“ Autrement, si elles veulent la cueillir, comme les hommes, leurs doigts délicats saignent bientôt. La Malibran trouvait dans ses loisirs de ravissantes inspirations, où serpentaient, comme des salamandres dans la flamme, les mille fantaisies de sa nature ardente. ”
La Malibran
Définition et enjeux
Citations sur “La Malibran”
Jules Bertrand, La Malibran : anecdotes (1864)
“ « Je n'y tiens plus, dit la Malibran, il faut que j'aille dire à cette grande artiste tout le bonheur, toutes les sensations qu'elle vient de me faire éprouver.» Et la vojlà partie comme un sylphe dans le théâtre. Son nom décliné, toutes les consignes sont levées ; on va lui montrer la loge de Dorval, ou plutôt elle conduit ses guides ; elle les devance à travers tous ces couloirs sombres, qui lui semblent familiers. La Malibran s'arrête instinctivement devant une porte entr'ouverte ; une voix lui dit : « C'est ici ! » ”
“ Or, c’est là un abominable défaut qui détruit à mon sens toute espèce de style. La Malibran, elle au moins, était la Malibran, et ses amis pouvaient alléguer en sa faveur le caprice d’une nature indomptée, la fougue d’une tête sans frein, qu’entraînait l’inspiration du moment ; et d’ailleurs, l’effet ne répond-il pas à tout, l’effet puissant, irrésistible ? ”
Jules Bertrand, La Malibran : anecdotes (1864)
“ Rien n'était beau à voir comme une représentation de la Malibran à la Scala. Des guirlandes de fleurs naturelles, s'étendant comme un immense feston, encadraient extérieurement toutes les loges ; à chaque coin de loge était un gros bouquet qui reliait les guirlandes entre elles. La salle restait ainsi parée durant la représentation ; lorsqu après l'oeuvre jouée, l'artiste reparaissait devant le public, comme par un enchantement, guirlandes et bouquets tombaient aux pieds de cette héroïne, qui semblait resplendir dans son apothéose. ”
Jules Bertrand, La Malibran : anecdotes (1864)
“ Une des plus grandes physionomies artistiques de notre époque est bien, sans contredit, celle de la Malibran. Cette artiste commence à passer dans les merveilles légendaires ; cependant rien n'est plus vrai, rien n'est plus beau, rien n'est plus palpitant que la vie de cette femme, qui n'eut point d'égale. ”
“ Et puis, que de souvenirs se rattachent à cette musique ! souvenirs de la Pasta, de la Pisaroni, de la Sontag, de la Malibran, souvenirs de la Pasta surtout, la seule peut-être qui ait imprimé jamais au rôle de Tancredi son véritable caractère de grandeur héroïque et chevaleresque. La Malibran, avec tout son génie, y manquait d’ampleur ; la fougue indomptable de sa nature, la chaleur de son sang, qui partout ailleurs l’entraînaient à des effets irrésistibles, nuisaient ici, par moment, à la gravité de sa pantomime. L’art du comédien n’est pas si indépendant qu’on se l’imagine. ”
Charles Monselet,
La Franc-maçonnerie des femmes
“ Marianna rougit légèrement. Elle se tourna vers Amélie. — La Malibran, lui dit-elle avec un accent triste, était une de ces pauvres femmes dont le ciel fait l’âme visible comme la lumière d’une lampe, et qui n’ont de génie qu’à la condition d’en mourir bien vite. ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ Mon cher Florimo , j' apprends tous les accidents qui ont empêché qu' on donnât mes Puritains , et j' apprends tout ce que cette chère Malibran a fait pour les faire jouer ; et si une chose surtout me chagrine au milieu de tant de contrariétés , c' est que cet ange qu' est la Malibran n' a pu faire entendre mes Puritains aux Napolitains ... ”
Jules Bertrand, La Malibran : anecdotes (1864)
“ Il est temps de donner la parole à la vérité. C'était à Londres, en juillet -1836; la Malibran passait sa vie auprès de Charles de Bériot, son mari, qui l'adorait, entourée d'amis qui accédaient à ses moindres caprices : son existence n'était qu'une fête. L'aristocratie anglaise briguait la faveur de sa société. Aussi tous les jours' c'était partie nouvelle. La Malibran aimait beaucoup et par-dessus tout l'équitation ”
Jules Bertrand, La Malibran : anecdotes (1864)
“ La Malibran était assise sur un tabouret de pied, adossée aux jambes de Rossini. De Bériot se sentit électrisé par le regard de la sublime artiste ; toute l'âme de l'exécutant passa dans son violon, et quelques semaines plus tard, les journaux annonçaient le mariage de Maria Garcia et de Charles de Bériot; et, dit M. de — 9 — Lamartine, « elle épousa un homme supérieur dans l'art qu'elle aimait. » La Malibran parlait toutes les langues ; dans la conversation, lorsqu'elle lançait une saillie, un mot piquant, c'était toujours dans la langue qui était le plus propre à son effet. ”
“ La prêtresse romaine, c’était madame Malibran, — madame Malibran, dont j’aurai tant à parler encore, et dont j’ai déjà parlé en deux occasions, à propos de la première représentation d’Henri III, dont elle vit tout le cinquième acte suspendue à la colonne d’une loge des troisièmes ; et à propos de Dorval, dans les bras de laquelle elle courut se précipiter à la suite d’une représentation de l’incendiaire ; — c’était madame Malibran, l’incomparable artiste qui, seule peut-être, a réuni, à un degré auquel personne n’a atteint, le drame au chant, la force à la grâce, la gaieté à la tristesse. ”
Jules Bertrand, La Malibran : anecdotes (1864)
“ La Malibran insiste; le prince fait valoir sa position officielle, les règlements, la loi ; la gracieuse artiste lui tend la main en souriant, et fait sauter dans la gondole le pauvre gouverneur, qui n'en peut mais. ”
Eugène Forcade, Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 31 mai 1867
“ La nationalité dans le règne des arts a ce quelque chose de virtuel. Très souvent il arrive qu’elle donne au talent un goût particulier qui dès l’abord le met en vogue. Quand au lendemain de ses plus triomphantes soirées d’Otello, de la Gazza, de Semiramide, la Malibran courait les salons, prodiguant partout ses boléros et ses séguidilles, chantant le Contrabandista avec cette flamme du sud qui rayonnait en elle et la consumait, la Malibran obéissait à l’originalité individuelle de son talent ; elle faisait ce que depuis a fait a sa manière Jenny Lind, ce que fait aujourd’hui Mlle Nilsson. ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ D' autre part , lorsqu' il reprochait à la Malibran la variété d' interprétation qu' elle apportait dans le même rôle , souvent dans la même scène , il ne s' apercevait pas qu' il faisait le procès de deux artistes admirables , que l' enthousiasme du public a accompagnés d' un bout à l' autre de leur carrière , Talma et Frédérik Lemaître , qui , eux non plus , ne jouaient jamais un rôle deux fois de la même manière , et se laissaient entraîner par l' inspiration du moment . C' est cette inspiration , critiquée par Delacroix , qui était une des marques essentielles du génie de la Malibran . ”
“ Le génie a ses droits que nul ne lui conteste, il brûle ses vaisseaux, et peut dire comme Louis XV : Après moi le déluge. Mais prétendre l’imiter, c’est vouloir s’exposer aux plus tristes déboires : la fable de l’Aigle et du Corbeau n’est pas d’hier. Que la Malibran usât à son gré d’une voix qui, sans être un contralto ni un soprano, participait également des deux natures, rien de mieux ; la Malibran passait au ciel de l’art comme une comète errante, et n’avait à rendre compte à personne du fantastique éclat qu’elle jetait ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ Mais c' est que , chez la Malibran , il y avait véritablement création , c' est qu' il y avait de l' inspiration , de l' invention dans sa façon de traduire la pensée d' autrui , c' est que pour rendre cette pensée elle trouvait au fond de son cœur , ce cœur toujours palpitant , brûlant et plein d' émotion , des accents tellement personnels , tellement inattendus , qu' elle en décuplait la puissance et lui imprimait un caractère absolu de nouveauté . ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ C' est qu' en effet , je l' ai dit , il y avait en la Malibran , derrière l' artiste , une femme étonnante , née pour charmer les esprits et les cœurs , une femme à l' âme brûlante et fière , que la nature semblait avoir pris à tâche de combler de ses dons et de douer d' une façon exceptionnelle , pour en faire une créature sans pareille et sans rivale . ”
“ La Malibran, dans Marie Stuart, est amenée devant sa rivale Élisabeth par Leicester, qui la conjure de s'humilier devant sa rivale. Elle y consent enfin, et, s'agenouillant complètement, elle implore tout de bon; mais outrée de l'inflexible rigueur d'Élisabeth, elle se relevait avec impétuosité et se livrait [p. 250] à une fureur qui faisait, disait-il, le plus grand effet. Elle mettait en lambeaux son mouchoir et jusqu'à ses gants; voilà encore de ces effets auxquels un grand artiste ne descendra jamais. ”
Jules Bertrand, La Malibran : anecdotes (1864)
“ L'esprit napolitain, qui aime et recherche le merveilleux, même où il n'est pas, ne trouva rien de mieux que d'attribuer cette guérison à la grande artiste. Ce qui s'explique par le prestige que répandait partout le nom de la Malibran, surtout dans les pays où elle faisait sentir l'heureuse influence de son merveilleux talent. En France, à Paris surtout, les moeurs varient, le goût s'émousse, l'esprit public change d'une génération à l'autre. 1848 a effacé 1830 ; seulement 1830 avait un point dans l'avenir ; notre génération n'en a pas. ”
Paul de Musset,
Biographie de Alfred de Musset
“ Une nouvelle désolante se répandit à Paris dans le même temps. Les journaux annonçaient la mort de madame Malibran. Alfred était un de ses admirateurs passionnés [20] . Cette mort prématurée affecta vivement sa sensibilité poétique. Le 15 octobre, il publia ces stances que tant de gens savent par cœur et qu’on entend citer si souvent. L’auteur sentait peut-être en lui le fatal penchant à aimer la douleur, qu’il a reproché à la grande cantatrice dans le moment où il écrivit ce vers célèbre : Tu regardais aussi la Malibran mourir. ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ Lorsque Mme Malibran , mariée , revint d' Amérique à Paris , elle retrouva son amie , mariée aussi , ayant épousé le comte de Sparre et , par suite , quitté le théâtre . On a vu qu' à son arrivée , Mme Malibran s' était fixée auprès des sœurs de son mari . Mais il paraît qu' elle n' eut pas lieu , pour diverses raisons , d' en être très satisfaite , et , décidée au bout de quelque temps à échapper à une situation qui lui pesait , c' est chez la comtesse de Sparre qu' elle alla chercher un refuge et un asile . ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ A Milan elle avait créé la Norma avec un éclat extraordinaire ; on ne disait plus la Pasta , mais la Norma ; Mme Malibran arrive , elle veut débuter par ce rôle ; cet enfantillage lui réussit . Le public , partagé d' abord , la mit aux nues , et la Pasta fut oubliée . C' était la Malibran qui était devenue la Norma , et je n' ai pas de peine à le croire . Les gens de peu d' élévation et point difficiles en matière de goût , et c' est malheureusement le plus grand nombre , préféreront toujours les talents de la nature de celui de la Malibran . ”
Henri Lavoix,
Histoire de la musique
“ Les interprètes de Rossini, de Bellini et de Donizetti furent les derniers élèves des maîtres du bel canto, ou de l'art de chanter du XVIIIe siècle. C'est le nom de la Malibran (1808 † 1834) qui semble dominer toute cette période (fig. 103) . Si l'on consulte les souvenirs des amateurs, la Malibran, fille de Garcia, fut avant tout une incomparable enchanteresse. Mais si Musset lui sacrifia cruellement la Pasta dans une ode célèbre, les musiciens ont cassé l'injuste arrêt du poète, car ils nous ont tous dit, en effet, que la Pasta était surtout dramatique. ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ La rentrée de Mme Malibran a eu lieu dans la Gazza ladra . Tous les dilettanti étaient à leur poste , à l' orchestre comme dans les loges . Si une légitime émotion a empêché d' abord Mme Malibran de justifier les applaudissements qui la causaient , elle avait déjà retrouvé toute la puissance de sa voix dans le duo : Come frenar il pianto . Comment blâmer une excessive sensibilité à laquelle on doit une partie des élans si souvent sublimes de ce talent passionné ! ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ Mme Malibran s' estime fière d' être née en France . Comme l' année précédente , nous allons , après la saison de Paris , retrouver Mme Malibran à Londres , dès le mois d' avril . Elle était réengagée au King's Theatre , où elle devait se rencontrer cette fois non plus avec Mlle Sontag , devenue comtesse Rossi et femme d' ambassadeur , mais avec une artiste française , Mme Méric-Lalande , qui venait de passer plusieurs années en Italie , où elle avait obtenu d' éclatants succès et où elle avait créé trois opéras de Bellini , il Pirata , la Straniera et Zaira . ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ L' auteur , Gustave Bénédit , qui avait bien connu la Malibran , avait fait son éducation musicale au Conservatoire de Paris et était devenu professeur de chant au Conservatoire de Marseille et critique musical du journal le Sémaphore . modeste enveloppe , une âme ardente et passionnée comme Dieu n' en créa peut-être jamais . Mme Malibran commençait un rôle sans éclat , comme une simple mortelle ; elle ne cherchait pas à s' imposer d' abord ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ Il vint en tête à la diva de faire entrer dans l' Amelia une situation dans laquelle elle pourrait exécuter un pas de deux avec le danseur Mathis . Cette nouvelle une fois répandue dans Naples , toute la ville se mit en mouvement , et heureux pouvait se dire celui qui avait obtenu une place au théâtre . L' opéra commence ; la Malibran chante .. .; mais le public , impatient de voir la célèbre cantatrice agiter ses jambes , ne fait pas attention au chant , ne fait pas attention à la musique , et finit par se fâcher de ce qu' elle tarde à danser . ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ Et la Malibran , belle comme Circé , magicienne comme Circé , puissante comme Circé , se présentait au théâtre pour servir le ragoût , et il Capriccio en offrait les morceaux aux loges et au parterre , et la Raison s' enfuyait du parterre et des loges ; et les auditeurs , abandonnés par la Raison , gouvernés par il Capriccio , enivrés par l' enchanteresse , goûtèrent au ragoût et furent éblouis ... comme les compagnons d' Ulysse ( 2 ) ... Il est certain que , malgré ce qu' on pouvait ainsi lui reprocher sous ce rapport , le succès de Mme Malibran fut très grand à Naples dans i Capuleti . ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ Le talent de l' acteur a cela de fâcheux qu' il est impossible , après sa mort , d' établir aucune comparaison entre lui et les rivaux qui lui disputaient les applaudissements de son vivant . La postérité ne connaît d' un acteur que la réputation que lui ont faite les contemporains , et pour nos descendants la Malibran sera mise sur la même ligne que la Pasta , et peut-être lui sera - t - elle préférée , si on tient compte des éloges outrés de ses contemporains . Garcia , en parlant de cette dernière , la classait dans les talents froids et compassés , plastiques , disait -il . ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ « Ne vous effrayez pas : c' est Garcia qui bat sa fille pour lui apprendre à mieux battre le trille . » La comtesse Merlin , la grande amie de la Malibran , a rapporté à ce sujet quelques anecdotes dans le livre assez curieux consacré par elle à la mémoire de l' illustre artiste ( 1 ) . « J' étudiais un soir , dit -elle , un duo avec Maria . Garcia écrit un passage et lui dit de l' exécuter . Maria essaie , ne réussit pas , se décourage et dit à son père : « Je ne puis pas . » Le sang arabe de l' Andalou s' allume , et fixant sur sa fille des yeux étincelants : « Qu' as -tu dit ? » ”
Arthur Pougin,
Marie Malibran, histoire d'une cantatrice…
(1911)
“ Malibran , Paganini ! deux êtres inimitables , dont l' existence semble comme un double défi jeté à la nature humaine . Au point de vue purement musical , Mme Malibran possédait toutes les qualités naturelles et acquises qu' on peut souhaiter chez un chanteur . ”
George Sand,
Lettres d’un voyageur
(1837)
“ Alors tu coules dans ses veines et tu lui donnes une jeunesse magique ; tu ramènes sur ses paupières brûlantes un sommeil pur, et tu fais descendre tout l’Olympe à sa rencontre dans des rêves célestes. Que les sots te méprisent, que les fakirs du bon ton te proscrivent, que les femmes des patriciens détournent les yeux avec horreur en te voyant mouiller les lèvres de la divine Malibran. Elles ont raison de défendre à leurs amants de boire devant elles ”
