Gustave Flaubert,
Dictionnaire des idées reçues
“ Dire à son nom: «Euréka! Donnez-moi un point d'appui et je soulèverai le monde.» Il y a encore la vis d'Archimède, mais on n'est pas tenu de savoir en quoi elle consiste. ”
Gustave Flaubert,
Dictionnaire des idées reçues
“ Dire à son nom: «Euréka! Donnez-moi un point d'appui et je soulèverai le monde.» Il y a encore la vis d'Archimède, mais on n'est pas tenu de savoir en quoi elle consiste. ”
Archimède,
Le Traité des Corps flottants d’Archimède
“ C’est là la manière de procéder de l’esprit grec, au moins pour l’exposition de la pensée scientifique. Elle avance pas à pas ; les vérités arrivent une à une, sans que les plus importantes paraissent dominer les autres. Par exemple, la notion du poids spécifique dont nul avant Archimède [10] n’avait eu la moindre idée, n’est pas énoncée à part et mise au rang qui lui convenait. ”
Georges-Louis Leclerc de Buffon,
Œuvres complètes de Buffon, éd…
“ Je ne prétends pas prononcer affirmativement qu’Archimède se soit servi de pareils miroirs au siège de Syracuse, ni même que ce soit lui qui les ait inventés, et je ne les ai appelés les miroirs d’Archimède que parce qu’ils étaient connus sous ce nom depuis plusieurs siècles : les auteurs contemporains et ceux des temps qui suivent celui d’Archimède, et qui sont parvenus jusqu’à nous, ne font pas mention de ces miroirs. Tite-Live, à qui le merveilleux fait tant de plaisir à raconter, n’en parle pas ”
Léon Bernis, Contes parisiens (1854)
“ Elle vit les rayons d'un horizon bleuâtre Se glisser doucement sous un voile d'albâtre, Puis le globe de feu sortant d'un rideau blanc Répandre autour de lui son astre rayonnant, Et verser à la fin, comme un géant sublime, Un fleuve d'existence au milieu d'un abîme. Alors, comme Archimède, ayant longtemps rêvé, La duchesse cria : « Mon Dieu ! je l'ai trouvé ! » Elle l'avait trouvé ce grand mot, ce mystère Que si longtemps chercha son âme solitaire ! ”
“ Le lecteur, s’il ne le sait déjà, peut-il deviner, dans ce savant qui mérite bien de la science, le génie immortel que dans son enfance on nommait Archimède et dont la longue carrière a justifié ce glorieux surnom. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ À vouloir en connaître autant que les dieux l’homme tombe au-dessous de la bête. Et Archimède courait toujours. Quelqu’un voulut lui jeter un vêtement au passage ; mais l’étoffe glissa à terre, après avoir flotté quelques instants sur ses épaules. On se détournait de lui, n’osant l’arrêter, car c’était une superstition populaire qu’il ne fallait pas toucher à un homme qui avait perdu la raison. Ainsi il parcourut la longue rue de l’Achradine et la digue qui conduisait à Ortygie. Un instant on vit sa haute stature passer sous le Pégase étincelant, aux ailes ouvertes. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Elle était la seconde patronne de la ville et l’exécutrice des volontés secrètes de Perséphone, l’auguste Déesse. Elle était celle que l’on remerciait aux jours difficiles, lorsqu’on avait échappé à un grand danger. Archimède fut amené en triomphe jusqu’à son autel. Et là, les cris de bénédiction, les actions de grâces recommencèrent. Le soleil se coucha sur cette apothéose. Mais l’enthousiasme se prolongea longtemps dans la nuit, sous la clarté bénigne des étoiles. Des chants harmonieux montaient dans la nue, jusqu’aux astres. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Quelques-uns portaient les cheveux frisés et le petit manteau des philosophes, et leur épaule nue étincelait au soleil comme le fruit doré du pommier. De loin ils aperçurent Archimède, courbé et las, plus usé qu’il ne leur avait jamais paru. Le savant s’était arrêté et, le dos appuyé à une colonne, les yeux à demi-clos, il réfléchissait, tandis que le soleil, lui frappant brutalement le visage, en accusait les rides profondes. — Il va se laisser mourir, si personne ne l’en empêche, dirent entre eux les jeunes hommes. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Mais sa bouche était le miracle de beauté de ce visage. La bouche d’Archimède n’était comparable à aucune autre bouche de mage ou de philosophe, pas même à celle du thaumaturge Empédocle, qu’Agrigente avait placé au rang des dieux. Elle était à elle seule l’expression et l’épanouissement de son esprit. Éclatante et vive, elle sortait de la barbe broussailleuse comme une fleur rouge sort d’un buisson ; et sur les pétales de ses lèvres les mots semblaient des oiseaux passagers qui ne s’arrêtaient que pour prendre haleine, avant de s’élancer dans les hauteurs de l’espace. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ C’est impossible ! c’est impossible ! autant vaudrait souffler sur le fort Euryale pour le mettre en mouvement ! Sur le rivage Archimède, le front incliné, ne souriait plus. La galère était devant lui, chargée à n’y plus pouvoir faire tenir une drachme, avec son équipage d’hommes robustes et ses marchandises d’une lourdeur extrême. Archimède la soupesait du regard : il l’examinait avec cette expression de défi de l’homme qui va se mesurer à la matière inerte et qui n’a pour lutter contre elle que la force de son génie. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Grâce à vous aussi, mon cousin, reprit Archimède. Il faut toujours à l’intelligence de l’homme la chiquenaude qui la met en activité. Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre et s’embrassèrent. Archimède, revêtu du manteau royal, semblait en ce moment plus digne qu’aucun mortel de le porter... À cet instant entrèrent Dorcas et Théophraste avec les lingots d’argent et d’or. Une vasque de bronze remplie d’eau claire se trouvait à l’entrée de la salle, sur la terrasse. Archimède s’y dirigea, tenant toujours la couronne entre ses mains. ”
Nouveau dictionnaire d'histoire… (1889)
“ On peut dire qu'il est le fondateur de l'hydrostatique; et les conséquences qu'il fit découler de la perte du poids d'un corps plongé dans un liquide portent le nom de principe d Archimède. La cause de cette découverte est due à Hiéron, qui donna à Archimide une couronne d'or, qu'il soupçonnait faite d'un alliage au lieu de métal pur. Le problème consistait à déceler la présence d'un métal autre que l'or sans briser la couronne. On raconte qu'Archimède, ayant trouvé la solution dans le bain, sortit et parcourut la ville sans être vêtu, en criant Eurêka! ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ Il est certain que Nomentanus est en droit de dire : Je suis plus heureux cette nuit qu’Archimède, j’ai plus de plaisir que lui ; mais il faut qu’il ajoute : supposé qu’Archimède ne soit occupé que du chagrin de ne point faire un bon souper, d’être méprisé et trompé par une belle femme, d’être supplanté par son rival, et du mal que lui font la pluie, la grêle, et le froid. ”
Pierre Laromiguière,
Leçons de philosophie, ou Essai sur les facultés de l'âme…
(1823)
“ Un enfant aidé d' un levier est plus fort qu' Hercule livré à ses propres forces . Celui qui connaît l' artifice des chiffres , étonnera le génie d' Archimède , si Archimède ne calcule que dans sa tête ou avec ses doigts . ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Croyez-vous que le temps ait desséché à ce point le cœur d’Archimède dans sa poitrine ? Tant que le pays n’a pas eu besoin de mes services, j’ai joui de ma tranquillité et j’ai savouré l’ivresse de la contemplation philosophique ; mais aujourd’hui il n’en va plus de même : une partie décisive s’est engagée, il faut que chacun apporte sa part d’effort. ”
Archimède,
Le Traité des Corps flottants d’Archimède
“ Lors du grand mouvement de renaissance scientifique en Italie, au xvie siècle, les deux savants Gauricus et Tartaglia qui, entre autres monuments de l’antiquité, voulurent connaître Archimède, le lurent dans cette traduction. ”
Le livre d'or des peuples : Plutarque universel… (1865)
“ Archimède, pour le convaincre, fit tirer à terre une galère, travail qui exigea le concours d'un grand nombre d'hommes ; quand cela fut fait, il relia au moyen d'une chaîne la galère à l'une de ses machines, et agissant à l'extrémité d'un levier, -il déplaça sans difficulté le bâtiment, que tant de bras avaient eu de la peine à remuer. C'est dans cette circonstance qu'Archimède prononça devant Hiéron cette parole mémorable : « Donne-moi un point d'appui et je soulèverai la terre ! » ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Vers Ortygie, où dans la solitude dormait l’ancien palais du bon tyran, la foule se rua à pas pressés. Archimède travaillait, comme toujours, l’infini des flots devant lui. Avant qu’il eût pu rien comprendre à cette irruption, il fut saisi par des bras vigoureux, hissé sur des épaules plébéiennes. Et jusque là-haut, au sommet de Tyché que couronnait le Temple de la Fortune, il fut porté à travers la ville, au milieu des acclamations de la multitude. Manifestation glorieuse, par laquelle la vie de tout un peuple s’incarnait dans la personne unique d’un héros. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Rien de ce qui est esprit n’est engendré, rien ne périt de la mort funeste ; il n’y a que mélange et séparation. N’est-ce pas là ce que vous m’avez enseigné ? Pendant ce colloque, le vieux roi était demeuré silencieux, les yeux fixés sur la couronne que Dorcas avait déposée à ses pieds. Les spéculations philosophiques ne l’intéressaient guère, et il déplorait toujours en son cœur que le génie d’Archimède ne s’inclinât pas vers des considérations pratiques. ”
Jacques-André Émery,
Oeuvres complètes de M. Émery,…
(1857)
“ C'est ainsi qu'il n'est personne aujourd'hui qui révoque en doute les points qu'a démontrés Archimède quoique, sur plusieurs milliers d'hommes, à peine en est-il un seul qui entende ses démonstrations. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Non, dit Archimède sans hésiter ; en aucun cas l’infini ne saurait être conçu par l’intelligence limitée de l’homme ; l’infini ne lui sera révélé que lorsque, débarrassé de son corps charnel, il verra esprit à esprit la souveraine Sagesse qui a réglé le Cosmos. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Mais Archimède ne l’entendait pas ; il s’était mis lui-même en mesure de préparer sa légère machine ; aidé de Gélon, il l’avait fixée sur le sable, et il en déroulait peu à peu les cordes flexibles. Quand la galère eut reçu de nouveau tout son chargement, sans qu’il y eût d’accidents d’hommes — car le bon tyran veillait à ce que ses sujets ne fussent pas accablés au delà de leurs forces — Archimède dit au roi : — Voilà qui est bien, mais ce n’est pas assez ; commandez à ces braves gens de monter eux-mêmes sur la galère. ”
Paul Gouzy, Promenade d'une fillette autour d'un laboratoire (1887)
“ Ces lutins, que vous n'avez jamais vus, ma chère enfant, se montrèrent à découvert à Archimède, le jour où il prenait son fameux bain, et c'est peut-être l'émotion du spectacle qu'ils lui donnèrent qui le troubla au point de lui faire courir tout nu les rues de Syracuse. S'il en est ainsi, je suis obligé de me rétracter et d'avouer que les historiens n'ont pas inventé leur fameux Eurêka. ”
Édouard Grimard, La plante : botanique simplifiée (1871)
“ D'une feuille crispée autour de la ficelle il s'est fait un point d'appui, — expédient de circonstance, pure improvisation, remarquez-le bien, car les autres feuilles s'étalent de tous côtés libres et divergentes, — puis, plus heureux qu'Archimède qui le chercha vainement son point d'appui, il s'est tordu sur lui-même, contournant ses fibres comme un athlète qui fait un effet de torse, et a repris sa marche normale, avec la satisfaction de conscience d'un Liseron qui a résisté à la tyrannie, repoussé l'arbitraire et accompli son devoir sans concession ni sans faiblesse. ”
Charles Rappoport,
La Philosophie de l'histoire comme science de l'évolution
(1903)
“ Sa vie intellectuelle et morale dépend de certaines conditions matérielles élémentaires . Aristote déjà , en justifiant l' esclavage envisagé par lui comme une condition nécessaire d' une culture supérieure , a eu la notion claire de cette dépendance . Archimède , s' il faut croire un récit connu , a fait l' expérience douloureuse que l' on ne peut s' occuper de la géométrie – comme de toute autre science – en temps de guerre avec la même sécurité qu' en temps de paix . ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ On verrait bien alors si le cousin Archimède se chargerait de la faire avancer du bout de son petit doigt comme il le prétend. Himocrate intervint : — Soyez tranquille, même à vide, il ne la remuera pas. Savez-vous combien elle pèse ? Mais l’enfant ne l’écoutait plus et, les membres saillants sous la tunique, les reins creusés et le ventre en avant, il simulait une charge contre quelque ennemi imaginaire. Andranodore souriait, tandis que Gélon et le vieux roi guettaient l’arrivée d’Archimède. ”
Léonard de Vinci,
Textes choisis : pensées, théories…
(1907)
“ Sa santé intellectuelle égale celle des Hellènes les plus fameux: ses patrons véritables s'appellent Aristote, Archimède. Personne n'a moins rêvé, si on entend, par là, laisser flotter sa pensée ou la concentrer sur soi-même. ”
“ Quand les traits passaient au-delà, il en avait de plus petites proportionnées à la distance, ce qui jetait une si grande confusion parmi les Romains, qu’ils ne pouvaient rien entreprendre ; de sorte que Marcellus, ne sachant quel parti prendre, fut obligé de faire avancer sans bruit ses galères pendant la nuit. Mais quand elles furent vers la terre à la portée du trait, Archimède inventa un autre stratagème contre ceux qui combattaient de dessus leurs vaisseaux. Il fit percer à hauteur d’homme et dans la muraille des trous nombreux et de la largeur de la main. ”
“ Je ne changerai pas. gabrielle Laissez-vous toucher. archimède Je te dis que c’est fini. gabrielle Vous voulez donc ma mort. archimède Mieux vaut la mort que la vie que tu mènes. Jean, apporte-moi mon chapeau et ma canne, je ne dînerai pas ici. (Jean va chercher le chapeau et la canne de son maître) gabrielle Bonjour, petit oncle, bon appétit ! (Elle lui envoie un baiser) archimède Ah ! la satanée enfant ! elle fait de moi ce qu’elle veut. Mais je serai inébranlable, inébranlable ! Ah ! ce n’était pas comme çà de mon temps ! ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Ne vaut-il pas mieux en avoir appris moins long et savoir se conduire ? L’illustre Archimède est comme l’astronome d’Ésope le bossu : il lit couramment dans les étoiles et ne voit pas clair autour de soi. Cependant les promeneurs continuaient à se presser dans cette rue centrale de l’Achradine. Les élégants de Tyché, les grands seigneurs d’Ortygie et les fonctionnaires des Épipoles s’y croisaient silencieusement, dignement, comme il convient aux habitants d’une cité de six cent mille âmes, dont chaque quartier forme pour ainsi dire une ville à part. ”
Charles Rollin,
Abrégé de l'Histoire ancienne de Rollin…
(1834)
“ On demande quelquefois si les sublimes connaissances, dont nous parlons, conviennent à un roi, et si l'étude des arts et des sciences doit faire partie de l'éducation d'un jeune prince. Ce que nous lisons ici en montre l'utilité. Si le roi Hiéron eût été sans goût et sans curiosité, et qu'il ne se fût occupé que de ses plaisirs, Archimède serait demeuré tranquille dans son cabinet, et toutes ses rares connaissances n'auraient été d'aucune utilité pour le public. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ L’éphèbe dont parle l’énigme ne peut être qu’Éros, que l’on dit fils de Cypris, mais qui, en réalité, a été enfanté directement du Chaos, dès l’aube des temps. Qu’en pense l’illustre Archimède ? — Que pense de l’amour celui qui l’a toujours soigneusement évité ? dit Archimède. Et, d’ailleurs, ceux qui lui obéissent ne sont-ils pas les derniers à le connaître ? — Dans la bouche d’Éros on pourrait encore placer ceci, fit Dorcas : « La poudre d’or qui vient d’Éthiopie a remplacé mon arc et mes flèches. » Cependant le vieux roi s’était penché vers Andranodore. — Et Gélon ? Il tarde bien. ”
G. Libri, Revue des Deux Mondes
“ Cette théorie a de tous temps occupé les géomètres ; elle paraît même avoir précédé partout l’algèbre proprement dite. Les Grecs s’y appliquèrent de bonne heure. Pythagore résolut des questions de cette nature, et tout semble indiquer qu’Archimède lui-même cultiva ce genre d’arithmétique. Le génie curieux et subtil des Grecs devait se plaire dans ces recherches, qui devinrent presque populaires chez eux, et qui exercèrent même l’imagination des poètes, comme le prouvent certaines épigrammes de l’Anthologie. ”
Le livre d'or des peuples : Plutarque universel… (1865)
“ Appius était venu attaquer l'Hexapyle; Archimède fit alors jouer ses machines qui lançaient contre l'infanterie toutes sortes de traits et de pierres d'un poids énorme; rien ne pouvait soutenir le choc de ces projectiles, qui écrasaient tous ceux qu'ils rencontraient et décimaient les rangs des ennemis. Du côté de la mer, c'était la même chose; les traits et les pierres, lancés à toute distance, venaient briser les galères des Romains. Quant aux bâtiments qui réussissaient à venir toucher les murs de l'Achradine, d'autres dangers les attendaient. ”
