Jean Des Érables

Élements biographiques

Jean Des Érables La Guerre de Russie

L’homme, au moins celui qui a le cœur à la bonne place, éprouve le besoin d’aimer. L’amour lui est nécessaire comme l’eau au poisson, comme l’espace à l’oiseau, comme l’air aux plantes. Celui qui n’aime pas, qui ne pardonne pas, qui n’oublie pas les offenses, celui qui sait vivre dans l’abondance alors que son frère courbe la tête sous le poids des misères humaines, celui qui laisse pousser l’herbe entre sa demeure et la demeure de ceux qui lui sont unis par les liens du sang, celui-là ne doit pas se dire chrétien... J’éprouve pour lui moins d’estime que pour les Cosaques !...
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Jean Des Érables La Guerre de Russie

Je finis cependant par m’endormir, pour m’éveiller une heure après, transi de froid et en proie à une faim atroce.
À la lueur vacillante d’une petite lampe fumeuse, je vis un soldat d’infanterie, couché en face de moi, mangeant avec mille précautions, en gourmet égoïste qui craint d’être sur pris, une grosse tranche de lard étendue sur un énorme morceau de pain.
L’eau me vint à la bouche, et j’eus comme un éblouissement.
Me levant vivement, et mettant quelques pièces de monnaie sur ma main étendue, je m’approchai de l’homme aux provisions.
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Jean Des Érables La Guerre de Russie

La mort les guette : elle saisit impitoyablement ceux qui s’arrêtent. Il y en a qui tombent ; ils ne cherchent même pas à se relever. Maintenant ou un peu plus tard, n’est-ce pas la même chose ? Les morts ou les mourants n’excitent plus même la pitié. Un corps étendu sur la route glacée est un obstacle ou un jalon, rien de plus.
Le sombre désespoir étreint tous les cœurs.
Eh bien ! je ne veux pas m’arrêter à ces lugubres pensées... Je veux marcher, marcher toujours, revoir mon pays, embrasser ceux que j’aime, puis retourner au régiment et revenir ici pour venger mes compagnons d’armes.
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