Joris-Karl Huysmans

Joris-Karl Huysmans

Résumé

Portrait de Joris-Karl Huysmans Joris-Karl Huysmans Les Soirées de Médan

Je me mets en quête de sœur Angèle que je trouve dans le jardin, et je lui dis, tout ému :
« Ô chère sœur, je pars ; comment pourrai-je jamais m’acquitter envers vous ? »
Je lui prends la main qu’elle veut retirer, et je la porte à mes lèvres. Elle devient rouge. « Adieu ! murmure-t-elle, et me menaçant du doigt, elle ajoute gaiement : soyez sage, et surtout ne faites pas de mauvaises rencontres en route !
— Oh ! ne craignez rien, ma sœur, je vous le promets ! » L’heure sonne, la porte s’ouvre, je me précipite vers la gare, je saute dans un wagon, le train s’ébranle, j’ai quitté Évreux.
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Ah ! sœur Angèle, sœur Angèle, on ne peut se refaire !
Et le train rugit et roule sans ralentir sa marche, nous filons à toute vapeur sur Mantes ; mes craintes sont vaines, la voie est libre. Reine ferme à demi ses yeux, sa tête tombe sur mon épaule, ses petits frisons s’emmêlent dans ma barbe et me chatouillent les lèvres, je soutiens sa taille qui ploie et je la berce. Paris n’est pas loin, nous passons devant les docks à marchandises, devant les rotondes où grondent, dans une vapeur rouge, les machines en chauffe ; le train s’arrête, on prend les billets.
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Je me réveille à mon tour. Le soleil ne va pas tarder à se lever, car le grand rideau bleu se galonne à l’horizon de franges roses. Quelle misère ! il va falloir aller frapper à la porte de l’hospice, dormir dans des salles imprégnées de cette senteur fade sur laquelle revient comme une ritournelle obstinée, l’âcre fleur de la poudre d’iodoforme !
Nous reprenons tout tristes le chemin de l’hôpital. On nous ouvre, mais hélas ! un seul de nous est admis, Francis, — et moi on m’envoie au lycée.
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