Léopold Pallu

Résumé

Léopold Pallu Revue des Deux Mondes

Il ne serait pourtant pas impossible qu’il se rencontrât des Annamites très différens de ceux qu’on a essayé d’esquisser ici ; l’homme est ondoyant et divers. Même dans l’Annam, où le pouvoir est si puissamment concentré, où l’âme du roi de Hué semble penser et juger pour tous ses sujets, où l’activité humaine est un crime, où les hommes passent comme des ombres muettes, impersonnelles, formant une partie d’un tout bien ordonné, même dans l’Annam ce vêtement de force éclate sous une force plus expansive, et le peuple redit les noms de certains hommes qui occupent son imagination.
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Léopold Pallu Revue des Deux Mondes

Sur la droite, en quittant Saïgon, sont les pagodes, transformées en redoutes, de Barbet, des Mares, des Clochetons et de Caï-maï. Un peu plus loin de la route, toujours vers la droite, le terrain se relève légèrement et s’étend en plaine jusqu’à l’horizon. Les palmiers arac, les arbres verts font place à des bouquets d’arbres rabougris, à une végétation jaune et herbacée. Tout est stérile et triste, brûlé par le soleil : les tumulus, les tombeaux enluminés et peints à fresque, arrêtent seuls le regard. Cet immense champ des morts est la plaine de Ki-hoa.
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Léopold Pallu Revue des Deux Mondes

L’aspect de la Basse-Cochinchine est monotone, triste comme celui de tous les pays de rizières. Quand une trouée faite par les tigres ou les daims laisse la vue s’échapper au-delà de ces rives d’arroyos, rien ne frappe les yeux qu’une plaine verdoyante qui ondoie quelquefois comme la mer. Les rizières sont des terres bouddhiques. Là, rien n’attache l’âme à la terre. Le fond de la vie fait défaut. La terre cède, c’est de la boue : seule, la pensée peut glisser sur cet infini verdoyant
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