Chavard, Ma profession de foi politique…
“ Les Carlistes s'agitent en tous sens pour diviser les patriotes. Leurs machinations ébranlent les faibles, et font craindre que le refroidissement pour la cause de la liberté n'atteigne de bons citoyens. ”
Les Carlistes désignent un mouvement politique et militaire qui, au XIXe siècle, soutenait la prétention au trône d'Espagne de Carlos María Isidro de Borbón, dit Don Carlos. Ce sujet a suscité des réflexions variées : Ludwig Börne souligne la résistance populaire face à un gouvernement autoritaire, tandis que Chavard dénonce les manœuvres des Carlistes pour diviser les forces libérales.
D'autres, comme J. de Cédron, mettent en avant leur attachement à la tradition et leur structure militaire, illustrée par les combats décrits par Charles Frederick Henningsen. Ces perspectives, tirées de sources historiques et politiques, révèlent une diversité d'interprétations autour d'une même réalité historique.
Chavard, Ma profession de foi politique…
“ Les Carlistes s'agitent en tous sens pour diviser les patriotes. Leurs machinations ébranlent les faibles, et font craindre que le refroidissement pour la cause de la liberté n'atteigne de bons citoyens. ”
Ludwig Börne,
Lettres écrites de Paris pendant les années 1830 et 1831…
(1832)
“ Ce qu'on a gagné à ces événemens, ce n'est point une nouvelle défaite des Carlistes , car c'est folie de penser que ceux-ci puissent jamais se relever; c'est que le peuple s'est de nouveau montré dans sa force, et qu'il a causé une salutaire frayeur au gouvernement qui menaçait d'établir la tranquillité avec arrogance. ”
Les soldats du Sacré-Coeur de Jésus et de Marie Immaculée (1876)
“ Pour montrer comment le Seigneur s'est chargé de punir ceux qui ne cessent de dénigrer les carlistes par des actes et des calomnies de toute espèce, je veux raconter ici un fait très-singulier qu'on lit dans le Gralzer Volksblatt du 18 septembre 1874. On avait fait une pièce de théâtre intitulée les Carlistes, dans laquelle les troupes carlistes étaient traitées de la ma- nière la plus infâme et la plus indigne. ”
Charles Frederick Henningsen,
Mémoires d'un officier anglais sur Zumalacarregui et les premières campagnes de la guerre des…
(1887)
“ L'ordre dans lequel avançaient les carlistes, leur enthousiasme, leur supériorité numérique faisaient prévoir assez quelle serait l'issue du combat. L'infanterie ennemie prit la fuite sans attendre le choc, et les escadrons de chasseurs à cheval de la garde, quoique essayant de nous charger pour protéger leur infanterie, furent si bien dispersés par les décharges vigoureuses et répétées de notre infanterie, puis reçus d'une façon si énergique par la cavalerie navarraise, qu'ils se virent repoussés avec des pertes assez considérables. ”
J. de Cédron, Carlistes et libéraux : au profit des blessés carlistes… (1875)
“ Tels vous les avez vus en 1837, tels vous les retrouvez en 1875; leur fidélité est traditionnelle ; les générations succèdent aux générations, mais chez .eux la foi aux principes demeure et survit à la mort. Aussi nous comprenons qu'un régime despotique ou révolutionnaire prise peu un tel peuple ! Cet état de choses explique la prompte organisation des carlistes dans les provinces du nord, où Charles VII, au milieu de ses Navarrais, est plus roi d'Espagne et plus en sûreté que ne l'est aujourd'hui Alphonse XII à Madrid ! ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ Carlyle a considéré son métier d’écrivain non comme un métier d’artiste, mais comme un métier de soldat, et il a obtenu par ce moyen la puissance d’être un artiste, et un artiste des plus amusans. Rien n’est difficile à suivre comme un traité de métaphysique, ou difficile à comprendre pour ceux qui n’y sont pas habitués comme un plan de bataille; mais à coup sûr rien n’est émouvant comme l’exécution de ce même plan de bataille, comme cette géométrie transformée en action héroïque; rien n’est amusant, se dit-on aussi après la lecture de Carlyle, comme la philosophie en action. ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ Ainsi donc, c’est au milieu d’une éducation toute rustique que Carlyle a grandi. Dans une telle éducation, les observations sont rares et les impressions lentes ; mais elles sont justes et fortes, car elles suivent le progrès de la nature. Voyez, par exemple, comment le premier sentiment de la vie se découvre en lui : ce sentiment de la vie et de ses différentes modifications est très vif chez Thomas Carlyle et joue un grand rôle dans sa philosophie. ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
“ « L’abnégation et le renoncement constitueront pour les individus et les peuples le premier pas de retour vers la vie morale ; » — ce penseur, évidemment chrétien, est accusé de panthéisme par les soutiens de l’église anglicane. Au milieu de beaucoup d’écrivains plus savans et surtout plus corrects, Carlyle [4] l’emporte et domine, mais sans rien gouverner. Ses défauts bizarres éveillent et stimulent le marasme et l’affaissement général. On lui emprunte des phrases, on copie ses mots composés ; on emploie assez ridiculement ses inventions extravagantes. ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ Les opinions de Carlyle pourraient s’expliquer, pour ainsi dire, par sa naissance et par la première éducation qu’il a reçue; d’un cœur très sympathique au peuple, il n’en a pas moins des opinions aristocratiques très prononcées : c’est que tout jeune il avait pu apprendre, en voyant son père, combien est respectable le peuple, et, en écoutant ses leçons, combien méprisable est la populace. Tel est le sentiment qui vibre dans tous les écrits de Carlyle. ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
“ Carlyle lui-même, en s’attaquant à la révolution française, avait été forcé de s’astreindre au cadre des évènemens. L’histoire a une méthode dont elle ne peut pas se dégager ; elle se meut dans le temps, qui a ses limites, et dans l’espace, qui a les siennes. Carlyle s’était donc rejeté, en traitant la révolution française, sur les tableaux, les scènes, les portraits, la recherche des effets lointains et des causes secrètes. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ Carlyle est un penseur à la fois mystique et sceptique en philosophie ; en religion, c’est un puritain. Enthousiaste et grave, il aime l’ironie burlesque, la parodie, qu’elle soit de bon ou de mauvais goût. Ennemi de la France par nationalité et par croyance, il ne comprend pas la Révolution. ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ Oui, Carlyle, le néo-puritain, le moderne adorateur de héros, l’historien de la révolution française, l’homme qui a élevé l’art du tailleur à la hauteur d’une philosophie, cet homme plein d’excentricités, d’étrangetés, de bizarrerie, de confusions, est un des hommes qui ont le mieux vu notre époque, ses misères et les seules routes par lesquelles elle peut en sortir. ”
Émile Montégut, Le Roman religieux en Angleterre…
“ Tout le monde sait en effet qu’il existe une assez notable différence entre les premiers et les derniers écrits de Carlyle ; mais cette différence s’explique par l’âge et la vie. Jeune, il était plus mystique. À mesure qu’il a vécu, l’idéal religieux a tenu moins de place dans son intelligence, jusqu’à ce qu’enfin il ait été atteint de cette fureur de justice terrestre, pratique, politique, qui dans ces dernières années est devenue son cri de guerre. Donnez-lui la justice, il la veut à tout prix ; qu’on l’impose par n’importe quel moyen, et qu’on force les hommes d’être justes par le sabre ! ”
J. Milsand, Les Pamphlets de Thomas Carlyle
“ Tandis que l’Europe entière n’avait d’admiration que pour l’indépendance, M. Carlyle a passé sa vie à glorifier l’obéissance et la foi ; il a compris et il a dit que la docilité était, sous un autre nom, la faculté d’apprendre ou de profiter de la science d’autrui ; tous ses ouvrages, en un mot, sont un hommage rendu à l’invisible protection que l’intelligence des intelligens étend sur les masses, et un plaidoyer pour demander que leur règne arrive. ”
Friedrich Nietzsche,
Crépuscule des idoles
(1889)
“ J’ai lu la vie de Thomas Carlyle, cette farce involontaire, cette interprétation héroïco-morale des affections dyspeptiques. — Carlyle, un homme aux fortes paroles et aux fortes attitudes, un rhéteur par nécessité, agacé sans cesse par le désir d’une forte croyance et par son incapacité à y parvenir (— en cela un romantique typique !) . Le désir d’une forte croyance n’en est point la preuve, tout au contraire. Lorsque l’on possède cette croyance, on peut se payer le luxe du scepticisme : on est assez sûr, assez ferme, assez lié pour cela. ”
Augustin Filon, Revue des Deux Mondes
“ La religion sans paroles, le culte des héros, la germanolâtrie, l’histoire subjective, ont fait du bruit, sinon des prosélytes. Il n’est pas jusqu’à ce style exagéré, fiévreux, haletant, par lequel nos jeunes écrivains croient prouver leur force, qui ne soit un legs de Carlyle. N’est-ce pas lui qui leur a donné l’exécrable recette : « Dire d’autant plus que l’on sent moins ? » Mais cette action de Carlyle est, en quelque sorte, une action diffuse. Il n’a point laissé d’école ; M. Froude est le premier de ses élèves et sera le dernier. ”
Augustin Filon, Revue des Deux Mondes
“ Tous deux se rencontrent dans une commune défiance de la métaphysique religieuse et dans un commun mépris du scepticisme philosophique. Leur esprit, qui ne peut aborder et manier que le concret, a en même temps horreur du positivisme. Froude souffre de cette contradiction dans son être intime ; Carlyle s’en fait une originalité, une force, un système. Le disciple n’a point l’essor vertigineux du maître ; il ne monte jamais à ces régions supérieures d’où la pensée de Carlyle redescend en nuage fulgurant, mais il ne s’abat jamais avec lui dans la turlupinade et le calembour. ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
“ Appliquée à l’histoire, la méthode de Carlyle est inadmissible. Au lieu de les placer sous leur jour et dans leur ordre de génération, elle embrouille et obscurcit les faits qui ont si grand besoin d’être éclairés ; de l’intensité même de la réflexion naît une sorte d’obscurité dans la lumière. Assez fort pour recueillir tous les documens d’une grande œuvre, Carlyle n’a pas su les grouper dans un ensemble organique. ”
Arvède Barine,
Revue des Deux Mondes
“ Le sentiment qui attirait Carlyle vers Mlle Welsh, bien que vif et tenace, était tout à fait de la nature qui convient à un philosophe. Carlyle approchait de la trentaine, il se sentait la tête bouillonnante d’idées et il n’avait encore produit que des traductions, quelques articles et la Vie de Schiller. Ses débuts avaient été entravés de plusieurs manières. Il avait eu une existence précaire, et jamais homme ne fut aussi désarmé devant les soucis matériels. ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ Et alors, prenant tour à tour les fondateurs de religion, les chefs d’armée, les législateurs des sociétés, les réformateurs, Carlyle montre tour à tour le héros comme prophète, comme poète, comme écrivain, comme roi, car le penseur anglais croit à l’éternité, à la durée indéfinie de la puissance et de la force morale de l’individu ; il ne croit pas à la rénovation des sociétés par les moyens matériels, industriels, économiques, révolutionnaires. ”
Edmond Barthèlemy, Thomas Carlyle : essai biographique et critique
“ Quel abîme sépare ces écrivains là de Carlyle ! Une civilisation, pour eux, n'était qu'un beau décor. Une civilisation, pour Carlyle, était le développement et l'expression d'un sentiment central ; pour expliquer celle-là, il fallait percer jusqu'à celui-ci (1) : et toute la force sympathisante, divinatrice, du sentiment propre à l'historien ou au poète était requise par une telle tâche de psychologie. Le clinquant de Southey, de Campbell, de Moore était d'un mince secours spirituel pour Carlyle ; encore moins, le commerce des hommes qui se contentaient de ce clinquant. ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ Carlyle a fait une belle application de cette théorie dans son Histoire de la Révolution française. C’est une histoire fondée sur de singulières données et qui renverse toutes les idées que nous nous sommes formées de ce terrible phénomène. Maudire est facile ; Carlyle ne maudit personne ; bénir est plus facile encore, il ne bénit personne. Il regarde, observe et reste indifférent. Il se met en dehors des théories et des systèmes, des passions et des réminiscences archaïques, et se demande la signification de l’événement révolutionnaire. ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ Depuis que nous l’avons lu, nous savons qu’il existe, parmi les politiques, les philosophes et même ailleurs, deux classes d’hommes: les uns, qui poursuivent un but personnel, égoïste et momentané, et dont nous devons nous défier; les autres, qui poursuivent un but humain et éternel, et auxquels nous devons nous soumettre. Carlyle, très partisan du respect, n’en est pas un partisan aveugle, comme on voit; il nous apprend qu’il est des hommes à qui il est impossible de l’accorder sans lâcheté, et qu’il en est d’autres à qui on ne peut le refuser sans crime. ”
René Doumic,
Revue des Deux Mondes
“ Le livre de Carlyle sur le Culte des Héros est ici la Bible et l’Évangile. Pour Carlyle, l’histoire du monde n’est que la biographie des Grands Hommes. Il se représente le spectacle tout entier de l’histoire à l’image d’une épaisse et longue nuit, entrecoupée de quelques momens lumineux ; naturellement il ne distingue que ces traits de lumière et ne tient compte que d’eux seuls. Le genre humain vit pour un petit nombre de privilégiés. Des milliers et des milliers d’êtres, pendant des siècles, se traînent misérablement au ras de la terre. ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ Ses idées sont comme autant de pressentimens, comme autant d’instincts ; la nature de Carlyle nous parait surtout une nature instinctive. Quoi de plus réel que l’instinct, quoi de plus obscur et de moins compréhensible ? Tourmenté par l’idée générale de la croyance, Carlyle lutte sans cesse pour en exprimer une ; tourmenté par l’idée de la vie, il lutte pour en expliquer le mystère, et, lorsqu’il a bien cherché, il ne trouve rien que de vagues éternités, de larges infinitudes au-dessus, au-dessous et tout alentour de lui. ”
Johann Peter Eckermann,
Conversations de Goethe
“ Mais je m’étonne un peu que Walter Scott ne me dise pas un mot de Carlyle, qui cependant, par ses travaux sur l’Allemagne, doit certainement lui être connu [63] . Ce qu’il y a d’admirable dans Carlyle, c’est que dans ses jugements sur les écrivains allemands il s’occupe bien moins des effets de l’œuvre que de son esprit et de son essence morale. Carlyle est une puissance morale de grande importance. Il est riche d’avenir, et il est impossible de prévoir tout ce qu’il fera et toute l’influence qu’il exercera un jour. ”
Edmond Barthèlemy, Thomas Carlyle : essai biographique et critique
“ Comme il fait voler en éclats informes, en triste poussière, les apparences qu'il brise en les traversant! comme il sait peu remettre en ordre, après l'avoir bouleversé, le monde extérieur ! comme la sensibilité s'angoisse et s'égare, et, pour quelques percées effrénées dans le dedans des choses, çà et là, la plupart du temps s'exaspère devant les objets comme à des obstacles, au lieu de se prendre à eux comme à des symboles ! — Mais Carlyle, d'autre part, au milieu de ses effusions panthéistiques, saura garder la force essentielle de la stricte préoccupation morale. ”
Arvède Barine,
Revue des Deux Mondes
“ Carlyle aimait à fumer silencieusement sa pipe en regardant sa femme laver les planchers, comme il l’avait toujours vu faire à sa mère et à ses sœurs. Il lui semblait dans l’ordre de la nature qu’elle lui fît son pain, puisqu’il n’aimait pas le pain du boulanger, et qu’elle lui raccommodât ses bottes. A chacun sa tâche : à l’homme les nobles occupations de l’intelligence, à la femme les travaux serviles. Mme Carlyle accepta ce partage sans réclamer et avec bonne humeur. Elle avait de la philosophie, si elle n’en raisonnait pas. ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ Nous ne croyons ni à la puissance absolue des masses, ni aux idées abstraites, ni à la puissance des circonstances seules ; nous conservons notre admiration pour les choses qui portent la marque incontestable de la supériorité ; nous n’avons foi qu’en ce qui est meilleur que nous. Nous adhérons donc complètement à cette doctrine qui veut que l’idée soit non-seulement réalisée, mais représentée. De cette haine de l’abstraction naissent, dans Carlyle, les deux idées fondamentales de sa doctrine : l’idéal réalisé et le culte des héros. ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
“ Le petit nombre d’hommes que la singularité de quelques circonstances personnelles aura placés, comme Carlyle, de niveau avec le temps futur, au-delà des opinions contemporaines, des folies, des sottises, des ambitions et des prétentions contemporaines, recevront le livre de Carlyle avec enthousiasme. ”
Edmond Barthèlemy, Thomas Carlyle : essai biographique et critique
“ Dès le seuil, nous trouvons l'idée de FORCE, ideemère, qui contient et exprime, avons-nous vu, toute la sensibilité de Carlyle, et qui, maintenant, prend toute sa portée métaphysique. Carlyle décrit de la manière suivante cette Force : « La Nature n'est pas un Agrégat, mais un Tout. Il dit vrai, le chant du Psalmiste hébreu : « Si je prenais mon essor à l'aurore et ne m'arrêtais qu'à l'occident de l'univers, Dieu est encore là. » ”
J. Milsand, L’Angleterre et les nouveaux courans de la vie anglaise
“ Pour tout résumer par un mot de Carlyle, elle est comme le chat qui prend les maisons pour des rochers, et naturellement elle est fort tentée de conclure que les libertés qu’elle a pratiquées avec succès sont en elles-mêmes ce qui ne peut manquer d’assurer à la fois l’ordre et le progrès, d’amener du même coup le développement des forces particulières et leur accord spontané. ”
