“ Miss Keeldar, placée directement en face de lui, était vue sans effort ; et, comme ce qui restait encore de jour, reflet doré du couchant, tombait sur elle, sa forme se détachait en relief de la sombre boiserie de la salle. Les joues fraîches de Shirley gardaient encore l’empreinte de la rougeur qui les avait couvertes quelques minutes auparavant. Les cils noirs de ses yeux baissés pendant qu’elle lisait, la sombre mais délicate ligne de ses sourcils, le lustre presque noir de ses cheveux bouclés, faisaient ressembler, par le contraste, son teint animé à une belle rose sauvage. ”
Miss Keeldar
Définition et enjeux
Citations sur “Miss Keeldar”
Anne Brontë,
Agnès Grey
(1859)
“ J'acquiers avec résolution la science et la sympathie; la science croît dans mon cerveau, le sentiment dans ma poitrine ; et ce n'est pas comme ces produits hâtifs qui, n'ayant aucunes racines, fleurissent assez vigoureusement pour un temps, et tombent bientôt flétris et desséchés. Attention, Henry ! Miss Keeldar consent à vous donner cette faveur. ”
Anne Brontë,
Agnès Grey
(1859)
“ En ce temps, d'étranges idées habitaient Fieldhead ; d'impatientes espérances et de cruelles anxiétés hantaient quelques-uns de ses appartements. Une certaine agitation régnait autour du vieux manoir; on était dans l'attente de quelque grand événement. Une chose paraissait claire. Sir Philippe n'était pas un homme à dédaigner : il était aimable ; si ce n'était pas un esprit supérieur, il était du moins intelligent. Miss Keeldar ne pouvait dire de lui ce qu'elle avait dit amèrement de Sam Wynne, que ses sentiments étaient émoussés, ses goûts grossiers, ses manières vulgaires. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Les crimes de l’amour, Nouvelles héroïques et tragiques
“ Dolsé rougit... elle veut se défendre ; elle jette sur son chevalier des regards où règne à-la-fois de la contrainte au milieu de beaucoup d’amour... Ceilcour presse les deux mains de cette charmante femme, il les couvre de ses larmes et de ses baisers ; il la conjure de ne pas l’affliger au point de mépriser des bagatelles d’une aussi légère importance ; des pleurs involontaires coulent des beaux yeux où Ceilcour s’embrâse de plus en plus. La baronne n’a pas la force de dire oui... ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Les crimes de l’amour, Nouvelles héroïques et tragiques
“ L’obscurité ne permit pas à Ceilcour de voir ici l’état de sa belle maîtresse ; mais elle était couverte de pleurs... des sanglots coupaient sa respiration... elle veut se lever et sortir du bosquet, Ceilcour l’arrête, et la contraignant de se rasseoir, non... non, lui dit-il, non vous ne fuirez-pas, sans que je sache à quoi m’en tenir... dites ce que je dois espérer ; ou rendez-moi la vie, ou plongez à l’instant un poignard dans mon sein... mériterai-je un jour quelque sentiment de vous Dolsé... ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Les crimes de l’amour, Nouvelles héroïques et tragiques
“ Le désespoir dans l’âme, véritablement inquiet de Dolsé, Ceilcour vole aussi-tôt chez elle ; mais à quel point augmente sa douleur, quand il voit cette malheureuse et charmante femme, pâle, défaite, abattue, et déjà presqu’environnée des ombres de la mort ; naturellement sensible et jalouse, adorant Ceilcour, elle avait reçu l’affreuse nouvelle de la fête qu’il donnait à sa rivale, dans un de ces momens de crise, où les femmes n’apprennent aucun malheur impunément ; la révolution avait été terrible... une fièvre brûlante en avait été la suite. Ceilcour se jette à ses pieds ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Les crimes de l’amour, Nouvelles héroïques et tragiques
“ Oh ! ciel, lui dit Ceilcour, ne connaissez-vous donc pas les loix de la chevalerie ; une dame est dans nos châteaux en sûreté comme dans son propre hôtel ; l’honneur, l’amour et la décence, voilà nos loix, voilà nos vertus ; plus la beauté que nous servons nous enflamme, plus le respect nous enchaîne à ses pieds. Dolsé souriant à Ceilcour, promet donc de l’accompagner partout où il aura dessein de la conduire, et chacun va se préparer au second acte de cette agréable fête. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Les crimes de l’amour, Nouvelles héroïques et tragiques
“ Ce qui n’est dicté que par l’esprit, peut-il avoir la même chaleur que ce qui n’est inspiré que par l’âme ? Quelque fût néanmoins la différence des sentimens de Ceilcour pour l’une et l’autre de ces femmes, ce n’était qu’à celle qui résisterait à l’épreuve méditée, qu’il était résolu de se rendre. Nelmours y résisterait-elle ? Eh bien ! elle avait assez de charmes pour le consoler de sa rivale, et dès qu’elle aurait eu plus de sagesse, elle deviendrait bientôt la plus chérie. ”
Annie Keary,
L'Irlande il y a quarante ans…
(1889)
“ Bien certainement, je te protégerai, Ellen; mais comment y parvenir efficacement si je ne sais pas tout! C'est justement ce que je te demande, Pelham; il faut que tu agisses pour moi sans m'obliger à te dire toutes mes raisons. Nous ne pouvons pas rester ici un jour de plus, et il faut que tu prennes sur toi d'ordonner le départ. Ce sera un sacrifice pour maman, qui est heureuse ici, mais elle le fera sans regret sur ton avis. Je ne puis pas supporter d'être soupçonnée de trahison par ceux auxquels nous devons tout. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Les crimes de l’amour, Nouvelles héroïques et tragiques
“ Mariez-vous, mon cher Ceilcour, vous le devez à votre fortune, à votre famille ; tâchez que celle que vous choisirez ait quelques-unes des qualités que vous daignez chérir en moi ; et si les êtres qui quittent ce monde, peuvent recevoir des consolations de la part de ceux qu’ils y laissent, croyez que ce sera une véritable jouissance pour votre amie, de vous savoir lié à une femme, qui aura su du moins lui ressembler par quelque chose. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Les crimes de l’amour, Nouvelles héroïques et tragiques
“ À peine Ceilcour a-t-il dit ces mots, qu’une salamandre élancée du volcan, vient tomber aux pieds de celle pour qui sont préparés tous ces jeux, et s’adressant à Ceilcour, Oromasis, dit-elle, le génie du Feu m’envoie pour vous prévenir de ne point entrer dans sa ville, que vous ne lui ayiez envoyé d’avance la dame qui est avec vous ; il l’a vue... il l’aime, et prétend l’épouser sur l’heure ; toute alliance est rompue, si vous lui refusez ce don, et il va lancer sur vous et ce qui vous entoure, tous les feux dont il dispose, pour vous contraindre à le satisfaire. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Les crimes de l’amour, Nouvelles héroïques et tragiques
“ Pour Ceilcour, ferme dans son projet d’épreuve, quelque profondeur qu’eût la plaie que venaient d’ouvrir les tendres regards d’une aussi jolie femme, il résista et se promit plus fermement que jamais de ne se rendre qu’à la plus digne de l’enchaîner éternellement. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Les crimes de l’amour, Nouvelles héroïques et tragiques
“ Ah ciel ! dit la comtesse effrayée, jamais rien d’aussi beau ne frappa mes regards ; si ce combat eût lieu, il fut assurément moins sublime que cette représentation ne vient de nous le peindre... Oh mon cher Ceilcour, poursuivit-elle en s’appuyant sur lui, je ne vous ferai jamais tous les éloges que vous méritez... Il est impossible de se mieux entendre à donner une fête, impossible qu’il y règne à la fois plus d’ordre, plus de magnificence et de goût. ”
Juliette Adam,
Mon village
(1860)
“ Tiens, dit Jean-Claude, une preuve de plus qui va te toucher comme moi au fin fond du cœur : elle est ici, dans cette chambre-là, avec notre mariée, le maître d’école, la Rose et Norine ; ce qu’elle y fait, on ne saurait le deviner, c’est une femme si avisée pour le bien ; de plus, elle dîne avec nous, du même dîner. Le serons-nous, fiers ? Ah ! répéta-t-il en voyant sortir notre mairesse de la chambre de sa nièce, non jamais, au grand jamais, Cellier, on n’a pu voir une femme plus belle de bonté. ”
Pedro Calderón de la Barca,
Théâtre de Calderón
“ Celia, que tu connais mal l’amour et ses bizarreries !... Cite-moi un seul amour que les obstacles aient découragé ; et moi, je t’en citerai mille qui ont grandi et se sont fortifiés par les obstacles. celia. Cela est bon à dire, madame lisarda. Puis, Celia, autre chose encore. D’un côté, je ne dois pas délaisser en prison un homme qui m’a sacrifié sa liberté et qui voulait me sacrifier sa vie ; et d’autre part, si cet homme est celui que cette dame cherche, je ne dois pas avoir la prétention d’établir une rivalité avec elle. ”
Annie Keary,
L'Irlande il y a quarante ans…
(1889)
“ Les regards de tous étaient fixés sur les pas d'Ellen, malade depuis la mort de son père, et qui sortait pour la première fois de la maison, appuyée sur le bras de sir Charles Pelham. John et Lesbia étaient là, aussi absorbés que les autres. Bride se détourna vivement et se mit à escalader les terrasses du jardin. Lorsqu'elle arriva à la dernière marche, elle sentit ses joues baignées de larmes. Involontairement des pleurs naquit un sourire. ”
Honoré d’Urfé, L’Astrée/deuxième partie
“ Cependant Celidée ne s’endormit pas, et n’ayant plus d’esperance qu’en la tendre amitié de sa mere, voyant bien que j’avois gaigné Cleontine, d’abord qu’elle la vit, se jettant à genoux le sceut de sorte attendrir qu’elle luy promit qu’elle ne seroit jamais mariée contre sa volonté. Celidée, plus contente de cette asseurance que de bonne fortune qui luy peust arriver, fait tant que nous en sommes avertis, ne luy semblant pas qu’elle eust obtenu entierement ce qu’elle desiroit, s’il n’estoit sceu de nous. ”
Pedro Calderón de la Barca,
Théâtre de Calderón
“ Puisque le seigneur votre père est parti, je l’appelle. laura. Que tu es folle, Celia ! Celia sort.laura. Après tout, je suis curieuse de voir de quelle manière il s’excusera. La femme qui se montre le plus irritée est, dans le fond du cœur, toujours disposée au pardon. Et si don Félix ne m’abuse pas comme je veux, je l’aiderai moi-même à m’abuser. Entrent DON FÉLIX et CELIAcelia, bas, à don Félix. Le seigneur Fabio, mon maître, est sorti. — C’est le meilleur moment pour parler à ma maîtresse. don félix, de même. Je te dois la vie et le bonheur. ”
Annie Keary,
L'Irlande il y a quarante ans…
(1889)
“ Elle avait réservé une place pour Lesbia entre elle et Pelham, et deux ou trois fois le léger sourire qui avait gagné naguère le cœur de M. Daly, erra sur les lèvres pâles de la veuve. Décidément toutes ces attentions étaient pour Babette, et celle-ci saisit à la volée dans les yeux de John un regard plus étonné que satisfait. Après le souper elle se glissa doucement à côté d'Ellen comme pour dérouter les soupçons fraternels. John s'était tourné vers Pelham, commençant à lui parler d'affaires, et les yeux de Mrs. Daly étaient attachés sur le visage de son fils avec une visible inquiétude. ”
Paul Celières, Une exilée (1887)
“ Près de la table, au milieu, les enfants de la maison, Émilio et Tonio, tous deux, vêtus de velours noir avec des bas de soie rouges et des bottines à mi-jambe, regardaient immobiles, d'un air curieux et plein d'attente anxieuse, trois grands cartons, soigneusement fermés avec des ficelles roses — les étrennes apportées par M. de Lowenthal, qui attendait, pour les donner, l'arrivée de la petite Francesca. Pour un diplomate, gagner les enfants, c'est tenir les parents à merci. Le baron Joachim avait fait les choses en conséquence. Les cadeaux devaient être riches; la victoire semblait assurée. ”
Paul Celières, Une exilée (1887)
“ Poinsard. Seul avec Mlle Chauvet. Il se promenait, tout en parlant, d'un air agité qui surprit Francesca au point de la retenir, indiscrète en dépit d'elle-même, contre la fenêtre. Elle ne voulait pas écouter; mais elle entendait. — Cela ne me regarde pas, je le sais, disait M. Poinsard. C'est dans votre intérêt seul, ma bien chère cousine, que je vous ai dit et que je vous répète : Prenez garde ! — Vraiment? — La bonté, poussée trop loin, n'est plus que de la faiblesse ; et vous finirez par être dupe de votre bon cœur. ”
Paul Celières, Une exilée (1887)
“ C'est alors qu'elle se souvint de l'enfant oubliée au milieu de ce tourbillon d'événements. — Et Johanna? dit-elle d'une voix suppliante. — Ah ! fit le comte en relevant la tête, avec un éclair dans les yeux, pauvre enfant! — Que deviendra-t-elle? Qui veillera sur elle? — Dieu, répondit le comte en levant la main vers le ciel. Dieu et toi. — Moi! — Sans doute ! Tu vivras, toi. Pour Francesca, c'était le mot le plus terrible qui pût tomber des lèvres de son père. Vivre, après cet effondrement de tous ses bonheurs ; vivre seule, avec des regrets poignants et un remords ! ”
Annie Keary,
L'Irlande il y a quarante ans…
(1889)
“ Ces visites ne me laissaient pas de repos, et je finis par persuader à M. Daly d'envoyer Pelham en pension en Angleterre. Il passait ses vacances à Pelham Court, avec ses cousins. Voilà comment il a reçu une éducation si différente de celle de Connor et d'Ellen. Je le regrette maintenant; je l'ai élevé pour mon plaisir, et non pour son bonheur personnel. S'il était resté ici, il aurait été aimé comme les autres, et je n'aurais pas sans cesse à frémir pour lui Cet homme vit-il encore? demanda Lesbia frissonnant à son tour. ”
Paul Celières, Une exilée (1887)
“ Le comte levait les épaules et souriait à Francesca, qui, les yeux fixés sur lui, semblait dire : — Soyez tranquille, père, c'est vous que je crois. Ce que vous dites est bien; ce que vous faites est bien; je vous obéirai et je vous imiterai. Et, pour imiter son père, dont elle épiait les mouvements, les gestes et jusqu'aux regards, elle ne manquait pas, lorsque le hasard la mettait face à face avec le baron de Lowenthal, de protester à sa façon contre sa présence. ”
Pierre de Coulevain, Ève victorieuse
“ Dora Sant’Anna — non plus Dora Carroll — tourna ses lèvres vers la main qui la caressait et la baisa rapidement, puis, se dégageant de l’étreinte, elle regarda son mari dans les yeux.— Est-ce vrai que la princesse Marina a été vos premières amours ? demanda-t-elle, incapable de retenir la brûlante question.— Elle a été la première femme que j’ai admirée, répondit le comte employant habilement l’euphémisme américain. — Et maintenant, tâchez d’oublier cette abominable lettre. En permettant qu’elle vous trouble, vous donneriez trop de satisfaction à la personne qui nous en veut. ”
Achille Eyraud,
Voyage à Vénus
“ Célia était bien loin de subir cette contrainte et d’affecter cette timidité maniérée, dont la candeur apparente n’exclut pas les recherches de la coquetterie, les satisfactions vaniteuses et les dénigrements jaloux. Elle avait passé toute sa jeunesse auprès de sa mère, au lieu d’aller dans ces grands pensionnats où l’on défait l’éducation des demoiselles. ”
Paul Celières, Une exilée (1887)
“ Je vivrai, je vous reverrai... bientôt peut-être. En attendant, je t'envoie tous les baisers de mon vieux cœur. Partage-les avec Johanna, et fais-lui bonne part. C'est la plus jeune et la plus faible; elle en a plus besoin que toi. Je vous aime. « P. S. — Notre cher et brave Émilio mène ardemment la campagne sainte avec moi. Il t'écrit, j'ai lu sa lettre. Tu peux la lire, et tu peux l'aimer ; il est digne de toi. Quand luira le jour béni de la liberté, j'aurai trois enfants au lieu de deux. » ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Les crimes de l’amour, Nouvelles héroïques et tragiques
“ Madame, dit Oromasis, (on voudra bien sous ce nom reconnaître Ceilcour) j’étais loin de m’attendre à l’honneur que vous daignez me faire, vous m’auriez vu voler au-devant de vous, si j’eusse prévu cette faveur ; permettez-moi, continua-t-il en s’inclinant, de baiser la poussière de vos pieds, et de m’abaisser devant la divinité qui préside au Ciel et qui règle les mouvemens de la terre ; en même temps le génie et tout ce qui l’entoure se prosternent la face sur le sable, jusqu’au geste que fait la comtesse, pour leur ordonner de se lever : alors tout s’avance vers le château. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Les crimes de l’amour, Nouvelles héroïques et tragiques
“ Les premiers objets qui frappèrent sa vue en rentrant chez elle, furent les superbes présens qu’elle avait reçus de Ceilcour, parmi lesquels, le petit palais de diamans n’était pas oublié. Toute réflexion faite, dit-elle en se couchant, Voilà un homme à-la-fois et bien sage et bien fou. Ce doit être un excellent mari sans doute, mais c’est un amant bien froid, et il me semble que les sentimens de ce titre, saisis avec un peu plus de chaleur, n’auraient nullement nui à ceux de l’autre ”
Pedro Calderón de la Barca,
Théâtre de Calderón
“ Tantôt, si vous voulez. Permettez, pour Dieu ! qu’à cette heure je parle à cette femme. C’est la suivante de ma dame. lisardo. Que je meure si ma prédiction n’est pas près de s’accomplir ! Un tiers vous gênerait ; adieu, à tantôt. Il sort.don félix. Quel motif t’amène, Celia ? celia. Ne vous étonnez pas que je ne sois pas venue plus tôt. Il me faut bien du courage pour venir ; si ma maîtresse le savait, elle me tuerait assurément. don félix. Elle est donc bien irritée contre moi ? celia. Impossible qu’une femme le soit davantage contre un homme. ”
