“ Mme Stoltz, au contraire, n’a pas le moins du monde l’air de vouloir représenter une école. Elle aura bientôt fait bon marché de ses gestes exagérés qu’elle nous apporte de province, et dès-lors il restera en elle de quoi faire un jour une grande cantatrice, une voix de soprano du timbre le plus rare, et une ame énergique et fière capable de sentir et de rendre les intentions du maître : avec des élémens pareils et le voisinage de Duprez, Mme Stoltz n’a qu’à vouloir. ”
Mme Stoltz
Définition et enjeux
Citations sur “Mme Stoltz”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ Après être sortie victorieuse de l'épreuve décisive des débuts, Mme Stoltz pouvait penser qu'elle n'aurait plus à s'occuper que de mériter toujours les applaudissements que le public paraissait si disposé à lui accorder ; mais elle avait compté sans l'intrigue, la malveillance et les mauvaises passions de cette bohème qui se prétend littéraire, et qui croit faire du journalisme, parce qu'elle noircit de méchants carrés de papier ; elle avait encore à combattre cette lèpre qui s'attache à tout ce qui est grand et généreux ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ Je me garde bien d'interpréter les intentions de Mme Stoltz, et ne veux pas surtout donner des armes à ses détracteurs, dont le dépit s'augmente de toute la force des regrets du public; mais est-il possible de ne pas espérer de la revoir en présence de tant de sympathies et d'admiration d'une part, et d'un talent si magique qui subjugue et transporte avec tant de puissance, et qui s'impose à la foule parce qu'il est sublime et comme inspiré, d'autre part? ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ Que Mme Stoltz acquière les qualités musicales dont nous parlons, et vous verrez si ces apparences fâcheuses ne tardent pas à s’évanouir ; je défie qu’une femme de talent et de cœur devienne cantatrice sans devenir en même temps comédienne. Le travail se fait sans qu’elle y prenne garde, presque insensiblement. Aux Italiens du moins, cela s’est toujours passé de la sorte ; pour trouver des exemples du contraire, il faudrait les aller chercher à l’Opéra Comique, où l’on naît comédien, mais où en revanche l’on ne meurt guère chanteur. Qu’avant tout Mme Stoltz apprenne à modérer sa voix. ”
“ Non que Mme Stoltz se montre une virtuose accomplie ; mais sa voix, force de tout risquer, atteint par moment des effets dont la puissance dramatique ne saurait se contester. Et d’ailleurs, sous le rapport de l’intonation, elle a gagné. Etrange voix dont la constitution d’acier résiste aux plus rudes épreuves, qui, par un merveilleux hasard, se retrempe dans la fatigue et les excès lorsque tant d’autres y succombent Quant à la partie élevée du rôle, à la tenue, à la dignité du personnage, on devine que la cantatrice de l’Académie royale de musique n’en a pas senti le premier mot. ”
“ Voilà qui est plus fâcheux peut-être pour Mlle Falcon que glorieux pour Mme Stoltz, qu’on aurait bien tort de prendre à l’heure qu’il est pour une grande cantatrice. Qu’on ne s’y trompe pas, ce qui a tant contribué à pousser la réputation de Mlle Falcon à ce point où elle s’est arrêtée si tôt, c’est moins peut-être la supériorité plus ou moins contestable de son propre talent, que la déplorable faiblesse des jeunes filles sans expérience qu’on a lancées au hasard dans ses rôles. ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ Tout ce bel ameublement, auquel la possession de Mme Stoltz a donné un caractère historique, est maintenant dispersé, après avoir été disputé par tous les amateurs, et il doit être évident, pour quiconque aura lu avec quelque attention la très succincte description que nous avons donnée du mobilier de Mme Stoltz, combien cette noble artiste l'emporte sur le commun de ses rivales, tellement que l'on pourrait, avec toute raison, la proposer pour modèle à toutes les personnes qui pourront atteindre son degré de supériorité. ”
“ On rit de l’aventure, on s’en égaie, et Mme Stoltz entonne la romance de la Malibran. Le troisième acte d’Otello a ce caractère particulier, que, du commencement à la fin, tout s’y trouve noté, fixé, déterminé. Il y a déjà pour cette musique une tradition comme pour les tragédies de Corneille. On attend l’acteur au qu’il mourût. Tant de grandes cantatrices n’ont pu traverser le chef-d’œuvre sans y laisser des marques de leur passage. On se plaint de ce que les comédiens meurent tout entiers sans que le monde conserve rien d’eux après leur mort ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ Mais si les regrets de Mme Stoltz sont vifs, ceux que le public, qui se porte en foule à ses dernières représentations, vient manifester par ses bravos et ses applaudissements frénétiques, doivent puissamment en adoucir l'amertume; et si les échos portent à son oreille les espérances qui circulent en exclamations de toutes paris : « Ne la reverrons-nous pas?... « Ne pourrons-nous plus l'admirer, l'applaudir, la « couronner de nouveau?...» ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ On n'est pas d'accord sur le lieu de naissance de Mme Stoltz, les opinions à se sujet sont assez diverses et fort contradictoires ; j'ai des raisons de croire qu'elle est née en Espagne, et qu'elle fut amenée à Paris dès son bas âge; mais qu'importe à une artiste de la valeur de Mme Stoltz le pays qui l'a vue naître? Le génie, les beaux-arts, ont-ils une autre patrie que celle où ils produisen 11 eurs trésors ? ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ On ne peut y faire que de courtes apparitions; un long séjour ruinerait la voix la mieux organisée et la plus fortement constituée. Mme Stoltz dut donc se résoudre à quitter le public qui l'avait si chaudement applaudie, mais avec le souvenir de ses premières soirées de triomphe, elle emporta la plus belle tulipe du jardin d'un des plus célèbres horticulteurs hollandais, qui voulait ainsi lui donner un témoignage de son admiration. A l'âge qu'avait alors Rosine, cette fleur avait plus de prix à ses yeux que tous les diamants et les parures qu'elle a regus depuis. ”
“ On annonce que Mme Stoltz va jouer prochainement la Fenella de la Muette, un rôle de danseuse créé jadis par Mlle Noblet ; c’est sans doute pour préluder à ce nouveau caprice que Mme Stoltz s’évertue de la sorte dans Charles VI, pour rendre cette figure calme et naïve d’Odette, croit devoir s’inspirer de Mme Montessu dans la Fille mal gardée. Nous nous abstiendrons de parler de Duprez dans le rôle du dauphin. Évidemment il y est à la gêne, et sur un comédien qui chante par autorité de justice, la critique perd ses droits. ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ Qu'importe que ce soit la Russie, ou l'Italie, ou l'Angleterre, ou l'Allemagne qui lui tende les bras, le théâtre ne lui manquera pas, pas plus que la caisse de ce théâtre. Mais on dit que son intention est de rentrer dans la vie privée. A cela je dirai, comme le spirituel feuilletoniste du Siècle: Est-ce que c'est possible? Après avoir dit Mme Stoltz premier sujet de l'Académie royale de musique, est-ce qu'on peut dire Mme Stoltz rentière? Qu'une artiste ne survive pas à son talent, qu'elle se retire alors qu'il commence à perdre de sa puissance, cela se comprend: c'est sage, c'est prudent. ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ Le public, en foule compacte et serrée et refluant jusque dans les couloirs, avait répondu à l'appel que sa cantatrice de prédilection lui avait adressé, en venant recevoir des adieux qu'il n'acceptait qu'avec l'espérance de la revoir encore. Mme Stoltz était émue, peut-être plus encore qu'à ses débuts, et à chaque salve d'applaudissements elle ne pouvait retenir ses larmes. De véritables pluies de bouquets ont à plusieurs reprises traversé la salle, et jonché le théâtre : dans les loges on voyait les dames essuyer leurs yeux comme à un drame attendrissant ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ L’avenir des cantatrices ne dépend pas d’une seule épreuve, il faut bien aussi leur tenir compte de ces funestes inquiétudes du premier début, qui recommencent pour elles à chaque rôle nouveau. Depuis quelques jours, Mme Stoltz se rassure, et tout va mieux ; il y a plus de confiance et moins de fausses notes. En vérité, c’est une rude affaire pour la critique que d’avoir ainsi à se prononcer à tout moment sur des talens qu’elle ne peut juger dans leur ensemble. ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ Peu de temps après la rentrée de Mme Stoltz, Adolphe Nourrit, de regrettable mémoire, vint donner quelques représentations sur le théâtre de la Monnaie. Après une Rachel aussi accomplie que l'était Mlle Falcon, Èléazar pouvait-il se clouter qu'il allait en retrouver une autre digne aussi de le comprendre ? Aussi joua-t-il d'inspiration! Et l'on se souviendra toujours de cette belle soirée du 3 juin 1836 quand, dans le récitatif du dernier acte, la Juive, au milieu des tremblements de sa voix et de tout son corps, dit : — Mon père, j'ai peur ! — Ah ! c'est très bien ! ”
“ Ô Pasta, Malibran, Sontag, Giulia Grisi, vous toutes qui avez chanté Desdemona, vous toutes qui vous êtes associées de l’ame et de la voix à cette inspiration de Shakespeare et de Rossini, à ce glorieux chef-d’œuvre de la poésie et de la musique ! ouvrez vos rangs, car une harmonieuse sœur vous est donnée, car la grande cantatrice de l’Opéra va prendre place en votre olympe, et la harpe de Desdemona dans les mains, les cheveux dénoués, les regards baignés de pleurs tragiques, Mme Stoltz vient s’asseoir parmi vous sous le saule, a l’ombra del salice. ”
“ A l’Académie royale de musique, les individus ont leur valeur, et je ne sache pas, d’ailleurs, que les premiers sujets abondent à ce point qu’on puisse, sans graves inconvéniens, les faire mourir avant le dénouement. Y songez-vous ? quand vous aurez tué le ténor au troisième acte, il faudra donc que nous subissions la doublure aux deux derniers ! ce serait à périr soi-même d’ennui et de désappointement. J’en conviens ; dans l’opéra nouveau, Gardoni traverse les cinq actes, Mme Stoltz, elle aussi : pouvait-on faire moins ? Mme Stoltz tient le fil d’Ariane ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ Il arrive fort souvent, on le sait, que les grands artistes se plaisent à établir dans leurs demeures — 62 — le même faste qu'ils sont obligés, par état, de déployer sur la scène, il n'en est pas ainsi de Mme Stoltz: une haute raison conseille, dirige, ordonne tout ce qui se passe dans son intérieur, et le luxe et la richesse s'y montrent sans éclat affecté. ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ Dans le courant de janvier 1835, MmE Stoltz parut donc clans le rôle d'Alice. De ce jour aussi — 18 — commence véritablement sa carrière, et les Anversois ne se trompèrent pas sur la brillante destinée réservée à la cantatrice. Pourtant l'engagement qu'elle avait accepté était des plus modestes, et très peu en rapport avec le service qu'elle venait rendre au directeur maladroit et imprévoyant. N'importe, elle avait pris rang, le reste ne pouvait lui échapper. ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ Nous connaissons les autres dames et nous avons eu souvent l'occasion de les entendre parler :jamais elles n'ont fait entendre un seul mot contre Mme Stoltz. Elles sont au contraire d'accord pour se louer de ses bons procédés et trouver qu'il est regrettable, surtout pour les actrices qui commencent leur carrière, de perdre un talent, près duquel elles eussent pu se fortifier. Mlle Nau est à l'Opéra depuis 1836, et elle y débuta subitement sans y avoir été préparée, par le rôle du page des Huguenots, par suite d'une grave indisposition de Mlle Flécheux. ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ Chacun fut d'accord pour voir clans la sublime création de Rachel, la transfiguration de l'artiste : on y trouva l'expression la plus élevée et la plus complète du sentiment tragique, et le cachet d'un génie désormais incontestable. Aussi, froids et réservés quand ils doutent encore, les Bruxellois, forcés enfin à l'admiration, firent à la cantatrice un triomphe véritablement olympien. Comme si la création du rôle de Rachel avait épuisé ses forces, Mme Stoltz fut obligée de s'éloigner momentanément du théâtre. L'inquiétude des amateurs qu'elle avait enthousiasmés était excessive ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ D'abord les débuts de Duprez et la retraite de Nourrit, que l'on ne devait plus revoir, ensuite ceux de Mme Stoltz, qui allait remplacer définitivement Mlle Falcon, alors qu'elle avait espéré n'être que son émule, sinon sa rivale. Ce fut le 25 août 1838, que Mme Stoltz débuta à — 25 — l'Opéra par le rôle de la Juive. Elle sortit victorieuse de cette épreuve décisive. Un organe étendu et puissant, vrai timbre d'or, qui passe avec facilité des notes aiguës du soprano aux cordes graves du contralto ”
Albéric Second,
Les petits mystères de l'Opéra
(1844)
“ Ces réflexions me sont suggérées par le souvenir de madame Stoltz, dont précisément les belles notes graves retentissent en ce moment sur la scène. Je connais peu de femmes qui puissent se vanter de compter autant d'ennemis que madame Stoltz. Elle en a parmi ses camarades et parmi les journalistes. C'est seulement dans le public qu'elle n'en compte pas, et la raison en est facile à comprendre : le public, quoi qu'on diSe, est un juge impartial, qui rend ses arrêts sans se préoccuper le moins du monde de tout ce qui est étranger à la question. ”
Eugénie Bonnejoy-Pérignon, Mme Stoltz . (Signé : Mme Eugénie Pérignon… (1844)
“ Passionnée pour l'étude, madame Stolz passe les rares instants que lui laissent ses nombreux travaux à augmenter encore ses vastes connaissances, à cultiver son intelligence déjà si développée. On retrouve dans l'expression de ses traits une partie de son caractère: l'esprit étincelle dans ses yeux noirs, qui sont très beaux et très expressifs. ”
Compte-rendu de la gestion depuis le 1er juin 1840 jusqu'au 1er juin 1846 (1847)
“ En vérité, c'est faire à un homme bien peu d'honneur que de lui supposer tant de faiblesse et de duplicité!. Mais ne ctunprend-on pas, ne veut-on pas comprendre que, précisément à cause de toutes les calomnies qu'on a répandues sur les prétendues exigences de Mme Stoltz, elle doit tenir et tiendra certainement plus que personne à jouer son rôle tel qu'il lui sera destiné !. Quant à moi, dans l'état des choses, je pose en fait qu'il n'existe pas en Europe un premier sujet de qui Meyerbeer puisse attendre autant de docilité! ”
Compte-rendu de la gestion depuis le 1er juin 1840 jusqu'au 1er juin 1846 (1847)
“ En résumé, je puis mettre quiconque au défi de prouver que j'aie jamais commis en faveur de Mme Stoltz une injustice. Que j'aie le bonheur de trouver ce que je cherche sans relâche, c'est-à-dire un soprano dramatique; qu'il obtienne, dans son emploi, assez de succès pour soutenir une partie du répertoire et prendre une part convenable aux créations nouvelles, et toutes les préventions s'évanouiront à l'instant. C'est donc un so- prano qu'il me faut absolument ”
Corneille Cantinjou, Les Adieux de Mme Stoltz, sa retraite de l'Opéra… (1847)
“ On jugera s'il — 30 — est vrai qu'elle ait usé de son influence pour les faire renvoyer, et si elle est assez puissante pour forcer la direction à commettre, en sa faveur, le moindre acte d'injustice. A ce sujet, M. Léon Pillet, dans son mémoire à la commission des théâtres royaux, oppose le défi le plus formel. Nous dirons d'abord qu'au moment des débuts do Mme Stoltz, en 1838, on ne lui confia les rôles de la Juive et des Huguenots, que lorsque la retraite de Mlle Falcon parut imminente, et que les symptômes de la perte de sa voix furent d'une évidence certaine. ”
Compte-rendu de la gestion depuis le 1er juin 1840 jusqu'au 1er juin 1846 (1847)
“ Le résultat de son examen fut complètement favorable aux deux artistes. Il fit arranger pour Barroilhet le rôle d1 Oberstein. Quant à Mme Stoltz, non-seulement iJ s'empressa de lui offrir celui de Fidès, mais encore, craignant, d'après je ne sais quel propos, qu'elle ne trouvât pas le personnage assez important ou qu'il lui déplût, parce que c'était une mère, il la pria de choisir celui des deux rôles de femme qui lui plairait le mieux, lui déclarant qu'il ferait de celui-là le premier. ”
Georges Touchard-Lafosse,
Chroniques secrètes et galantes de l'Opéra…
(1846)
“ Pour terminer en deux mots son éloge, j'ajouterai que cette grande artiste ne laisse plus que le regret du cœur à ceux qui ont entendu madame Damoreau et mademoiselle Falcon. Avec l'ensemble de perfections que possède madame Stoltz, on parvient toujours à rendre le public inattentif ur squelques disgrâces physiques; et qu'importe, après tout, qu'une actrice soit maigre, lorsque sa frêle organisation n'exclut pas la verve passionnée, l'exaltation 1 de l'ame. ”
