Résumé

Portrait de Alfred Rambaud Alfred Rambaud Les Russes à Sébastopol

La guerre de Crimée est une des plus sanglantes du siècle : elle est peut-être celle qui a laissé après elle le moins de souvenirs pénibles. A l’assaut, en rase campagne, on se battait avec un extrême acharnement; on se faisait le plus de mal possible avec les engins les plus terribles dont on pût disposer : bombes, fusées à la congrève, grenades, mitraille, boulets creux, voire boulets rames. Hors du champ de bataille, on ne savait pas se haïr. On ne se faisait pas une guerre de race, ni d’invasion, ni de revanche: les nations n’y étaient pour rien, ni les soldats.
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Portrait de Alfred Rambaud Alfred Rambaud Les Russes à Sébastopol

Si l’honneur est grand d’avoir emporté cette forteresse, celui de s’y être maintenu si longtemps est à peine moindre. Dans ce duel héroïque, la gloire française n’ôte rien à celle des Russes : elles grandissent au contraire et s’exaltent l’une par l’autre. La ténacité des soldats du tsar fait partie intégrante de notre gloire, de même que l’ardeur et la bravoure souvent téméraire du fantassin français sont le rehaussement de la leur. Le souvenir de Sébastopol est en quelque sorte le patrimoine commun et indivisible des deux armées.
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Portrait de Alfred Rambaud Alfred Rambaud Les Russes à Sébastopol

Chaque bastion devint comme un vaisseau de guerre où le matelot retrouvait ses caronades, ses chefs, ses habitudes du bord, — ou plutôt, suivant l’expression d’un officier russe, Sébastopol était comme un immense navire, aux flancs non plus de chêne, mais de terre et de gabions, qu’on allait pendant des mois entiers protéger contre l’abordage. Et pourtant, si le sacrifice de la flotte était nécessaire, l’accomplissement en fut pénible; officiers et matelots étaient désespérés de voir sombrer ces colosses sur lesquels ils avaient en triomphateurs parcouru les mers d’Orient.
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