“ Fra-Angelo s’était animé au point de perdre la notion de la réalité. Tout à coup ses yeux étincelants se remplirent de larmes, sa poitrine gonflée s’abaissa sous un profond soupir, ses mains, qui frémissaient comme si elles cherchaient des pistolets à sa ceinture, retombèrent sur sa corde de moine et rencontrèrent son chapelet. ”
Fra-Angelo
Définition et enjeux
Citations sur “Fra-Angelo”
George Sand,
Le Piccinino
(1847)
“ Aux yeux de Fra-Angelo, le bâtard était, bien plus que le prince, le fils légitime du Destatore et l'héritier de sa force. Mais Michel était trop accablé des émotions tour à tour délicieuses et horribles qu'il venait d'éprouver depuis quelques heures, pour suivre une conversation quelconque, et, eût-il trouvé le capucin trop vindicatif et trop enclin à un reste de férocité, il ne se sentait pas le droit de contredire et même de juger un homme auquel il devait la légitimité de sa naissance, la conservation de ses jours, et le bonheur de connaître sa mère. ”
“ Le jour où Pier-Angelo m’apprit qu’il t’avait sauvé des mains d’une infâme accoucheuse qui allait te jeter dans un hospice par l’ordre de mes parents, qu’il s’était enfui avec toi en pays étranger, et qu’il t’avait élevé comme son fils, j’allais partir pour Rome. Je l’aurais fait, sans la prudence de Fra-Angelo, qui me démontra que ta vie serait en danger tant que durerait celle du cardinal, et qu’il valait mieux attendre sa fin que de nous exposer tous à des soupçons et à des recherches. Ah ! ”
“ Déjà l’on se battait sur l’étroite plate-forme qui s’avançait devant le château, et les bandits commandés par Fra-Angelo feignaient de lâcher pied. Mais les campieri, privés de leur chef, agissaient sans ensemble et sans ordre. Lorsque la bande de Malacarne, descendant du bastion comme la foudre, vint s’emparer de la porte et leur montrer la retraite impossible, ils se sentirent perdus et s’arrêtèrent comme frappés de stupeur. En ce moment, Fra-Angelo, Michel, Magnani et leurs hommes, se retournèrent et les serrèrent de si près que leur position parut désespérée. ”
“ La princesse et le capucin causèrent encore longtemps et se mirent mutuellement au courant de tout ce qu’ils savaient. Après quoi, Fra-Angelo se rendit au faubourg pour lever la consigne de Magnani, lui donner un nouveau rendez-vous de la part d’Agathe, et le remplacer pour escorter Michel-Ange et son père au palais de la Serra ; car, malgré tout, Fra-Angelo n’aimait point l’idée qu’ils eussent à se trouver seuls dans la campagne, tant qu’il n’aurait pas vu lui-même le fils du Destatore. ”
“ Fra-Angelo, le jeune prince de Castro-Reale et le fidèle Magnani venaient, en outre, pour diriger l'expédition, le premier en qualité de chef, car il connaissait le pays et la localité mieux que personne, ayant déjà enlevé cette bicoque en de meilleurs jours avec le Destatore; les deux autres en qualité de lieutenants, jeunes seigneurs du bon parti, forcés de garder l'anonyme, mais riches et puissants. Ainsi parlait Fra-Angelo, qui savait bien qu'il faut à la fois du positif et de la poésie pour stimuler des hommes qui combattent contre les lois. ”
“ Il y avait donc peur de part et d’autre ; mais Fra-Angelo triompha de l’hésitation des bandits avec quelques paroles d’une sauvage éloquence et d’une hardiesse sans égale. Après avoir adressé de véhéments reproches à ceux qui parlaient d’attendre, il déclara qu’il irait seul, avec ses deux princes, se faire tuer sous les murs du fort, afin qu’on pût dire dans toute la Sicile : « Deux patriciens et un moine ont seuls travaillé à la délivrance du Piccinino. Les enfants de la montagne ont vu cela et n’ont pas bougé. La tyrannie triomphe, le peuple de Sicile est devenu lâche. » ”
“ «Voici tes compagnons, dit-il au moine, en l'entraînant. Ils ont pris les devants: et je conçois qu'ils aient fui le spectacle affreux de cette victoire: mais leur sensibilité ne les empêche pas d'être deux braves. Quels sont donc ces jeunes gens? Je les ai vus se battre comme deux lions; ils ont l'habit de ton ordre. Mais je ne puis concevoir comment ces deux héros ont vécu dans ton cloître sans que je les connusse.»Fra-Angelo ne répondit point; ses yeux voilés de sang cherchaient à distinguer les deux moines. Il reconnaissait bien les costumes qu'il avait donnés à Michel et à son ami ”
“ Le secret de ta naissance ne pouvait lui être révélé plus tôt, car tu vois l'effet qu'a produit cette révélation. Mais le moment est venu où je n'ai plus à craindre pour toi que son ressentiment personnel, et celui-ci, nous l'apaiserons. La vengeance des Palmarosa va s'éteindre avec le dernier souffle que le cardinal Ieronimo exhale peut-être en cet instant. Si c'est une faute de l'avoir conjurée à l'aide de Carmelo, cette faute appartient à Fra-Angelo, qui croit connaître les hommes parce qu'il a toujours vécu avec des hommes en dehors de la société, les brigands et les moines. ”
George Sand,
Le Piccinino
(1847)
“ Ils n'osaient appeler ; enfin ils aperçurent ceux qu'ils cherchaient. L'un était assis, en effet, soutenu dans les bras de l'autre. Fra-Angelo s'élança, et abattit le premier capuchon que sa main rencontra. Il vit la belle figure de Magnani, couverte des ombres de la mort ; son sang ruisselait par terre : Michel en était inondé et se sentait défaillir, quoiqu'il n'eût pas d'autre mal qu'une immense et insupportable douleur de ne pouvoir soulager son ami et de le voir expirer dans ses bras. ”
“ Comme il n’avait point partagé les inquiétudes de Mila à propos de l’absence de Michel, il était sorti uniquement pour lui complaire, et sans songer qu’il fût besoin d’aller à sa recherche. Il était venu trouver Fra-Angelo pour le consulter sur les sentiments de cette jeune fille, et pour lui demander ses conseils et son appui. Lorsqu’il arriva au monastère, la communauté récitait les prières des agonisants pour l’âme du cardinal, et il fut forcé d’attendre, dans le jardin aux allées de faïence et aux plates-bandes de laves, que Fra-Angelo pût venir le rejoindre. ”
“ Pourquoi me traitez-vous de prince et d’excellence, mon cher oncle ? dit-il en s’efforçant de sourire ; est-ce que je viens de parler comme un patricien ? ― Précisément, chacun pour soi ! te dis-je, répondit Fra-Angelo reprenant son sérieux mélancolique. Si c’est là l’esprit du siècle que tu as été étudier à Rome, si c’est la philosophie nouvelle dont les jeunes gens du dehors sont nourris, nous ne sommes pas au bout de nos malheurs, et nous pouvons bien encore égrener nos chapelets en silence. ”
“ Le paysan proposa un remède étrange que Fra-Angelo accepta avec un grand empressement. C’était une vase bitumineuse que l’on trouvait au fond d’une source voisine, sous une eau saumâtre chargée de soufre. Les gens du pays la recueillent et la conservent dans des pots de grès pour en faire des emplâtres, c’est leur panacée. Fra-Angelo en fit un appareil qu’il posa sur la blessure du bandit. ”
“ Ah ! mon père, vous fûtes à la fois un héros et un scélérat ! Je le sais, et moi je vaux mieux que vous, car je hais ces violences, et l’obscur récit de Fra-Angelo m’a préservé pour jamais d’y chercher la volupté... C’est donc vous, Agathe, qui avez été la victime de Castro-Reale ! Je comprends maintenant pourquoi vous avez consenti à l’épouser secrètement au monastère de Mal-Passo ; car ce mariage est un secret, le seul peut-être de ce genre qui n’ait jamais transpiré ! ”
George Sand,
Le Piccinino
(1847)
“ Cette contestation portée devant le doux tribunal de la princesse, avait amené, relativement à la promenade de Nicolosi, des explications satisfaisantes pour le père et pour l'oncle, mais qui pouvaient bien laisser quelque soupçon dans l'âme rigide et fière de l'amant. Fra-Angelo, qui avait fait le mal, se chargea, de le réparer. Il alla trouver le jeune homme, et, sans lui révéler l'imprudence sublime de Mila, il lui dit qu'elle était justifiée complètement dans son esprit, et qu'il avait découvert que cette mystérieuse promenade n'avait pour but qu'une noble et courageuse action. ”
George Sand,
Le Piccinino
(1847)
“ Ils aperçurent de loin la villa du cardinal toute tendue de noir. Et vous aussi, Michel, vous allez être forcé de prendre le deuil ! dit Fra-Angelo. Carmelo est plus heureux que vous en ce moment, de ne pas appartenir à la société. S'il était le fils de la princesse de Palmarosa, il lui faudrait porter la livrée menteuse de la douleur, le deuil de l'assassin de son père. ”
George Sand,
Le Poëme de Myrza
(1855)
“ Dites le reste, dites le reste, Excellence ! s'écria Fra-Angelo qui avait écouté cette histoire avec des yeux brillants et la bouche entr'ouverte ; car, malgré son intelligence et l'instruction qu'il avait acquise, l'ex-bandit de l'Etna était trop moine et trop Sicilien pour n'y pas ajouter foi jusqu'à un certain point; dites que, depuis ce moment-là, ni l'intendant du palais de Castro-Reale, ni aucun habitant du pays de Palerme n'a jamais revu le prince de Castro-Reale. ”
George Sand,
Le Poëme de Myrza
(1855)
“ Au bout de quinze milles, ils changèrent de mules dans une sorte d'ermitage qui semblait abandonné, mais où ils furent reçus dans l'obscurité par de prétendus muletiers , auxquels ils demandèrent la route du fameux village de Tre-Castagne, et qui leur répondirent, en leur serrant la main et en leur tenant l'étrier, que tout chemin mène à Rome. Fra-Angelo distribua de l'argent, de la poudre et des balles, qu'il portait dans son sac de quêteur, à tous ceux qu'il rencontra nantis de cet éloquent passe-port ”
“ Mais les personnes qu’on respecte beaucoup n’ont pas d’âge. Pour Fra-Angelo, la princesse de Palmarosa, sainte Agathe de Catane, et la madone, n’avaient même plus de sexe. Si quelqu’un eût troublé son sommeil pour lui dire qu’en cet instant Agathe courait de grands dangers auprès de son élève, il se fût écrié : Ah ! le méchant enfant aura vu ses diamants ! Et, tout en se mettant en route pour voler au secours de la princesse, il se fût dit encore que, d’un mot, elle pouvait le tenir à distance ”
“ La seule faiblesse que je me connaisse, dit-il, c'est la crainte de jouer un rôle ridicule. Le Ninfo voulait me faire jouer un rôle infâme, il en sera puni; mais si Votre Altesse aimait réellement ce jeune homme.... ce jeune homme aurait aussi à se repentir de m'avoir trompé!—Comment l'entendez-vous? répondit Agathe en l'amenant dans le rayon de lumière que projetait sur le jardin le lustre de son boudoir; j'aime réellement Michel-Angelo, Pier-Angelo, Fra-Angelo, comme des amis dévoués et des hommes estimables. ”
“ Ce n’était pourtant que la maison d’un cultivateur aisé, mais on sentait bien qu’un homme distingué dans ses habitudes et dans ses goûts pouvait y vivre sans déplaisir. Fra-Angelo approcha de la porte ombragée, et prit, dans les chèvrefeuilles qui l’encadraient d’un riche berceau, une corde qui suivait une longue tonnelle de vigne, et qui répondait à une cloche placée dans l’intérieur de la maison ”
“ Quand Fra-Angelo et ses amis quittèrent leurs montures pour s’enfoncer dans les âpres rochers de Sperlinga, ils purent compter leurs hommes, et ils apprirent qu’une vingtaine de paysans se tenaient épars à peu de distance, auxiliaires prudents qui les seconderaient aussitôt qu’ils verraient la chance se montrer favorable ; hommes vindicatifs et sanguinaires, d’ailleurs, qui avaient bien des souffrances à faire expier à l’ennemi, et qui savaient faire prompte et terrible justice quand il n’y avait pas trop de danger à courir. ”
George Sand,
Le Poëme de Myrza
(1855)
“ La tyrannie triomphe, le peuple de Sicile est devenu lâche. » Malacarne le seconda en déclarant qu'il irait aussi se faire tuer. « Et alors, leur dit-il, cherchez un chef et devenez ce que vous voudrez. » On n'hésita plus, et, pour ces hommes-là, il n'y a pas de milieu entre un découragement absolu et une rage effrénée. Fra-Angelo ne les eut pas plus tôt vus se mettre en mouvement, qu'il s'écria : «Le Piccinino. est sauvé!» Michel s'étonna qu'il pût prendre tant de confiance en des courages tout à l'heure si chancelants ; mais il vit bientôt que le capucin les connaissait mieux que lui. ”
“ « Ah ! lui dit Magnani en se jetant dans les bras que lui tendait le jeune prince, ton rêve est déjà accompli, Michel ! C’était un beau rêve ! le réveil est encore plus beau. Moi, je me débattais contre un cauchemar que ton bonheur fait évanouir, mais qui me laisse éperdu et brisé de fatigue. » Un grand vautour qui s’envola brusquement. (Page 129.) Fra-Angelo les bénit tous deux, et, s’adressant au prince : ― Je salue avec joie, lui dit-il, ton avénement à la grandeur et à la puissance, en te voyant presser contre ton cœur l’homme du peuple de ton pays. ”
George Sand,
Le Poëme de Myrza
(1855)
“ Ni moi non plus, répondit Fra-Angelo ; j'ai quelque vague souvenir que nous avons eu un trisaïeul marin, et des plus braves. Mais son nom m'a échappé. Le nom de Lavoratori ne date pour nous que de deux générations. C'est un sobriquet comme la plupart des noms plébéiens. Il marque la transition du métier dans notre famille, lorsque, de paysan de la montagne, notre grand-père LE PICCININO. 13 passa à l'emploi d'artisan de la ville. Notre grand-père s'appelait Monlanari : c'était un sobriquet aussi; son grand-père s'appelait autrement, sans doute. ”
Auteur : Théodore de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Il y a, dans cette œuvre, quelque chose de plus que dans celle de ses confrères les plus savans, ou les plus dévots : et, si sa très haute valeur technique et la naïve ferveur de son expression religieuse contribuent, sans aucun doute, à renforcer le plaisir qu’elle nous donne, nous sentons que ce plaisir lui-même nous vient d’une autre source. Pour nous ravir depuis cinq siècles comme il nous ravit, Fra Angelico doit avoir été autre chose encore qu’un grand peintre et un saint. ”
La critique mystique, et Fra Angelico (1902)
“ Je ne ferai pas un crime au Président de Brosses, fort peu préparé, semble-t-il, aux enthousiasmes mystiques, de ne pas s'être extasié devant les fresques de San-Marco, lors de son célèbre voyage en Italie. Je regrette cependant qu'il ne se soit pas trouvé auprès de lui quelque religieux pour les lui faire remarquer. Il n'en dit rien. Cependant il a visité le couvent, il est monté au premier étage, par cet escalier qui conduit précisément devant une des peintures les plus attendrissantes de Fra Angelico ; il a Pénétré dans la bibliothèque, dont il admire les manuscrits ”
William Shakespeare,
Mesure pour mesure
(1623)
“ La vertu qui fait bon marché de ses charmes rend éphémères les charmes de la. beauté ; mais la grâce, étant l’âme de votre personne, en parera le corps à jamais. La fortune a porté à ma connaissance l’assaut qu’Angelo vous a livré ; et, si la fragilité humaine n’offrait pas maints exemples d’une pareille chute, Angelo m’étonnerait. Comment ferez-vous pour contenter ce ministre et sauver votre frère ? ISABELLE. Je vais l’édifier sur-le-champ. J’aime mieux pour mon frère une mort légale que pour mon fils une naissance illégitime. Mais, oh ! combien notre bon duc se trompe sur Angelo ! ”
La critique mystique, et Fra Angelico (1902)
“ Car la marque d'un génie médiocre, ou tout au moins inférieur à celui qui est le plus grand, il faut la voir précisément dans cette incapacité radicale à dépasser les limites d'une certaine perfection une fois réalisée, mais au delà de laquelle, par impuissance ou paresse, il ne cherche même plus à s'avancer. Le premier Couronnement de la Vierge de Fra Angelico laisse déjà bien loin en arrière ce que les Siennois ou les Giottesques nous avaient donné, en ce genre, de plus parfait. ”
George Sand,
La Coupe, Lupo Liverani, Le Toast…
“ DELIA. Angelo Ariani ! c’est la vérité ! Qu’es-tu donc devenu depuis si longtemps que tu as disparu de Rome et de Naples ? Sors-tu de prison ou de maladie ? ANGELO. Je sors des ténèbres, et je revois le soleil. J’étais dans l’abîme de la mort, et je bois la vie en te regardant. DELIA. Sois prudent. Lupo est mon amant et mon maître. ANGELO. Il est jaloux ? DELIA. Il est brutal dans la colère et cruel dans la vengeance. Il te tuerait s’il nous trouvait seuls ensemble. ANGELO. Je ne le crains pas. DELIA. Tu as tort : c’est un homme que nul ne peut vaincre. ANGELO. Je le vaincrai, moi. ”
