“ Dites-lui qu’aujourd’hui j’erre dans la campagne, Mes flèches sur le dos, et mon arc à la main ; Dites-lui que, couvert modestement d’un pagne, Je cherche le dîner que je cuirai demain. A celle que j’aimais dans votre ville sombre, Dites que ma négresse, à l’heure du soleil, En plein midi, debout pour me faire de l’ombre, Se tient en souriant et guette mon réveil ; Dites-lui qu’au retour elle n’est jamais lasse ; Que je suis son seigneur ; que son amour est tel, Qu’elle porte gaîment sur l’épaule ma chasse, Tandis que je la suis en mâchant du bétel. ”
Ernest d' Hervilly
Élements biographiques
Ernest d'Hervilly, auteur du XIXe siècle, se distingue par une prose acérée et poétique qui explore les subtilités de la vie parisienne, les relations sociales et l’âme humaine. Son œuvre, marquée par l’humour et la mélancolie, se déploie dans des récits comme Mesdames les parisiennes ou Contes pour les grandes personnes, où l’urbanité se heurte à l’absurde.
À travers Histoires de mariages ou Aux femmes, il révèle une sensibilité à la fois satirique et douce, ancrée dans une observation fine des mœurs. Son style, oscillant entre le réalisme et le symbolisme, résonne avec les traditions du récit populaire tout en affirmant une originalité narrative.
Citations de Ernest d' Hervilly
Ernest d' Hervilly, Mesdames les parisiennes (1875)
“ Je vous aimais, ô ma correspondante, épouse résignée d'un mari atrabilaire, blanchi sous des harnais divers, et que l'inclémence de la goutte poussait fréquemment à l'oubli des plus simples devoirs. Je vous aimais, et, comme dit Toppfer : « Ceux qui croient qu'un amour d'écolier, pour être sans espoir et sans but, n'est pas vif et dévoué, ceux-là se trompent. » Oui, je vous adorais ! Le visage charmant de l'honnête jeune femme d'un époux vieux a de ces pâleurs et de ces mélancolies révélatrices qui vous prennent au cœur. Le veuvage d'une âme ne peut se cacher. ”
Ernest d' Hervilly, Contes pour les grandes personnes (1874)
“ Tremblevif descendit le Chemin du Moulin, traversa un pont de pierre, et vit, entre des saules difformes, gibbeux, semblables à d'énormes faucheux aux longues pattes, la Bièvre, luisante comme de l'ébène polie, qui décrivait des circuits nombreux. Il se trouvait alors près du bassin de la Glacière. Le temps qui s'écoula entre le moment où le désespéré peintre, gelé, harassé, somnolent, pénétra dans la vallée hideuse, et l'instant où, obéissant aux lassitudes de son corps et de son âme, il se laissa tomber sur la terre, au pied de hauts peupliers, ne peut s'évaluer. ”
