Jehan de Jehay

Résumé

Jehan de Jehay L'étrange amant (1921)

Maintenant que se sont évanouies la notion de lieu et la notion de temps, je me sens m'enfoncer davantage encore dans la connaissance. C'est la notion d'existence elle-même qui est en jeu. Et je suis sur le point de comprendre l'identité de l'être et du non-être. Existé-je ou n'existé-je pas?... Hélas ! oui, j'existe, la cellule existe ; elle existe par elle-même et crée des existences. Mais je n'existe pas, en ce sens que mon existence n'est pas indépendante de la cellule, et que je suis, somme toute, moi-même, la cellule.
Source : Gallica

Jehan de Jehay L'étrange amant (1921)

Ah ! sentir autrement qu'en rêve les lèvres convoitées happer les siennes, être prise brutalement, comme une proie, et serrée, serrée à en crier !... Elle en devenait folle.
Chez l'homme, la passion est un feu de paille qui flambe clair ; mais, soudain, sans qu'on sache pourquoi, sans que lui-même s'en doute, la flamme s'est couchée, et les cendres même, un coup de vent les balaie. Tandis que la femme se souvient des Vestales. L'amour qui s'est emparé d'elle, plus il est douloureux et plus désespéré, comme un feu sacré sa folie l'entretient.
Source : Gallica

Jehan de Jehay L'étrange amant (1921)

« Ne fais pas la bête. »
— « M'as-tu jamais pris à faire l'ange ? »
— « Eric, dis ? Son âge?... »
— « M'en doute pas. C'est une question qu'on ne pose pas aux femmes. Si je te demandais le tien, que dirais-tu ? Un mensonge, évidemment. »
Mme Reynald n'insista pas. D'Eric, tout la blessait, aujourd'hui. Ce timbre de voix aimé où la mue mettait d'étranges notes rauques et dont le souvenir l'avait poursuivie jusque dans les jardins de la Villa d'Este, n'habillait plus que des ironies et des paroles dures. Des paroles dures
à elle qui était toute tendresse !
Source : Gallica

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