“ Ce qu’il y a de poignant, c’est le fou persécuté. Sa folie ne lui laisse pas de répit. Elle le tenaille, le poursuit, le torture. La nuit on le guette, on l’espionne, on l’insulte. « On » ou « ils » sont ses ennemis ! Ils sont dans le plafond, dans le mur, dans le plancher. — Dans le réduit à charbon vous le voyez tout noir, qui m’envoie des ondes ? On ne cesse de s’occuper de lui, on le frappe, on le pince, on le martyrise par l’électricité, le fer, le feu, la nappe d’eau, les gaz. Il se bouche les yeux, les oreilles, le nez ; en vain ! Il voit toujours ses persécuteurs. ”
Albert Londres
Résumé
"Chez les fous" d'Albert Londres, publié en 1923, plonge dans l'univers des asiles psychiatriques de Toulouse, à travers le regard du psychiatre Dide et les destins de patients comme Isoard. L'œuvre explore la folie avec une acuité critique, dénonçant les traitements brutaux et les incertitudes diagnostiques.
À travers des témoignages poignants, Londres interroge la frontière entre santé et maladie, mettant en lumière la souffrance humaine derrière les étiquettes médicales. La conclusion souligne l'incapacité des psychiatres à distinguer folie et lucidité, révélant les limites de la science face à l'âme.
Citations de Chez les fous (Albert Londres)
“ Il y a un géant qui est Danois. Les langages d’Europe, d’Orient et d’ailleurs s’entrecroisent. On dirait la fête au pied de la tour de Babel. On ne les a pas tous ramassés sur place. D’aucuns ont traversé la mer en état de folie officielle. L’Algérie n’a pas d’asile, ni la Corse. On expédie ces fous dans le Sud de la France. Mais la Corse abuse. Ses fous ne sont pas tous authentiques. Un vieillard va-t-il déclinant, on lui dit : « Écoute, tu n’es pas riche, on va t’envoyer sur le continent ; tu seras nourri et logé dans une grande maison, belle comme la caserne de Bastia ! » ”
“ La folie est semblable à ces chapeaux de prestidigitateurs, qui ont l’air d’être vides et d’où l’artiste extrait sans effort, cent mètres de ruban, une valise, un bocal de poissons rouges, deux poules de Houdan et la tour Eiffel, grandeur naturelle ! À quel moment un aliéné cesse-t-il d’être aliéné ? Là, nous entrons dans un brouillard de poix. Deux psychiatres se disputant un malade prouveront chacun avec évidence, l’un que le malade est sain, l’autre que le malade est fou. C’est un pic de la science encore mal exploré. ”
