Résumé

Paul Lefaivre Un Pèlerinage à Delphes

Entre deux pentes aux profils vigoureusement coupés, derniers contreforts de l’Hélicon et du Parnasse dont les massifs sinaïques, avec leurs guirlandes de nuées, remplissent le fond du tableau, s’évase le portail auguste qui sépare deux âges, deux génies, deux mondes.
Nous sommes au seuil de la mythologie. L’esprit le sent si bien qu’il ne peut se soustraire, quoi qu’il fasse, à cette sorte de frémissement inséparable de toute initiation qui va le transporter, ne fût-ce qu’un instant, dans une sphère d’idées et de sensations jusque-là inconnues.
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Paul Lefaivre Un Pèlerinage à Delphes

Troublés à diverses reprises par la pluie qui bat nos volets et par les rafales d’une bourrasque d’automne, nous nous sentons assez faiblement gaillards quand il s’agit, vers sept heures du matin, de faire les préparatifs d’une nouvelle étape. Le gros temps est passé, mais il bruine encore et, en vérité, vues à travers cette mousseline humide, les montagnes n’ont rien d’engageant. Attendrons-nous que le soleil ait mis le brouillard en déroute ? Huit jours peuvent s’écouler avant que le village sorte de la brume, de même que nous pouvons trouver un ciel d’azur à quelques kilomètres d’ici.
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Paul Lefaivre Un Pèlerinage à Delphes

Nous n’avons donc pas bougé, ou c’est Arachovo qui recule. Le chemin, qui n’est plus même un chemin, devient assez difficile à reconnaître. Deux agoyates marchent en tête. Nous nous régions ou plutôt nos bêtes se règlent sur eux. Tout en marchant, ils chantent, la main dans la main. Ils chantent ces cantilènes pleines de mélancolie que l’on retrouve chez la plupart des peuplades qui, par quelque affinité ethnique ou historique, confinent à la race slave : mélopées nasales, sans rythme distinct, aux chutes soudaines, se relevant par une sorte de hoquet et qui semblent ne jamais finir.
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