“ Ce qui m’étonnait pendant cette première visite, c’était un silence profond : la nature paraissait morte ; pas un cri ne se faisait entendre ; aucun oiseau ne volait ; aucun reptile à terre ; pas un insecte ; rien ! toujours rien ! Le soleil brillait pourtant, et j’étais au milieu d’une immense clairière pleine de fleurs, de baies de toute sorte. Cette déception ne me fit pas abandonner mes projets pour le lendemain ; et quand j’eus vu tout ce dont j’avais besoin, je revins à la case où était ma tente, et où Polycarpe, couché sur le ventre, dormait en m’attendant. ”
M. Biard
Élements biographiques
M. Biard, auteur du Tour du monde, explore avec acuité les frontières de l’exploration et de l’observation naturelle. Son œuvre, marquée par des descriptions minutieuses des paysages amazoniens et des échanges avec les peuples autochtones, mêle aventure et réflexion sur l’altérité.
À travers des récits où le silence des forêts et les défis des voyages prennent vie, il interroge les limites de l’homme face à l’inconnu. Son style, à la fois poétique et documentaire, révèle une fascination pour les détails environnementaux et les dynamiques humaines, illustrée par des passages comme la description des « fleurs, de baies de toute sorte » ou l’immobilité des Indiens « à l’état de nature ».
Citations de M. Biard
“ Les Indiens regardaient en silence. Ensuite je traînai longtemps le monstre, ce qui n’était pas facile : les divers objets attachés à mes épaules me fatiguaient, et le poids du serpent était considérable. Cependant l’Indien qui avait tué le souroucoucou m’offrit de m’aider, ce dont je fus fort aise, car je ne sais si mes forces m’eussent suffi pour continuer la route. La nuit tombée, les Indiens, avec l’instinct de la bête fauve, nous dirigeaient tout en taillant notre chemin. Souvent on entendait fuir des êtres qu’on ne pouvait apercevoir ; les chiens se serraient près de nous. ”
“ Je devais, de Manáos sur le rio Negro, rentrer dans les eaux de l’Amazone, et plus loin franchir l’embouchure du rio Madeira et remonter jusqu’à un endroit nommé Canoma ; le reste devenait incertain. Je voulais voir des Indiens à l’état de nature ; il fallait remonter tant que je le pourrais. J’allais bien cette fois à l’inconnu. Pendant les premières heures, un seul rameur travailla ; l’autre cuvait sa cachassa au fond du canot. Le garde avait quitté sa chemise et faisait la lessive ; le soleil était chaud. Il avait pris son shako. Polycarpe tenait la barre et dormait. ”
