“ Et comme il est affamé par une longue route, il se met, sans ajouter un mot, à la place que vient de quitter son fils et mange avec avidité. Valleroy lui passe les plats, lui verse à boire, tandis que la comtesse et Bernard, pressés l'un contre l'autre, ne le quittent pas des yeux, affaissés sous le poids de leur soudain bonheur, succédant aux larmes qu'ils répandaient tout à l'heure. ”
Valleroy
Définition et enjeux
Le thème de “Valleroy” a été abordé par des auteurs tels que Ernest Daudet, Manoël de Grandfort, Tony Révillon, Claude-Jules Briffaut ou Ernest Picard. Il est souvent associé à des termes comme saint, Valérie, le comte, Bernard ou le roi.
Citations sur “Valleroy”
“ Valleroy s'applique à marcher sans bruit, pour ne pas troubler le silence qui pèse sur les hommes et sur les choses, traversé seulement par les rumeurs confuses de la nuit, chants d'oiseaux, cris d'insectes, murmures des forêts, qui montent des profondeurs de la vallée. Tout à coup, Mme de Malincourt voit son fils devenir très pâle, se lever et rester debout à sa place, cloué par l'effroi.—Qu'est-ce donc, Bernard, demande-t-elle. ”
“ CHAPITRE XIII LES CONSPIRATEURS Quoi qu'en eût dit Bernard et de quelque énergie qu'en dépit de son malheur et malgré son jeune âge il parût animé, Valleroy n'espérait pas le voir de sitôt se dérober aux cruelles impressions qu'il venait de subir, recouvrer sa sérénité et se rattacher à la vie. Mais c'est le privilège de la jeunesse de plier sous les coups de l'adversité sans en être brisée. ”
“ Bernard et Valleroy en connurent toute l'horreur, Valleroy surtout, qui se considérait comme responsable envers la maison de Malincourt de la vie du chevalier, et qui s'était engagé à veiller sur Nina et sur tante Isabelle. Ayant charge d'âmes, il tremblait pour les chers êtres qu'il devait protéger. ”
Tony Révillon,
Noémi
(1878)
“ La curiosité des dignitaires qu'elle réunissait à sa table n'avait pas dépassé le soir où, vêtue d'une robe d'emprunt, elle avait intéressé à Mabille le banquier Valleroy achevant de fêter le grand prix de Paris, après le dîner du Jockey. Valleroy aimait les « découvertes ». Il alloua cinq cents francs par mois à sa nouvelle maîtresse, lui meubla mesquinement un appartement de douze cents francs à un deuxième étage, et, la voyant en extase devant lui, se risqua à demander si elle désirait autre chose. « Oui, des maîtres, » répondit-elle. ”
“ Les folles illusions des émigrés pouvaient seules leur faire croire qu'ils s'y déroberaient. Mais ces illusions, à la faveur desquelles princes et gentilshommes élaboraient avec enthousiasme des plans dont ils se promettaient merveilles, Bernard ne les partageait pas. Ses précoces malheurs avaient mûri sa raison en donnant à sa jeunesse une rare prévoyance, et la captivité de ses parents fermé son âme aux espoirs chimériques. Valleroy se désolait de ne pouvoir guérir ce mal qu'avait fait éclater le départ d'Armand. ”
“ Valleroy devina sa pensée;—Il est habité. Mais ceux qui l'habitent ont l'âme noble et généreuse, et tu ne cours aucun risque au milieu d'eux.—Je peux donc respirer. C'est la première fois depuis mon départ de Paris, que je dormirai sans craindre d'être surpris par ceux qui me cherchent.—Viens d'abord te rassasier.Passant le premier, Valleroy conduisit le citoyen président dans la salle à manger où Chourlot venait de mettre un couvert sur un coin de table et de servir les restes du souper.—Je me reconnais, dit Joseph Moulette, on s'asseyant. ”
“ Valleroy se rassurait en répétant aux trois amis qui partageaient ses angoisses, en se répétant à lui-même qu'elles touchaient à leur terme. Ce jour-là, vers la fin du jour, il s'était rendu, suivant sa coutume, au café des Trois-Couronnes, en compagnie du chevalier. C'était l'heure où s'y réunissaient les émigrés en résidence à Coblentz; toujours en quête de nouvelles, ils venaient en ce lieu lire les gazettes, interroger les voyageurs arrivés de France. Il était rare qu'une journée s'écoulât sans y amener des visages nouveaux. ”
Manoël de Grandfort,
Le Mari de Lucie. Le Soulier de Rosine…
(1877)
“ Mademoiselle Valérie ! – M. de Valleroy ! Leurs mains se touchèrent. La figure de Valérie, malgré les efforts qu'elle fit pour garder la contenance d'une femme, se couvrit de larmes. – Votre soeur ? demanda Octave. – Supporte son malheur comme il convient de le faire, répondit Valérie, qui ne voulait pas livrer à l'ami de Francis le secret de Lucie. – Elle n'est pas malade ? – Non, grâce au ciel ! Pourquoi le serait-elle ? On peut être indignement trahie et vivre. ”
“ Il marche vers le château, conduit par la lumière qui brille aux fenêtres du rez-de-chaussée.Au fur et à mesure qu'il avance, l'intérieur de la salle à manger, le couvert mis, la comtesse et Bernard assis à table, Valleroy qui les sert prennent corps et se dessinent avec netteté. Son front s'éclaire; au fond de son regard passe un sourire. Sans s'inquiéter de savoir s'il ne sera pas aperçu, il demeure immobile dans le large cadre de la fenêtre ouverte, cloué sur place par l'émotion poignante qui l'étreint! ”
“ Il est de taille à se dérober aux investigations dangereuses. Et puis, un homme du peuple allant à Paris et voyageant seul ne court pas les mêmes dangers qu'un gentilhomme allant vers la frontière, accompagné d'une femme et d'un enfant. Valleroy saura conjurer ceux qu'il peut redouter. ”
“ Quoi qu'il arrive, souviens-toi que, toujours et pour toujours, Valleroy appartient à Malincourt.—Valleroy et tante Isabelle, ajoutait celle-ci d'une, voix que les pleurs étouffaient.Et Nina sanglotait aussi.—Reviens bientôt, Bernard, suppliait-elle, car ta petite amie sera malheureuse jusqu'à ton retour...—Sois digne de ton nom, de tes aïeux, reprenait Valleroy.—Nous prierons pour vous matin et soir, continuait tante Isabelle.—Nous t'aimerons éternellement, promettait Nina. Et lui ne pouvait que répéter:—Mes amis! Mes chers amis!Ah! la vie n'est pas rose tous les jours. ”
“ Sa voix tremblait; des larmes montaient à ses yeux, coulaient sur ses traits où se révélait son désespoir, tandis que ses mains s'agitaient convulsivement.—Par grâce, Valleroy, supplia Bernard, domine-toi, ou tu vas te perdre.—Et qu'importe! soupira le pauvre garçon... Pourquoi vivre si tante Isabelle meurt?—Pourquoi vivre? Ne suis-je donc plus rien pour l'ami à qui je dois de n'être pas mort de douleur et de misère? Pourquoi vivre! As-tu oublié ton devoir? Valleroy n'appartient-il plus à Malincourt? ”
“ Bernard et Valleroy, étant entrés dans la boutique, virent sortir de derrière ces amas de meubles un gros homme court et joufflu, avec une figure rougeaude et placide sous ses cheveux, gris ébouriffés, et vêtu d'un uniforme de garde national.—Le citoyen Grignan? demanda Valleroy.—C'est moi, répondit l'homme. Qu'y a-t-il pour ton service, citoyen?Valleroy fouilla des yeux la boutique, et, s'étant assuré que Bernard et lui s'y trouvaient seuls avec Grignan, il reprit à demi-voix:—Nous venons pour ce que tu sais.Grignan ne broncha pas. Son visage conserva sa placidité. ”
“ Elle n'acheva pas et demeura rêveuse, tandis que Bernard, pressant plus étroitement contre lui la petite Nina qui s'endormait entre ses bras, interrogeait Valleroy d'un air inquiet comme s'il craignait de comprendre le langage de tante Isabelle.—Si ce n'était cette enfant, que feriez-vous? s'écria Valleroy, tout à coup anxieux.Elle regarda le ciel bleu, puis les eaux aux vagues étincelantes, et murmura:—La mort, c'est la délivrance.—La mort! À votre âge! Quelle impiété! Il faut vivre, tante Isabelle, surtout maintenant que vous avez des amis... ”
Manoël de Grandfort,
Le Mari de Lucie. Le Soulier de Rosine…
(1877)
“ Nous ne sommes plus dignes de l'amour saint, nos lèvres habituées aux vins capiteux versés par elles, dédaignent l'eau pure qui jaillit de la roche, la trouvent froide et sans saveur, quoiqu'elle réfléchisse le ciel dans son pur miroir. Ah ! si j'avais une femme, je la voudrais chaste, un regard d'elle contiendrait plus d'amour que tout le voluptueux abandon d'une créature passionnée. V Octave de Valleroy était le fils unique d'une des plus charmantes femmes dont le monde parisien ait gardé le souvenir. C'était une grâce accomplie ”
“ Tout ce que tu voudras, Valleroy, sauf la prolongation de son séjour ici.—C'est bien, il partira, répondit Valleroy.Le même jour; il signifia à Joseph Moulette la volonté de Bernard.—Tu ne peux rester près de lui, dit-il. Ta présence lui rappellerait trop d'affreux souvenirs, et toi-même, tu comprendrais bientôt que tu n'es pas en sûreté dans une maison où tu as laissé des traces sanglantes.—Je partirai, puisqu'on me chasse.—On ne te chasse pas. On consent même à te garder tant que ta vie et ta liberté seront en péril. ”
“ Après avoir passé la soirée avec Nina chez tante Isabelle et fait une courte halte au café des Trois-Couronnes, Bernard et Valleroy, rentrés chez eux, s'étaient couchés et endormis. Vers 3 heures du matin, Valleroy fut brusquement réveillé. Il se souleva et prêta l'oreille. Un bruit de foule montait de la rue, dominé par des rumeurs confuses qui, d'abord lointaines, se rapprochaient et grossissaient avec rapidité. Il se jeta à bas de son lit, s'habilla en un tour de main, courut à la croisée et l'ouvrit. La rue était pleine de monde, et de toutes parts éclataient l'effarement et l'épouvante. ”
“ Quant à Joseph Moulette, assis avec eux, il s'abstenait de manger et de boire, et le regard dédaigneux dont il les enveloppait exprimait le blâme muet que leur intempérance mettait sur ses lèvres.—Voilà un drôle qui tient à ne pas laisser sa raison dans les pots, pensa Valleroy. C'est donc qu'il médite quelque crime. Attention!Comme pour justifier cette opinion, Joseph Moulette, en le voyant entrer, lui dit d'un accent de froide sévérité:—Tu as bien tardé, citoyen Valleroy!—Le temps m'était-il mesuré, citoyen Moulette?—Les citoyens t'attendent pour t'interroger. ”
“ Au lever du soleil, ils arriveraient à Paris, où Bernard et Valleroy entendaient commencer sur-le-champ les démarches qu'ils avaient en vue. Au mois d'octobre, les nuits sont déjà froides, et, ce soir-là, le vent soufflait avec violence, enveloppant hommes et choses de tourbillons d'une poussière sèche qui cinglait et rougissait le visage. Aussi les voyageurs ne s'attardaient-ils pas au dehors. ”
“ Alors, je me suis rappelé que ce château, son parc, les bois qui l'entourent offraient d'inaccessibles retraites. J'y suis venu dans la pensée d'y vivre caché. Mais, ce soir, j'étais exténué, affamé, couvert de meurtrissures. Quand, tout à l'heure, j'ai frappé à cette porte, au risque de rencontrer des hommes sans entrailles, capables de me livrer à mes ennemis, j'étais las de vivre, et la mort me semblait préférable aux souffrances que j'ai endurées. Heureusement, je t'ai trouvé et tu me sauveras.—Oui, je te sauverai, répondit gravement Valleroy. L'humanité m'en fait un devoir. ”
“ Tante Isabelle! Tante Isabelle!Un enfant qui pleure, ce n'est rien. Les conversations reprirent de plus belle; la rumeur bruyante recommença et l'incident fut vite oublié. Mais, au cri de Bernard, Valleroy était accouru. Il avait enlevé Nina, en faisant un signe aux soldats qui la gardaient, et maintenant, ayant regagné sa place auprès de Rigobert, il les interrogeait. ”
Manoël de Grandfort,
Le Mari de Lucie. Le Soulier de Rosine…
(1877)
“ Cet ami, ce doit être M. de Valleroy, quel autre que lui irait ainsi s'installer à Valavran ?... Cela veut-il dire que Francis va revenir ? Je crois qu'il le faudrait, mère, car notre chère Lucie s'en va lentement. Si elle pouvait crier, pleurer, cela lui ferait du bien ; mais non, elle reste là toute tranquille, pâle comme une morte, avec ses grands yeux fixes, sans parler ”
“ Dans la tourmente de cette affreuse nuit, Nina et tante Isabelle avaient disparu.Au moment où cette disparition mystérieuse venait d'être constatée, et comme le vidame d'Épernon et Valleroy se consultaient, se produisit non loin d'eux un nouveau mouvement de foule, une de ces furieuses poussées de peuple qui brisent tout sur leur passage. En même temps des clameurs plus bruyantes s'élevèrent. De toutes parts on n'entendait que ce cri:—L'ennemi! Voilà l'ennemi! ”
“ C'est dans toutes les classes sociales que la Terreur ramassait ses victimes.Bernard s'était jeté dans un coin et regardait, le coeur serré, ce triste spectacle, cherchant dans cette foule la chanoinesse de Jussac et tante Isabelle. Il s'étonnait de ne les avoir pas encore vues, quand, sur le seuil de la prison, apparut la chanoinesse, conduite par Valleroy. ”
“ L'escorte que tu commanderas se composera de cinq hommes. Tu vas les choisir toi-même parmi les bons. Vous partirez demain matin au petit jour.—Bien, mon colonel, répondit Rigobert.—À propos, ajouta le colonel Jussac, je te recommande le citoyen Valleroy et son neveu. Ce sont de braves gens en qui on peut avoir confiance.Rigobert enveloppa Bernard et Valleroy d'un regard de sympathie qui signifiait que la protection de son chef les rendait sacrés à ses yeux. ”
“ Alors c'est demain que la soeur du colonel Jussac aura des nouvelles de son frère, répondit Valleroy.Ce soir-là, Bernard fut long à s'endormir. La fièvre de l'attente le tint longtemps éveillé, et quand le sommeil vint enfin fermer ses yeux, ce fut pour le transporter au pays du rêve, pays aux horizons capricieux, tour à tour riants et sombres, selon que le coeur de l'homme est joyeux ou triste à l'heure où les portes s'en sont ouvertes devant lui. Le voyage de Bernard à travers ce pays fut cette nuit-là douloureux et accidenté. ”
“ «À la lanterne, les aristocrates!» Les flots de cette plèbe grouillante se grossissaient de tout ce qu'elle ramassait au coin de chaque rue, comme un fleuve qui se grossit sur son parcours des rivières qui lui portent leurs eaux. Bientôt, la rue fut trop étroite pour la foule, et on n'avança plus qu'avec lenteur. En cet instant, dans la poussée tumultueuse qui l'emportait ainsi que Bernard, Valleroy se trouva auprès d'un homme âgé, dont la figure lui inspira confiance. ”
Manoël de Grandfort,
Le Mari de Lucie. Le Soulier de Rosine…
(1877)
“ Quand j'étais seule avec maman en Italie, reprit-elle, j'étais heureuse, parce qu'elle était toujours occupée de moi. Nous sortions ensemble, nous causions comme deux amies. J'étais malade, et pourtant j'éprouvais un bien-être que je n'ai plus aujourd'hui, quoique j'aie recouvré la santé. Mais depuis que nous sommes ici, maman cause toujours avec ma soeur, vous avec elles deux, M. de Valleroy. – M. de Valleroy ?... – Avec tout le monde, excepté avec moi. Tu n'as pas les distractions de ton âge, dit Francis, voilà la cause de tes ennuis ”
“ Bernard, déshabillé par Rose en un tour de main, y fut couché. Mais il ne reprenait pas connaissance. Son immobilité, la pâleur de ses lèvres, ses mains glacées lui donnaient l'apparence d'un cadavre, et, sans les battements de son coeur qu'on entendait, en collant l'oreille contre sa poitrine, on aurait pu le croire mort.—Maintenant, il nous faudrait un médecin, dit Valleroy.—Est-ce prudent d'introduire un étranger ici? demanda Kelner. ”
“ Tout en se rapprochant, Valleroy répondit:—Dans la soirée, Monsieur le chevalier.—Encore douze heures, soupira Bernard; que c'est long!—Et ce sera bien plus long encore si vous ne vous armez de résignation et de courage, Monsieur le chevalier; si vous vous obstinez dans votre tristesse, au lieu de vous distraire!—Me distraire! Est-il donc possible de ne pas songer à mes malheureux parents? Me distraire! Quand ils sont emprisonnés, séparés de leurs enfants, privés de toute consolation!—Il faut se dire que leur captivité ne durera pas. ”
“ Ils n'altéraient pas la sérénité de l'existence et ne troublaient en rien le repos réparateur que goûtaient Bernard, tante Isabelle et Valleroy. Quand tombait la neige ou la pluie, ils restaient enfermés. Le travail, l'étude, les occupations usuelles remplissaient leurs instants. La pétulance juvénile de Nina les égayait. Dès qu'un rayon de soleil se montrait dans le ciel, on allait courir les bois. Le soir, à la veillée, devant les flammes dansantes sur les bûches énormes entassées dans la cheminée, on commentait les incidents de la promenade, à défaut de mieux. ”
