Jean Lecluselle

Résumé

Jean Lecluselle Au camp de Soltau

Vous qui n’avez pas été privé de la vue de tout ce qui vous est cher, êtres et choses, ni de la liberté, ne pouvez connaître les souffrances de l’exilé ; vous qui n’avez point vu vos camarades privés de soins, mourir loin des leurs, loin de la patrie, ne connaissez pas la désespérance ni la rage de l’impuissance. Vous qui n’avez pas connu l’angoisse que nous ressentions en songeant aux êtres chers qui souffraient dans la mère-patrie, écrasée sous la lourde botte germanique, ou à ceux qui, dans les tranchées, tombaient pour notre délivrance et la vôtre, ne pouvez nous comprendre.
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Jean Lecluselle Au camp de Soltau

S’il arrivait qu’un malheureux tenaillé par la faim s’oublia au point de voler une ration de pain ou de repasser à la soupe, il payait sa témérité d’une séance de plusieurs heures au poteau.
À Soltau, le supplice consistait à être ligoté debout contre le poteau, mais à Münster, on y a pendu des hommes en les attachant par dessous les aiselles, et à Oberhode, des Allemands, sans doute plus raffinés, avaient inventé le poteau incliné où l’on attachait le patient face à la pluie, au soleil ou à la bise. La fin septembre vit s’installer une cantine et un bureau de change.
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Jean Lecluselle Au camp de Soltau

Tout est silencieux, seul, là devant moi, le tic tac de ma montre donne de la vie à mon coin solitaire. Au dehors la bise souffle en rafales. Je suis là guêttant la grande aiguille dans sa course rythmée et au fur et à mesure qu’elle approche de minuit, mon cœur bat avec plus de violence. C’est que je vois avec joie 1914 s’éloigner dans la nuit des temps, j’aperçois déjà l’aurore de 1915. À l’instant où la grande aiguille dans sa course régulière atteint minuit, indiquant la disparition de cette année maudite, j’entends comme un bruit musical arriver à mes oreilles.
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