“ Presque toujours l’orchestre est exclu de ces solennités charmantes dont la musique chorale fait tous les frais. Nous en avons connu plus d’un qui mettait toute sa gloire à multiplier les trombonnes et les violons dans ses chefs-d’œuvre ; ici, c’est le contraire qui se passe : plus d’instrumens, mais la voix, la voix seule se développant selon les lois si simples et pourtant si difficiles de l’intonation et de la mesure. ”
Villosité chorale
Définition et enjeux
Citations sur “villosité chorale”
Émile Michel,
La Musique en Allemagne
“ Et cependant notre race est loin d’être, comme on l’a dit, réfractaire à la musique chorale. On trouve chez nous autant qu’ailleurs des voix timbrées, étendues, souples et capables d’intonations correctes. ”
Juliette Pary, L'amour des camarades (1948)
“ N'y a t-il pas assez d'hommes en France ? La Chorale Populaire possède, elle, de vrais entraîneurs ; résultat : elle a donné cinquante-cinq concerts en deux mois ; on l'invite partout, parce qu'elle galvanise les fêtes ; mais ses choristes sont épuisés. Il faudrait des stocks de Chorales Populaires, des jonchées de Rosset, des réserves de Radiguer, des mines de Suzannes, des avalanches de Madeleines ! ”
Antoine Perretière, Les maladies de la voix chantée (1906)
“ Si la vie chorale est ruineuse pour la santé vocale de rélève, elle n’est pas moins préjudiciable au style, au sentiment musical. En efïet, le sentiment de la respo.n-sabilité est pour beaucoup clans le développement artistique, et ce sentiment, le choriste ne peut l’avoir, son libre arbitre n’ayant aucune occasion cle s’exercer. ”
Jean Vallas, Revue Musicale de Lyon
“ Le dernier, le plus grave et le plus fréquent manque de respect infligé au texte liturgique, c’est l’adaptation à ce texte d’une mélodie dont le sens détonne complètement avec celui des paroles. Un des collaborateurs de la Revue signalait, il y a quinze jours, l’exécution d’une messe où les flons les moins religieux illustraient le texte sacré. Dans beaucoup de paroisses, et, disons-le aussi, surtout dans des communautés et pensionnats, la musique religieuse est confiée à celui ou à celle qui chante le moins faux ou qui manifeste pour la musique des « dispositions » ”
René de Récy, Revue des Deux Mondes
“ Dans toute la musique, je ne vois guère que l’adagio de la Neuvième Symphonie à comparer avec ces quinze mesures brûlantes d’une flamme intérieure. Quand tout est consommé, le choral revient une dernière fois en sourdine et comme transfiguré par des harmonies qui n’appartiennent plus à la terre. Quelques mesures du récit de l’évangéliste pendant lesquelles le sol tremble et les tombeaux s’entr’ouvrent, puis le silence du sépulcre et l’adieu des fidèles, ramènent le chœur final, admirable épilogue où l’élan de la reconnaissance domine l’expression de la douleur. ”
Jean Vallas, Revue Musicale de Lyon
“ Qu’on admette habituellement un chœur chargé de l’exécution du propre de l’Office trop variable et trop difficile pour être exécuté par la masse des fidèles ; qu’on charge aussi un chœur de musiciens d’interprèter, aux fêtes, la partie commune d’une messe en musique figurée, c’est bien ”
Amélie Fliche, Le pays des Magyars ouvrage : voyage en Hongrie (1893)
“ Il est doux de s'y attarder pendant l'office du soir, d'écouter les voix suaves des enfants de choeur qui descendent de la haute tribune, se prolongent sous les voûtes gothiques, se perdent dans les nefs et dans les chapelles, et nous arrivent enfin, moins comme des chants humains, que comme l'écho d'un choeur d'anges invisibles planant autour de nous. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Le choral chemine avec plus de lenteur, le chœur se développe sans trêve. Parfois, au contraire, le choral s’interrompt pour reprendre ensuite, et chaque silence donne à chaque reprise plus de beauté. Multiple enfin et pathétique, le chœur est fait de nos plaintes et de nos supplications. Le choral les domine ; au-dessus de la polyphonie et de la passion, il est un et il est calme ; il est la paix, la règle, il est l’élément divin. Ainsi la musique de Bach nous enseigne en même temps avec qui et sous qui nous devons vivre, et cela est tout l’ordre, toute la loi. ”
Thérèse-Alphonse Karr, La symphonie du travail (1885)
“ Puis le calme reparut ; puis on aurait pu voir poindre l'espièglerie, qui réclamait de temps à temps ses privilèges, en dépit de la précoce gravité et de la bonté ingénue. Cette dernière phase venait de s'ouvrir quand les accords pleins et profonds des cloches annoncèrent la grand'messe. « Ha ! ha ! ces vagabonds se disent enfants de chœur et ils ne savent pas chanter une note ? Bon ! je vais lui montrer si, moi, je sais chanter ! » Il se glissa dans le chœur de musique, et se tint d'abord tout modestement au coin de l'orgue. ”
Louis Rupert, Que penser et que faire ? par L. Rupert (1871)
“ Si l'orgue alterne avec le choeur pour le soulager en exécutant une partie du chant, soit dans les proses et les hymnes, soit dans les psaumes et les cantiques, n'est-il donc pas naturel, n'est-il pas de rigueur qu'il continue le chant et fasse entendre distinctement la mélodie, afin que l'attention des fidèles soit soutenue et que le choeur ait plus de facilité de reprendre la partie vocale un moment interrompue? ”
Protestantisme et musique (1950)
“ Dans la plus humble église de campagne, le service religieux n'eut plus rien à envier en noblesse et en beauté aux riches églises des villes lorsque la mélodie de choral eut passé à la voix supérieure et qu'ainsi l'orgue put s'emparer du choral, remplacer le chœur ou en tenir lieu et entraîner l'assemblée dans un chant d'une plus haute tenue artistique. ”
Antoine Richard, Vie de J.-B. Leclère (d'Aubigny… (1851)
“ A mesure que ce chant divin rétablissait l'harmonie dans mes pensées, on eût dit qu'il avait aussi la puissance de calmer la tempête : les feux et les bruits de la foudre s'effaçaient à l'horizon. Bientôt le chant cessa, et je vis dans le crépuscule les filles du Seigneur sortir de la chapelle et se diriger lentement vers le cloître : la terre surgissait des ténèbres, et mon âme du chaos. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Peut-être moins que nous n’aimons à nous en plaindre. Ceux mêmes d’autrefois encoururent les reproches que méritent les nôtres et, dès le milieu du XIIIe siècle, on vit la musique d’église perdre quelque chose de sa pureté. Certains motets commencèrent alors de se chanter, pendant l’office, à la place du morceau liturgique dont le thème leur avait servi de centre et comme de noyau sonore. Tolérés, sinon permis, les abus s’accroissent de jour en jour, et le chant ecclésiastique traverse une crise comparable à celle dont quelques-uns ne désespèrent pas de le sauver aujourd’hui. ”
Edmond Locard,
Revue Musicale de Lyon
“ On a été aussi heureux qu’étonné de voir les chœurs vivre et s’agiter au premier acte : les passant causent, les femmes aguichent les soldats, les gamins jouent à saute-mouton. Que nous voilà loin de ces stupides masses chorales bêtement entassées sur les côtés de la scène. ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ Mais aller fouiller jusque dans les plus intimes secrets du sanctuaire, parodier les sanglots de la prière sous les traits de malheureux comparses qui se meurtrissent le visage et la poitrine, et s’efforcent de simuler l’acte de contrition dans leur pantomime grotesque, c’est là une chose triste en vérité, d’autant plus triste, que la musique n’en tire aucun avantage. ”
Henri Heine,
Revue des Deux Mondes
“ L’orchestre qui fait mouvoir cette société bruyante se compose ou d’esprits infernaux de forme grotesque, ou de ménétriers vagabonds pris au hasard sur les grands chemins. On choisit de préférence les râcleurs de violon et les joueurs de flûte aveugles pour éviter le trouble que causerait leur effroi à la vue des horreurs du sabbat. ”
“ L’orgue halète ; un violoncelle à lui s’unit, prélude et pleure... les sanglots s’apaisent, le prélude se meurt, et les voûtes lourdes d’encens caressent son agonie... tout frémit, fleurs, tremblantes lumières, voiles mouvants, âmes et corps : la voix d’un adolescent, là-haut, s’élève et, divine, berce de sublime harmonie le silence épris du sanctuaire... ”
“ L’orchestre exprime un chant plein de tristesse, la prière d’une âme qui n’a plus de secours à attendre de la pitié humaine. Le ciel recueillera-t-il ces accens de détresse ? Non, l’enfer seul y répond : des sons pleins d’ironie, le rire frénétique des démons succède à la prière sans doute rejetée. À peine si l’on voit quelques spectateurs absorbés sous l’impression de ces effets. Des femmes cherchent curieusement dans les loges ”
Protestantisme et musique (1950)
“ Le mouvement décidé de nos chorals doit résulter de l'observance de ce tempo de la déclamation pour n'être, ni une suite de longs accords soutenus comme ils peuvent l'être à l'orgue, ni une ridicule caricature où toute gravité et toute noblesse Sont abolies par un mouvement trop rapide. ”
Louis Rupert, Que penser et que faire ? par L. Rupert (1871)
“ Dans les paroisses où l'on a le bonheur d'avoir le chant alterné à deux choeurs, voix d'hommes et voix de femmes, chacun de ces deux choeurs pourrait à son tour chanter alternativement à l'unisson et en harmonie, et parfois aussi se réunir, ce qui peut offrir plus de variété et de combinaisons que n'en comporte la simplicité de la prière chrétienne. ”
Georges Bizet,
Portraits et études; Lettres inédites de Georges Bizet
“ C'est un déchaînement monstrueux des chœurs et de l'orchestre, «où s'agitent et se tordent à l'appel des sons, le tumultueux effarement, la terreur suprême qui condamnent à ne pouvoir se fuir elles-mêmes des âmes éperdues», et où la Vie accuse hautement son triomphe sur la Mort. La fugue qui suit, bien que très mouvementée, pâlit à côté de ce formidable chœur qui porte l'émotion à son comble. ”
Henri Blaze,
Revue des Deux Mondes
“ La musique des orgues est lente et solennelle. Celui qui tient les voix divines en sa puissance, celui qui s’en est rendu maître par l’étude et la foi, arrive au sanctuaire sous l’inspiration de la fête qu’on y célèbre. Il faut que les voix de la tristesse et de la douleur chantent haut dans son ame, et ce n’est qu’à cette condition qu’il peut les transmettre à la foule. ”
Henri Ghéon,
L'Homme né de la guerre. Témoignage d'un converti…
(1919)
“ Dans le repos, derrière le faisceau des baïonnettes, un choral s’élève, lent, et large, et noble, à plusieurs parties bien fondues, religieux. On ne peut pas ne pas pleurer, mes compagnons eux-mêmes, moins sensibles : nous n’osons pas nous regarder. ”
Stéphen de La Madeleine, Physiologie du chant, par Stéphen de la Madelaine… (1840)
“ La trombe révolutionnaire écrasa l'édifice, et la pauvre musique religieuse, broyée sous l'étreinte du géant qui venait de renverser un trône, se réfugia languissante et percluse au Conservatoire de musique, où elle fait entendre à de longs intervalles, dans une salle de concert, des soupirs incompris, des lamentations profanées. ”
Catulle Mendès,
Richard Wagner
“ Il y a en ce moment dans l’orchestre des phrases mélodiques qui s’enroulent comme des liens ; les râles de la joie redoublent, les formes apparues dans les rythmes se font plus onduleuses, les bras sont plus enlaçants ; le captif ne sera point délivré ! Cependant la crépitation crépusculaire des violons s’étend sur l’enfer. Un chant grave et religieux écarte les té nèbres, repousse les enchantements épars de la nuit. Il s’efforce, il désire, il a parfois la langueur d’une plainte, et parfois l’ardeur d’une extase. Il s’enfle et s’élève de plus en plus vers le ciel pacifique et glorieux. ”
Hubert Krains,
La Société nouvelle
“ Ils se délectaient de ce plaisir morbide connu seulement des gens blasés, qu’aucune musique — si raffinée soit-elle — ne fait plus tressaillir, mais qui stoppent au milieu d’une place publique, s’immobilisent au coin d’une rue dès qu’un orgue de Barbarie entame un de ces airs à la fois canailles et tristes où des soupirs et des cris d’amants pâmés se mêlent à des lamentations de pauvres, à des râles exhalés dans les derniers spasmes d’une agonie. ”
George Sand,
Le Château des désertes
(1854)
“ La voix plus claire des violons m'a expliqué que cela faisait partie d'un orchestre jouant des contredanses. Il y a des gens qui dansent par un temps pareil ! quand la mort semble planer sur celte ville funeste ! Comme elle est triste, entendue ainsi à distance, et par rafales interrompues, leur musique de fête ! Cette basse, dont la vibration pénètre seule, par le courant d'air de ma cheminée, et qui répète à satiété sa lugubre ritournelle, ressemble au gémissement d'une sorcière, volant sur mon toit pour rejoindre le sabbat. ”
Joseph Bard,
Derniers mélanges de littérature et d'archéologie sacrée
(1847)
“ Cette immense quantité d'hymnes, de proses et d'antiennes de la prétendue liturgie de Paris, n'est qu'un moyen de ruiner la foi, qu'un obstacle jeté devant les fidèles, pour qu'ils ne puissent pas se livrer au vœu le mieux défini de l'Eglise, à l'élan, à l'explosion de la prière générale et du chant en commun. Il faut aux masses un petit nombre de rhythmes, une quantité restreinte de chants invariables qu'elles apprennent aisément, qui se gravent sans peine dans leur mémoire, et dont elles fassent retentir avec amour, dès l'enfance, les accents sous les voûtes du temple. ”
Georges Rodenbach,
La Jeunesse blanche
“ Des bruits d’orgues venaient des lointaines auberges Et la Lune attristait comme un portrait d’absent. Or, ces orgues pleurant parmi les vapeurs bleues Du brouillard qui semblait l’haleine de la nuit, Ces orgues dont l’espace alanguissait le bruit, C’était la voix dolente et l’âme des banlieues. L’âme des quartiers morts et des pauvres enclos, L’âme éparse du peuple au fond des terrains vagues, Du peuple tristement joyeux, pareil aux vagues Dont l’écume chantante est pleine de sanglots. ”
Maurice Bouchor,
Israël en Égypte
“ Trois jours ainsi : on ne se voit pas les uns les autres, et personne ne se lève de sa place. Les voix du chœur se séparent ; elles semblent s’interroger et se répondre, toujours très lentement, sans éclat, sans une lueur d’espérance. C’est un récitatif dialogué, des confidences échangées dans les ténèbres par des voix d’une surhumaine puissance, mais qui ont peur de s’entendre. L’orchestre fait de longues tenues ; et le chœur finit par des murmures si faibles qu’on ne les distingue plus du silence. ”
Pierre Marie Crabot, La mission du curé de Paris, ou Lettres à un curé de Paris sur le gouvernement spirituel des… (1849)
“ La seconde conséquence du système que je combats, est de substituer insensiblement le chant théâtral et dramatique, une musique amollissante, dissipante, dangereuse même, et propre à développer des sentiments tout humains, au chant catholique si pur, si grave, si doux pour la conscience, pour le cœur et l'âme pieuse, qu'il élève, inspire, transporte. C'est la tendance naturelle de ces hommes que nous choisissons pour auxiliaires. ”
Hector Berlioz,
A travers chants: études musicales…
“ L'andante maestoso qui suit, est une sorte de choral qu'entonnent d'abord les ténors et les basses du chœur, réunis à un trombone, aux violoncelles et aux contre-basses. La joie est ici religieuse, grave, immense; le chœur se tait un instant, pour reprendre avec moins de force ses larges accords, après un solo d'orchestre d'où résulte un effet d'orgue d'une grande beauté. ”
Hector Berlioz,
À travers chants
“ Elle exige en outre un nombre de chanteurs d’autant plus considérable que le chœur doit évidemment couvrir l’orchestre en maint endroit, et que, d’ailleurs, la manière dont la musique est disposée sur les paroles et l’élévation excessive de certaines parties de chant rendent fort difficile l’émission de la voix, et diminuent beaucoup le volume et l’énergie des sons. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Dans le violon visible, je suis toujours tenté de reconnaître le corps divin du son en croix : le chant sur le saint bois du sacrifice. Et le grand violoniste, quand il va donner le premier coup d’archet, semble toujours le grand prêtre d’un culte voué aux enchantements. ”
Étienne Moreau-Nélaton,
La Cathédrale de Reims. [Mai-juin 1915…
(1915)
“ La musique vient à son aide. La grande voix des orgues rit avec l'humanité joyeuse ou sanglote pour faire écho à ses larmes. Au fond du sanctuaire, les proses harmonieuses s'enflent en basses profondes ou s'effilent en notes aiguës. ”
Protestantisme et musique (1950)
“ Il arrive que les valeurs qui forment la mélodie soient fortement allongées ; le choral se déroule alors au sein des voix avec une noblesse encore accrue. Mais, pour la foule peu entraînée à ces subtilités, assombri par les voix supérieures, il n'est plus qu'une ligne sourde, impossible à discerner. L'assemblée ne peut pas s'y joindre pour chanter avec le chœur. La musique redevient alors ce qu'elle était avant la Réforme, un ornement du culte pour les initiés. ”
