“ Gina s’avança à pas lents, les bras maigres, les yeux éteints et les joues caves ; mais plus belle que jamais de la beauté qu’elle avait perdue, belle de ses longues souffrances, de son long veuvage de gloire, belle comme la jeune épouse qui sort de ses habits de deuil, pâle et les yeux brûlés de larmes. Mais lorsqu’elle fut arrivée sur le bord de la scène, et que, simple et naïve, elle se fut inclinée, alors, comme la bombe tombant avec fracas sur les pavés d’une ville endormie, la foule éclata tout à coup. La clarté des lumières vacilla au bruit des longs cris d’enthousiasme ”
Gina
Définition et enjeux
Citations sur “Gina”
George Sand,
Revue pittoresque
“ Gina savait mon nom, mon amour ; peut-être aussi se rappelait-elle confusément m’avoir parlé dans une de ses nuits de fièvre et d’égarement. Une rapide espérance me rendit la raison : je fis des projets comme eût pu les faire un homme dans son bon sens, je prêtai intérêt aux choses extérieures, je compris ce qui se passait autour de moi. Gina se mourait : je passai mes jours et mes nuits à songer aux moyens de lui rendre la vie. J’entendis parler d’un célèbre médecin qui venait d’arriver de Londres et qui était descendu dans cette hôtellerie : je vins le trouver. ”
George Sand,
Revue pittoresque
“ Gina était sublime alors : les yeux brillants, dévorée d’inspiration, victime haletante sous le génie qui la pressait, les ressorts de son âme ardente reprenaient toute la verve, toute la hardiesse de la jeunesse, plus énergiques, plus brûlants que jamais, comme la force élastique qui, longtemps comprimée, ne bondit qu’avec plus de violence. Qu’elle était belle avec sa figure pâle et passionnée, avec son sein qui palpitait, impatient d’harmonie ! Elle chanta comme jamais elle n’avait chanté en ses plus beaux jours. ”
“ Pauvre Gina ! la plante qui croît sur la montagne périt à l’ombre des vallons. Son mariage fut splendide et triste. On enviait le bonheur de Gina, elle s’y laissa traîner en tremblant. Dès le premier jour elle se sentit à l’étroit dans cette destinée nouvelle. Adieu cette vie d’artiste, si pleine et si brûlante ; adieu les agitations du théâtre, les enivremens de la gloire ! Vint le positif de la vie, froid et sec comme le cœur du riche ; celui de Gina s’y brisa. ”
George Sand,
Revue pittoresque
“ « Vous me voyez bien changé, dit-il à son ami après ces premières effusions délicieuses pour deux cœurs qui trouvent l’un dans l’autre le témoignage d’un bonheur perdu ; le chagrin et la maladie m’ont vieilli plus que les années. » Numa l’interrogea avec cette réserve délicate qui inspire la confiance sans l’exiger. « Gina ! répondit le Véronais ; et un sourire infernal sillonna sa bouche flétrie. Gina ! c’est toute mon histoire. — Quelle est donc cette Gina dont le nom trouve ici tant d’échos ? dit le Français. — Vous ne le savez pas ? dit Valterna avec amertume, c’est la duchesse de R**. » ”
“ L’image de Gina m’avait suivi partout comme un génie de malheur attaché à mes pas, comme un remords cramponné à mon cœur ; partout je l’avais retrouvée, partout j’avais entendu sa voix, dans le bruit des vents, dans le murmure des vagues, dans le silence du désert. Gina ! le soleil des sables brûlants m’avait consumé de tous ses feux, j’avais gravi tout sanglant les rochers, j’avais dormi sur la neige des monts, et je n’avais jamais été torturé que de son souvenir. Mon âme s’ulcéra, mon caractère s’aigrit ; je revins à Vérone, mort aux émotions douces. ”
George Sand,
Revue pittoresque
“ Gina ! pauvre Ginetta ! dit le Véronais ; on a vanté son bonheur, elle fut seule à ne pas y croire. Certes elle pourrait dire tout ce qu’il y a de maux vivants sous l’éclat des richesses... Elle était si belle autrefois, jeune fille chantant chaque soir sur le théâtre de Vérone, puisant le bonheur et la vie dans les applaudissements d’un public qu’elle enivrait de sa voix magique, et qui l’épuisait à son tour des transports de son enthousiasme ; jeune fille si belle à voir et si ravissante à entendre, qu’on ne pouvait la voir et l’entendre à la fois ! ”
George Sand,
Revue pittoresque
“ Les autres l’admiraient, je la bénissais en secret ; ils avaient pour elle l’enthousiasme, pour elle mon âme avait un culte ; elle n’était que le soir de leurs jours, elle était mes jours tout entiers. Oh ! vous ne savez pas ce que c’est que cette existence fade et monotone à laquelle on se laisse aller, vide d’émotions, de sourires et de peines. C’était mon existence à moi, et Gina m’apparut, bienfait et bénédiction ! ma vie s’alluma à son regard, et mon âme engourdie se réveilla aux accents enchanteurs de sa voix. Le croirez-vous ? ”
Georges Eekhoud,
La nouvelle Carthage
“ Gina fait un grand cri en reconnaissant d'abord son pierrot de l'après-midi, et immédiatement après, sous cet accoutrement déshonoré, sous un reste de maquillage, son cousin Laurent Paridael.Il la prend brutalement par la main: «Un oui ou un non, Gina, étiez-vous ce soir au restaurant Casti?» ”
“ Une voix s’éleva dans le silence de la nuit, et l’air vint en frémissant se briser sur les vitres, qui, frappées en même temps des rayons de la lune, brillaient de mille facettes d’argent. Je tressaillis : c’était sa voix céleste ! Je sentis mon cœur rajeuni s’épanouir comme en ses beaux jours : c’était Gina ! ”
George Sand,
Le Secrétaire intime
“ N’y a-t-il personne ici pour me plaindre ? s’écria-t-il ; car je suis encore plus malheureux que coupable. Oh ! voyez, voyez mes larmes ; croyez-vous qu’elles ne soient pas sincères ? Quintilia, si vous m’entendez, prenez pitié de moi ! Gina, Gina, n’êtes-vous pas là quelque part ? ne voulez-vous pas intercéder pour moi ? Vous êtes bonne, vous ! Et vous, Max ! vous qui êtes heureux, ne serez-vous pas généreux avec moi, ne me pardonnerez-vous pas, pour qu’elle me pardonne, votre Quintilia, votre femme ? Ah ! je l’aime ! oui, je l’aime avec passion ”
George Sand,
Revue pittoresque
“ Il est certain qu’une étrange rêverie s’empara de mon cerveau : je ne sais par quelle fatalité je vins à croire que Gina m’aimait, qu’en des temps plus heureux ma tête avait reposé sur son sein, qu’elle m’appelait encore dans le silence embrasé de ses nuits. Que vous dirai-je ? J’étais fou, fou de malheur. Je ne sais ce que je résolus, mais, un soir que le duc de R** donnait une fête aux seigneurs de Vérone, je me mêlai à la foule élégante qui se pressait dans la cour de son palais, et je glissai inaperçu à travers les colonnes de marbre. ”
George Sand,
Le Secrétaire intime
“ Il faut faire semblant d’obéir, lui dit Julien, et attendre à la frontière l’ordre de votre rappel. Il est impossible que la princesse ait des griefs sérieux contre vous. Elle se sera doutée de votre liaison avec Steinach, et elle aura voulu vous effrayer. Mais je vous justifierai de mon mieux ; Gina pleurera à ses pieds, et vous lui écrirez ; elle se laissera fléchir. ”
“ Ce n’est pas le duc de R*** qui la lui aurait apprise. Je m’en chargeai pour lui. « Ne voyez-vous pas, lui dis-je, que cette ame d’artiste, avide de secousses et d’émotions, languit et meurt dans la fastueuse indolence des grandeurs où on l’a reléguée ? La cantatrice est devenue duchesse ; et l’on demande pourquoi Gina se meurt d’ennui et de dégoût ! C’est la gloire qu’il lui faut : qu’on la rende à son élément, et vous la verrez refleurir. » ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
“ L’histoire abominable et jolie de Gina Laura, M. Franz Toussaint l’a contée avec délicatesse. Il a mis autour d’elle toute la turpitude bariolée de la fête foraine et de la vie galante : elle émerge de là comme, de la fange, une fleur. Cette petite héroïne tarée ; d’une aventure infâme a quelque chose de virginal. Et, cette petite âme, le romancier l’a peinte (comme l’aima le seul qui l’ait aimée vraiment) en un instant et sans presque la toucher. Quelle dextérité, dans cet art qui peint follement des affiches voyantes et discrètement une petite âme !... ”
Vladimir Karenin, George Sand, sa vie et ses œuvres
“ Mariée à un homme du grand monde, Gina, c’est le nom de l’héroïne, dépérit du mal de la scène ; un feu intérieur la dévore, ne trouvant pas d’issue dans sa vie de mariage uniforme et terne, elle languit, s’éteint, est mortellement malade. Le docteur, qui comprend la raison de sa maladie, persuade à son mari de la laisser remonter sur la scène. ”
Georges Eekhoud,
La nouvelle Carthage
“ La physionomie ouverte et avenante de Bergmans, l’aisance et le naturel de ses allures, impressionnèrent cette fière jeune fille qui rencontrait pour la première fois un jeune homme digne de fixer son attention. En dehors de la correction et de la nouveauté de leur toilette, depuis longtemps Gina ne trouvait rien à apprécier chez les Saint-Fardier. ”
Élémir Bourges,
Les oiseaux s'envolent et les fleurs tombent
“ Une lampe éclairait l'ancien oratoire de Mme Maria-Pia, petite pièce tapissée de tableaux de dévotion, avec un Ecce homo brodé et, çà et là, quelques reliques sous des verres, suspendues à la tapisserie.—Je l'attendrai ici, dit Isabelle, je l'attendrai jusqu'à ce qu'il soit rentré... Tu peux remonter, Gina.—Comme vous voilà pâle! dit la suivante. Oh! vous n'auriez pas dû descendre ainsi.—Non! je veux voir Monseigneur ce soir même. La mort soudaine de son père l'aura douloureusement frappé... Il faut prier pour le grand-duc Fédor, ne l'oublie pas, bonne Gina! ”
George Sand,
Le Secrétaire intime
“ Ginetta l’interrompit, et s’adressant à Quintilia : « Votre Altesse ne se souvient-elle plus de cet homme qui voulait absolument lui parler ? — Non, dit la princesse avec un sang-froid imperturbable. Que voulait-il ? ne l’avais-tu pas payé ? — Il m’avait beaucoup priée de le recommander à Votre Altesse, à laquelle il voulait vendre une pendule à musique, mais elle était laide et de mauvais goût. — Ah ! dit la princesse d’un ton d’indifférence et de distraction ; en ce cas, Julien, mets-toi à écrire ; et toi, Gina, laisse-nous. » ”
“ Après le bonheur de l’aimer, il n’y avait rien de plus enivrant que le bonheur d’être aimé d’elle ; je n’y croyais pas, et, persuadé qu’elle dépensait tout son cœur dans ses chants, qu’elle le jetait tout entier sur la scène, je puisais dans l’activité qu’elle avait fait éclore en moi le sentiment exquis et pur d’une félicité sans mélange. Après vous avoir dit mes premières joies sur la terre, je ne vous parlerai ni du bruit que fit dans Vérone mon amour romanesque pour Gina, ni des étranges commentaires que chacun hasarda sur mon compte. ”
George Sand,
Revue pittoresque
“ Il vit sa femme près de mourir ; elle était nécessaire à son bonheur : il fit pour lui-même ce qu’il n’eût pas fait pour elle, il promit tout. L’espoir et la joie ont donné un peu de force à Gina. Ce soir elle est rendue au théâtre, à Vérone, à la vie ”
Anatole Cerfberr,
Répertoire de la Comédie humaine
“ Gimon, curé d’Arcis-sur-Aube, en 1845 (La Famille Beauvisage) . Gina, personnage de l’Ambitieux par amour, nouvelle autobiographique d’Albert Savarus, publiée, dans sa Revue de l’Est, sous Louis-Philippe ; déguisant un certain « farouche » Sormano. — Représentée comme une jeune Sicilienne de quatorze ans au service des Gandolphini, proscrits réfugiés en 1823 à Gersau (Suisse) ; dévouée au point de feindre le mutisme par discrétion et de frapper plus ou moins gravement le héros du roman, Rodolphe, entré clandestinement chez les Gandolphini (Albert Savarus) . ”
Walter Berteval, Le théâtre d'Ibsen (1912)
“ Parmi les animaux de son grenier, se trouve le fameux canard sauvage, celui. qu'il ne veut pas tuer, et qui, dans toute la pièce, symbolise l'aveuglement volontaire et le mensonge vital. Gina, la femme de Hialmar, ne ressemble aucunement à ces deux rêvasseurs. C'est une femme de bon sens, pas très développée, même un peu terre à terre. Elle est sans illusion, elle; mais elle cache aussi un mensonge, et elle sait que son bonheur repose sur lui. Elle a été autrefois gouvernante chez le père Werlé et, persécutée par son maître, n'a. ”
“ Madame de Rênal ne put fermer l’œil. Il lui semblait n’avoir pas vécu jusqu’à ce moment. Elle ne pouvait distraire sa pensée du bonheur de sentir Julien couvrir sa main de baisers enflammés. Tout à coup l’affreuse parole : adultère, lui apparut. Tout ce que la plus vile débauche peut imprimer de dégoûtant à l’idée de l’amour des sens se présenta en foule à son imagination. Ces idées voulaient tâcher de ternir l’image tendre et divine qu’elle se faisait de Julien et du bonheur de l’aimer. L’avenir se peignait sous des couleurs terribles. ”
Théophile Gautier,
La Peau de tigre
“ Cette jolie tête renfermait un charmant esprit, esprit de sept ans, bien entendu, et cette douce petite poitrine blanche un bon petit cœur palpitant au récit des belles actions, et s’attendrissant aux malheurs vrais ou imaginaires ; car, si Ninette aimait bien les poupées, elle aimait encore plus les histoires, et surtout les contes de fées, qui sont peut-être les seules histoires vraies. ”
“ La solitude absolue de la vie de voyageur augmentait l’empire de cette noire imagination. Quel trésor n’eût pas été un ami ! Mais, se disait Julien, est-il donc un cœur qui batte pour moi ? Et quand j’aurais un ami, l’honneur ne me commande-t-il pas un silence éternel ? ”
George Sand,
La Petite Fadette
(1849)
“ Il faut être trempé comme cette âme de fer et de feu, pour arrêter son imagination sur les horreurs d’un enfer symbolique, quand on a sous les yeux le douloureux purgatoire de la désolation sur la terre. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Les bois n’ont plus que bien peu d’ombrage ; mais le pied foule des tapis de feuilles sèches dont le bruit est pour moi plein de charme. Le tronc satiné des bouleaux et des jeunes chênes est couvert de mousse et de jungermanes, qui étalent délicatement leur nuance brune, mêlée de vert tendre, de rouge et de fauve, en étoiles, en rosaces, en cartes de géographie de toute espèce, où l’imagination peut rêver de nouveaux mondes en miniature. ”
“ GABRIEL. Puisque tu méprises tant ce sexe, tu ne peux l’aimer ! ASTOLPHE. Mais je l’aime par besoin. J’ai soif d’aimer, moi ! J’ai dans l’imagination, j’ai dans le cœur une femme idéale ! Et c’est une femme qui te ressemble, Gabriel. Un être intelligent et simple, droit et fin, courageux et timide, généreux et fier. ”
“ Les tristes plaines grises restent du côté de Paris, la route pénètre dans une suite de belles vallées et de hautes collines, leurs sommets chargés d’arbres se dessinent sur le ciel non sans quelque hardiesse et bornent l’horizon de façon à donner quelque pâture à l’imagination, plaisir bien nouveau pour l’habitant de Paris. ”
Edmond Badon, Gingènes, ou Lyon en 1793. Tome 2 (1847)
“ Élise, Élise, vous avez fait à la fois mon malheur et le vôtre ; c'est l'orgueil qui vous a perdue. Avant de vous établir ici, vous avez hanté une société pour laquelle vous n'étiez pas faite, celle des nobles et des riches ; eh bien ! je vous le prédis, vous regretterez un jour ce que vous avez dédaigné ; vous vous direz alors que mieux aurait valu être la femme d'un honnête ouvrier que la maîtresse d'un ci-devant. Madame de Lafaye tressaillit, elle se leva et approcha de Gingènes sa noble et charmante figure. La fierté avait subitement coloré ses joues, d'ordinaire un peu pâles. ”
Philarète Chasles,
De l’art dramatique et du théâtre actuel en Angleterre
“ Ginevra. — Prends ma main, et conduis-moi vers ta porte, car la peur, l’étonnement et une longue défaillance ont fait de moi une terreur pour moi-même, et je ne sais comment je puis me soutenir. (Antonio s’avance lentement, timidement, touche sa main et la presse sur son cœur.) Antonio. — C’est Ginevra elle-même !... et dans mes bras !... elle tombe !... ô mon amie !... cette joue dont les larmes se mêlent aux miennes !... Elle mourra, elle mourra, et je l’aurai tuée ! (Ginevra, glissant de ses bras, tombe à genoux.) Ginevra. — La force va me revenir du sein même de la faiblesse. ”
Henry de Golen, Le pardon d'amour (1938)
“ Il s'arrêta devant la chambre de Ginette. Elle voulut se dégager, retirer sa main de celle de son amant. Il retint cette petite main brûlante. — Je t'en prie, dit-il d'une voix tremblante, la figure ravagée, beau de passion. Je t'en prie, écoute-moi !... Je t'ai prise... Et je vois que je t'ai surprise. Oh ! si tu m'aimes, comme j'ai besoin de te croire ! — Mais ne pensez-vous pas que je vous aime ? — Peut-être. Un homme n'est jamais sûr. Permets-moi de te suivre chez toi... Ginette, mon amour, je te veux consentante. Je n'ai eu qu'une partie de toi; cela ne me suffit pas !... ”
