“ Maria Blond et Tatan Néné se tournèrent, à genoux sur la banquette, les poings dans la capote renversée; et des questions se croisaient, avec des mots méchants, que tempérait une sourde admiration. Gaga l'avait connue, ça les frappait toutes de respect pour ce passé lointain.— Par exemple, j'étais jeune, reprit Gaga. N'importe, je me souviens, je la voyais passer... On la disait dégoûtante chez elle. Mais, dans sa voiture, elle vous avait un chic! Et des histoires épatantes, des saletés et des roublardises à crever... Ça ne m'étonne pas, si elle a un château. ”
Gaga
Définition et enjeux
Citations sur “Gaga”
Pierre Duplay, La Clà do parlâ gaga, la clé du parler gaga… (1896)
“ A la longue, le nom gaga a pris dans le patois de Saint-Etienne, qui est d'origine celtique, un autre sens, un sens moral. Il y est synonyme de bon, simple, droit; puis naquit encore une acception qui est celle de bon enfant, un peu farceur, à l'esprit toujours joyeux, qu'on appelle par excellence « l'esprit gaulois ». ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ La Faloise, empli de trouble par le voisinage de Gaga, lui demandait des nouvelles de sa fille, qu’il avait eu le plaisir d’apercevoir avec elle aux Variétés. Lili se portait bien, mais elle était encore si gamine ! Il resta surpris en apprenant que Lili entrait dans sa dix-neuvième année. Gaga devint à ses yeux plus imposante. Et, comme il cherchait à savoir pourquoi elle n’avait pas amené Lili : — Oh ! non, non, jamais ! dit-elle d’un air pincé. Il n’y a pas trois mois qu’elle a voulu absolument sortir du pensionnat... Moi je rêvais de la marier tout de suite... ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ Filons, filons, mes petites chattes, répétait Gaga. Ce n’est pas sain. Elles sortaient vivement, en jetant un regard sur le lit. Mais, comme Lucy, Blanche et Caroline étaient encore là, Rose donna un dernier coup d’œil pour laisser la pièce en ordre. Elle tira un rideau devant la fenêtre ; puis, elle songea que cette lampe n’était pas convenable, il fallait un cierge ; et, après avoir allumé l’un des flambeaux de cuivre de la cheminée, elle le posa sur la table de nuit, à côté du corps. Une lumière vive éclaira brusquement le visage de la morte. ”
Jules Janin,
Les Révolutions du pays des Gagas…
(1869)
“ Bonnes gens , amis de l' ordre et du travail , croyez -moi , saluez la cité des Gagas . Encore aujourd'hui , dans les faubourgs de Rome , ces Transtévérins qui passent pour les Romains véritables , et semblable à ces salés de Bourgogne dont pas un ne sait l' origine , un Gaga , chez nous , est un être à part dans la cité , il est le descendant direct de ces anciens Gaulois et forgerons , fils du Cyclope que Théocrite a chanté . Voilà pourquoi ce mélange heureux de poésie et de rudes travaux , ce bruit sonore et charmant de marteaux et de chansons ; tant de poètes et de forgerons ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ On l’acclamait, on battait des mains autour d’elle : « Bravo ! Nana !... Nana nous est rendue !... » Qu’ils étaient bêtes ! Est-ce qu’ils la prenaient pour une lâcheuse ? Elle revenait au bon moment. Attention ! ça commençait. Et le champagne en était oublié, on cessa de boire. Mais Nana restait surprise de trouver Gaga dans sa voiture, avec Bijou et Louiset sur les genoux ; Gaga s’était décidée, pour se rapprocher de la Faloise, tout en racontant qu’elle avait voulu embrasser bébé. Elle adorait les enfants. ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ Une sonnerie tinta longuement, le foyer se vida. On se hâtait dans les couloirs. Le rideau était levé qu’on rentrait par bandes, au milieu de la mauvaise humeur des spectateurs déjà assis. Chacun reprenait sa place, le visage animé et de nouveau attentif. Le premier regard de la Faloise fut pour Gaga ; mais il demeura étonné, en voyant près d’elle le grand blond, qui, tout à l’heure, était dans l’avant-scène de Lucy. — Quel est donc le nom de ce monsieur ? demanda-t-il. Fauchery ne le voyait pas. — Ah ! oui, Labordette, finit-il par dire, avec le même geste d’insouciance. ”
Paul Verlaine,
Œuvres complètes de Paul Verlaine…
“ ON DIT QUE JE SUIS UN GAGA On dit que je suis un gaga. C’est Moréas qui m’envoi’ ça. Doncques suis un gaga « n’hélas ! » C’est ce que m’envoi’ Moréas. Moi qui suis un charmant garçon, J’ dis à personn’ qu’il est quel... Et si j’avais l’verbe superbe (Et l’assonance !) je dirais... ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ Vandeuvres semblait être chez la comtesse Muffat, d’une exquise politesse pour ses voisines. Le matin encore, Nana le disait à sa tante : en hommes, on ne pouvait pas avoir mieux ; tous nobles ou tous riches ; enfin, des hommes chic. Et, quant aux dames, elles se tenaient très bien. Quelques-unes, Blanche, Léa, Louise, étaient venues décolletées ; seule, Gaga en montrait peut-être un peu trop, d’autant plus qu’à son âge elle aurait mieux fait de n’en pas montrer du tout. ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ Toutes l’interrompirent violemment. Qu’avait-elle donc, cette enragée-là, après l’empereur ? Est-ce que le monde n’était pas heureux ? est-ce que les affaires ne marchaient pas ? Jamais Paris ne s’amuserait si fort. Gaga s’emportait, réveillée, indignée. ”
“ Ensuite Gaga emplissait toute une banquette, noyant près d'elle la Faloise, dont on ne voyait que le nez inquiet. Puis, venaient Caroline Héquet avec Labordette, Lucy Stewart avec Mignon et ses fils, et tout au bout, occupant une victoria en compagnie de Steiner, Nana, qui avait devant elle, sur un strapontin, ce pauvre mignon de Zizi, fourrant ses genoux dans les siens.— C'est la dernière, n'est-ce pas? demanda tranquillement la comtesse à Fauchery, en affectant de ne point reconnaître Nana.La roue de la victoria l'effleura presque, sans qu'elle fit un pas en arrière. ”
Pierre Duplay, La Clà do parlâ gaga, la clé du parler gaga… (1896)
“ La ville de Saint-Etienne, se trouvant entièrement privée de principes réguliers pour écrire le langage gaga, a toujours manifesté, et de nos jours avec beaucoup plus d'ardeur encore, le désir de posséder un Dictionnaire Gaga-Français, complété de quelques règles grammaticales. Mais les difficultés d'un tel travail ont fait dire à beaucoup qu'il était peu possible de rencontrer un enfant du pays assez courageux pour entreprendre et mener à bien l oeuvre tant désirée. ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ Clarisse, qui s’était adossée contre un mur afin de boire tranquillement un verre de kirsch, haussait les épaules. En voilà des affaires pour un homme ! Est-ce que, du moment où deux femmes se trouvaient ensemble avec leurs amants, la première idée n’était pas de se les faire ? C’était réglé, ça. Elle, par exemple, si elle avait voulu, aurait arraché les yeux de Gaga, à cause d’Hector. Ah ! ouiche ! elle s’en moquait. Puis, comme la Faloise passait, elle se contenta de lui dire : — Écoute donc, tu les aimes avancées, toi ! Ce n’est pas mûres, c’est blettes qu’il te les faut. ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ Quelques hommes se laissaient convaincre ; par exemple, Steiner, que la vue de Nana remuait, risqua trois louis. Mais les femmes refusaient, absolument. Merci, pour perdre à coup sûr ! Puis, ce n’était pas pressé de travailler au succès d’une sale fille qui les écrasait toutes, avec ses quatre chevaux blancs, ses postillons, son air d’avaler le monde. Gaga et Clarisse, très pincées, demandèrent à la Faloise s’il se fichait d’elles. Quand Georges, hardiment, se présenta devant le landau des Mignon, Rose, outrée, tourna la tête, sans répondre. ”
Lorédan Larchey,
Supplément aux 7e et 8e éditions du Dictionnaire historique d'argot…
(1880)
“ Allusion ironique au cheval de course Gladiateur. Un peu plus loin, nous trouvons dans gaga un nouveau synonyme de gâteux. C'est un redoublement de première syllabe bon à retenir pour les arriérés, qui ne connaissent sous ce nom que les habitants de Saint-Etienne. (Voyez Gagat, page 186 du Dictionnaire.) Que deviendraient-ils en lisant ce passage : « Il vaut mieux qu'elle meure au combat que de finir dans un fauteuil de gaga. » ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ Cependant, Gaga, qui avait rattrapé la Faloise, le tenait presque sur ses genoux ; tandis que Clarisse, entre deux messieurs, disparaissait, secouée d’un rire nerveux de femme qu’on chatouille. Autour du piano, le petit jeu continuait, dans un coup de folie bête ; on se poussait, chacun voulait y verser son fond de bouteille. C’était simple et gentil. — Tiens ! mon vieux, bois un coup... Diantre ! il a soif, ce piano !... Attention ! en voici encore une ; il ne faut rien perdre. Nana, le dos tourné, ne les voyait pas. Elle se rabattait décidément sur le gros Steiner, assis près d’elle. ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ Gaga et Clarisse faisaient avec Blanche un repas sérieux, mangeant des sandwichs sur une couverture étalée, dont elles couvraient leurs genoux. Louise Violaine, descendue de son panier, avait rejoint Caroline Héquet ; et, à leurs pieds, dans le gazon, des messieurs installaient une buvette, où venaient boire Tatan, Maria, Simonne et les autres ; tandis que, près de là, en l’air, on vidait des bouteilles sur le mail-coach de Léa de Horn, toute une bande se grisant dans le soleil, avec des bravades et des poses, au-dessus de la foule. Mais bientôt on se pressa surtout devant le landau de Nana. ”
Pierre Duplay, La Clà do parlâ gaga, la clé du parler gaga… (1896)
“ Le nom de gaga, provenant donc uniquement de la nature du sol, est donné à ses habitants, ainsi qu'à leur langage (voilà pourquoi on dit : pays des gagas, patois gaga, etc.) ; n'a rien de commun avec le même mot dont, en ce moment, il est fait un usage inconscient à Paris. Gagarét, ta, adj. Esprit un peu faible, hébété, riant toujours à la face des gens. ”
Pierre Duplay, La Clà do parlâ gaga, la clé du parler gaga… (1896)
“ Néanmoins, si le gaga n'a pas eu l'avantage d'être écrit correctement, il a toujours celui de compter parmi ceux qui ont le moins souffert du contact des autres langues, vu l'isolement dans lequel ont vécu pendant longtemps nos pères. Il semble, par là, avoir mieux conservé sa forme celtique, particulièrement dans les terminaisons en a du genre féminin. Ainsi : aleia, brasa, capa, cava, copa, drageia, fava, gouma, lama, mouna, pala, etc., qui sont des mots celtiques, ont la même orthographe et la même signification en gaga. ”
Pierre Duplay, La Clà do parlâ gaga, la clé du parler gaga… (1896)
“ Nom primitif des habitants du bourg du Furan, aujourd'hui Saint-Etienne. Plusieurs étymologistes, trop savants peut-être, ont cherché l'origine de gaga dans les mots grecs et latins, gagates, pierre noire, jais, etc., tandis qu'en celtique, gag, gagadh, gagan, etc., signifient, d'une façon générale, fente, trou, ouverture et, de là, puits à charbon. (Dictionnaire celtique de BULLET) Cette dernière définition parait être la vraie; car, dans presque tous les bassins houillers, on trouve des noms de lieu avec le même radical, gag. (V. la Légende des Gagas, par Auguste CALLET, 1866) . ”
Pierre Duplay, La Clà do parlâ gaga, la clé du parler gaga… (1896)
“ Les habitants du Furan (aujourd'hui Saint-Etienne) , plus particulièrement, avaient ce nom topique de gagas, portrait du bouilleur et du forgeron à la houille. Il y a déjà fort longtemps que ce nom n'a plus la même acception. Le houilleur est appelé « péréréu » et le forgeron « fargeu ». Mais, si gaga a perdu sa première valeur descriptive, il a gardé un sens ethnique étroitement lié aux habitants d'une seule localité. ”
Pierre Duplay, La Clà do parlâ gaga, la clé du parler gaga… (1896)
“ Les consonnes jouent également le même rôle qu'en français. Mais comme dans cette langue, pour aider la prononciation de certaines finales masculines, on fait sentir la demi-syllabe e muet, bol-e, chef-e, club-e, etc. ; en gaga, c'est la voyelle composée ou muet qui se fait sentir, bol-ou, chef-ou, club-ou, etc. ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ Labordette parut ensuite, donnant la main à un défilé interminable de dames : Lucy Stewart, Caroline Héquet, Tatan Néné, Maria Blond. Nana espérait que c’était fini, lorsque la Faloise sauta du marche-pied, pour recevoir dans ses bras tremblants Gaga et sa fille Amélie. Ça faisait onze personnes. L’installation fut laborieuse. Il y avait, à la Mignotte, cinq chambres d’amis, dont une était déjà occupée par madame Lerat et Louiset. On donna la plus grande au ménage Gaga et la Faloise, en décidant qu’Amélie coucherait sur un lit de sangle, à côté, dans le cabinet de toilette. ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ « Sale grue ! » entre les dents. Mais, déjà, Mignon, paternel dans les querelles de femmes, expérimenté et supérieur, l’avait poussée dehors, en la priant de finir. Derrière eux, Lucy, toute seule, descendit royalement l’escalier. Puis, ce fut la Faloise que Gaga dut emmener, malade, sanglotant comme un enfant, appelant Clarisse, filée depuis longtemps avec ses deux messieurs. Simonne aussi avait disparu. Il ne restait plus que Tatan, Léa et Maria, dont Labordette voulut bien se charger, complaisamment. — C’est que je n’ai pas du tout envie de dormir ! répétait Nana. ”
“ Fauchery et la Faloise s'étaient hâtés, pour assister à la sortie. Le long du vestibule, des hommes faisaient la haie, tandis que, du double escalier, lentement, deux interminables queues descendaient, régulières et compactes. Steiner, entraîné par Mignon, avait filé des premiers. Le comte de Vandeuvres partit avec Blanche de Sivry à son bras. Un instant, Gaga et sa fille semblèrent embarrassées, mais Labordette s'empressa d'aller leur chercher une voiture, dont il referma galamment la portière sur elles. Personne ne vit passer Daguenet. ”
Pierre Duplay, La Clà do parlâ gaga, la clé du parler gaga… (1896)
“ Cela nous amène à conclure que, si notre langage gaga a certains rapprochements avec le latin, l'italien et l'espagnol, c'est que tous ont la même origine celtique, et, par conséquent, lorsque dans ces divers langages l'on rencontre des mots qui leur sont communs par l'orthographe comme par la définition, il faut croire qu'ils ne sont nullement tributaires les uns des autres, mais que c'est tout simplement la même forme originelle qu'ils ont conservée. ”
Pierre Duplay, La Clà do parlâ gaga, la clé du parler gaga… (1896)
“ Trot, Troie ; voi, voie. Les autres ont tous une orthographe particulière : feujou pour foie ; jouais, joie ; oï, oie ; courreia, courroie ; scia, soie. 57. — OIN s'écrit toujours avec un é fermé, ce qui fait oéin, pour donner le son aigu que réclame le gaga. Ex. : besoéin, besoin ; temoéin, témoin ; joéindre, joindre ; moéins, moins : poéint, point, etc. ; excepté foin, qui fait féin. 58. — OIR n'existe pas dans le parler gaga ; les terminaisons de ce genre s'écrivent toutes sans l'r finale et se prononce ouà. Ex. : abattoi, boudoi, parloi, rasoi, saôtoi, trouttoi, etc. ”
Pierre Duplay, La Clà do parlâ gaga, la clé du parler gaga… (1896)
“ Pour procéder un peu méthodiquement, j'ai commencé par répéter en gaga tous les substantifs et adjectifs masculins que pouvait fournir ma mémoire; ensuite, procédant de la même façon en français, j'ai remarqué que les premiers se terminaient invariablement par ou muet, tandis que dans les seconds c'était toujours par un e muet, ex. : hommou, sageou, peuplou, sïmplou, etc., homme, sage, peuple, simple, etc. Au féminin, l'e muet du français est remplacé par a ou i muets, ex. : femme sage, fenna sagi, etc. ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ Alors, Labordette, froidement, lui conta des histoires énormes : ce Bismarck mangeait de la viande crue ; quand il rencontrait une femme près de son repaire, il l’emportait sur son dos ; il avait déjà eu de cette manière trente-deux enfants, à quarante ans. — À quarante ans, trente-deux enfants ! s’écria Tatan Néné, stupéfaite et convaincue. Il doit être joliment fatigué pour son âge. On éclata de rire, elle comprit qu’on se moquait d’elle. — Êtes-vous bête ! Est-ce que je sais, moi, si vous plaisantez ! Cependant, Gaga en était restée à l’Exposition. ”
Émile Zola,
Nana
(1880)
“ Blanche de Sivry fut exaspérée. — Ne dis donc pas de mal des Prussiens !... Ce sont des hommes pareils aux autres, et qui ne sont pas toujours sur le dos des femmes, comme tes Français... On vient d’expulser le petit Prussien qui était avec moi, un garçon très riche, très doux, incapable de faire du mal à personne. C’est une indignité, ça me ruine... Et, tu sais, il ne faut pas qu’on m’embête, ou je vais le retrouver en Allemagne ! Alors, pendant qu’elles s’empoignaient, Gaga murmura d’une voix dolente. ”
