Jean Des Érables

Résumé

Jean Des Érables La Guerre de Russie

Je finis cependant par m’endormir, pour m’éveiller une heure après, transi de froid et en proie à une faim atroce.
À la lueur vacillante d’une petite lampe fumeuse, je vis un soldat d’infanterie, couché en face de moi, mangeant avec mille précautions, en gourmet égoïste qui craint d’être sur pris, une grosse tranche de lard étendue sur un énorme morceau de pain.
L’eau me vint à la bouche, et j’eus comme un éblouissement.
Me levant vivement, et mettant quelques pièces de monnaie sur ma main étendue, je m’approchai de l’homme aux provisions.
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Jean Des Érables La Guerre de Russie

La mort les guette : elle saisit impitoyablement ceux qui s’arrêtent. Il y en a qui tombent ; ils ne cherchent même pas à se relever. Maintenant ou un peu plus tard, n’est-ce pas la même chose ? Les morts ou les mourants n’excitent plus même la pitié. Un corps étendu sur la route glacée est un obstacle ou un jalon, rien de plus.
Le sombre désespoir étreint tous les cœurs.
Eh bien ! je ne veux pas m’arrêter à ces lugubres pensées... Je veux marcher, marcher toujours, revoir mon pays, embrasser ceux que j’aime, puis retourner au régiment et revenir ici pour venger mes compagnons d’armes.
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Jean Des Érables La Guerre de Russie

Au moment où nous quittons la forêt, nous nous trouvons devant une plaine immense, dont la blancheur blesse la vue. Le vent souffle avec plus de violence que jamais, poussant devant lui de gros nuages gris d’où se détachent des tourbillons de neige. C’est une vraie tempête.
Au loin une petite colonne de fumée indique la présence d’êtres humains. Sont-ce des ennemis ou des fugitifs comme nous ?
Marchons toujours...
Le caporal trébuche à tout moment. Les lambeaux de drap qui entourent ses pieds meurtris se détachent continuellement et la neige se colle à ses plaies saignantes.
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