Georges Ducrocq

Résumé

Georges Ducrocq Le journal de Soleiman (1924)

Nos femmes n'ont pas désappris sous la tente la patience et l'habileté de leurs aïeules. Chaque année des milliers de carpettes, de tapis de prière et de galeries quittent la Perse à destination de l'Europe ou de l'Amérique. Sous le ciel gris d'Occident, dans les villes noires de fumée, dans les pièces qu'assombrit le brouillard, nos tissus, saturés de couleurs, apportent le soleil. L'étranger nous méprise, mais il a besoin de nos roses pour les fouler aux pieds. La fantaisie et la grâce disparaîtraient de ce monde si l'Orient n'existait plus.
Source : Gallica

Georges Ducrocq Le journal de Soleiman (1924)

« Marche sans te reposer un seul instant aux étapes. Ne t'arrête pas aux caravanes », et, songeant aux longs sommeils de la Perse, que la
beauté a toujours enivrée, me sentant devant elle aussi faible, aussi désemparé que mes frères en servitude et, me souvenant de l'aventure du roi Chosroès et de Chirin, qu'il vit au bord d'une fontaine en train de se peigner et qu'il aima, ainsi que des vers de Saadi : « Où l'amour a élu son terrain de chasse, ni le gibier ne trouve miséricorde ni le chasseur », j'ai piqué mon cheval de l'éperon et me suis écarté de ces rives dangereuses.
Source : Gallica

Georges Ducrocq Le journal de Soleiman (1924)

L'artisan se penche sur le tapis qu'il tisse, sur le vélin qu'il enlumine. L'ombre exquise du bazar est le refuge de la conversation. Les gens de ton pays trouvent encore le temps de vivre, de respirer une rose, de lire un livre, d'aimer une femme.
Ils n'ont pas cette folle hâte de jouir et de se disperser des Occidentaux, ils savourent comme les gouttes précieuses d'un vin d'Ispahan ou de Chiraz les minutes que le ciel leur accorde car ils savent que la tombe d'un Américain n'est pas plus large que celle d'un Asiatique. Leur philosophie n'est que la science de vivre.
Source : Gallica

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