“ La Rouche ! Sarraille ! Oui certes, Mathieu avait suivi le procès de ces deux malfaisances sociales, qui devaient se rejoindre. Et quel écho ces deux noms réveillaient dans le passé, en lui en rappelant deux autres : Valérie Morange ! Reine Morange ! Déjà, dans la cour de l’usine, il venait de voir passer le fantôme indistinct de Morange, le comptable ponctuel, timide et tendre, qu’un vent de malheur et de folie emportait aux vagues ténèbres. ”
Morange
Définition et enjeux
Citations sur “Morange”
“ Aussi, chaque jour, pendant les douze années, lorsque Morange vint le soir, le début de la conversation fut-il pareil. « Rien de nouveau depuis hier, chère madame ? — Non, mon ami, rien. — Enfin, quand on se porte bien, c’est le principal. On peut attendre des jours meilleurs. — Oh ! personne ne se porte bien, on attend tout de même. » Et voilà qu’un soir, au bout des douze années, Morange, en entrant, sentit l’air du petit salon changé, comme frémissant d’une joie, dans son éternel silence. ”
“ Depuis quelques années, il y avait eu pourtant, dans l’existence de Morange, une grosse aventure. Bien qu’il fût le confident de Constance, qu’elle l’eût fait sien par la tyrannie de sa volonté, il s’était passionné peu à peu pour Hortense, la fillette de Denis. À mesure qu’il l’avait vue grandir, il s’était imaginé retrouver en elle Reine, sa fille tant pleurée. ”
“ Lui, sans comprendre nettement, flairait des choses, sentait que sa fortune se décidait, attendait la ripaille certaine, en jeune loup qui se résigne à se domestiquer, pour dévorer ensuite à l’aise toute la bergerie. Et, lorsque Morange entra, il ne vit qu’une chose, la ressemblance d’Alexandre avec Beauchêne, cette ressemblance extraordinaire dont Constance, le cœur saignant, venait d’être bouleversée, et qui le glaça lui-même, dans son idée fixe, comme s’il eût condamné son ancien patron. ”
“ Ainsi, les mois, les années coulaient, et Morange, presque chaque soir, lorsqu’il passait un instant chez Constance, la trouvait dans le même petit salon silencieux, vêtue de la même robe noire, raidie en une même pose d’obstinée attente. De cette revanche du destin, de ce malheur des autres si patiemment espéré, jamais rien ne venait, sans qu’elle parût le moins du monde douter de la victoire. Au contraire, les événements avaient beau l’accabler de plus en plus, elle se redressait davantage, défiait le sort, tenue debout par la certitude qu’il lui donnerait enfin raison. ”
“ Un souffle humide de cave s’exhalait, on distinguait à peine des profils vagues de grosses ferrures. Seule, tout en bas, une lanterne brûlait, une clarté lointaine, comme pour mieux montrer la profondeur et l’horreur du gouffre. Et ils s’écartèrent pâlissant. Maintenant, Morange se fâchait. « C’est idiot ! Qu’est-ce qu’ils font ? Pourquoi n’obéissent-ils pas au règlement ?... D’habitude, il y a un homme là, un homme exprès, qui ne doit pas quitter son poste, tant que la trappe n’est pas remontée... Où est-il ? Qu’est-ce qu’il fiche, celui-là ? » ”
“ Le lendemain, Morange se montra si agité, que sa concierge, qui le surveillait, dit ses craintes à son mari : certainement, leur locataire allait avoir une crise, car il avait oublié de mettre ses chaussons pour descendre chercher son eau, la figure à l’envers, parlant tout seul. Et, ce jour-là, le fait extraordinaire fut qu’après le déjeuner, il s’oublia, s’attarda près d’une heure avant de reparaître à son bureau, inexactitude sans précédent, dont personne à l’usine n’aurait pu citer un exemple. ”
Élisa Denneville, Le Livre rose
“ Je me souvins de l’avoir remarquée plusieurs fois. M. de Morange m’apprit alors qu’elle était à moi, et qu’il y avait réuni une brillante société pour me surprendre. Hélas ! j’étais bien ingrate pour tant de soins ; cependant j’essayai d’être gaie ; mais, malgré moi, j’éprouvais comme le pressentiment d’une douleur nouvelle. J’espérais que la nuit mettrait fin à ma contrainte et que je me retrouverais seule ; mais une illumination charmante embellit tout-à-coup le jardin, et il fallut renoncer à chercher la solitude. ”
“ Cependant, le temps pressait, Morange s’agitait, s’affolait, en proie de plus en plus à l’envahissement de la terrible vérité. Comme le coupé filait rapidement, sur le point déjà de passer le pont, Sérafine songea qu’il allait bien s’apercevoir qu’on s’éloignait par l’avenue d’Antin, sans s’arrêter chez elle. Et elle dut commencer à lui conter une histoire, elle revint sur la maladie de Reine, elle laissa peu à peu entendre que la chère enfant devait être atteinte d’une infirmité grave, qui certainement nécessiterait une opération. ”
Souvenirs d'un ricochet du coup d'Etat de décembre 1851 à Thiers… (1885)
“ En nous voyant, il se met à genoux, et lève de temps en temps les mains et les yeux au ciel, comme pour l'implorer. Cette attitude étrange qui est toute empreinte d'hypocrisie, attirant plus particulièrement notre attention, le concierge nous apprend que c'est le fameux Morange, de Courpière, celui qui a tué tout récemment son père à coups de pioche. ”
“ Comme Mathieu descendait vers la rue La Boétie, il s’arrêta brusquement. Au coin de cette rue, il avait aperçu Valérie, debout sur le trottoir, causant avec un homme ; et, dans cet homme il reconnaissait Morange, le mari. Une soudaine certitude l’éclaira : Morange était venu avec sa femme, l’avait attendue dans la rue, pendant qu’elle montait chez Mme Bourdieu ”
Anatole France,
La Vie en fleur
(1924)
“ Je méprisais profondément Mouron, Jacques Mouron, le petit Mouron, que nous appelions Mouron pour-les-petits-oiseaux, car nous avions de l’esprit. Je le croyais bête, et la suite de ce récit fera savoir si j’avais raison. Je le jugeais plus borné encore que Morlot, Laboriette et Chazal. Chazal était rustique et étonnait quelquefois par la naïveté joyeuse de ses reparties ; Laboriette, louche, hagard, hurlant, avait l’air d’un fou ; Morlot, qui dormait sans cesse, avait de longs cils soyeux et ressemblait à un prince enchanté des contes arabes. Ils avaient chacun quelque chose qui intéressait. ”
André-Robert Andréa de Nerciat,
Monrose ou le Libertin par fatalité
(1792)
“ Souvent Saint-Amand et moi, suivis d’Aglaé, de Garancey, de la jeune marquise et de Monrose, nous allions nous renfoncer dans les plus mystérieux recoins de mes possessions ou de la campagne ; là, foulant à l’envi le gazon ou la mousse, nous nous électrisions de plus en plus, heureux encore des voluptés où nous voyions nos amis s’abandonner, se confondre ; échos mutuels, piqués d’amoureuse émulation ; embrasant l’air de nos baisers, de nos accents, et brûlant la terre, théâtre de nos jouissances. ”
André-Robert Andréa de Nerciat,
Monrose ou le Libertin par fatalité
(1792)
“ Je gâte donc Monrose ? Mes conseils et mes exemples lui sont pernicieux ? — Je vois, mon cœur, qu’on vous a considérablement exagéré... — Exagéré ! Fort bien. Ainsi ce n’est pas pour vous, ma chère baronne, mais pour ceux qui exagèrent, qu’il est bon de vous dire ceci : jamais il n’y eut de plus mauvais exemple pour un jeune homme que ceux qui durent le frapper chez vous dès son début à Paris. ”
Joseph Marmette,
Le chevalier de Mornac
“ Certainement. Jean, holà ! Tu vas guider M. le comte au château. Le gamin, qui espérait entrer à la suite du gentilhomme et assister ainsi à la réception des Iroquois, accepta avec enthousiasme. Mornac sortit les dépêches de sa valise, les mit dans la poche de son pourpoint, reprit son épée qu’il avait quittée pour se mettre à table, descendit dans la rue et suivit Boisdon fils. Celui-ci, fier d’escorter un gentilhomme et de se rendre au château, jetait des regards vainqueurs sur les connaissances de son âge qui flânaient dans la rue et contemplaient avec envie leur heureux ami Jean Boisdon. ”
Joseph Marmette,
Le chevalier de Mornac
“ En mettant son pied fiévreux hors de la cabane, Mornac aperçut Griffe-d’Ours qui le précédait de quelques pas, et plus loin, tout près du ouigouam de la Perdrix-Blanche, une ombre qui se mouvait dans la nuit. Mornac réfléchit que ce devait être Vilarme et passa immédiatement derrière la cabane du festin pour gagner la sienne inaperçu en faisant un détour. Son cœur battait à rompre sa poitrine. — Oh ! malheur à vous, mécréants ! grondait-il tout en se faufilant entre les ouigouams silencieux et sombres, malheur à vous ! Mes amis sont là qui m’attendent impatients. ”
Joseph Marmette,
Le chevalier de Mornac
“ Lorsque nous aurons sauté par-dessus, descendons gravement le tertre et traversons la foule à pas lents. Ce tremblement de terre nous sauvera.—Oh! sublime Jeanne! ne voyez-vous pas que c'est vous seule qui m'aurez sauvé!—Non pas moi seule, Robert, mais bien Dieu lui-même.Mornac devenu libre de ses mouvements, renversa, écarta du pied les tisons ardents, franchit avec Jeanne cette barrière de feu et descendit avec elle vers les Iroquois.Le grondement souterrain semblait s'éloigner et les trépidations du sol diminuer d'intensité. ”
Joseph Marmette,
Le chevalier de Mornac
“ Cependant les allures de Mornac pendant la danse et le repas, la proposition détournée du Gascon touchant l’eau-de-vie, lui donnaient à penser. — N’y aurait-il pas encore perfidie là-dessous ? se disait Vilarme tout en feignant de manger. Cela me semble suspect. Et ce festin même, n’est-ce pas la Perdrix-Blanche qui l’a ordonné ou fait commander ? Elle était bien portante hier. Et aujourd’hui la voici subitement malade... Cela louche. Il y a du Mornac là-dessous. S’il veut encore s’enfuir avec sa belle parente, nous verrons à entraver leurs desseins. Mais, moi-même que fais-je ici ? ”
Anatole France,
La Vie en fleur
(1925)
“ Je vis alors du coin de l' œil Mouron rouler sa serviette autour de son bras droit , sous son poing fermé auquel il donna quelque aspect de visage en passant le bout de son pouce entre l' index et le doigt du milieu , je le vis contempler cette poupée vivante avec une tristesse apprêtée et pourtant véritable , et je l' entendis qui lui disait : – Comment te portes -tu , mon pauvre petit Mouron ? Tu n' as personne à qui parler . C' est triste , mais console -toi . Nous allons causer ensemble et cela va bien nous amuser ”
Auteur :Marc-Monnier, Revue des Deux Mondes
“ Nous trouvons d’abord à Morra, vers 1828, en plein bourbonisme, un écolier qui étudiait beaucoup (plutôt le latin que l’italien) , et « les mains lui brûlaient des coups de férule. » Il en avait une telle peur, qu’ayant lâché un jour le mot d’amabint, et, voyant le maître lever la main, il se jeta vers la porte et glissa sur un clou qui lui entra dans la cuisse : « J’en porte encore la marque, » écrivait-il cinquante ans après. Il y avait au village un grand mur d’église, orbe ou à peu près, car il n’était percé que d’un trou auquel on ne pouvait arriver que par une haute échelle. ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ « Ô notre maîtresse Mohra, je ne sais pas, mais je crois que cette image dans l’eau est celle d’un ange ou d’un fils des genn ! Ou peut-être même que la lune est descendue dans le ruisseau ! » À ces paroles de sa suivante, la princesse Mohra sentit le tison de la curiosité étinceler dans son âme ; et le désir de voir par elle-même surgit dans son cœur. Et elle se leva sur ses pieds charmants, et, orgueilleuse à la manière des paons, elle se dirigea vers le ruisseau. Et elle vit l’image de Diamant. Et toute pâle elle devint, et de l’amour elle fut la proie. ”
Joseph Marmette,
Le chevalier de Mornac
“ CHAPITRE XIV.où l’amour l’emporte sur la haine. Trois semaines plus tard, à la tombée de la nuit, Mornac sortait de sa cabane et se dirigeait vers le ouigouam de la Perdrix-Blanche. Le ciel était sans étoiles, l’atmosphère lourde et chargée de vapeurs. Pas un souffle de vent n’agitait les branches desséchées de la forêt dont les arbres immobiles étendaient leurs grands bras morts au-dessus de la terre couverte d’une légère couche de neige. ”
Pierre-Claude Nivelle de La Chaussée, Œuvres de monsieur Nivelle de La Chaussée
“ MONROSE, ARAMONT.Monrose, le billet à la main. Hortence se déclare. Aramont. Hortence se déclare.On se lasse de feindre ; On vous aime. Monrose. On vous aime.Voilà ce que j’avois à craindre. Aramont. À craindre ? Votre cœur n’en est-il plus charmé ? Monrose, avec vivacité. Ne me parle jamais d’aimer, ni d’être aimé. Aramont. Bon ! Monrose. Bon !Il ne manquait plus à cette infortunée Qu’un malheureux amour. Ah ! quelle destinée ! (Il lit bas.) Aramont, à part. Quel changement est-il arrivé dans son cœur ? Monrose. Si je veux renoncer à tout autre vainqueur, Elle offre... ”
Joseph Marmette,
Le chevalier de Mornac
“ Il atteignit sa cabane dont il écarta la portière d’une main fébrile. La hutte était plongée dans une obscurité presque complète. Quelques tisons à demi éteints brillaient faiblement au milieu de la cabane plongée dans l’ombre à ses extrémités. Le silence n’y était interrompu que par les ronflements de la vieille qui dormait dans un coin. — Ne seraient-ils pas arrivés ! fit Mornac en se penchant avec anxiété sur les charbons pour en raviver le feu. La flamme jaillit sous le souffle ardent du jeune homme qui jeta un coup d’œil rapide autour de lui. ”
Eugène Sue,
Les Mystères de Paris
(1876-1878)
“ Anselme et Marcellin étaient atterrés. Les paroles de madame Morand et de son mari avaient éclaté comme des bombes au milieu d'eux ; ils avaient toutes les peines du monde à secouer leur saisissement ; les cartes étaient tombées de leurs mains, ils essuyaient convulsivement leur front, que d'imperceptibles gouttes de sueur commençaient à emperler. La violence de leur émotion ne fut cependant point remarquée de leurs hôtes, grâce à ce que M. Morand se mit à embrasser Gilberte, et à ce que madame Morand se baissa pour ramasser un peloton de fil qui disparaissait sous son fauteuil. ”
Pierre-Claude Nivelle de La Chaussée, Œuvres de monsieur Nivelle de La Chaussée
“ ARAMONT, DORNANE, MONROSE.Dornane. Le Baron me contoit de plaisantes nouvelles. Aramont. Le Marquis m’en disoit qui sont assez cruelles. Monrose, avec un air sombre & chagrin. Je faisois un beau songe ; il faut se réveiller. De quels biens à la fois je me vois dépouiller ! La mort m’enleve un oncle illustre, & secourable ; Je perds l’espoir prochain d’un hymen favorable ”
Paul Féval, La Bande Cadet (1875)
“ Morand , effrayé , essaya de résister ; mais le malade balbutia , en joignant ses mains : – C' est la vie , misérable , que je te demande ! veux -tu donc m' assassiner ! Morand courut vers la table ; il tremblait comme la feuille , en versant le vin , et M. de Clare disait : – Un plein verre ! un plein verre ! j' ai soif de force ! j' ai soif de haine ! ne devines -tu pas ? Elle mettra son fils à la place de mon fils . Qui donc connaît ces deux enfants ? ”
Joseph Marmette,
Le chevalier de Mornac
“ Dans un clin-d'oeil, un double haie s'était formée sur une longueur de trois ou quatre arpents, et les Iroquois lançaient des cris d'impatience et demandaient qu'on leur livrât les prisonniers.Deux des sauvages de l'escorte étaient restés derrière les captifs pour les pousser l'un après l'autre entre les deux formidables rangées d'hommes.Mornac était le plus jeune et le plus alerte des deux. Aussi fut-il gardé pour la fin, pour la bonne bouche, comme on dit, et l'on poussa de force Vilarme dans le terrible entonnoir. ”
André-Robert Andréa de Nerciat,
Monrose ou le Libertin par fatalité
(1792)
“ La marquise est chez elle, mais Monrose, le fortuné Monrose est dans ses bras ! Aglaé, familière dans cet appartement, en a traversé toutes les pièces ; un nouveau coup de poignard l’attend au boudoir. Ainsi donc, coup sur coup étonnés, les yeux de la jeune vestale livraient à son âme l’image affreuse du triomphe de l’homme et le témoignage de la plus vile infidélité. Vous concevez bien, cher lecteur, que je raisonne en ce moment comme Aglaé ”
André-Robert Andréa de Nerciat,
Monrose ou le Libertin par fatalité
(1792)
“ Monrose en personne, debout, avec toute son affabilité, tout son calme ordinaire, avait beau nous assurer qu’il n’avait presque aucun mal, son bras en écharpe et l’épaisseur que nous voyions d’un côté de son corps, démentaient jusque-là pour nous ses consolantes protestations. ”
André-Robert Andréa de Nerciat,
Monrose ou le Libertin par fatalité
(1792)
“ Infortunée Charlotte ! quel époux t’est destiné ! — Que dis-tu, Félicia ? Tu connaîtrais sir Georges ! — Que trop ! Apprends, ma bonne amie, que cette maladie, très-vraie, qui retient ici l’Anglais au lit depuis un mois, est la suite d’un duel avec Monrose... — Avec mon fils ! (Cela fut crié.) Monrose s’est battu ! Est-il blessé ?... Il est mort peut-être !... (L’expression de ces derniers mots ne peut être décrite.) — Non, non, ma chère Zéïla, Monrose est plein de vie. — Il vit ! tu ne trompes point une mère ! ”
