Résumé

B. Descubes Revue des Deux Mondes tome 28, 1915

C’est la seule fois que j’aie vu des troupes évoluer sur un coin de champ de bataille. L’infanterie se replie derrière une petite éminence ; l’ennemi ne cesse pas son feu, d’ailleurs peu efficace ; ses batteries, un peu à notre droite, tirent sans être gênées ; les nôtres sont silencieuses, faute d’objectif.
Nous sommes effrayés de l’énorme autant qu’inutile consommation de projectiles allemands ; néanmoins, ce tapage infernal, si nouveau pour nos oreilles, nous impressionne ; notre offensive est arrêtée, il nous manque de l’artillerie lourde pour détruire les grosses batteries allemandes.
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B. Descubes Revue des Deux Mondes tome 28, 1915

Ils riaient d’un air sardonique en pensant à la danse des Allemands sur lesquels on tirait. On doit se demander l’impression que nous ressentons, nous autres artilleurs, au moment où nous envoyons ainsi la mort à nos intéressans congénères... Eh bien ! aucune... C’est absolument la même chose que le tir d’expérience, puisque nous ne voyons pas, nous ne voyons jamais notre but : rouages inertes, fonctionnant automatiquement, nous ne nous rendons pas compte de l’ouvrage que nous faisons.
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B. Descubes Revue des Deux Mondes tome 28, 1915

On commençait à s’endormir quand éclata une fusillade intense suivie de quelques coups de canon de chez nous, et d’une abondante pluie de marmites ennemies. Nous dressons l’oreille... Voilà B..., agent de liaison des avant-trains, qui arrive au grand galop, donne l’ordre d’atteler et d’emmener les avant-trains aux batteries ; des cyclistes et des officiers, à cheval, en auto, passent à toute allure, soulevant des nuages de poussière éclairés par une faible lune, tandis que, devant nous, le ciel est zébré des pinceaux lumineux des projecteurs. C’est l’alerte.
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