“ Vers la mer où le ciel à l’aurore s’abreuve Et boit, comme en un vase étincelant, l’azur. Parfois il faut aussi l’effort à la pensée, Mais le courant du rêve est invisible et sûr : L’âme vers l’infini va, lentement bercée. ”
Résumé
“Les Souvenirs”, est une œuvre de Albert Mérat. Des thèmes tels que rides déprime y sont abordés.
Citations de Les Souvenirs (Albert Mérat)
“ Malgré le froid, le ciel est en fête, et l’azur, Pâle encore, adoucit la lumière adorable ; Penché sur l’horizon, le soleil favorable Se répand et ne laisse aucun détail obscur La colline, montrant au loin sur un fond pur Le profil dépouillé d’un saule ou d’un érable, Abrite des maisons blanches, et sur le sable De la grève un vieux banc se chauffe près d’un mur. ”
“ J’ai besoin de trouver les étoiles charmantes ; Que me serait leur ciel si je ne t’aimais pas ? A ton tour aime-moi : rêve aussi ce doux songe ; Ou, si tu ne peux pas, donne-m’en le mensonge : Je sais croire, et je puis être heureux de ma foi ! ”
“ Il faudrait, pour quitter la ville, un vieux bateau ; Suivant l’eau lentement, sans voiles et sans rames. Sur des nuages blancs, aussi blancs que des femmes, Le ciel d’été, l’azur étendrait son manteau. ”
“ Est petite, et sa grâce entière peut tenir Aux marges d’un sonnet : un rêve, une hirondelle ! A peine elle a posé légère sur mon cœur... J’indique des traits fins mais dans un frisson d’aile, L’oiseau frêle m’échappe avec un cri moqueur. ”
“ Demeure droite et tremble à peine dans la main. Le plaintif Océan, d’où monte un râle humain, Jette aux pierres du quai son amère rosée. Elles regardent l’eau, car la lame apaisée Peut grossir, et l’homme est en mer jusqu’à demain. ”
“ C’est la terre sans fleurs de pourpre et sans décor, Le champ dur qui nourrit les bras et leur résiste. Septembre dans le ciel a mis sa pâleur triste, Et le soir au couchant se lit en un trait d’or. ”
“ Pure et blanche aux reflets du grand soleil couchant, Comme dans les tableaux la Vierge agenouillée, Elle hâte du doigt la lente quenouillée, L’œil pensif et la tête avec grâce penchant. Près d’elle son chien dort, grondeur et point méchant. ”
“ Moins utile qu’aimé, vieilli comme sa gloire, Mais d’un attrait pareil à celui d’une histoire, Le clavecin repose, immobile et muet. L’œil avait des lueurs et le cœur remuait A l’entendre. Égayant la grande glace noire, Il montre avec orgueil quatre octaves d’ivoire Qu’usa de son pas grave et lent le menuet. ”
“ Que votre paix sereine adoucit le retour De ses vieilles douleurs à l’âme mal fermée. Vous êtes la nature impassible qui naît, Meurt et revit sans nous parler, que seul connaît L’œil qui sait les anneaux mystérieux des chaînes. ”
“ Parmi les visions de l’étourdissement ; Pendant qu’avec la joie extrême d’un amant Je froissais d’un cœur las et d’une main pâmée L’étoffe frémissante et la chair embaumée, Mon sang montait plus lourd à chaque battement. ”
“ Heureux du grand soleil, le cœur bon d’être aimé, Causant à deux durant les jours pleins de lumière. Aucun art n’embellit la petite maison, Rien n’en trouble la paix c’est presque une chaumière, Et la vieille romance avait pourtant raison. ”
“ Un jour que le soleil piquant et clair grisait Les moineaux francs criant par terre et dans les banches, Elle me proposa d’aller tous les dimanches Cueillir avec l’amour la fleur qui lui plaisait. ”
“ Et tant qu’elle a brillé sur moi, je l’ai suivie. Ainsi mes jours passaient sans but et sans envie Puis vint l’été ; ce fut un triste lendemain. Je ne vis plus l’étoile au doux regard humain, Et la sérénité du ciel me fut ravie. ”
“ Et qu’au sein de vos flots soulevés ou dormants La raison ait tué la chimère sacrée, Au fond de votre abîme impénétrable et bleu, L’âme malgré soi cherche et regarde attirée Si dans cet autre ciel on ne verrait pas Dieu. ”
“ La bonté du soleil n’apaise pas nos yeux. Nous avons les prés clairs où l’eau met des buées, Les collines aux plis charmants continuées En des bandes couleur de perle au bord des cieux ; Nos chênes sont si hauts, si vaillants et si vieux Qu’ils connaissent la foudre et parlent aux nuées. ”
“ Le passé de son aile invisible m’effleure, Et dans l’illusion évoque le réel. La blanche image a pris sa place accoutumée ; Le mot court en riant sur la lèvre embaumée ; Les yeux profonds et clairs s’ouvrent comme le ciel. ”
“ Dont le grand soleil d’août ensanglante les yeux. Elle est plus dangereuse ainsi ; mais, pour nous prendre, Il faudrait que le ciel fût moins silencieux ; Il faudrait que le bois ne sût pas nous défendre. ”
“ Aux coups vifs des battoirs se mêle le fracas Que fait le flot, et c’est une forte harmonie. Comme devant l’autel sur la dalle bénie, A genoux sur le roc, les pieds nus et nu-bras, Les filles aux yeux clairs ne vous regardent pas, Et leur visage est pur comme la mer unie. ”
“ Fait trembler sur les murs une bande azurée. La bonne odeur de l’eau monte avec la marée. Des hommes dont le cœur brave en toutes saisons L’Océan, qui jamais ne donne ses raisons, Passent, l’écoute aux mains et la tête assurée. ”
“ Des barques de pêcheurs semblent en longue bande Un vol silencieux de blancs oiseaux de mer. Tout est calme. Le vent retient son souffle amer Et la lune au couchant se lève toute grande. C’est ici-bas que sont les paradis charmants. ”
“ Du matin frissonnant les frêles mousselines. Les champs, l’eau, les forêts graves et sibyllines, Toute la terre vibre éprise de clarté. Le chœur universel des bêtes a chanté, Les mâles forts auprès des femelles câlines. ”
“ Sort du fleuve, et les joncs lui font un frais berceau. Le froid soleil d’hiver, qui ne fait rien éclore, Glisse sur les coteaux dans sa pourpre incolore, Comme un hôte ennuyé prompt à gagner le seuil. ”
“ Des bruits vivants du jour la terre n’a gardé Que le vague frisson des feuilles entr’ouvertes. C’est un cadre incertain de rêves allemands, Un linceul de clarté bleue et de flots dormants, Où la nature a froid comme une ensevelie. ”
“ Tiède du souvenir des occidents vermeils, La nuit sur les coteaux palpite immense et bonne. Elle est comme la mer un vent d’aile y frissonne ; Leur couleur est semblable et leurs bruits sont pareils. ”
“ Le trait fin des maisons, les branchages de cuivre Où le pâle soleil glisse un regard sournois. Décalque compliqué comme une broderie, Dont le caprice peut tenter la rêverie D’un poëte amoureux ou d’un peintre chinois. ”
“ LA LISIÈRE DU BOIS La lisière du bois suit le petit chemin D’ocre jaune, où tout pli rit d’une graminée. La pente, pleine d’air, est comme illuminée D’un lever d’ailes d’or, de soufre et de carmin. ”
“ Le regard sans rayons qui fixe ses prunelles Vers la foule parfois s’abaisse, fier et lent. Sa tête, qu’un front bas et sans rides déprime, N’a pas l’amer souci de l’idée, et n’exprime Que la félicité d’un grand lion dispos. ”
“ Je tends vers l’inconnu les forces de mon âme. Je voudrais secouer mes ailes, et je pâme A rencontrer partout l’ombre devant mes pas. Les étoiles où vont les rêves d’ici-bas Ne peuvent point m’ouvrir le secret de leur flamme ”
“ Lui donne l’air plaisant d’une petite vieille Dont le nez serait rose et les cheveux au vent. En long fichu pareil à celui des grand’mères, Elle saute à cœur-joie, et les vagues amères Posent sur ses pieds nus leur froid baiser mouvant. ”
“ Sur les verres tremblant au fracas des chansons, Les chandelles coulaient, jaunes comme des cierges ; Et, hautes en couleurs, moins prudes que des vierges, Les ribaudes servaient aux hommes d’échansons. ”
“ L’air donne le frisson comme un breuvage amer. Le jour est morne, éteint, et prend des tons de cuivre. Les moineaux, pépiant de froid, se laissent suivre, Et, s’envolant, font sur la brume un vague éclair. ”
“ LES SARDINIÈRES Quand le travail s’arrête et quand finit le jour, L’obscur logis s’éclaire et la vitre étincelle. Vers l’âtre où le souci des mères les appelle Elles pressent le pas et hâtent le retour. ”
“ L’ADIEU Quand elle part, sa grâce invente des retours Charmants, un gant laissé, la fenêtre mal close ; « Elle avait oublié de dire quelque chose... » C’est toujours puéril et c’est exquis toujours. ”
“ LA LETTRE Chère épave d’amour ! Se peut-il qu’on oublie ! Oh ! ne laissez jamais le doux être adoré, Pleurant et souriant, dire : « Je reviendrai. » Ceux-là qui s’étaient joints, l’absence les délie. ”
“ L’ombre des hauts tilleuls dépouillés et tremblants. Les oiseaux sont partis vers les tièdes provinces ; Il gèle ; et l’azur pâle, entre les rayons blancs, Semble un rire forcé plissant des lèvres minces. ”
“ Les filles du pays, blanches, baissant les yeux, Et murmurant une hymne à la vierge Marie. Et derrière le chœur des lévites d’Armor, Viennent silencieux et plus graves encor Les vieux hommes bretons aux longues chevelures ”
“ Et l’artiste n’a pas laissé de signature. Les vieux portraits, ce sont les morts tendres et doux Qui nous aiment toujours et viennent parmi nous Réveiller sur leur lèvre endormie un sourire. Ils ont la gravité des choses d’autrefois... ”
“ Mais loin d’ici, dans l’Inde, ou prés d’un fleuve en Chine. L’air bleuirait sa tour de porcelaine fine, Portant comme un bouffon des clochettes au cou. La maison que je veux serait celle d’un fou, Sans chemin pour aller à la maison voisine. ”
“ Ils entrent dans Paris par l’ancienne barrière ; La corne de leurs pieds fait les pavés sanglants ; La salive leur pend au mufle en filets blancs ; Les chiens lâches et vils les mordent par derrière. ”
“ Montait, luisant au bord du bois couleur de fer. Tu manquais à mon bras, mignonne ; et ton pied cher A qui marcher fait mal et qui n’a pas coutume D’aller loin, sur la bande étroite du bitume Ne faisait pas crier le sable fin et clair. ”
“ LA LAIDE Petite, à son école, elle marchait à l’aide D’un bâton, tant étaient débiles ses genoux. Les enfants, qui sont durs et méchants comme nous, Riaient. Pour s’amuser ils l’appelaient : la laide. ”
“ Et vers le ciel étend ses branches avec force. Son tronc noir se roidit musculeux comme un torse, Et son cœur dépouil1é ferait un bon cercueil. Il a l’air de porter l’empreinte d’un long deuil, Et l’âge a sillonné profondément l’écorce. ”
