“ Lady Harriet savait son Tivoli par cœur et ne daigna pas entrer dans la caverne, dont elle craignait la fraîcheur, ce qui ne l’empêcha pas de m’en parler avec enthousiasme, en phrases toutes faites, et en si beau style, que rien n’y manquait pour dégoûter à jamais de l’expansion admirative. Comme tout danger était franchi, à ce que nous assura le guide, je feignis de vouloir aller au-devant de lord B***, qui n’arrivait pas, et je me mis à courir, résolu à ne plus échanger un mot ni un regard avec Medora. Je vis lord B*** beaucoup au-dessous de nous. ”
Lady Harriet
Définition et enjeux
Le thème de “Lady Harriet” a été abordé par des auteurs tels que André Maurois, Kate Rague, Jane Austen, Edward Bulwer-Lytton ou George Sand. Il est souvent associé à des termes comme Smith, Emma, M, le mariage ou Medora.
Citations sur “Lady Harriet”
“ Le sang gronda dans ma tête et reflua vers mon cœur ; je ne sais ce que je lui dis ; je ne sais si ma bouche rencontra ses lèvres : ce fut un délire rapide comme l’éclair. Lady Harriet, arrivant à l’angle du chemin couvert, n’avait plus qu’un pas à faire pour nous surprendre. Saisi de honte et de terreur, je pris la fuite, seul, cette fois, et j’aurais été me cacher je ne sais au fond de quel antre, si je n’eusse rencontré, au bas du sentier, lord B***, qui, redevenu le plus sage de nous deux, m’arrêta au passage. ”
“ Ce fut lord B***.—Aie! moi qui le croyais vertueux!—Il est vertueux. Il ne m'a jamais fait la cour, et il n'a jamais su qu'il eût pu me la faire.—Encore un amour pur?—Un amour est toujours pur quand il est sincère, et, puisque lady Harriet ne veut pas entendre parler de son mari, bien qu'elle en soit jalouse pour le qu'en dira-t-on, j'aurais pu être honnêtement sa rivale en secret et sans troubler le ménage; mais cela ne fut pas, parce que... un jour, à Paris, je vis milord ivre. Cela ne lui arrive pas souvent: c'est quand il a un surcroît de chagrin. ”
“ Serait-il vrai ? dit lady Harriet surprise et flattée. En effet, je crois quelquefois que l’ignorance de milord est une affectation, et qu’il a plus de goût et de sensibilité qu’il n’en veut avouer. C’était sans doute la première parole un peu aimable que lady Harriet disait à son mari depuis bien longtemps. Le pauvre homme fit un mouvement comme pour lui prendre la main ”
“ Lady Harriet fut admirablement bonne et charmante en cette circonstance. Elle sauva l’impertinence de sa nièce en affirmant que Medora était réellement indisposée ; mais elle l’affirma d’un air et d’un ton qui montraient que cette personne injuste et volontaire avait perdu toute influence sur elle, et qu’elle se souciait fort peu de la mécontenter. Elle avait fait improviser à son cuisinier, dès qu’elle avait su, par Daniella, notre mariage, un déjeuner plus recherché qu’à l’ordinaire ; et Mariuccia avait couvert de fleurs les assiettes de dessert. ”
“ Lady B*** paraissait aussi embarrassée que moi. Sa nièce pleurait toujours. Forcé par les assertions de lady Harriet à regarder ces larmes comme une crise de nerfs, je ne savais quelles idées suggérer pour y remédier. J'ouvrais et refermais les glaces, ne trouvant rien de mieux que de donner de l'air ou de préserver de la poussière. Enfin, nous commençâmes à gravir au pas une montagne couverte d'oliviers millénaires, et je conseillai de marcher un peu.On accepta avec empressement; mais, au bout de quelques pas, lady Harriet, essoufflée et replète, remonta en voiture. ”
“ Vous avez fait le projet d'épouser la Medora. Comme vous avez beaucoup d'esprit, vous avez deviné que, pour la rendre amoureuse de vous, elle qui n'a jamais pu être amoureuse de personne, il fallait faire semblant de devenir amoureux d'une autre, sous son nez, et vous avez réussi à le lui persuader. Moi, j'aurais été sacrifiée à ce jeu-là, si j'avais eu affaire à de mauvais maître; mais lady Harriet est généreuse, et, avec ce qu'elle m'a donné en me congédiant, j'aurais tort de me plaindre. N'est-ce pas là ce que j'ai dit, ma tante Mariuccia? ”
“ Je sais par Vincenza, dit-il, que son mari, pour la première fois de sa vie, commence à la soupçonner; mais c'est lord B*** qu'il accuse de vouloir la séduire, parce que le brave Anglais, reconnaissant des soins donnés par elle à lady Harriet lui a fait de trop riches présents. Voilà, ce que c'est que d'être opulent et généreux. Moi qui, pour vingt-quatre heures encore, suis gueux comme un peintre, je ne cours pas le risque d'être accusé d'acheter le coeur des femmes à prix d'or. ”
“ Lord B*** a trop d’esprit et de fierté pour être ridicule. Il reste impassible en apparence, et vous ne voyez pas qu’il souffre. Au lieu de l’encourager et de lui donner le souffle de la vie par cet incessant magnétisme qu’exerce la volonté d’une femme aimée, vous attendez, depuis quinze ou vingt ans, qu’il se révèle de lui-même, et vous attendez en vain. Il ne se révélera pas tant qu’il ne se sentira pas deviné. — Ainsi, vous me grondez aussi ? dit lady Harriet... comme Daniella ! Voyons, est-ce vrai, tout ce qu’elle m’a raconté du désespoir de milord pendant que j’étais en danger ? ”
“ Elle est bien singulière, votre Daniella; elle est maintenant d'une hardiesse avec moi... C'est donc vous qui l'avez rendue comme cela? Elle me gronde comme un petit enfant.—Elle vous gronde?—Oui, elle me dit que je n'aime pas lord B***!—Et elle se trompe? repris-je vivement en serrant sans façon les blanches mains de lady Harriet dans les miennes.—Oui, elle se trompe beaucoup, répondit-elle en élevant la voix. Je l'aime de toute mon âme.—Qui? dit lord B*** en s'arrêtant au milieu de la chambre.—Le meilleur et le plus dévoué des hommes. ”
“ Comment est-il possible que vous ne vouliez pas d’elle qui vous aime tant ? Sur ce mot-là, je me fâchai tout rouge. Que Medora se soit follement confiée à mon honneur, cela n’est pas douteux ; mais il ne sera pas dit qu’elle s’y soit confiée en vain ; et, fût-elle tout à fait indigne de ma loyauté, il me resterait encore à la disculper pour l’honneur de lady Harriet et de l’excellent lord B***. J’imposai donc silence aux malices de la soubrette avec tant de sévérité, qu’elle baissa les yeux comme effrayée, et se retira bientôt avec une confusion feinte ou réelle. ”
“ Laissez-la parler ainsi, me dit lord B*** quand elles furent sorties, et, si elle offre de l’argent à Daniella, dites-lui de ne pas le refuser, sauf à le jeter dans le tronc d’une église, si, comme je le pense, la chose vous blesse. Lady Harriet ne comprend pas assez la fierté des pauvres. Elle croit que les riches ont toujours le droit de payer. Voici l’heure où il ne faut rien discuter avec elle. Allez donc voir, je vous en prie, si le docteur M*** est arrivé de Rome. Il vient tous les jours à cette heure-ci. ”
George Sand,
La Daniella
(1880)
“ On s'en réjouissait. La Medora avait fait très-bien les choses. Elle était entrée chez sa tante au moment du déjeuner; elle s'était mise à genoux pour /demander pardon de toutes ses révoltes. Lady Harriet lui avait fait un bon sermon sur sa manière de vivre, sur ses courses, le soir et le matin, à des heures indues, et, sur sou intimité inconvenante avec M. Brumières. En ce moment, le prince, qui se faisait petit et gentil derrière la porte, s'était jeté aussi aux pieds de milady, en se déclarant l'heureux époux et l'on avait déjeuné ensemble de bonne amitié. ”
Adèle d’Osmond,
Mémoires de la comtesse de Boigne
“ Vous rappelez-vous Caroline, protégée de lady Elisabeth Foster ? Elle s’appelle maintenant mademoiselle de Saint-Jules : faire son portrait ou celui de lady Harriet, seconde fille de la duchesse, c’est la même chose exactement ; au surplus, elles sont aussi désagréablement laides l’une que l’autre. Voilà toutes mes histoires. Maman veut que j’écrive tous les jours ; qu’elle ne se plaigne pas de mon stupide bavardage. — Je n’ai point entendu parler de bal à Bognor ; il n’est pas question de notre départ. ”
Pierre de Castellane, Madgy : souvenirs de l'armée anglaise en Crimée (1878)
“ Mais comme, sous la salutaire influence de la campagne, lady Harriett redevenait la femme dont le charme et la grâce l'avaient séduit, il sentit lui-même ses craintes s'apaiser, et de douces heures lui ren¬ daient par moment l'espérance. ”
“ La bonne intelligence se soutient entre lord et lady B***. Quand cette dernière a quelque mouvement d’humeur, elle se borne à gronder Buffalo, qui, du reste, est admis au salon. Je sais par l’abbé Valreg, que j’ai vu en Berry, que la bonne Harriet a fait son testament, et qu’elle assure une petite fortune aux enfants à venir de Jean Valreg ; mais c’est un secret que l’on garde au jeune ménage. ”
Ernest Daudet,
Revue des Deux Mondes
“ Lady Harriett, lady Granville dont elle goûte fort les qualités d’esprit et de cœur, le duc de Devonshire, dont la maison « est digne d’un empereur, » l’ont reçue tour à tour et fêtée. Peu à peu ces relations vont s’étendre. Elle sera accueillie par toute l’aristocratie anglaise, qui ne fait que suivre l’exemple de la famille royale, pour qui, à Brighton et à Windsor, il n’est pas de fête complète quand Mme de Liéven n’en est pas. A la même époque, M. De Merveld, ambassadeur d’Autriche à Londres, étant mort, le prince Paul Esterhazy vient le remplacer. ”
“ Je constate que vous vous rendez compte, Harriet, de l’importance d’être bien appuyée, mais je voudrais vous voir établie dans la bonne société indépendamment de Hartfield et de Mlle Woodhouse. Pour obtenir ce résultat, il sera désirable d’écarter autant que possible les anciennes connaissances ; si vous êtes encore ici à l’époque du mariage de M. Martin, ne vous laissez donc pas entraîner à faire la connaissance de sa femme qui sera probablement la fille de quelque fermier et une personne sans éducation. ”
“ Harriet ne put résister plus longtemps à une si délicieuse révélation. Elle relut « l’envoi » et apprécia son bonheur. Emma développa son commentaire : — Je ne puis douter plus longtemps des intentions de M. Elton. C’est à vous que vont ses pensées et vous en aurez bientôt la preuve évidente. Je pensais bien ne m’être pas trompée ; il se propose précisément de réaliser mon plus cher désir. Je suis très heureuse, je vous félicite, ma chère Harriet, de tout mon cœur. C’est un attachement que toute femme serait fière d’inspirer, une alliance qui n’offre que des avantages ”
“ Harriet, il est vrai, continuait à voir en M. Elton toutes les perfections et elle persistait à le considérer comme supérieur à tout le monde, au physique comme au moral ; mais comme d’autre part Harriet acceptait sans aucune arrière-pensée la nécessité de lutter contre un attachement aussi stérile, Emma jugeait impossible que, dans ces conditions, Harriet persistât à placer son bonheur dans un amour sans espoir. ”
“ Pour ma part, je ne puis intervenir d’aucune façon : le refus qu’Harriet a opposé à Robert Martin est définitif. Il est possible qu’avant d’avoir vécu dans un milieu de gens comme il faut elle ait pu ne pas le trouver désagréable : c’était le frère de ses amies et il s’efforçait de lui plaire ; mais les circonstances ont changé et désormais seul un homme d’éducation et de bonnes manières peut prétendre plaire à Harriet Smith. ”
André Maurois,
Ariel: ou, La vie de Shelley
“ En brisant les liens traditionnels, on délivre dans les hommes des forces inconnues, qui agissent alors sans qu'on puisse prévoir les redoutables conséquences... la liberté n'est bonne que pour ceux qui sont forts... pour ceux qui sont dignes... et Harriet était une toute petite âme. Visage enfantin et blond de la noyée.Au matin il écrivit une tendre lettre à Mary, dont il aimait par contraste à imaginer la douce sérénité. ”
Léonie Villard, Jane Austen, sa vie et son œuvre
“ Si je me connais, Harriet, j’ai un esprit actif, toujours en mouvement, avec beaucoup de ressources en soi-même et je ne conçois pas que je doive manquer d’occupations à quarante ou à cinquante ans plutôt qu’à vingt-cinq. ”
“ Finalement Emma, pour se débarrasser des Martin, se vit forcée de lui annoncer sans délai la nouvelle qu’elle se préparait à lui faire connaître avec tous les ménagements possibles. Elle ne savait si elle devait se réjouir, s’attrister ou avoir honte de l’état d’esprit d’Harriet, si peu compatible avec l’admiration passionnée que cette dernière professait pour M. Elton ! Peu à peu néanmoins ce dernier reprit ses droits et, si en apprenant la triste réalité, Harriet n’éprouva pas l’émotion qu’elle eut ressentie une heure auparavant ; elle se montra pourtant très affectée. ”
André Maurois,
Ariel: ou, La vie de Shelley
“ Harriet était sensible à ces discours. Elle était ravissante et le savait. Une jolie femme supporte aussi mal la vie sans luxe qu'un homme intelligent un état subalterne. Les regards des passants lui disent son pouvoir. Elle sait que ce pouvoir est par essence transitoire; comme une nation armée et forte désire assurer sa place dans le monde avant de renvoyer ses soldats, la femme veut traiter avec le sexe ennemi avant que l'envahissante lourdeur de la vieillesse vienne lui imposer une pacifique résignation. ”
“ Harriet se soumit à contre cœur et dit seulement : — Je ne laisserai plus jamais traîner mon livre. — Très bien ! dit Emma, c’est un sentiment naturel ; mais voici mon père : vous ne verrez pas d’objection, je pense, à ce que je lui lise la charade. Il trouvera grand plaisir à l’écouter. Il aime tout ce qui est à la louange de la femme. Ses sentiments de galanterie vis-à-vis de notre sexe sont des plus prononcés. ”
“ Le hasard semble favoriser son projet. Mr. et Mrs, Churchill sont maintenant installés non loin d’Highbury, et un jour Emma voit arriver Harriet tremblante au bras de Frank ; il vient de l’arracher à l’importunité d’une bande de bohémiens, et il semble, lui aussi, tout émotionné du péril très relatif qu’a couru la jeune fille. Quelques jours plus tard, Harriet confie à Emma qu’elle a renoncé à se marier ; oh, pas à cause de Mr. Elton ! mais parce qu’elle aime maintenant un homme infiniment supérieur, qui lui a rendu un service inoubliable. ”
Jules Poulain, Le Dartmoor, ou les Deux soeurs… (1852)
“ Les années s'écoulent avec rapidité ; miss Harriett, en s'éveillant un beau matin, s'aperçut qu'elle entrait dans son trentième printemps, et cela fut pour elle un nouveau sujet d'effroi, —- quoique sa beauté n'eût subi aucune altération. ”
“ Du reste, Monsieur Knightley, je vous récuse comme juge en cette affaire : vous êtes si habitué à vivre seul que vous ne pouvez pas vous rendre compte du réconfort qu’une femme trouve dans la société d’une de ses semblables. Je vois venir votre objection relativement à Harriet Smith : ce n’est pas la jeune fille supérieure que devrait être l’amie d’Emma... je l’accorde ; mais d’autre part, je sais qu’Emma se propose de lire avec Harriet, ce sera pour elle une occasion de s’occuper sérieusement. ”
“ J’ai l’intention de refuser M. Martin. Croyez-vous que j’aie raison ? — Tout à fait raison, ma bien chère Harriet ; vous faites précisément ce que vous deviez faire. Tant que vous étiez en suspens, j’ai gardé mon opinion pour moi, mais maintenant que vous êtes décidée, je m’empresse de vous approuver. Ma chère Harriet, vous me causez une vraie joie. Une des conséquences de votre mariage avec M. Martin eût été de vous séparer de moi. Je n’ai pas voulu vous le dire auparavant pour ne pas vous influencer ; je n’aurais pas pu rester en relations avec Mme Robert Martin d’Abbey Mill. ”
“ Harriet, M. Elton et M. Knightley furent seuls appelés à les rencontrer ; on devait se retirer de bonne heure, afin de complaire à M. Woodhouse, dont les goûts avaient été consultés en tout. La veille de ce grand événement, Harriet était venue passer la soirée à Hartfield ; elle avait pris froid dans la journée et était si souffrante que si elle n’avait pas clairement exprimé le désir d’être soignée par Mme Goddard, Emma ne l’eût jamais laissée partir dans cet état. Le lendemain, elle alla la voir : Harriet avait la fièvre et un fort mal de gorge ”
