“ J’ai voulu lui faire raconter sa vie littéraire, mais comme tous les hommes — surtout lorsque le cap de la quarantaine est doublé — c’est surtout vers son enfance, ses débuts, les belles heures où l’on croyait à toutes les chimères, que s’est reportée sa pensée. Plus l’homme fait de pas dans l’existence, plus il regrette les premiers qu’il a faits. Avec Coppée, les souvenirs sont tout intimes. ”
Citations sur “Émile Coppée”
“ À cette heure-là, François Coppée faisait déjà des vers ; à douze ans, il traduisait ses versions en rimes. Le père était alors mis à la retraite. La vie devenait dure chez les braves gens. Trois filles sans dot ! Une seule, la seconde, se mariait au peintre-verrier Lafaye ; la troisième allait bientôt mourir à vingt-deux ans ; l’aînée resterait fille : c’est aujourd’hui la chère Annette de Coppée, sa compagne de toujours, sa maternelle amie. L’enfant quitta le collège après la troisième, François Coppée n’est pas bachelier. Ce n’est pas faute d’avoir étudié. ”
Gérard Walch, Anthologie des poètes français contemporains
“ M. François Coppée, a dit M. Anatole France, a beaucoup aidé à aimer. Ce n’est pas par méprise qu’on l’a admis dans l’intimité des cœurs. C’est un poète vrai. Il est naturel. Par là, il est presque unique, car le naturel dans l’art est ce qu’il y a de plus rare ; je dirai presque que c’est une espèce de merveille. Et quand l’artiste est, comme M. Coppée, un ouvrier singulièrement habile, un artisan consommé qui possède tous les secrets du métier, ce n’est pas trop, en voyant une si parfaite simplicité, que de crier au prodige. ”
André Gill,
Vingt années de Paris
“ Coppée, l'autre semaine, donnait encore un acte en vers à l'Odéon: le Trésor.Eh bien!—il me pardonnera, parce qu'il sait que je lui garde une admiration bien affectueuse,—mais, pendant qu'on jouait sa pièce, il m'est apparu, bien que nous n'ayons encore, ni l'un ni l'autre, que je sache, doublé le cap de la quarantaine, il m'est apparu, dis-je, dans la brume de l'imagination, pâle, un peu cassé, pareil à un vieux petit employé, l'employé à l'acte en vers.Effaçons cela. Coppée a bien d'autres «trésors» dont il n'est pas avare; son œuvre est considérable; il n'est plus à juger. ”
“ C’est que Coppée est un maître sans morgue, un artiste sans pose, respectueux de son métier jusqu’à la religion — amoureux de l’harmonie et de la sincérité ; ayant souffert et aimant la vie ; connaissant les hommes et ne les détestant pas ; laborieux et loyal ; rêvant les bravos du théâtre et leur préférant le murmure de quelque grève bretonne ; retouchant, à l’heure où j’écris, un drame italien que nous donnera l’Odéon bientôt, et tout prêt à s’échapper pour aller à Florence ou à Douarnenez chercher quelque impression d’art ou quelque bain d’oubli dans le vent de mer. ”
Gérard Walch, Anthologie des poètes français contemporains
“ Les modèles étant sous les yeux, la moindre faute contre le goût ou l’exactitude est aussitôt saisie. M. François Coppée garde toujours une mesure parfaite. Et comme il est vrai, il est touchant. Voilà pourquoi il est chèrement aimé. Je vous assure qu’il n’use pas d’autre sortilège pour plaire à beaucoup de femmes et à beaucoup d’hommes. S’il suffit d’une médiocre culture pour le comprendre, il faut avoir l’esprit raffiné pour le goûter entièrement. ”
André Gill,
Vingt années de Paris
“ On l'avait annoncée, prônée, escomptée au café de Bobino, voisin des arbres du Luxembourg, où se réunissaient les Parnassiens, où passait Rochefort, où venait de débarquer, avec Pierrot Héritier, Paul Arène au bras d'Alphonse Daudet, célèbre déjà par les Lettres de mon moulin.L'auteur, avec son joli nom ciselé: François Coppée, avec son profil nerveux et de pur camée, avait dit des fragments aux tables, distribué à la ronde des poignées de main. On savait que deux belles filles, deux artistes de race, allaient prêter le charme de leur chair et de leur talent à l'interprétation ”
Paul Verlaine,
Œuvres complètes de Paul Verlaine…
“ Coppée, au contraire, a, dès ses débuts, su être et rester lui-même, et ce lui est même très caractéristique. Il laisse à d’autres, moins fiers, de s’introduire dans la peau d’un grand poète ou reconnu tel et de vente, et de faire illusion ! Non, je veux dire que Coppée, en homme d’esprit, de tact et de goût, sait se faire tout à tous et brillera dans un salon aussi bien qu’il fera les délices d’une société de camarades, où, par sa manière judicieuse, amènera tout le monde à son avis ou presque, s’il s’agit d’un débat littéraire. ”
René Doumic,
Revue des Deux Mondes
“ C’est dans cette ambiance littéraire, dans cette période aux limites forcément un peu incertaines, que Coppée donne les Poèmes modernes, la Grève des Forgerons, les Humbles, les Contes en vers. D’autres avaient pu s’essayer à ce genre avant lui ; mais il est le premier à en avoir découvert toutes les ressources, et il se l’est approprié en le portant à sa perfection. L’idée première de cette sorte de poésie est parfaitement juste. Il est vrai que notre littérature a été longtemps trop aristocratique : trop de grands seigneurs, trop de gens riches, trop d’écrivains et d’artistes. ”
François Coppée,
Œuvres complètes de François Coppée
“ Elle était vêtue d’une robe de rien du tout, bleue à pois blancs, mais qui moulait sa souple et svelte taille. Sur son méchant chapeau de paille brune frissonnait un gentil bouquet de bleuets, et, de sa main bien gantée, elle tenait sur son épaule son ombrelle ouverte. Elle était charmante ainsi, la Parisienne, et c’était la jeunesse même. En reconnaissant Armand, elle devint toute rose, et sa bouche épanouie, ses dents étincelantes, ses yeux de myosotis mouillés de rosée, sa chevelure blonde où pétillaient des points d’or, jusqu’à son humble et fraîche toilette, tout en elle sembla sourire. ”
“ Je parle d’Olivier qui me ressemble un peu. Quelles notes biographiques vaudront jamais celles que tout homme pourrait donner sur lui-même ? L’enfant qui errait, flânait ainsi avec son père, fut mis en pension chez Hortus. Il se rappelle que, à six ans, en 48, il voyait du balcon de ses parents, dans le jardin de l’hôtel Monaco, alors quartier-général de Cavaignac, bivouaquer les soldats pendant les journées de Juin. L’enfance de François Coppée fut, encore un coup, celle des humbles. Coppée s’en fait gloire. Il a raison. Saluons ces laborieux et ces honnêtes. ”
Gérard Walch, Anthologie des poètes français contemporains
“ Et le poète lyrique a donné Les Humbles (1872) , Le Cahier rouge (1874) , Olivier (1875) , L’Exilée (1877) , Les Récits et les Elégies (1878) , L’Arrière-Saison (1887) et Les Paroles sincères (1890) , œuvres trop universellement connues pour qu’il soit nécessaire de les analyser ici, et qui ont fait de M. François Coppée le plus populaire des poètes contemporains. ”
“ Coppée n’en a pris qu’une souriante philosophie et une vraie bonté. Sa mère, d’ailleurs, sublime de courage et de dévouement, donnait l’exemple, et la sœur aînée, restée seule au logis, gagnait quelques sous à restaurer de vieilles toiles. Le père mourut. Coppée devint un employé titulaire ; il eut charge d’âmes, fut père de famille, — à vingt-un ans. Et il faisait toujours des vers ; mais cette jeunesse sans joie l’attrista pour jamais. ”
René Doumic,
Revue des Deux Mondes
“ L’habileté technique, grâce à laquelle le poète peut hasarder ce vers qui côtoie la prose sans y tomber sinon lorsque son ironie veut s’y amuser. — L’art du récit. Coppée possède essentiellement le tour d’esprit du conteur. Il a écrit des récits épiques qui ne valent ni par le souffle, ni par l’originalité de la pensée ou la puissance de l’évocation, mais qui se font lire parce qu’ils portent en eux la vertu propre à une narration bien conduite. Il a donné d’innombrables contes en prose parmi lesquels il en est d’émouvans, d’attendrissans et de gracieux. ”
René Doumic,
Revue des Deux Mondes
“ Cette générosité, même imprudente, même injuste, ne peut contribuer qu’à augmenter chez tous une sympathie qui, dans la personne de M. Coppée, s’adresse à l’homme excellent autant qu’au charmant poète. Le reproche que nous lui faisons passerait aussi bien pour le meilleur des éloges. M. Coppée n’est coupable que de trop de tendresse. Il est victime de son bon cœur. ”
Les Œuvres de la pensée française
“ Il est peut-être le créateur de la poésie intimiste. Les Intimités (1868) sont un très beau recueil qui eut plus d’influence qu’on ne le croit sur la poésie d’aujourd’hui. Les Humbles (1872) contiennent de très beaux vers qui valurent à leur auteur une grande popularité. Les Promenades et Intérieurs (1872) contiennent de petits poèmes étonnants de délicatesse, véritables chefs-d’œuvre de simplicité et de vérité. Le théâtre de François Coppée, très romantique, a moins d’intérêt. ”
Georges Druilhet, Un poète français (François Coppée… (1902)
“ Avec la spontanéité que Coppée apporte dans les choses qui le passionnent, il allait entreprendre, les événements l'y engageant, une tâche nouvelle, des plus ardues, et, après avoir été un écrivain exemplaire, un pur poète, s'affirmer un grand citoyen. La genèse de cette transformation, — car Coppée, homme de cabinet, rêveur paisible, n'avait jamais songé à la gloire du tribun, — est simple et naturelle, si l'on considère que ce bon Français, Français de race et d'éducation, a répondu tout de suite à l'appel de sa consience, commandée par un devoir patriotique. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ Il ne cédera sur aucun point. C'est dommage. Il comprend tant de choses! il sent si bien la nature et la vie, la physique et la métaphysique! Ah! s'il pouvait acquérir ce rien qui est tout: le goût!FRANÇOIS COPPÉE [43] [Note 43: Toute une jeunesse. 1 vol.] M. François Coppée est poète de naissance; le vers est sa langue maternelle. Il la parle avec une facilité charmante. Mais, ce qui n'est pas donné à tous les poètes, il écrit aussi, quand il veut, une prose aisée, riante et limpide. Je croirais volontiers que c'est dans le journalisme qu'il s'est fait la main à la prose. ”
Pierre Louÿs,
Œuvres complètes de Pierre Louÿs…
(1929 - 1931)
“ Enfin, permettez moi de penser que M. Coppée a fait preuve de bravoure et de désintéressement en assurant le succès d’un livre qui combat l’idéal moral de toute sa vie, et qui ne peut avoir d’autre influence que d’accentuer l’éloignement où le tiennent les nouveaux venus. C’est le fait d’une âme singulièrement noble. ”
Georges Druilhet, Un poète français (François Coppée… (1902)
“ Ce qui pourrait différencier François Coppée du jeune poète dont il a tracé le portrait, c'est que si le paradis qu'il créa dans sa première œuvre le Reliquaire est un paradis enchanté, comme celui du rêveur idéal, ce n'est pas un paradis impossible ; son idéal revêt la réalité, en la laissant transparaître. Dans le parc où il promène sa poésie, on retrouve le décor vrai du jardin du Luxembourg, qui lui a inspiré de si aimables vers et que son imagination a choisi pour quelques-unes de ses rêveries féeriques ou amoureuses, quelques-uns de ces petits drames de passion ou de sentiment. ”
Georges Druilhet, Un poète français (François Coppée… (1902)
“ En fermant les Vrais Riches, on a déjà l'impression qu'avec le temps l'âme de François Coppée s'est élargie; l'universalité a succédé peu à peu, chez lui, à l'individualité sentimentale première. Est-ce effet de l'âge, de l'expérience? Sa philosophie est, dès cette époque, facile à dégager : il fait une plus grande part qu'autrefois à l'ironie, — c'est dans la Cure de Misère, la seconde nouvelle du recueil, qu'on trouve les plus frappants exemples de cette évolution ”
“ Il y a un Coppée de Mons — le parent du poète peut-être ? — qui est fort riche, a une écurie célèbre, fait courir. Il signe F. Coppée, et d’aucuns prennent l’auteur du Passant pour un sportman, quand il n’a dans son écurie d’autre cheval que Pégase (vieux style) . ”
“ François Coppée les a souvent salués, en vers et en prose, non seulement pour leurs heures de sacrifices, comme dans l’Épave, mais dans leurs heures de labeur quotidien vouées au soin du navire. « Celui qui est à son poste pour balayer, dit-il, y sera aussi pour combattre, et quiconque n’a pas peur d’un nuage de poussière ne reculera pas devant la fumée d’un coup de canon. » En toute chose Coppée a ainsi vu la grandeur des destinées humaines dans leur humilité touchante, et son œuvre est la glorification des obscurs et des simples de cœur. ”
Stanislas de Guaita,
Rosa mystica
“ Or, là ne se borne pas l'originalité de Coppée. Je confesse bien ne trouver en son théâtre, (le « Passant » et le « Luthier de Crémone », qui sont des poëmes, exceptés,) qu'un écho fort adouci des fanfares dramatiques de 1830, mais quand il embouche le clairon épique, son vers, sobre encore que rutilant, fait merveille à évoquer le faste traditionnel des âges — ce qui ne laisse point d’être glorieux, après la « Légende des Siècles. » À quoi bon, du reste, s’attarder à la louange d'œuvres que chacun sait par cœur ? ”
Choix de Poesies: A Collection of French Poetry for Memorizing
“ FRANCOIS COPPÉE. M. François Coppée, né à Paris en 1842, publia en 1867 son premier recueil de poésies, le Reliquaire. Depuis se sont succédé: les Intimités, les Poèmes modernes, les Humbles, etc. Comme ce dernier titre l'indique, M. Coppée s'est tourné, en suivant l'exemple de Victor Hugo, vers les travailleurs et les pauvres gens, mais il lui est malheureusement arrivé de tomber dans la banalité; sa poésie n'est parfois que de la prose poétique.M. Coppée a aussi écrit des pièces de théâtre, dont l'une, le Passant, a acquis une certaine célébrité, et des romans. ”
La Cour et la Société du second Empire… (1902-1904)
“ Il intéresse en pénétrant dans les maisons bourgeoises. Au théâtre, il émeut. Au dehors, en rue, dans la nature, il observe avec finesse, il contemple avec amour les paysages, en fait sentir les lumineuses clartés. Un peu comme Coppée, — côté de la gêne et du premier isolement, — plus dépourvu encore, presque seul à Paris et dans la vie, rimait pour lui, au commencement de l'Empire, dans une mansarde de la rue du Bac, un poète de dix-neuf ans, moins riche d'argent que d'ancêtres, dont la famille remontait à l'an 1300, et qui avait derrière lui une forte lignée de preux. ”
René Doumic,
Revue des Deux Mondes
“ Ce thème est un de ceux que Coppée à le plus souvent repris ; et ce n’est pas du tout un thème romantique. Il aspire à l’amour dans le mariage, au bonheur bourgeois, le seul qui mérite d’être appelé le bonheur. Une fois il espéra le conquérir. Ce fut le roman ou le drame de sa vie sentimentale. Le voici tel que je l’ai entendu conter aux lieux mêmes où il s’est déroulé, et tel qu’on le devine à travers les demi-aveux de l’Exilée. Le poète, déjà célèbre, se trouvait à Genève où il donnait avec grand succès des « lectures » de ses œuvres. ”
Jean Monval, François Coppée - Lettres à sa mère et à sa sœur…
“ Amitiés à tous, à Lemerre, à Sindico, et pour vous, Mes plus tendres baisers. FRANCIS. VI François Coppée revient à Paris, tout prêt pour de nouvelles luttes : s’il est poète et flâneur de tempérament, il a le souci de sa réputation, l’ardent désir de progresser dans son art ; et il justifiera largement sa boutade : « Je suis un paresseux qui a beaucoup travaillé. » Mais s’il désire la gloire et la fortune, c’est surtout pour améliorer le sort de sa bonne mère, de sa sœur dévouée ”
“ Coppée fut ainsi élevé par des femmes, dans un milieu d’art, ce qui a certainement développé sa sensibilité et son goût. De Mlle Annette Coppée, sa sœur, j’ai vu un portrait du poète enfant, tout à fait remarquable, très vivant et solidement peint. Il grandit ; ses parents déménagent encore pour être plus près des collèges. ”
“ Elle embaume toujours, la fleur de poésie ! Elle répand toujours son parfum subtil et doux, et François Coppée, ce poète de nos vingt ans, est déjà de ceux dont on peut dire, en ces pages achevées, que les relire, c’est les revivre. ”
Georges Druilhet, Un poète français (François Coppée… (1902)
“ A défaut de l'émotion spontanée et sans cesse en éveil devant le spectacle des êtres et des choses, Coppée, dans les Récits épiques, possède du moins l'intelligence du passé, et ses poèmes accusent une maîtrise indiscutable dans l'art de disposer et de graduer les couleurs, de donner, avec l'impression du mouvement, l'illusion de la vie. ”
