“ C’était toujours une aventure fort désagréable pour l’entourage de Verugna, lorsque celui-ci rompait avec sa maîtresse. Tant qu’il n’en avait pas trouvé une autre, il était grincheux, injuste, inquiet. Il renvoyait les rédacteurs, criait après les typographes, brutalisait tout le monde. ”
Citations sur “Verugna”
“ Elles voudraient bien. Les plus chics en ont quarante ou quarante-cinq. Mais, vous, patronne, vous ne ferez jamais des bêtises : on voit que vous vous plaisez ici. Moi, je n’aurais pas pu épouser quelqu’un. Emma lui parla de Verugna, de son journal. — Il lui plaît beaucoup, à Verugna, M. Farjolle, dit Joséphine. Vous pensez si je l’encourage... — Tu es bien mignonne et tu es une bonne fille. Un mot par-ci, par-là, ça aidera joliment. — Il a un drôle de caractère, Verugna, un caractère de fille : il aime qu’on reste avec lui, qu’on lui fasse la cour, qu’on rie quand il dit des blagues. ”
“ Farjolle ferma son bureau, incapable de travailler sérieusement et descendit sur le boulevard. Aller demander cinquante mille francs à Verugna lui paraissait maintenant une démarche délicate. Il étudia bien la question. Sous quel prétexte ? Avouer la situation grave où il se trouvait, c’était impossible. Non pas que Verugna fût un moraliste sévère ; mais il était de ces gens qui ne reculent pas devant une vaste canaillerie, devant un grand chantage, et qui sont impitoyables pour les pickpockets. ”
“ Radouci par cette parole, Verugna ajouta : — Dites tout de suite que c’est moi qui vous en ai donné l’idée. Joséphine, qui s’était mise à pleurer, s’écria : — Pour sûr, c’est toi. Je n’y pensais pas avant. — Toi, ma petite, fit Verugna en étendant la main, tu recevras tout de même une bonne paire de gifles. — Donne-la-lui, la paire de gifles, reprit Brasier, et que ce soit fini ! Tu fais le fanfaron, tu cries partout que tu te fiches pas mal d’être trompé par tes amis, et puis tu es comme les autres. Tiens ! tu as l’air d’un mari, pouah ! ”
“ Qui est-ce qui n’a pas crevé de faim ? Et Brasier haussait les épaules. Quelle manie de s’informer d’où venaient les gens qu’on fréquentait ? À cause de Verugna, lui et Farjolle se lièrent davantage. Brasier amusait Joséphine et il lui faisait la cour. Verugna, qui n’était pas jaloux, s’en « fichait » absolument. Vis-à-vis de la maîtresse du directeur, l’attitude de Farjolle était paternelle, familière, avec une pointe de respect. Quand Brasier et Verugna s’injuriaient « pour rire », il acquiesçait alternativement aux saillies de l’un et de l’autre. ”
Alfred Capus,
Qui perd gagne
(1900)
“ Farjolle . Mais le directeur de l' Informé , si brutal et si méprisant envers tout le monde , mettait un dilettantisme particulier à protéger un garçon qui n' était rien auprès de lui ; l' autre comprenait ce sentiment et se gardait d' étaler des projets ambitieux , un désir quelconque de sortir de sa position inférieure . « Il devait tout à Verugna ; sans lui , il crèverait la faim et trotterait du matin au soir pour attraper un louis de temps en temps , comme tant de courtiers de publicité , affamés et dépenaillés . Trouver sur sa route un homme comme Verugna , était une veine inouïe . » ”
“ Farjolle se confondit en remerciements. Une véritable aubaine pour lui ! Quand il avait affaire à de pauvres diables de courtiers, crevant la faim, Verugna ne se montrait pas trop féroce : souvent même il se laissait entraîner par de véritables mouvements de générosité. Mais il aimait qu’on le remarquât, qu’on le remerciât avec force démonstrations. Il ne devenait impitoyable qu’avec les industriels riches, les banquiers qui lançaient une affaire et avaient besoin de son journal. ”
“ Risquer leur position pour embrasser un homme entre deux portes. Qu’est-ce qu’elle deviendrait donc si Verugna la lâchait...? Elle, si jamais elle se décidait à tromper Farjolle, ce serait pour passer le temps, pour se distraire. Personne ne serait dans la confidence, ne la soupçonnerait jamais. Ça ne l’empêcherait pas de surveiller son ménage, d’aider son mari à sortir de la position précaire où ils se trouvaient. ”
“ Ah ! non, par exemple, tu es trop heureux au jeu. Je ne dis pas que tu triches, mais tu as dû avoir un ancêtre qui trichait... Tu triches par atavisme... Tu n’y es pour rien, toi, tu es honnête, c’est l’ancêtre qui est coupable. Verugna adorait ces façons-là. Tous les mois, Brasier rendait visite à la mère qui occupait, dans l’avenue des Champs-Élysées, un somptueux appartement avec quatre salons en enfilade où elle ne recevait jamais personne. Il l’aimait beaucoup, elle aussi. « Avoir eu un mari et un fils comme ceux-là, ce n’était pas d’une femme ordinaire, certainement. » ”
“ À cinq heures, elle était en fiacre à côté de Velard. Elle répondit machinalement : — Oui, je crois. Farjolle devint sérieux. — Par exemple, il y a un détail qui m’ennuie. J’ai la certitude que Joséphine trompe Verugna avec Brasier. Ils ne prennent même aucune précaution et à chaque instant ils s’embrassent ; dès que Verugna a le dos tourné, ils s’embrassent devant moi, sans se troubler. ”
Alfred Capus,
Qui perd gagne
(1900)
“ Au contraire , même il paraît , dit quelqu' un ... – Mettons qu' il soit un peu plat avec Verugna . Un détail exquis , tenez ! Verugna le tutoie et il ne tutoie pas Verugna . – Allons donc ! – Qu' est -ce que ça fait ? reprit Brasier , tout le monde a besoin de vivre . Jusqu' à ce moment , on n' avait jamais parlé de Farjolle , à la table du cercle . Il n' existait pas , étant un ponte quelconque , qui risque de temps en temps , au baccarat , un louis divisé en quatre pièces de cent sous . ”
Alfred Capus,
Qui perd gagne
(1900)
“ L' expérience de la spéculation lui manquait , tandis que Verugna possédait , outre l' expérience , des renseignements de première main grâce à sa situation de directeur d' un journal aussi puissant que l' Informé , et à la force d' un capital considérable . En le suivant , Farjolle jouait avec de belles chances . – Marchez , je me confie à vous entièrement . Je n' ai pas d' ambition , je ne tiens qu' à une chose : gagner quelques sous , par-ci , par-là , grâce à vos indications . ”
Alfred Capus,
Qui perd gagne
(1900)
“ Leur hilarité ne connut plus de bornes . Verugna surtout se tordait , avec des éclats de rire d' enfant devant la baraque d' un guignol . – Ah ! ah ! Farjolle à Mazas ! Ah ! ah ! j' ai tout de même de la sympathie pour lui . Si je les lui prêtais , les cinquante mille francs ? – Ce serait une solution , fit observer Brasier . – Oui , mais si je les lui prête , qui est -ce qui me prouve qu' il ne recommencera pas demain ? Et puis , mon cher , du moment que Farjolle n' est pas sérieux , il ne m' amuse plus : je lui ai rendu assez de services ... ”
“ Et elle ajouta : — Quand faut-il qu’il parte, Farjolle ? — Il faut qu’il parte demain matin. Et vous, Emma, vous, quand vous reverrai-je ? — Eh bien, demain, à deux heures de l’après-midi. — Chez moi. — Chez vous. VII Brasier et Joséphine se laissèrent pincer, bêtement. Ils étaient dans le cabinet de Verugna. Le directeur de l’Informé venait de sortir et Joséphine aussitôt se jeta au cou de Brasier. Verugna, qui avait oublié quelque chose, rentra. Ils n’eurent pas le temps de prendre une posture convenable. ”
“ Je le lui ai dit, à Brasier ; tu ne sais pas ce qu’il m’a répondu ? Il m’a répondu : « Mon cher, j’ai trompé Verugna avec toutes ses maîtresses, je ne vais pas faire une exception pour Joséphine, qui est une des plus gentilles. » Emma répliqua... — Dame ! si c’est son idée, à ce garçon ! Elle fut mécontente d’avoir été obligée de dire un mensonge à son mari : non pas qu’un mensonge choquât sa conscience, mais cela complique la vie, vous embarque dans des histoires où l’on se perd. Il faut inventer, chercher, se creuser la tête. ”
“ Moussac acquiesça : — Au fait, Farjolle me l’a encore rappelé l’autre jour. Je vais lui écrire un mot, il nous attendra à la gare. — Oui, Farjolle est un bon garçon, dit Verugna. Viens-tu, Brasier ? — Certes. — Nous partirons demain matin, si vous voulez Moussac, vous vous chargez de le prévenir ? — Oh ! pourquoi le prévenir ? reprit Joséphine. Il n’y aura peut-être pas de quoi déjeuner, ce sera bien plus gentil. Brasier blâma cette opinion. — Joséphine est toujours la même. S’il n’y a pas de quoi déjeuner, nous serons tous bien attrapés. ”
“ Peu à peu, Verugna se laissa aller à dire des choses légères et, comme Emma souriait, lâcha des mots très raides qui soulevaient des éclats de rire. Velard fronçait les sourcils, furieux du sang-froid d’Emma devant de telles grossièretés. Après déjeuner les dames voulurent monter en canot. — Je sais ramer, moi, je vous conduirai ! s’écria Joséphine. — Non, répondit Farjolle, ce ne serait pas prudent : il y a trop de courant. Il faut que quelqu’un vous accompagne. Velard offrit ses services avec empressement. L’arrivée de tous ces visiteurs l’exaspérait, Brasier lui semblait ironique. ”
“ Elle finit par y consentir, et ils mangèrent en tête à tête ; Letourneur lui raconta des histoires pour la distraire et elle écoutait attentivement pour ne pas réfléchir. Il lui parla de sa femme et de ses malheurs en ménage, lui fit le récit du flagrant délit, ce qui troubla Emma et l’intéressa. Puis il afficha un mépris énorme de toutes les femmes et de tous les hommes qu’elle connaissait : de Moussac, de Verugna, de Joséphine, de Noëlle, de Brasier... Emma en éprouva une joie véritable. — C’est un vilain monde, dit-elle. — Un monde stupide pour lequel vous n’êtes pas faite... ”
Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang (1878)
“ VEROLI, Verulum? v. de l'Italie centrale (Frosinone) , à la source du Garigliano, à 9 k. S. E. de Frosinone; 4000 hab. Évêché. VEROMANDUI, peuplade Belgique 2e, borné au N. par les Atrébates et les Nerviens, avait pour ch.-l. Augusta Veromanduorum. (St-Quentin) . Il laissa son nom au Vermandois. VÉRONE, Verona en latin et en italien, Bern en allemand, v. de Vénétie, ch.-l. de province, sur l'Adige, à 108 kil. O. de Venise; 60 000 hab. Ville forte, défendue par trois châteaux forts avec bastions et casemates; évêché, cour suprême de justice. La position est superbe, mais la ville est laide ”
Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang (1878)
“ La province de Vérone, entre le lac de Garda à l'O., le Tyrol au N., les prov. de Vicence et de Padoue à l'E., a 93 k. sur 40, et env. 300 000 h. Montagnes au N. Sol fertile, gibier, pêche lucrative. Cuivre, houille; marbre, albâtre et pierre à fusil ; terre verte dite Terre de Vérone, etc. Avant 1797, ce pays formait une des provinces de Terre-Ferme de la république de Venise. VÉRONÈSE (Paul CALIARI, dit) , célèbre peintre italien, né à Vérone en 1528 ou 1530, m. en 1588, était fils d'un sculpteur. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Vérone est comme une langue, allongée sur l’Adige verte. Les sombres collines montent en amphithéâtre, du fleuve même. Rome, ici, a donné le mot d’ordre et pris la garde sacrée : il faut que les Barbares soient chassés ou conquis. Un bon peuple latin, sobre de mœurs et abondant en paroles, vit au large entre les lèvres de l’Adige. Il est gai et alerte. Les yeux sont amoureux de la vie : les yeux éloquents sont la victoire de Rome sur l’épaisseur du Nord. Ce peuple rit fort dans une ville triste. ”
“ Quoi donc ! les esclaves n’ont-ils, pendant la préture de Verrès, fait aucun mouvement en Sicile ? N’a-t-on pas quelque complot à leur imputer ? Aucun du moins qui soit parvenu à la connaissance du sénat et du peuple romain, et au sujet duquel Verrès ait officiellement écrit à Rome. Cependant il se peut que, dans quelques bagnes d’esclaves, il y ait eu un commencement d’insurrection. Oui, j’en ai l’idée ; et ce soupçon est fondé moins sur quelque évènement connu que sur les actes et les décrets de l’accusé. Voyez combien je suis loin d’apporter dans cette cause les dispositions d’un ennemi. ”
Charles de Rémusat,
Un Voyage dans le nord de l’Italie
“ V. La route de Brescia à Vérone, admirable par ses points de vue, rappelle à chaque pas deux choses bien différentes, les Géorgiques et la guerre. Virgile, dans ses descriptions, s’inspirait des souvenirs de ces riantes campagnes, séjour de ses jeunes années, et nous sommes dans la région d’Arcole et de Rivoli. Le poète, qui vécut à Rome et qui mourut à Naples, était du nord de l’Italie. C’est là qu’il avait connu la vie des champs; c’était là et non dans le palais de Mécène que s’était formé son génie. Le sentiment des charmes de la nature respire dans ses tendres écrits. ”
“ Oui, Verrès, vous vous connaissiez sans doute ; vous saviez quelle était votre vie : pourquoi donc emmener avec vous en Sicile un fils qui portait encore la robe du premier âge ? Si la nature lui inspirait de l’éloignement pour les vices de son père, et l’empêchait de lui ressembler, vouliez-vous que la force de l’exemple et vos leçons ne lui permissent pas de dégénérer ? ”
Virgile,
Œuvres de Virgile (coll. Panckoucke…
“ Mais ni les riches forêts des Mèdes, ni les belles rives du Gange, ni l’Hermus et ses sables d’or, ni la Bactriane, ni l’Inde, ni l’Arabie, dont le sol produit l’encens, ne sauraient le disputer en merveilles à l’Italie. Les champs de l’Italie ne furent point, il est vrai, labourés par des taureaux jetant du feu par les narines ; jamais les dents d’un dragon n’y furent semées ; jamais une moisson de casques, de lances et de guerriers n’en hérissa les guérets. Mais des épis chargés de grains et le Massique cher à Bacchus abondent en ces contrées remplies d’oliviers et de joyeux troupeaux. ”
“ Sur le piédestal de celles qui lui furent érigées à Rome, nous lisons qu’elles ont été données par les communes réunies de la Sicile. Et pourquoi ? Pour ôter tout moyen de prouver que tant d’hommages ont été arrachés par la force. LXIV. Ici, Verrès, il s’agit pour vous de faire encore plus d’attention que dans l’affaire des laboureurs, à bien peser votre réponse : oui, la chose est encore plus embarrassante. Voulez-vous que nous regardions les Siciliens en masse et individuellement comme vos amis ou comme vos ennemis ? S’il faut que nous les croyions vos ennemis, que deviendrez-vous ? ”
“ Car c’est une chose constante que, Verrès sentant bien qu’il ne pouvait contenter à la fois les Siciliens et les Romains, s’est plus occupé pendant toute sa préture de ce qu’il devait à nos alliés, que de ce qui aurait pu le rendre agréable à ses concitoyens. Aussi ai-je vu en Sicile des inscriptions où il est appelé non pas seulement le patron de l’île, mais son sauveur. Que de choses dans ce mot ! Il est si expressif que la langue latine ne peut le rendre en un seul. ”
Alexandre Dumas,
Création et rédemption, première partie…
“ Mais la sévère Mme Roland, l'inspiratrice de son mari, même pour un danger de mort, consentirait-elle à recevoir chez elle la maîtresse de l'auteur de Faublas? Non.Chez Vergniaud? Mais Vergniaud n'était jamais chez lui. Tous ces hommes de la Révolution, sachant le peu de temps qu'ils avaient à vivre, essayaient de doubler leur existence par l'amour. Vergniaud ne serait pas chez lui; il serait chez Mlle Candeille, la charmante actrice, qui, dans son égoïsme, ne laisserait pas sortir son amant, de crainte qu'il lui arrivât malheur. ”
Paul de Musset,
Femmes de la Régence, par Paul de Musset…
(1841)
“ Ils tournèrent brusquement de la tyrannie à la plus extrême complaisance pour tous les désirs de la comtesse, et descendirent sans vergogne jusqu'à la flatterie. Madame de Verrue savait bien qu'ils ne l'aimaient point, et leurs caresses lui inspiraient autant de dégoût que leur méchanceté ; le coeur lui manquait à l'idée de vivre et vieillir au milieu de ces êtres lâches et détestables. Huit jours étaient à peine écoulés depuis que M. de Savoie était à Rivoli, lorsque les Verrue imaginèrent d'employer à leur profit le crédit de leur bru sur Son Altesse. ”
