoire
“ Nous ne voulons pas déshonorer la Russie ! ce n’est pas uniquement la peur de cet œil qui ne dort jamais, — qui s’ouvre au plafond entre deux lustres, — qui s’ouvre au parquet entre les deux roses d’un tapis, — et l’ombre menaçante de cette main retrouvée sur tous les murs et qui peut les saisir dans leur alcôve la mieux fermée, et les jeter, en deux temps, aux traîneaux fuyants de l’exil, qui empêchent les Russes de préparer leur histoire future en écrivant des Mémoires, — ces mines d’où l’Histoire doit sortir ! ”
Fragment du journal de Leonid Andreïev, La Revue de Paris
“ La mort de la grande puissance russe est si grandiose et inattendue, que personne n’y croit réellement, ni les Allemands, ni la Russie elle-même, comme si c’était un mauvais rêve, qui, d’une minute à l’autre, va passer. ”
Émile Ollivier, Revue des Deux Mondes
“ VI. — LA RUSSIE Les pieds dans la mer Noire, la tête au pôle, adossée aux neiges éternelles, protégée par les steppes asiatiques, masse immense, réduit inattaquable par les derrières et par les flancs, la Russie est plus inexpugnable que la Grande-Bretagne dans son île. La Pologne s’interposa longtemps entre l’Europe et elle comme un mur contre lequel elle se brisait ; elle avait abattu le mur en s’installant sur la Vistule. De là elle est en position de tourner une partie de la Prusse, de fondre sur l’Autriche, d’inonder de ses hordes le centre de notre continent. ”
Alfred Rambaud,
Histoire de la Russie : depuis les origines jusqu'à nos jours…
(1900)
“ « La Russie n'a rien à faire en Occident ; elle n'y peut gagner que le nihilisme et d'autres maladies ; sa mission est en Asie ; là, elle représente la civilisation ». La Russie poussait ses armements. En mai 1886, le tsar assistait au lancement sur la mer Noire des cuirassés Catherine II et Tchesmé. La Russie estimait que dans les affaires de Bulgarie elle avait été trompée, bernée par l'Autriche ; malgré toutes les protestations d'amitié de Bismarck. elle comprenait que l'audace de celle-ci lui venait de son entente avec l'Allemagne. ”
Conrad Malte-Brun,
Géographie universelle de Malte-Brun…
(1840-1841)
“ Les principaux éléments de la force intérieure de la Russie ont été réunis sous les deux Ivane et sous Alexis Michaëlovitch. Déjà, en 1588, l'empire s'étendait depuis Smolensk jusqu'au lac Baïkal, et renfermait dans ses vastes limites des contrées fertiles, de grandes villes commerçantes et industrieuses, des mines inépuisables, un peuple nombreux, frugal, dur, attaché à son Dieu et à son tsar. Si la religion grecqueorientale, et une langue nationale écrite en caractères presque grecs, isolaient les Russes des peuples latins et germaniques ”
Patrice Mahon,
Revue des Deux Mondes
“ S’il est vrai que la Russie ait politiquement grandi, elle demeure aussi vaste, aussi lente, aussi résistante, aussi indifférente aux revers, aussi bien défendue par l’espace et aussi irréductible au temps qu’elle l’était en 1812. ”
“ La Russie, — terme vaste et imprécis sous lequel nous avions coutume d’englober pêle-mêle Pierre-le-Grand et Tolstoï, Catherine ii et le saint Synode, le nihilisme et les Cosaques, la poésie des steppes et l’horreur des geôles, — la Russie est apparue ce qu’elle fut toujours : une mosaïque de peuples distincts qui ne pourront être ni séparés ni unifiés : source à fois de faiblesse et de force pour ses gouvernants. ”
Sylvius Rusticus, Dialogues des morts (1872)
“ Le manifeste sorti du fond de la Russie est le plus radical et le plus furibond, précisément parce que la population de toutes les Russie se trouve la plus maltraitée de toute l'Europe. Plus il y aura de souffrances, de sévices, d'injustices dans une nation, et plus il y aura d'irritation, de haines, de vengeances de la part des victimes. ”
Xavier Raymond, La Guerre et la conférence de Paris
“ Quels que soient pourtant les défauts que l’on puisse reprocher à l’organisation militaire de la Russie, rien n’a sans doute fait plus souffrir l’armée russe, après les coups portés par l’ennemi, que l’état de la Russie elle-même. ”
Charles Benoist,
Revue des Deux Mondes
“ C’est ce que la Russie doit savoir, c’est ce qu’elle ne peut pas, une heure de plus, négliger. Trop de forces de dissociation, de races, de classes, d’opinions ou de sentimens, tirent son unité et sa puissante à quatre chevaux, l’écartèlent et la désagrègent. ”
Théodore Pavie,
Revue des Deux Mondes
“ Du côté de l’ouest et du nord, elle se sent pressée par la Russie, aussi jeune et pleine d’avenir et d’ambition qu’elle est elle-même vieille, affaiblie et décrépite. Elle a perdu jusqu’à l’énergie que donne le fanatisme ”
Various, Le Tour du Monde; La Russie, race colonisatrice
“ Pour faire la Russie plus forte, pour dégager son corps entravé et massif, Pierre le Grand avait dû lutter contre les nations occidentales et avec leurs propres armes. Alors il avait créé cet État moderne, à l'européenne, création artificielle et voulue, qui avait soulevé tant de haines. ”
Anatole Leroy-Beaulieu,
Revue des Deux Mondes
“ Le développement même de la Russie et de la civilisation russe tourne contre les oracles et contre les prophéties des apologistes des primitives institutions slaves et des pieux panégyristes de la Russie ancienne. Loin de posséder, en ses communautés de village, un principe de rénovation pour le vieil Occident, le mir russe se montre, déjà, dans les usines moscovites, un préservatif inefficace contre les plaies sociales des sociétés contemporaines. ”
Anatole Leroy-Beaulieu,
L’Empire des tsars et les Russes
“ Le principal caractère de la Russie, c’est l’unité dans l’immensité. Au premier coup d’œil, en comparant les extrémités du vaste empire, les toundras glacées du Nord aux déserts brûlants des bords de la Caspienne, les lacs à vasques de granit de la Finlande aux chaudes terrasses de la côte de Crimée, on est frappé de la grandeur des contrastes. ”
Adèle de Reiset, Souvenirs de la cour de Russie sous l'empereur Alexandre… (1856)
“ Les Français eu Russie, les Français s'avançant à pas de géant et portant de toutes parts avec eux la désolation, la famine, la mort, étaient les seuls objets dignes d'attirer ses regards de souverain... Des villages entiers sont évacués par les Russes, qui fuient à l'approche du conquérant; mais leur fuite ressemble au triomphe, car ils ne laissent au vainqueur que des ruines fumantes ; c'est la torche à la main qu'ils abandonnent leurs habitations ”
Astolphe de Custine,
La Russie en 1839
“ Le peuple de ce pays a en aversion tout ce qui n’est pas russe. J’entends souvent répéter qu’un beau jour on le verra éventrer d’un bout de l’Empire à l’autre les hommes sans barbe ; c’est à la barbe que les Russes se reconnaissent. Aux yeux des paysans, un Russe au menton rasé est un traître vendu aux étrangers dont il mérite de partager le sort. Mais quel sera le châtiment infligé par les survivants aux auteurs de ces vêpres moscovites ? la Russie entière ne pourra pourtant pas être envoyée en Sibérie. Si l’on déporte des villages, on n’exile pas des provinces. ”
Anatole Leroy-Beaulieu,
L’Empire des tsars et les Russes
“ C’est sa jeunesse intellectuelle et politique, c’est l’inexpérience historique de la Russie, qui, pour tant de questions, rend le Russe si prompt aux hardiesses spéculatives, si dédaigneux de l’expérience d’autrui, si confiant dans la facilité d’une palingénésie sociale. ”
Honoré Arnoul,
La guerre, histoire complète des opérations militaires en Orient et dans la Baltique pendant les années 1853…
(1856)
“ Tel est donc, en deux mots, le système que la Russie met en avant avec toutes les ressources du déguisement et de la ruse. Dans l'espoir du triomphe, elle jette sur le champ de bataille d'innombrables soldats qu'elle tient dans l'ignorance, mais qu'elle a remplis de ses idées et de son fanatisme. Ils se croient martys de la vérité. Or, pour combattre, pour vaincre de tels hommes, une telle ilation, il faut plus que de la bravoure et des calculs de stratégie, il faut des convictions puisées à une source surnaturelle. ”
Anatole Leroy-Beaulieu,
L’Empire des tsars et les Russes
“ En Russie, cette plaie de nos sociétés modernes est peut-être encore moins étendue ou moins profonde qu’ailleurs ; mais elle est envenimée et rendue plus dangereuse par le tempérament et par l’âge de la nation. ”
“ L’Empire russe actuel est un assemblage forcé des nations les plus diverses, des génies, des mœurs et des langages les plus contrastants. Il n’est certainement pas d’autre nation plus profondément divisée dans ses tendances. L’uniformité de la Russie n’existe qu’à la surface, administrativement, par la terreur et le knout ; elle disparaîtra dès que ce peuple aura traversé la phase guerrière qui s’ouvre pour lui. Les instincts les plus naturels des Russes, comprimés jusqu’à la souffrance, grondent sourdement. ”
Turcs et les Russes. Histoire de la guerre d'Orient… (1854)
“ Depuis vingt-huit ans que règne l'empereur Nicolas, la Russie continue de marcher dans les voies d'une civilisation apparente. Les hommes y sont comme les maisons des villes : coquettes propres au dehors et bien alignées; au dedans noires, infectes, en désordre. A l'extérieur, les expéditions russes sont ce qu'elles ont été, bruyantes, altières, mais vides de toute haute pensée. ”
Alfred Rambaud,
Histoire de la Russie : depuis les origines jusqu'à nos jours…
(1900)
“ Il faut reconnaître que le Russe possède, à un degré presque aussi éminent que l'Anglo-Saxon, l'instinct d'émigration et de colonisation. Il fait dans le Far-East européen ce que l'autre a fait dans le Far-West américain. C'est une des grandes races de pionniers et de défricheurs. Toute l'histoire du peuple russe, depuis la fondation de Moscou, est celle de son expansion dans la Forêt, dans la Terre noire et dans la Prairie. ”
Arthur Desjardins,
Revue des Deux Mondes
“ Il veut d’abord et pardessus tout dégager la Russie du cercle dans lequel ses voisins d’Occident l’enferment, avec une circonspection que justifieront, d’ailleurs, les événemens. La Russie est alors enserrée et mise, pour ainsi dire, en état de blocus par la Pologne, la Suède, la Prusse et les chevaliers porte-glaives. C’est à qui fera la meilleure garde pour fermer la porte aux hommes, aux armes, aux sciences de l’Occident. ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ La crise que traverse la Russie est assurément très grave, d’autant plus grave qu’elle a un double caractère, militaire au dehors et révolutionnaire au dedans. Mais, sans parler de nous-mêmes, d’autres nations en ont traversé de semblables et en sont sorties, sans avoir toujours eu les ressources dont la Russie dispose. ”
