“ Dans ce cas de l’avortement, pour le déclarer sans aléa, vous examinez en simples anatomistes les organes de la femme, comme s’ils étaient indépendants du reste de son être, non soumis à l’état de son âme. Vous comptez sans les nerfs, sans l’imagination, sans les sens de votre patiente, sans le contre-coup de la douleur, de la terreur dans tout son organisme de femme, dont l’être entier était déjà ébranlé, déséquilibré par le fait qu’elle se trouvait au début d’une grossesse... ”
Abortus
Définition et enjeux
Citations sur “abortus”
Jean Anne Henri Depaul, Leçons de clinique obstétricale professées à l'Hôpital des cliniques… (1872)
“ J'espère que votre conduite sera la même, et que vous vous souviendrez que si quelques femmes meurent avant d'être accouchées, chez le plus grand nombre l'expulsion du fœtus se fait spontanément, dans un temps relativement assez court, et qu'enfin il en est d'autres qui guérissent, la grossesse n'étant nullement enrayée et sans que les accidents convulsifs se reproduisent au moment plus ou moins éloigné où a lieu la déplétion de l'utérus. ”
Jean Anne Henri Depaul, Leçons de clinique obstétricale professées à l'Hôpital des cliniques… (1872)
“ Supposez qu'une jeune femme vienne au début de sa grossesse -vous demander si elle est enceinte. Vous pratiquez le toucher et vous constatez qu'en effet le col et le corps de l'utérus, ainsi que d'autres -parties présentent des signes qui vous permettent d'affirmer la gestation ; cependant vous ne vous apercevez pas que cette femme est contaminée et elle ne le sait pas elle-même, cela se voit de temps en temps, même dans le monde : voilà deux êtres privés de soins, et un avortement sera souvent la conséquence de cette ignorance. ”
Max Alexander, Amour, préservation et sécurité (1909)
“ Lorsque l'avortement est démontré par l'état du fœtus et des parties génitales de la femme, lorsque celle-ci ne cache point qu'elle a avorté, il reste à décider si l'avortement a été un effet naturel de la constitution du sujet, d'un médicament abortif, ou d'une action mécanique quelconque, exercée sur la mère ou sur le foetus. Aucun signe physique ne peut faire reconnaître que l'avortement a été l'effet d'une substance abortive quelconque ou d'une médication intempestive. ”
Albert Salomé, Le médecin et la loi, étude juridique sur la condition du médecin en droit français… (1898)
“ J'en emprunte la raison au docteur Tourdes : « La soudaineté du malheur, la déception des familles, les scènes cruelles d'un accouchement, la nature même des opérations obstétricales, la conduite de l'accoucheur dont on ne pénètre pas les motifs, et qui peut sembler barbare, tout concourt à frapper l'opinion, à l'égarer même, et à appeler l'attention de la justice. » « La responsabilité, continue-t-il, commence dès la grossesse. Elle peut être engagée par des traitements intempestifs, des opérations telles que le cathétérisme utérin qui aurait occasionné l'avortement. » ”
Pedro Felipe Monlau, Le mariage dans ses devoirs, ses rapports et ses effets conjugaux… (1880)
“ Mais, s'il en était ainsi, comment le fœtus non viable, dans l'avortement, comment le fœtus mort, pourraient-ils être expulsés avec la même facilité qu'à terme? Il n'influe donc que très peu dans cette expulsion. La cause véritable et essentielle en est dans les contractions de la matrice. Quoique involontaires, elles sont suffisantes comme le prouve l'accouchement de beaucoup de femmes, dans un accès de léthargie, d'asphyxie ou de profond sommeil, c'est-à-dire sans en avoir conscience. ”
Jean Anne Henri Depaul, Leçons de clinique obstétricale professées à l'Hôpital des cliniques… (1872)
“ Enfin, messieurs, vous serez appelés à constater une autre forme de délivrance quand l'un des enfants est mort : Il peut se faire en effet que la présence du fœtus mort dans le sein de sa mère sollicite des contractions utérines qui chassent et l'enfant qui a cessé de vivre, et celui qui aurait pu continuer à se développer dans la matrice, puisque le terme de la grossesse n'était pas arrivé. Les choses se passeront toujours ainsi lorsque les deux fœtus auront des relations vasculaires ou quand les œufs seront confondus. ”
Léon Simon, Résumé complet d'hygiène publique et de médecine légale… (1830)
“ Soit en effet que l'accouchement ait été prompt et facile, ou que le travail ait été long et pénible, dans l'une et dans l'autre hypothèse, le fœtus peut mourir, sans que la mort puisse être imputée à la mère ou à tout autre. ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ Certes ! le fournier est coupable d’être la cause de l’avortement. Et la loi du talion lui est strictement applicable ! » Et il se tourna vers le mari, et lui dit ; « La loi te donne raison, et je te donne le droit d’amener ta femme chez le coupable afin qu’il te la rende enceinte. Et tu la laisseras à sa charge pendant les six premiers mois de la grossesse, puisque l’avortement a eu lieu au sixième mois ! » Et le mari, en entendant ce jugement, s’écria : « Par Allah, ô seigneur kâdi, je me désiste de ma plainte, et qu’Allah pardonne à mon adversaire ! » Et il s’en alla. ”
Pierre Guichard, Considérations sur la puériculture intra-utérine (1903)
“ Que, dans de telles conditions, survienne une grossesse, le père et la mère la considèrent comme un complément de misère ; celle-ci, toujours mauvaise conseillère, démoralise d’abord; l’idée du crime surgit, et déjà le moyen de se dérober à la charge est arrêté, l’avortement est décidé. ”
Charles Maygrier, Étude médico-légale sur l'avortement… (1910)
“ Averti des conditions dans lesquelles se placent ordinairement les auteurs du crime d'avortement, de leurs procédés, de leurs moyens habituels de défense, instruit, d'une autre part, des effets qui peuvent résulter des manœuvres abortives soit pour la mère, soit pour le produit de la conception, l'expert a le devoir de rapprocher toutes les circonstances, et de comparer les caractères de l'avortement criminel avec la fausse couche naturelle ou accidentelle, et même au besoin avec les opérations chirurgicales que l'art conseille et que la science approuve. ”
Marie Schultz, Hygiène génitale de la femme, menstruation… (1902)
“ Dans l'avortement criminel on supprime une grossesse uniquement pour le bon plaisir de la femme, ou d'une autre personne compromise. Ici c'est pour sauver l'existence de la femme, qu'on fait l'avortement; c'est une existence envoie de formation qu'on sacrifie, pour en sauver une autre. L'avortement qui s'appuie sur un pareil motif ne saurait en aucun cas être tenu pour criminel. 7° Accidents de la délivrance. Vous ne nous avez pas encore parlé des accidents de la délivrance, n'est-ce pas là cependant une des questions les plus importantes de l'obstétrique ? ”
Max Alexander, Amour, préservation et sécurité (1909)
“ Quand il est possible de connaître avec exactitude les circonstances d'une grossesse terminée par la naissance d'un monstre, on a toujours su, d'une manière positive, que la mère avait, ou reçu un coup violent sur l'abdomen, ou exercé sur cette région une compression prolongée, ou fait une chute dont le contre-coup s'est fait ressentir sur l'utérus. ”
Robert Barnes, Leçons sur les opérations obstétricales et le traitement des hémorrhagies ou Guide de l'accoucheur… (1873)
“ Dans un cas de ce genre, l'indication est de seconder la nature, en accélérant la terminaison de l'avortement. L'indication est la même dans les cas où une maladie locale, telle que rétroversion, tumeur, rend la continuation de la grossesse hasardeuse ou impossible. De même dans certaines maladies de l'embryon, dans lesquelles l'histoire des antécédents, ou ce que nous savons de l'état de l'utérus ou de son contenu, nous fait croire que l'embryon est mort, ou ne peut vivre. ”
H M Gourrier, L'avenir du mariage, ou L'usage et l'abus dans l'union des sexes… (1871)
“ Mais après l'accouchement, que deviendront les choses ? N'y aura-t-il plus d'abus ? Et tout sera-t-il fini là? Nous admettrons volontiers que l'allaitement prolonge encore cet état de calme. Mais une femme ne peut pas toujours être grosse ou nourrice. Après un temps il vient un autre temps. Les grossesses ne pas sans fatigue, l'allaitement non plus ; il s'en faut bien. Si chez les animaux la gestation est pour ainsi dire un métier sans abus possible, il n'en est pas de même chez la femme. 141. La grossesse-remède ne peut donc être qu'une exception. ”
Charles Maygrier, Étude médico-légale sur l'avortement… (1910)
“ Il faut, en ce qui touche les perforations de la matrice produites par des manœuvres abortives; établir de la manière la plus précise : 1° que la lésion a bien réellement été faite pendant que la femme était encore vivante, et non, comme le prétendait un accusé dans l'un des cas que je citerai, par l'inadvertance des médecins chargés de l'autopsie cadavérique ; 2° que la perfo- ration n'est pas le résultat d'un coup ou d'une chute accidentelle survenus pendant la grossesse plus ou moins longtemps avant la mort ”
Alexandre Louis Gauchet, Leçons cliniques sur les maladies de l'utérus et de ses annexes (1858-1860)
“ Ce qu'il y a même de très-remarquable, c'est qu'après l'avortement, bien que le travail du développement de l'organe n'ait pas été aussi complet que dans la grossesse arrivée à terme, le retour de l'utérus à ses conditions anciennes est plus lent et plus difficile, comme si la.nature ne pouvait pas laisser passer impunément l'inexécution des lois qu'elle a établies. ”
Max Alexander, Amour, préservation et sécurité (1909)
“ Heureusement, les éménagogues, les purgatifs ou tous les autres médicaments qui ont été rangés dans la classe purement fictive des abortifs, ne produisent jamais nécessairement l'avortement. Si quelquefois ils provoquent l'expulsion du fœtus et déterminent sa mort. ce n'est qu'en portant une forte atteinte à l'organisme, en provoquant une révolution dont la mort de la mère est très souvent la suite. Il n'est point de médicament qui agisse aussi spécialement qu'on l'a prétendu sur l'utérus, et ceux qui jouissent jusqu'à un certain point de cette propriété sont de dangereux poisons. ”
Charles Maygrier, Étude médico-légale sur l'avortement… (1910)
“ Que le fœtus soit vivant ou mort, qu'il ait atteint l'époque de la viabilité ou qu'il soit aux premiers temps de sa formation, ni les conditions physiques, ni les conditions intentionnelles ou morales de l'avortement ne changent. ”
Léon Lereboullet, Dictionnaire usuel des sciences médicales… (1892)
“ La peine portée contre la simple tentative, même faite par des hommes de l'art, n'est punie que de la réclusion. Les signes de l'avortement se tirent: 1° de l'état du produit de la conception, sur lequel on constate des traces de violence ou une macération, une putréfaction des tissus, indiquant la date approximative où le fœtus a cessé de vivre 2° de l'état du vagin et de l'utérus; 5° de l'autopsie, qui permet de constater des blessures du col, le développement des fibres musculaires de l'utérus, la présence de sang et de débris membraneux dans la cavité, etc. ”
Jacques Poilroux, Traité de médecine légale criminelle (1834)
“ Si, au lieu de ces circonstances, on trouve une femme qui a fait une chute suivie d'une commotion considérable ; si cette chute offre des marques évidentes de contusion et est suivie d'une perte de sang ; si elle a fait quelque effort involontaire qui ait pu nuire à la grossesse; si quelque cause interne a développé l'hémorragie utérine, et si la perte a été précédée d'un état pléthorique ; enfin si l'irritabilité de l'accusée rend raison des phénomènes abortifs qui se. manifestent, alors l'avortement n'annonce rien de criminel. ”
H M Gourrier, L'avenir du mariage, ou L'usage et l'abus dans l'union des sexes… (1871)
“ Pour mettre fin aux abus, et surtout, pour remédier aux désordres qu'ils ont entraînés, quelques médecins conseillent la grossesse. C'est la grossesse-remède. Il faut dire que, lorsqu'on conseille là grossesse, on sous-entend toujours que, par elle, et pendant- la gestation, les abus cesseront. Mais, si les abus ne continuent pas, la grossesse-remède est-elle bien nécessaire? Et s'ils continuent, non-seulement la femme ne se portera pas mieux, mais encore le produit de la conception souffrira et sera exposé à périr dans son sein. ”
Alphonse Salmon, Manuel de l'art des accouchements… (1861)
“ Les accidents qui peuvent survenir dans la fonction de la génération, pendant la grossesse, sont : les écoulements muqueux ou fleurs blanches, les écoulements de fausses eaux, l'avortement et l'accouchement prématuré. Nous avons déjà parlé des écoulements leucorrhéiques (V. page 133) et des fausses eaux (V. page 167) ; il nous reste à traiter de l'avortement et de l'accouchement prématuré spontané. A. Avortement on fausse couche. Définition. L'avortement est l'expulsion du produit de la conception non viable. ”
Michel Lévy, Traité d'hygiène publique et privée… (1862)
“ Une foule de conditions inhérentes à l'organisation de la mère sont propres à préparer, à déterminer cet accident; et en première ligne, l'exaltation de la sensibilité, les vices de conformation, la disposition aux hémorrhagies, l'hérédité, l'habitude introduite par des avortements antérieurs, alors même que ceux-ci onteu lieu accidentellement. L'avortement est d'autant plus dangereux qu'il s'opère à une époque plus rapprochée du terme naturel de la grossesse. ”
L P Fleuret, Médecine légale pratique, considérée dans ses rapports avec la législation actuelle des états sardes… (1842)
“ Elle n'assimile pas à un crime-, l'avortement qui aurait suivi accidentellement l'administration de médicaments conseillés par un médecin , pour le traitement d'une maladie ; aucun médicament n'étant certainement abortif, et le devoir d'assurer la santé de la mère devant l'emporter sur le danger très-incertain que l'on fait courir à l'enfant. Elle ne fait pas un crime à un médecin de provoquer un avortement chez une femme dont la. vie serait menacée par des convulsions , une métrorrhagie , etc. ”
Alexandre Louis Gauchet, Leçons cliniques sur les maladies de l'utérus et de ses annexes (1858-1860)
“ Il y a une exception à faire pour les femmes qui ont eu un accouchement ou un avortenient récent; chez celles-ci, c'est très-peu de temps après l'accouchement ou l'avortement que l'hémorrhagie s'établit, et d'autres fois elle est la continuation pure et simple de la perte de sang qui a suivi immédiatement l'expulsion du foetus ou de l'embryon. ”
Alexandre Lacassagne,
Précis de médecine légale
(1921)
“ Cette intervention détermine la mort ou l'expulsion du produit de la conception, modifie ou suspend le cours normal de la grossesse. Sous une autre forme on a pu dire : l'avortement criminel est l'interruption artificielle de la grossesse, provoquée, sans indication thérapeutique justifiée, par une intervention directe ou indirecte soit sur les organes génitaux, soit sur le produit de la conception. ”
François de Sales,
Constitutions et instructions synodales de S. François de Sales…
(1828)
“ XX. Comme le tems précis de l'animation du fœtus est incertain, les Curés et les Vicaires avertiront que, dans le cas d'avortement ou de couches prématurées, quand même la grossesse seroit peu avancée , on ne doit pas négliger et encore moins jeter dans les ordures, les petites masses abortives, mais qu'il faut les développer; et si l'on y trouve un embryon qui donne des signes de vie, on le baptisera absolument: s'il n'en donne aucun, on le baptisera sous condition , comme on l'a dit ci-devant ; pourvu néanmoins qu'il ait un commencement de forme humaine ”
Frédéric Labadie-Lagrave, Traité médico-chirurgical de gynécologie (1898)
“ L'avortement a pour lui la suppression des règles depuis une ou plusieurs époques, le volume de l'utérus, les douleurs intermittentes et expulsives qui accompagnent l'hémorrhagie, l'issue du sang sous forme de gros caillots, qu'il faut examiner minutieusement, dans les avortements de quelques semaines, un ou deux mois, pour y découvrir le produit de conception ou les villosités choriales. ”
Charles Maygrier, Étude médico-légale sur l'avortement… (1910)
“ Si les déchirures de la matrice par manœuvres abortives ont eu lieu au moment du travail de la délivrance, au terme ou à une époque voisine du terme, elles se présentent dans des conditions de bonne conformation du bassin, d'intégrité du tissu de l'utérus, de liberté des voies que doit parcourir le produit de la conception, de présentation régulière et de dimensions normales de l'enfant, qui excluent la possibilité des ruptures spontanées. ”
Charles Maygrier, Étude médico-légale sur l'avortement… (1910)
“ Pour peu que l'on regarde les choses avec plus d'attention qu'on a coutume de le faire, on saisira quelques particularités, quelques caractères distinctifs, qui pourront être très légitimement mis à profit pour l'histoire de l'avortement. Je ne m'arrêterai pas aux signes de la mort par hémorragie qui peuvent exister seuls chez les femmes qui succombent à la suite de manœuvres abortives. Je ne reviendrai pas non plus sur l'absence possible de toute lésion ; je m'en tiendrai à l'étude de l'état de la matrice. ”
Max Alexander, Amour, préservation et sécurité (1909)
“ Donc, toute femme raisonnable évitera, pendant sa grossesse, les causes abortives que nous venons de décrire, elle en comprendra les dangers et s'entourera de tous les soins hygiéniques, de toutes les précautions propres à lui assurer une grossesse exempte d'accidents et un accouchement heureux. ”
Charles Maygrier, Étude médico-légale sur l'avortement… (1910)
“ Lorsque les manœuvres ont été moins mesurées, on peut ne trouver dans l'utérus que des débris du fœtus en partie dilacérés, mais dont la présence est la plus sûre preuve des violences abortives. Si le fœtus a été expulsé complètement et retrouvé, on doit, ainsi que je l'ai dit, rechercher s'il porte des traces de blessures, et à quelle époque peut remonter sa mort. Il est beaucoup plus rare de trouver des lésions sur le corps du fœtus que sur la matrice. ”
