“ De la bataille de Borodino, d’où date son désaccord avec son entourage, lui seul disait que la bataille de Borodino était la victoire et le répéta, jusqu’à sa mort, dans ses rapports et ses relations. Lui seul dit : la perte de Moscou n’est pas la perte de la Russie. En réponse aux propositions de paix faites par Lauriston, il répondit : la paix ne peut être, car telle est la volonté du peuple. ”
Bataille de Borodino
Définition et enjeux
Citations sur “Bataille de Borodino”
Fragments sur la campagne de Russie (1814)
“ Un léger incident qui eut lieu quelques jours avant, et qui ne cadrait pas trop avec la justesse de ses mesures, fut la bataille de Borodino. Dans cette mémorable journée, les Russes accueillirent si bien les vieilles bandes guerrières de Napoléon (selon l'expression favorite des bulletins) , qu'elles les désabusèrent un peu de leur confiance dans l'habitude de triompher, et les envoyèrent à plus de deux milles (quinze werstes) du champ de bataille féliciter leur empereur sur sa victoire. ”
“ Le soir du 7 septembre, Koutouzow et l’armée étaient persuadés que la bataille de Borodino était une victoire. Le commandant en chef l’annonça à l’Empereur et donna l’ordre de se préparer à une autre bataille pour écraser définitivement l’ennemi, mais dans la soirée et le lendemain les nouvelles de pertes jusque-là inconnues arrivèrent de tous côtés. L’armée se trouvait diminuée de moitié, et un second engagement devenait impossible. ”
Franz Georg Friedrich von Kausler, Campagne de Russie, 1812 : d'après le journal illustré d'un témoin oculaire (1895)
“ Plus loin c'est le champ de bataille de Borodino, dans toute son imposante horreur (voir la planche LVI) . L'armée de Koutousow a fui, livrant Moscou à l'invasion. La terre est couverte de morts et de mourants auxquels, détail hideux, les voleurs de cadavres ont déjà ôté leurs chaussures, laissant voir les pieds nus crispés par la douleur. Des chevaux sans cavaliers errent éperdus à travers ces lieux désolés, où les héroïques combattants dorment pêle-mêle leur éternel sommeil. Le ciel est bas et pluvieux. ”
Paul Birukov, Léon Tolstoï, vie et œuvre
“ Guerre et Paix, cette immense épopée, qu’est-ce, sinon l’apothéose du type russe humble ? C’est ici que le type rapace est vaincu par lui. Sur le champ de bataille de Borodino, les Russes, simples, ont vaincu ce que l’on peut s’imaginer de plus héroïque, de plus brillant, de plus fort, de plus rapace : Napoléon et son armée. ”
Drujon de Beaulieu, Napoléon jugé par l'histoire, ou Précis historique et critique de la vie de cet empereur… (1844)
“ Cette grande affaire a été nommée par les Français bataille de la Moscowa, et par les Russes bataille de Borodino. Ceux-ci en célèbrent encore l'anniversaire comme un jour de triomphe, quoiqu'il ait été pour eux un jour d'humiliation. Mais la victoire que nous obtînmes ne termina rien ; elle affaiblit l'ennemi, et ne le détruisit pas. ”
Bernard Reinier Frans Van Vlijmen, Vers la Bérésina (1812) : d'après des documents nouveaux… (1908)
“ L'Empereur ne juge pas nécessaire d'acheter un dernier avantage à ce prix (2) . » Et Boutourlin : « La terrible bataille de Borodino (3) peut être considérée comme une des plus sanglantes qui aient jamais été livrées; il est difficile de supputer au juste la perte des deux parties, mais, d'après des calculs approximatifs, qui ne peuvent trop s'éloigner de la vérité, l'on doit évaluer celle des Russes à près de 50,000 hommes hors de combat, dont 15,000 tués, plus de 30,000 blessés et environ 2,000 prisonniers. » ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome III
“ Les historiens attribuent encore à ce rhume légendaire la faiblesse de ses dispositions, qui, selon nous, étaient au contraire mieux prises que celles qui lui avaient fait gagner d'autres batailles; elles paraissent inférieures aujourd'hui, parce que la bataille de Borodino fut la première que perdit Napoléon. Les combinaisons les plus profondes et les plus ingénieuses semblent toujours mauvaises, et donnent prise aux critiques savantes des tacticiens, lorsqu'elles n'ont pas amené la victoire ”
Heinrich von Roos, 1812. Souvenirs d'un médecin de la Grande Armée (1913)
“ Il semblait se plaire parmi nous ; il était toujours gai, même au camp de la Tchernichnya. Après la bataille du 18 octobre, qui anéantit le régiment, je ne sais ce qu'il devint. Nous traversâmes la forêt qui sépare Mojaïsk du champ de bataille de Borodino, et qui avait été en partie détruite depuis la bataille. Nous allions par masses sans observer aucun ordre, l'artillerie et les chariots au milieu, les hommes, montés ou à pied, autour d'eux. Nous marchions sur des armes et des cartouches jetées par les cavaliers démontés venus de Moscou. ”
Heinrich von Roos, 1812. Souvenirs d'un médecin de la Grande Armée (1913)
“ Une autre nuit, deux soldats du régiment qui avaient été faits prisonniers le 8 août à Inkowo, purent nous rejoindre, déguisés en paysans russes. Les hommes qui avaient réussi à nous amener nos bestiaux, nous racontèrent les choses navrantes dont ils avaient été témoins le long du chemin. Ce qu'ils avaient vu de plus épouvantable, c'était le champ de bataille de Borodino. On y rencontrait encore des êtres vivants, de malheureux soldats mutilés qui vivaient dans quelque cadavre de cheval, dont, pour se nourrir, ils arrachaient la chair corrompue avec leurs ongles ou leurs dents. ”
Mikhaïl Dragomirov,
« Guerre et Paix » de Tolstoï au point de vue militaire
“ La bataille de Borodino a fourni à l’auteur une occasion toute spéciale de manifester à la fois le côté brillant de son talent d’artiste et l’unilatéralité de ses conceptions théoriques. Les scènes qui se passent à Borodino et dans la batterie Rayefsky sont rendues magistralement. Même l’opinion de Tolstoï, que le premier plan était de prendre position le long de la Kolotcha jusqu’à Chévardino même, mérite une très sérieuse attention. Là où il s’agit d’avoir de la justesse de coup d’œil (et non pas de raisonnement) , l’auteur se trompe rarement. ”
“ L’insouciance du comte était toujours la même ; aussi rien ne se trouva prêt le 9, date fixée pour leur départ, et les chariots envoyés de leurs terres de Riazan et de Moscou pour le déménagement n’arrivèrent que le 11. Du 9 au 12, une agitation fiévreuse régnait à Moscou : tous les jours des milliers de charrettes amenaient des blessés de la bataille de Borodino et emportaient les habitants et tout ce qu’ils avaient pu prendre avec eux, se croisant aux barrières de la ville. ”
“ Chacun est heureux d’échanger les doutes et les interrogations contre une représentation mensongère, mais claire et toujours flatteuse. Un ou deux mois après, interrogez un homme qui a pris part au combat et déjà vous ne sentez plus dans son récit le même matériel brutal, vital, qui y était auparavant, mais il raconte d’après les rapports. C’est ainsi que m’ont raconté la bataille de Borodino plusieurs participants intelligents de cette bataille. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Dans la bataille de Borodino, Napoléon a rempli son rôle de représentant du pouvoir aussi bien et encore mieux que dans les autres batailles. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Du 26 août au 2 septembre, depuis la bataille de Borodino jusqu’à l’entrée de l’ennemi à Moscou, pendant toute cette semaine troublée et mémorable, il faisait ce magnifique temps d’automne qui surprend toujours : le soleil chauffe plus ardemment qu’au printemps, tout brille dans l’atmosphère légère et pure, la poitrine respire à l’aise les parfums de l’automne, les nuits mêmes sont chaudes et, dans ces nuits sombres et tièdes, du ciel tombent à chaque instant des étoiles dorées. ”
Heinrich von Brandt, Souvenirs d'un officier polonais… (1877)
“ Je fus l'objet des soins les plus empressés d'un officier français auquel j'avais moi-même sauvé la vie un mois auparavant, l'ayant fait ramasser mourant dans la grande redoute de Borodino. Un bienfait n'est pas toujours perdu ! XLV Départ de Moscou. — Aspect du champ de bataille de Borodino au mois d'octobre 1812. — Smolensk. — Orscha. — Borisov. ”
Just-Jean-Étienne Roy, Les Français en Russie : souvenirs de la campagne de 1812 et de deux ans de captivité en Russie (1856)
“ L'armée ennemie (1) Les principaux généraux tués furent, dans l'armée française, Montbrun et Caulincourt; et dans l'armée russe, le général Bagration, et les généraux Tutchkof, Konovnitzin et Kulaïsof; ce dernier commandait en chef l'artillerie. (2) Les Russes firent des réjouissances et chantèrent des Te Deum à Moscou et à Pétersbourg, en action de grâces de la victoire qu'ils prétendaient avoir remportée à Borodino ou à la Moskova. En 1839, l'empereur Nicolas à fait élever un monument en l'honneur du général Bagration sur le champ de bataille de Borodino ”
Robert Ker Porter,
Histoire de la campagne de Russie…
(1817)
“ Quelque grand que fût l'avantage obtenu par les Russes à la bataille de Borodino, leur général ne le regarda que comme le commence- victoire ne soit restée aux Français. Que voulait Buonaparte? aller à Moscou. Il y alla, par suite de fa bataille. Que voulait Koutousoff? forcer son ennemi à rétrograder, sauver l'ancienne capital des czars; il ne put y parvenir; il fut oblige de l'évacuer; il y laissa même 20,000 malades ou blessés; enfin, ce ne fut qu'en l'incendiant que les Russes privèrent les vainqueurs des immenses ressources qu'ils y auraient trouvées. ”
Just-Jean-Étienne Roy, Les Français en Russie : souvenirs de la campagne de 1812 et de deux ans de captivité en Russie (1856)
“ Les seigneurs s'éloignèrent malgré ses ordres ; mais le peuple et les bourgeois, trompés ou retenus par la crainte, obéirent. Bientôt les convois de blessés russes, dont une partie était dirigée sur la ville, - ne laissèrent aucun doute sur l'issue de la bataille de Borodino. Le 14, les colonnes de l'armée russe traversèrent Moscou avec une précipitation qui trahissait la crainte d'être attaquées au milieu de ce mouvement. Alors Rostopchin, pressé d'exécuter ses desseins , donna ordre aux habitants d'évacuer immédiatement leurs demeures. ”
Wojciech Chrzanowski,
Quelques Considérations sur la campagne de 1812
(1857)
“ La guerre étant constituée dans l'idée de précipiter les événements, et sans préoccupation des quartiers d'hiver, rien n'était préparé pour les assurer ; et Napoléon ne pouvait songer à les prendre à Smolensk devant une armée si peu entamée que l'était l'armée russe. Il était obligé de s'engager plus avant à sa suite, avec l'espoir fondé que les Russes ne pourraient toujours se refuser à une grande bataille ; et il comptait que le gain de cette bataille, suivi de la prise de Moscou, amènerait la paix. A Borodino, il trouva, en effet, les Russes décidés au combat. ”
Bernard Reinier Frans Van Vlijmen, Vers la Bérésina (1812) : d'après des documents nouveaux… (1908)
“ Cette dénomination est juste, vu que la Moskowa coule à une distance de plusieurs kilomètres au nord-est du champ de bataille, qui est coupé en deux par la Kolocza, affluent de la Moskowa. — Borodino est située sur la rive gauche de la Kolocza. n'avaient point encore pris part au combat. Il est incontestable qu'en mettant en action les 32 bataillons et les 27 escadrons qui composaient ce corps d'élite, Napoléon eût réussi à culbuter définitivement l'armée russe, et à décider sa déroute pendant les quatre heures de jour (de 4 à 8 heures) qui restaient) (i) . ”
Heinrich von Roos, 1812. Souvenirs d'un médecin de la Grande Armée (1913)
“ Moi, je n'avais à lui parler que des misères endurées au camp de la Tchernichnya, et de la bataille ellemême. Avant Borodino, mon ami avait une simple britchka polonaise, avec une provision de bandes, quelques bouteilles d'eau-de-vie, et un peu de pain. Maintenant, il possédaitune superbe voiture à six chevaux remplie des fourrures les plus belles, une épée en or et une quantité de provisions de bouche. « Héjouis-toi, mon ami, car je crains que tajoie ne soit de courte durée! » lui dis-je. Je lui répétai les prophéties des Russes au colonel Neninsky; et sa figure si gaie se rembrunit. ”
Aimée de Coigny,
Mémoires de Aimée de Coigny
“ Il est à Borodino: de tous côtés lui parviennent les nouvelles, partout on demande ses instructions, ses secours, sa présence. Lui ne décide, ni n'apparaît, ni ne se meut. Il laisse mûrir la bataille. Tandis qu'on attend ses ordres, il attend les ordres de la fortune, il sait n'être que le premier lieutenant de l'occasion. ”
“ Les Russes, non seulement ne fortifièrent pas la position du champ de Borodino, à gauche, sous l’angle droit de la route (c’est-à-dire l’endroit où se passa la bataille) , mais jamais, jusqu’au 25 août 1812, ils ne pensèrent que la bataille pourrait avoir lieu en cet endroit. La preuve, c’est : 1o que, le 25, à cet endroit, il n’y avait pas de fortifications : on les commença le 25, mais elles n’étaient pas terminées le 26 ; 2o la position de la redoute de Schévardine. La redoute de Schévardine, vu l’endroit où était acceptée la bataille, n’avait aucun sens. ”
Franz Georg Friedrich von Kausler, Campagne de Russie, 1812 : d'après le journal illustré d'un témoin oculaire (1895)
“ La grande bataille de la Moskowa venait d'être livrée, 120.000 combattants de chaque côté s'étaient trouvés en présence, et 1.000 bouches à feu avaient vomi toute la journée la destruction et la mort. Les Russes, repoussés de leurs positions et de leurs retranchements, avaient enfin cédé le champ de bataille ; le soir de cette journée mémorable, plus de 25.000 morts et un plus grand nombre de blessés couvraient de leur corps,, entre Borodino et les ruines fumantes de Séménowskoï, la terre abreuvée de leur sang. ”
“ IV Vers quatre heures, la première phase de la bataille était terminée, et, dès lors, le succès de la flotte japonaise paraissait certain [19] . La brume envahissant de nouveau le champ très étendu des opérations, il n’y eut plus jusqu’à la nuit que des rencontres inopinées et partielles, de courtes reprises de la lutte qui, toutes, tournaient contre les Russes : le Borodino, sur lequel cinq unités de combat japonaises ont un moment concentré leurs feux [20] « devient un véritable enfer, » suivant l’expression d’un de ses officiers ; l’incendie le dévore ”
“ XV L’action principale se passa sur une étendue de deux verstes [4] entre Borodino et les ouvrages avancés de Bagration. En dehors de ce rayon, la cavalerie d’Ouvarow fit une démonstration vers le milieu de la journée, et, de l’autre côté d’Outitza, Poniatowsky et Toutchkow en vinrent un moment aux mains ; mais ces deux incidents furent relativement sans importance. Ce fut donc sur la plaine, entre Borodino et les « flèches » de Bagration, sur un espace découvert près du bois, qu’eut lieu en réalité la bataille, de la façon la plus simple et la moins compliquée qu’on puisse imaginer. ”
Relation complète de la campagne de Russie
“ Celle construite à l'embranchement des deux routes de Mojaïsk, communiquait avec Borodino par trois ponts jetés sur la Kologha ; ainsi ce village et le petit ruisseau qui le séparait de nous , servaient (1) Napoléon dit, dans le bulletin de la bataille de la Moskwa: Le vice-roi, qui formait notre gauche, attaque et prend le village de Borodino, que l'ennemi ne pouvait défendre. Le prince Kutusoff écrivait au contraire à l'Empereur Alexandre : La position que j'ai choisie dans le village de Borodino, est une des meilleures que l'on puisse trouver dans un pays de plaine. ”
Louis Ardant, Histoire de Napoléon. Détails sur sa famille… (1833)
“ Le vice-roi , formant la gauche , prit le village de Borodino. A sept heures , le maréchal Ney se mit en mouvement sous la protection de soixante pièces de canon , et se porta contre le centre. En ce moment, mille pièces de canon vomirent la mort de part et d'autre. A huit heures, les positions des russes furent enlevées, leurs redoutes prises , et l'artillerie française couronna les mamelons. Tout alors devint à l'avantage des français ; les russes virent perdue la bataille qu'ils ne croyaient que commencée. ”
Philippe de Ségur, Histoire de Napoléon et de la grande armée… (1852)
“ L'armée française, forte de cent trente mille hommes la veille de la grande bataille, avait perdu environ quarante mille hommes à Borodino; restait quatre-vingt-dix mille hommes. Des régiments de marche et les divisions Laborde et Pino allaient la rejoindre : elle était donc encore forte de cent mille hommes en arrivant devant Moscou. Sa marche était appesantie par six cent sept canons, deux mille cinq cents voitures d'artillerie, et cinq mille voitures de bagages : elle n'avait plus de munitions que pour un jour de combat. ”
Louis-Vivant Lagneau, Journal d'un chirurgien de la Grande-Armée… (1913)
“ Gshatsk, ville plus forte, où nous trouvons des ressources, surtout en grains, que l'ennemi n'a pas eu le temps de brûler. Arrivés le 5 septembre dans la plaine de Borodino 1, à 25 lieues de Moscou et à une ou deux de Moshaisk ; là, l'ennemi a fait des retranchements de terre, et entre autres sur un mamelon à trois quarts de lieue de Borodino et de son couvent fortifié par de hautes murailles. Ce fut là cette grande redoute qui devait être le pivot de sa défense, car il avait choisi cette plaine pour champ de bataille. ”
