“ Point d’âge, peut-être point de sexe. C’était dans la chambre de Lucie, un esclaffement continu des deux femmes, lorsque Cretson, se promenant de long en large, allant du lit au canapé, agitant ses jambes moulées en un pantalon mauve, sautillant, lâchait un flot de paroles. Il jacassait de tout, il déballait une érudition étonnante. Ses paroles dévalaient sans arrêt, avec des inflexions grotesques, des calembours, une débauche de cris et de gestes. On n’était pas plus drôle. Lucie et Dosia s’émerveillaient, riaient, s’indignaient, craignaient l’interrompre, toutes à l’admiration de ce bagou. ”
Citations de Chair molle (Paul Adam)
“ Lucie ne bougeait pas, désireuse de ressentir le frôlement de leurs ailes, elle regardait vaguement les arbres, le gazon, frissonnants dans une buée violette. Et de ses pensées tristes, il ne restait plus rien. En elle était venue l’appétence d’une perpétuelle oisiveté, d’une torpeur alanguissante, où elle s’abandonnerait délicieusement, enfoncée dans les grandes herbes. À un appel de la patronne, elle dut se lever, rejoindre Emilia et Laurence qui s’avançaient en riant vers le jardinier. L’homme était assis sur la tête d’un saule et, muni d’un sécateur, il abattait les branches. ”
“ Elle ne pensait plus qu’à l’amour, saisie d’un étrange malaise, si elle en restait privée quelque temps. Abandon d’elle-même complet, voluptueux, à ce mal. Et, à minuit, lorsque le concert s’achevait, Lucie dans une grande hâte d’arriver chez elle, prenait la manche de son amant, le forçait à courir pour rentrer plus vite. Dans la chambre, la porte à peine refermée, elle se collait à Charles, elle le serrait, elle l’entraînait sur le divan. Puis le couvrant de son corps, elle mordait ses lèvres goulûment, avait des baisers chauds où leurs langues s’enchevêtraient. ”
