“ Ce Richelieu, dont le docteur Ribaud regarde, pensif, rouler les flots, cette montagne qui se dresse devant lui, élevée en autel au-dessus de la plaine, ces ravins profonds, ces forêts immenses et superbes, n’ont-ils pas été les conseillers, — souvent les complices, — des actions éclatantes, des traits d’audace, de ces soifs de patriotisme et de dévouement que l’histoire a notées, depuis trois siècles, chez les habitants de cette région ? ”
Citations sur “ribaud”
“ De ces pères-là qui avaient inoculé à leurs enfants toute leur âme de patriote, tout leur courage, tout leur orgueil de Français, le vieux docteur Ribaud en était le type le plus ardent comme le plus parfait. Sa belle tête grisonnante, solidement plantée sur des épaules encore moins larges que son cœur, résumait tout l’homme. ”
“ Mes cheveux blancs me donnent le droit de te parler ainsi. — Oui, je le ferai pourtant... je m’agenouillerai, je me roulerai à ses pieds... — Madeleine, interrompit la voix indignée de François, songe que tu t’appelles Ribaud, et les Ribaud ne s’agenouillent jamais que devant Dieu... Je te le défends au nom de ton père... comprends-tu ?... au nom de ton père. C’est l’honneur, aussi, qui te le défend... — L’honneur ?... Mais je ne veux pas qu’il y ait de sang, je ne veux pas qu’il y ait de haine entre Percival et moi, entre sa race et la mienne... Veux-tu que j’aime ton ennemi ? ”
“ Autant que toi, Ribaud, je suis patriote, autant que toi j’aime ma nationalité, autant que toi je demande le triomphe des miens, mais en parlant comme tu parles, je croirais faire mentir mes sentiments de catholique que je place en dehors et au-dessus de tout autre sentiment. ”
“ Tout à coup on vit Gabriel Ribaud fouiller précipitamment dans ses poches, en tirer son crayon, choisir l’as de cœur dans le paquet de cartes étendues, y tracer son nom, puis enfilant brusquement dans la salle, l’œil en feu, tout droit parmi les assistants : — Ah ! les Canadiens n’ont point de tête, lieutenant, eh bien, ils ont du cœur au moins. ”
“ Pourquoi était-il, en réalité, si soudainement sorti de la chambre de sa fille, le docteur Ribaud ? C’est qu’il avait eu peur. Peur du regard cave et si triste de son enfant, peur aussi du regard complice de François constamment fixé sur lui. Il étouffait et il s’était sauvé. Maintenant assis dans son cabinet, il essuyait les perles de sueur qui l’inondaient, respirait plus à l’aise, comme allégé, en attendant que son instinct de père le ramenât auprès du lit de Madeleine. Ça ne tarda pas beaucoup. Un pas rapide qu’il entendit au-dessus de sa tête réveilla ses inquiétudes. ”
Eugène Sue,
Les Mystères du peuple
“ Foi de reine des ribaudes, j’étais toute glorieuse d’avoir ces princesses pour sujettes, en mes états de ribauderie ! Nous autres serves et vilaines, soit, c’est notre sort d’être folles de notre corps. Moi, par exemple, à treize ans le seigneur de Castel-Redon m’a violentée. En ces temps-là mon pauvre Corentin n’avait pas encore nargué le gibet ; alors serf des écuries du château, ce joyeux garçon me plut davantage que notre commun seigneur ”
“ Oui, « si contente »... Il l’est presque lui-même le docteur Ribaud, maintenant que, revenu de la surprise où l’a jeté cette quasi résurrection du capitaine Smith, il songe au salut de Madeleine. Mais à travers les lueurs de consolation qui illuminent son front, des idées sombres viennent se glisser qui le rembrunissent bientôt. Il lui semble qu’il se débat dans un cauchemar où tout s’embrouille dans une confusion impénétrable. Les tortures d’âme qu’il vient d’endurer s’effacent devant d’autres tortures. Tout à l’heure, Percival n’existait point. ”
“ Pourvu que nous ayons immédiatement sous la main une chaloupe, un canot, un radeau quelconque pour traverser la rivière, nous serons au poste. Le docteur Ribaud n’écoutait plus. Bientôt, relevant son regard profond sur François : — Écoute, François ; j’ai une autre idée dans la tête que tu n’as point, toi. Tu désires te battre avec ton courage et ton patriotisme, moi je veux me battre avec ma haine et mon patriotisme : ma haine de père, mon patriotisme de citoyen. Il y a, parmi les habits rouges que nous allons ajuster, un homme que je guette depuis longtemps et que je veux tuer. ”
“ C’est Viger et Leduc qui les guettent, et, un contre cent, c’est une proportion qui leur va à ces gaillards, se murmura en lui-même le docteur Ribaud. Et il refit dans son esprit toute la scène : Viger et Leduc à plat-ventre derrière un tronc d’arbre, leurs munitions à côté d’eux ; en face, de l’autre côté du ravin, devant le pont démoli, un détachement de soldats qui hésite, tâtonne, cherche à se garer des balles invisibles qui le déciment et ne réussit à riposter que contre des ennemis qui paraissent imaginaires. ”
“ Ce qu’il fait ainsi, à la nuit, le docteur Ribaud, ce qu’il prépare, ce n’est pas une drogue, ce n’est pas une opération chirurgicale non plus. L’histoire de cette époque héroïque nous l’apprend. Il fourbit ses armes, fond des balles, avive sa pierre à fusil, met en ordre tout son matériel de combat ; et quel matériel ! Ce sont là tous les préparatifs que firent les « patriotes, » ces pauvres grands cœurs, volontairement, sans calcul, sous le souffle seul de l’héroïsme et d’un dévouement sublime, pour lutter contre les canons rayés, les baïonnettes luisantes, les gibernes gonflées... ”
Philibert Le Duc, Vie et poésies du président Riboud… (1862)
“ Il y a aussi une famille Riboud à Besançon, qui était dans le Parlement ; une autre famille à Poncin, et d'autres à Lyon, à Neuville-sur-Saône et à Châtillon-lèsDombes, venant de Pont-d'Ain et Poncin. Toutes ces familles paraissent avoir une origine commune et sortir de Michel Riboud ou Ribaud (1) . Anthoyne Ribaud, fils de Michel, se maria en secondes noces le 13 novembre 1577 avec honorable Jane Luquin, de Cerdon, et mourut vers (1) Il existe encore des Ribod en Bugey; mais ceux ci paraissent nous être tout-à-fait étrangers. ”
Michel Ribaud,
Japonais et Ainos dans le Yeso…
(1897)
“ Il frappe du pied, grogne, hurle, adoucit, puis enfle de nouveau sa voix affreuse, dégaîne lentement son sabre ; il le fait tournoyer autour de sa tête et le remet dans son fourreau, il avance, recule, se trémousse, frappe du pied avec un redoublement d'énergie... ”
“ Ça n’existe plus aujourd’hui, vraiment, ces vieux gentilhommes sans autre blason que celui de leur noblesse d’âme. Bien que jeunes nous sommes déjà apathiques, anémiés, nos épaules sont faites au joug, et les belles vertus qui bouillonnaient autrefois chez nos ancêtres ne nous ont laissé que des scories. Le docteur Ribaud était veuf. Il partageait son amour sans borne entre deux enfants, une fillette de quinze ans, Madeleine, dont il faisait l’éducation lui-même, et Gabriel, un charmant garçon de vingt ans, doublure parfaite, physique et morale, du père. ”
Anonyme, La Science pratique des filles du monde (1755 ou 1789)
“ Quoiqu’il en soit, en supposant que votre galetas soit meublé de six garces, pour qu’un ribaud fasse sur chacune l’épreuve des quarante manières, il faut de toute nécessité, et, par une multiplication très-simple qu’il fasse le tracas deux cent quarante fois. ”
“ Ah ! que son pouls et sa respiration étaient rapides... Il courut précipitamment chercher un flacon d’éther, une cuiller, prépara une potion qu’il essaya de faire pénétrer entre les dents serrées de son enfant ; ce fut inutilement ; elle en absorba à peine quelques gouttes. Le docteur Ribaud eut un froncement de sourcil qui indiquait sa mortelle inquiétude. C’était sa Madeleine adorée qui était là devant lui, les cheveux épars, l’œil atone, la figure convulsée, sans un mot, sans un signe qui répondit aux caresses dont il l’enveloppait. ”
“ Ce qui donnait ainsi l’illusion de coups de fusil, c’étaient les vigoureux et nombreux coups de hache des patriotes qui préparaient leurs retranchements et dont le son se répercutait très loin dans la sonorité inoubliable de cette après-midi si sereine. Ces craquements sourds qu’ils entendaient, c’étaient les arbres de M. Débartz qui s’abattaient et s’entassaient les uns contre les autres, en manière de rempart. Ceci reconnu, le docteur Ribaud examina leur propre position. ”
“ Mais là, devant l’abbé qui avouait tout connaître, — c’était donc évident, alors, que l’amour de Madeleine pour Percival Smith existait, — il eut à envisager une réalité bien définie, et cette réalité lui apparut terrible. Le docteur Ribaud avait connu à ses vingt ans ce qu’était l’amour, il en avait senti les chaînes si douces et si fortes à la fois, c’était ces chaînes qu’il voulait rompre ; il avait lui aussi pleuré à propos d’un mot, d’un rien, c’était des larmes semblables qu’il pensait à réveiller chez Madeleine ”
“ Le vieil abbé avait calculé le coup qu’il allait porter ; mais l’amitié sincère, l’admiration sans borne qu’il avait pour son ami le docteur, ne l’avaient pas laissé hésitant une minute devant cette chose navrante qu’il venait de constater : une enfant qui met sur le compte d’un excès d’orgueil tout ce qu’il y a de tendresse généreuse, de dignité admirable et fière dans le cœur de son père. Et cette enfant, c’était Madeleine, ce père, le docteur Ribaud. ”
“ En tuant Percival, ta balle, dans un terrible ricochet, a du même coup dangereusement atteint Madeleine... Pauvres enfants !... Voilà que je les plains tous les deux ;... tous les trois, plutôt,... car je te plains, toi aussi. — Grâce, mon ami. Ah ! ne m’accuse pas des souffrances de Madeleine... Je n’ai voulu faire que mon devoir. — Ton devoir,... en es-tu bien sûr, Ribaud ? Puis, en quoi avait-il manqué au sien, celui que Madeleine devait, il me semble, protéger à tes yeux comme un rempart ? — Michaudin... comment me parles-tu ? — Je te parle en homme de cœur. Je sais pardonner. ”
Michel Ribaud,
Voyage du jeune Stanislas au Japon…
(1929-1935)
“ Le grand barde, qui composa la première épopée en langue moderne, fut persécuté toute sa vie et mourut abandonné dans la plus grande misère. L'épreuve et la persécution sont une des rançons de la gloire. ”
Anonyme, Dom Bougre aux Etats-généraux (1791 (Dom Bougre ; vers 1870 (La sultane))
“ Autre ruse, quand la putain a reçu l’argent pour foutre ou branler, elle demande de l’argent pour se mettre toute nue, ou pour donner le plaisir de Marseille, c’est-à-dire mettre le doigt dans le cul ; elle importune le ribaud, tout en le branlant, elle le distrait par ses propos, elle donne mal le coup de poignet, et si ce n’est pas un homme ferme qui ne se laisse point gagner, et qui lui dise, branle, branle, ou bien allons, fous-toi là, elle le tient dans les angoisses un quart-d’heure, et il est tout surpris de se trouver fatigué avant d’avoir fini. ”
“ Qu’il avait donc durement payé les moments de bonheur qu’il avait eus dans sa vie. Comme tout lui avait menti. Il s’était fait un point d’orgueil et d’honneur d’aimer sa famille et son pays ; ces sentiments si nobles, qu’il avait fièrement affichés, lui avaient menti comme le reste. Sa torture avait été plus douloureuse, ses angoisses plus poignantes, le fiel bu plus amer, justement parce que son cœur avait été meilleur, son âme plus généreuse, son patriotisme plus ardent. Sa conscience ne lui reprochait rien, non, rien,... pas même la mort de Percival. ”
“ Malgré le temps humide et froid, Madeleine ne s’aperçoit point qu’elle n’a qu’une légère mante aux épaules, que des escarpins aux pieds, qu’elle est presque tête nue ; mais elle va quand même, empressée, malgré le vent qui siffle et le brouillard qui englue le trottoir. ”
“ Puis c’était encore des rêves fous, des effrois aussi qui l’oppressaient soudainement, des suppositions fantastiques qu’elle imaginait ingénument dans son âme de dix-huit ans. Qui n’a pas pareillement rêvé ? Qui n’a point ressenti cette étrange ivresse ? Qui n’a pas aussi connu le poids de cette oppression plus lourde à porter que le rocher de Sisyphe ! Oui, pas un vingtième printemps qui ait échappé à cette fournaise. ”
“ C’est avec une émotion encore vibrante qu’il m’en a répété chacun des détails : Ce pauvre Gabriel foudroyé à la première balle ; mon père, affolé de douleur et de colère se précipitant au même moment sur la scène ; l’abbé Michaudin complètement atterré ; Percival lui-même, bien que témoin adverse, empoigné jusqu’aux larmes en face de cet héroïque enfant, tout à l’heure la jeunesse et la vie, déjà cadavre, qui venait avec tant de grandeur d’âme sacrifier les illusions de ses vingt ans à ce qu’ils appellent l’honneur. ”
“ Elle sentit qu’il se brisait quelque chose dans son cœur... Il lui monta aux lèvres une suppliante invocation où se traduisait tout son désespoir, tout le bouleversement de son âme. — Mon pauvre curé, soupira-t-elle, si vous saviez, si vous compreniez combien je suis malheureuse. — Jamais je ne t’aurais appris ces choses, reprit le curé en lui tenant les mains dans les siennes, mais ma pauvre Madeleine, c’était mon devoir de le faire et tu en serais morte que je n’aurais pas reculé. Il vaut peut-être mieux que tu souffres... la souffrance aussi grandit l’amour. ”
Michel Ribaud,
Japonais et Ainos dans le Yeso…
(1897)
“ Seuls, de légers nuages brillants, épars çà et là, se détachent de la grande coupole bleue du ciel. Le petit phare blanc étincelle plus que jamais sur son rocher, sous le gai soleil du matin. Les collines vertes qui enserrent Uragawa frissonnent sous la brise. ”
“ Comme je me serais battu joyeusement, follement, sans aigreur, sans colère vis-à-vis de mes adversaires, sans doute, mais bien déterminé à me faire tuer. — Ne dites pas ça, Percival, je vous en supplie. — Non, je ne le dis plus, Madeleine ; j’ai d’autres pensées en mon âme ; je veux maintenant un lendemain, un éternel lendemain, où le rêve s’évanouira pour faire place à la réalité ; où la fée sera remplacée par vous, par toi, Madeleine... Veux-tu qu’il existe ce lendemain, Madeleine ?... Dis, le veux-tu. ”
“ Madeleine avait pris une expression de joie soudaine sous le long regard doux et bon de Percival, et Gaston n’aurait déjà pas pu la lutiner sur la rêverie ennuyée qu’il avait remarquée il y a un moment chez elle. Car chez ces femmes si vite abattues aussi vite relevées, dont le cœur vibre à la moindre émotion, il s’établit un courant instantané entre leur état d’âme et leur physionomie. ”
“ Ou plutôt, comment l’amour est-il constitué qu’il résiste à tout autre sentiment ? Car, dans tout le désordre de mes idées, une chose reste encore nette, mon amour. Et quand j’entends éclater à mon oreille ces imaginaires coups de fusil, mon cœur bat plus vite et plus fort à chaque détonation ; j’en subis comme un choc qui me secoue, comme si j’étais atteinte par les balles moi-même. « Franc, loyal, brave, généreux, si je puis être tout ça, m’a-t-il dit, je vous obéirai. » ”
“ Madeleine ; rien que ça : Madeleine. Mais à travers le papier, il y lit un appel éperdu de détresse. Sans peur, bravant toutes les colères, décidé à toutes les audaces, résigné à toutes les insultes, il accourt vers elle... Car Madeleine... c’est sa fiancée devant Dieu, devant sa conscience. Il entend les battements désordonnés de son cœur dès qu’il entrevoit parmi les arbres certaines fenêtres, si mornes, si tristes à voir à présent, dernièrement si gaies, où du Fort, il puisait à chaque instant du jour, de son regard projeté, tout le baume enivrant qui avait adouci sa vie de soldat. ”
“ C’est la lampe qui veille toujours, la lampe qui perce de ses rayons les consciences les plus sombres ; c’est la lampe qui éclaire les âmes ballottées dans la nuit ; c’est la lampe qui chasse les ténèbres devant les désespérés de la vie ; c’est la lampe qui découvre aux meurtris de la route à ceux qui se sont déchirés, écorchés, aux ronces et aux cailloux du chemin, les véritables clartés, et Madeleine était venue s’adresser à elle. — Faites, mon Dieu, dit-elle, que Percival... ”
