“ Ce qui les enivra d’adorable tristesse. Et tu es bonne car tu révèles tout bas L’Indicible promis à celui qu’on délaisse, Le sens des secrètes voix qui ne sonnent pas Mais s’insinuent en les sommeils morts de nos âmes, La charmeuse langueur des cœurs inconsolés Par des soirs émouvants comme un Passé, voilés D’apitoiement gris-bleu comme tels yeux de femme, L’espoir sans forme et d’autant plus magiquement Berceur, grand flot roulant dont l’azur berce et noie Et ces lents, profonds et discrets déchirements Plus divinement caressants que toute joie ”
Résumé
“Hiers bleus”, est une œuvre de John-Antoine Nau. Des thèmes tels que bleu, yeux ou le parfum y sont abordés.
Citations de Hiers bleus (John-Antoine Nau)
“ Dans une indigente lumière jaune Où volettent des monstres d’un noir bleu, Aux crépitements des mèches qui charbonnent, C’est la hâte qui se change en fureur, L’aiguille qui glisse, Entre les doigts moites moins crispés, Voici les neurs et les papillons qui s’irisent. Et les réveils, les reins brisés, Après de longs sommes de vingt secondes. Vite une gifle d’eau glaciale sur les yeux, Dans le patio sonore, d’un noir de tombe, Et la lutte reprend, plus enragée, plus anxieuse Aussi leur parait-il qu’une aurore de fête Egaye de feux roses les murs rechignés ”
“ Pour sonner au soir bleu de rires aigrelets. Etoufferont bien des longues plaintes furtives Combien d’yeux taris et brûlés, De ceux qui firent tragiquement expressives Les vitres faiblement luisantes dans 1& noir, Guetteront avec plus de haine que d’espoir De vos tépides chambres quiètes Le reflet brasillant des milliers d’yeux cruels De la Ville qui se refuse à la conquête, Chassant toujours plus loin vers l’effroyable Hell Des renoncements pleins de fureur et d’envie Ceux des vaincus meurtris qu’elle n’a pas gardés Sous les spires de ses maëlstroms de sanie. ”
“ Sur l’arc vert de la plage apaisée Où le matin mélodieux descend, Ta maison pa!e entre les paites balancées Est un sourire las sous un voile Hottant. w Ces longs stores sont des paupières afHigées Des Heurs se meurent dans la nuit des banyans, Des neurs du violet ve) oute si souffrant Des tes doux yeux couieur de pensée. w t Ces lourds parfums égarants, confondus Des bosquets fragrants comme des temples d’Asie. Brouillards embaumés sur l’horizon défendu ?.Est-il vrai qu’il soit cruellement revenu, Cédant à quelque nostalgique fantaisie, ”
“ Ecoutent le chant bleu des vagues amoureuses. Ils ont appris en ce jour a demi prévu Ce que peut faire un mot de la simple tendresse, Comment leirôlement ami devient caresse, Combien plus douce, le secret connu, La joue aimée contre la joue Et fervide la bouche aux roses-thé du cou. Sous les palmes lourdes et la dentelle Des clairs filaos les petits, leurs yeux noyés, S’étonnent, avec une ironique pitié, D’entendre, au fond des bois, pleurer les tourterelles. ”
“ Comme une langueur de chers passés indistincts Qui reparaissent et se renoient plus lointains, Un calme trouble qui-bizarrement-console et pleure. La brise vibre a peine aux harpes du gréement, Traînant de si faibles musiques nostalgiques Le soleil adouci de lents grèbes qui glissent Caresse les eaux si mélancoliquement Debout au bossoir, -buvant la fraîcheur saline, Toute la douceur de l’Océan dans mes yeux, Je te vois approcher en vapeur opaline Et ta forme, vaguement connue, se dessine Presque familière et presque mystérieuse. ”
“ Jacinthes initiatrices Qui devez embaumer les paradis rêvés, Jacinthes d’où se sont tant de fois élevés Ces brouillards d’incarnat délicieux qui fusent Dans la limpidité cruelle des matins Et m’empêchent de voir au si proche lointain Les Iles de perle qui se refusent. L’HEURE TRAITRESSE Le ciel d’une pâleur bleue et si tendre Est doux comme une main de femme sur les yeux Voici, sous le vent qui hâle, se tendre Courbé, l’évoluant essor silencieux D’une seule voile aux blancheurs comme pennées ”
“ Des cygnes noirs glissent comme des pensées En le miroir oscillant que brouille Leur calme essor d’une insensible houle Des fleurs, des feuillages et des monstres de bronze Surgissent et replongent comme des songes. Un souffle d’une fraîcheur sidérale. Et dans la glace fluide brusquement claire Apparaît, charmeusement spectrale, Une forme qu’on dirait la florale Expression d’une tristesse de lumière, Une forme dont les grands yeux de femme D’une désolation comme pâmée HKM BMUS 1 Veulent capter ce qui demeure D’un cher passé dans la solitude fleurie. ”
“ LE JARDIN DES JACINTHES Haut sur la courbe d’un promontoire de rêve, Dans le bleu profond des reflets marins Qui jouent au chant doucement triste de la grève, Sous la caresse de tulles aériens Où tremble un essaim de pétales mauve, Le jardin s’assoupit, — frôlé de ciel. Au loin s’éploie en blondeurs fauves, Solaire vision de Hell, Le vol pétrifié des falaises géantes. ”
“ Tu vis en tout au seuil de l’Inconnu, D’une existence passive et repliée Qu’absorbent des soucis menus, Sans connaître, même de nom, L’énorme terre âpre, sauvage, incendiée, Proche sous l’anneau de béryl de l’horizon, La libre terre d’errance vaste où se jouent De grands drames féroces et mystérieux, Le Sahara dont le vent sec brûle ta joue, Dont la tristesse d’or fauve couve en tes yeux. ”
“ Avec ce long madras orange, rubis et bleu-ciel Qui darde une pointe gaillarde, Tu sembles un oiseau de l’Afrique voisine Abrité sous des frondaisons criardes, Mais l’éclat morne de tes yeux dormants, Deux topazes sombres constellées D’ors pâles, comme lointains et mouvants, Dit la résignation inconsolée Tu ne connais rien que ta petite rue Où battent doucement les stores écrus, Mi-claire, mi-ombreuse, aux murs roses et ambrés Où luit non la grande flamme qui caresse 80 HIERS BLEUS Les dattiers cambrés et les tamarix Mais le reflet dansant de l’eau solaire. ”
“ Qu’importe C’est toujours un terrain pauvre à l’abandon, Oit jouent de larges taches de lumière. Et pour elle s’évoque, en mots barbares, Toute une gémissante histoire d’amour Des veillées aux feux roux dans les chaumières noires Où, tandis que tes vieux pleurent les anciens jours, Deux mains jeunes, déjà un peu rudes, s’étreignent Dans la pénombre, loin des couchants du foyer. Les yeux s’éteignent, scintillent, s’éteignent. ”
“ Se dresse, à présent, bloc de granit bleu, brutal, Donjon sombre cerné d’un trait net de métal Qui se mire tout fauve en le béryl des grèves. * * * Puis dans le soir plus doux, — clair encore, — des bois Moutonnant sur le roc l’animent de feuillages; On devine les murs fleuris de blancs villages Et le planant parfum des choses d’autrefois... ”
“ Désole sous le ciel jaune si pâle Des seuils ouvrant sur une acre nuit de misère Aux odeurs de fièvre et de mort, Tels refrains prennent leur funèbre essor Comme des oiseaux noirs d’un cimetière Et planent sur le deuil automnal de la mer. Dans les faubourgs tout hérisses de tours fumeuses Comme des burgs de rêves possédés, Où peinent les servitudes houleuses ”
“ Les milliers d’yeux flambants, inquiets, clignotants, D’une autre humanité plus vague et plus obscure, Comme honteuse hispide qui cherche un abri Aux cimes tremblantes des futaies Et dont l’idiome rauque et grinçant est compris Par les femmes des peuples nains épouvantées. Et las des aveux toujours renaissants Des terres vierges aux parfums d’autres planètes, Saoulés du merveilleux naïf qu’ils vont puisant Aux sylves des lys bleus et des coupeurs de têtes, Ils aspirent au grand calme vide, apaisant. A la suspension de vie en plein azur, Trafiquants ? ”
“ Le fleuve est un vomissement géant de nuit. 0 les milliers d’yeux des maisons de suie Allumés sous l’immobile voile bistré, Des maisons qui se tassent comme effarées, Troupeau captif de quel tragique ennui ? Yeux voyants d’un monde humainement invisible, Guettant avec un affreux plaisir Dans les bourbes tumultueuses s’engloutir Les libres reflets des espaces libres. ”
“ Leurs larges yeux phosphorescents pleins de détresse. < < < Adieu grand ciel, pâle a présent et qui souris De ton dernier nuage voyageur de mauve agathe Adieu bel espace tout à moi où de longs bruits Tintants et veloutés montent, où des ailes battent Adieu libres parfums des herbes dans la brise, enchanteurs des heures bleu-sombre de mystère 1 Tandis qu’en moi des vols illimités s’ébattent Mon corps fluet grelotte des proches colères. ”
“ Senteurs où revit la tiédeur des tailles souples, Miroirs où glissent tant d’apparitions incertaines, Harpe qui dus trahir à demi bien des secrets Je te connais, maison blanche, et m’est familière, Dans ce pré blanc et mauve tendre, cette rivière Lente, lente, qui perd ton image à regret. Voici, longue et menue, penchée sur l’eau solaire, Une fillette vêtue de gaze bleue qui chatoie, Une fillette pâle, étrangement languide Qui frissonne, se retourne et vient droit a moi. ”
“ Implorer l’enviée angoisse d’être seule !⁂ Et les Mondes, scintillants ors pâtes qui passent Dans l’insondable et le ténébreux Des gouffres de l’Espace Se meurent de la nuit solaire De ses yeux. ”
“ Les Sierras peuvent onduler dans la lumière, Les pics d’albe perle ou d’onyx Jaillir, crevant le ciel et menaçant un monde, Tu ne vois que la pente rude aux pavés blancs Qui te cache les fortins branlants Et les cactus de l’aride colline blonde. w w De la Nature, du grand Vert farouche et nourricier, De sa ruisselante gloire et de ses plaintes, Tu sais les luisances vertes d’un bananier Dans le patio sombre et frais où l’eau tinte. ”
“ Brutaux et prompts aux cent prunelles rougeoyantes Se ruent, là-bas, au ras des maisons, Hurlant sinistrement sur l’eau d’Erèbe. < Tu flottes au fil des monotones saisons Sans que jamais t’enlève un rêve, Plutôt craintive de l’angoisse du Nouveau, Sans même envier à d’autres leurs joies Quand passent avec leurs novios Les Senoritas froufroutantes de soie, Dont le rire blanc chatoie et dont l’œit se noie, Ton sourire un peu machinal se nuance D’admirative compassion, Car elle dit l’attiédissante < expérience Que le bonheur est le néant d’impression ”
“ Dans un vieux bar de l’Est, bleu de fumée, Où l’ivrognerie était douce et romantique, Où des loups de mer et des gamins pâles vous aimaient t Eûtes-vous un chignon blond, comme poudré d’or, Des yeux d’un bleu de cobœa Ou de matin printanier de l’extrême Nord ? ”
“ Qui forment comme un crayeux cimetière. Maintenant ce sont lesQui s’en vont au loin par les routes bleues Elles, s’étioleront au jour pauvre des patios gris, Fiancées et femmes, captives autant que veuves. C’est pourquoi les œillades sont si tristes, De leurs yeux, joyaux nocturnes sous les cils lourds, Les œillades qui vont à l’espace, aux joies libres Bien plus qu’à tel espoir de fortuites amours, C’est pourquoi ils inquiètent, poursuivent, géhennent, Haineux parfois, éloquents toujours, Ces beaux yeux déments qui seplaignent, qui se plaignent ”
“ Et leurs yeux las qu’éblouit un lacis de fibres Se brûlent à prêter aide au soleil voilé. Elles vivent, si c’est là vivre, Dans l’angoisse des heures trop vite écoulées 0 ces minutes qu’elles ont perdues ”
“ Le fleuve de saphir roulant la vie en sa tiédeur Victorieuse des colères de l’abîme Parait dégager l’atmosphère merveilleuse, Comme plus jeune et tyranniquement berceuse Où les rêves de là-bas sourdent et s’animent, Impatients d’absorber l’être, De charmer jusqu’à l’obsession, Où la bonté de la Création S’épand comme un parlant bien-être, 0 la caresse des rayons Se mirant dans les sourires des grands yeux sombres 1 HUM BLEUS <09 Mais voici que tes flots de joyaux qui se souviennent Scintillent plus pâles et s’éteignent Dans le frisson nocturne qui tombe. ”
“ Dont s’empourprent splendidement Les perles de ! a bruine traîtresse Ou s’enfoncent les corps déietés par la toux, La féroce, l’atroce toux aux rauquements fous, Plus navrante qu’un sanglot d’enfant qu’on maltraite. Qui râle et tinte et râle dans le faubourg sépulcral.⁂ Là sont les taudis puants de musc où s’apprêtent De pauvres vieilles au teint caricatural Fleuri de brique tendre et neigeux de céruse Les yeux pleins d’un gros sommeil puéril ”
“ Vous qui fuyez la case des lianes Qu’elle neurit, voyez Son front sombre, ses traits Sont les vôtres Ce lys qu’elle tient, d’où émane Comme !’âme de ce paysage d’exil L’église ibère en la sylve de Malaisie, 1 Est un lys noir, dans quels jardins secrets cueilli ? ”
“ « Dignement » tendre avec tous, étiez-vous plus tendre Pour un craintif Jack ou Jim aux yeux suppliants Qui vous rêva fée des bois roses de Novembre Ou des lacs de lunaire opale miroitante Et mourut de vous et vous fit mourir, Haineux de la vraie femme pour tous enivrante ? ”
“ APPELS PoMr G.-M. JOMMW. Le soir est comme un parfum bleu Qui s’insinue en la mollesse de la plaine Où moururent les topazes des derniers feux Des vapeurs rousses tournent comme des phalènes Puis tout se fond dans l’immobile et sombre bleu Où tintent les soupirs lourds et frais des fontaines. Des mots chuchotés, les rares accords D’une mandore qui s’endort Accentuent le grand-silence déjà nocturne Des terrasses planantes où s’enlacent ”
“ D’or vert si pâle sur le grand Vague désert, — —Des senteurs vertes du quai bas et de la barge ! * * * Le rythme des rames tinte dans le chenal Aux brusques échos de cristal triste Et fait vibrer la flèche de feu du fanal, Jet de topaze ou fluent des filets d’améthyste. * * * HIERS BLEUS ———————————————————————————————————————————————————————————— Dehors, la libre nuit glaciale s’abat, Grand dôme d’un noir bleu diaphane : La ville atroce est constellation, là-bas. ”
“ Où sonnent sous les horizons Les rassurantes voix amies ? 0 qui sait? n’est-ce pas fini, L’errance et l’espoir ? Si nous mourrions Perdus là sur l’énormité du globe, Dans l’air hostile, avec dans nos yeux Implorants, pour images d’adieu, Ces toits d’indifférents qui nous dérobent Le rien demeuré familier dans le ciel bleu 1 < w < tHEM BLEUS 5 0 devenir une parcelle De l’ingrat, du morne passé De la terre inconnue et mortelle 1 La hanter pleins d’horreur, toujours chassés Par les âmes qui l’aimèrent, Et deviner par delà les brumes des mers, Si prenantes et déchirantes ”
“ Que ces nappes d’eau, sous bois, où les feuillages Font miroiter, tourbillonner au vent sauvage Des papillons noirs et des papillons d’argent, Plus eiïarés, plus écrasés de crainte Que les reptiles loin des protectrices plantes, Comme elle sait panser et calmer d’une étreinte En nous reprenant dans ses sentes caressantes Comme il tombe des fraîcheurs alertes ”
“ De tes larges, de tes profonds yeux, radieux Encore dans la nuit tombante. Et comme je ne saurai que te regarder, Pensant rêver ce bonheur toujours retardé, Oublieux des longues années suppliciantes, Des longs désespoirs avivés de faux espoirs, Tu me tendras, plutôt condescendante, La pâle main qui m’a pétri sans le savoir Et tu te croiras la plus aimante. MARINE POM- Jfc-t ifMH. L’Océan lisse et froid dresse un glauque miroir Au-dessus des rochers et de la lande morne Un pâle goëland monte dans l’air et s’orne D’un clair rayon cueilli dans les roses du soir. ”
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