“ L’homme crève comme un animal. Oh ! s’éteindre comme un Dieu, dans la joie de sentir sa vile chair martyrisée, dans l’orgueil de châtier son corps coupable, puis renaître, libre des sales entraves, parmi les puretés impalpables du rêve, — flamme, lumière, esprit ! Karl éveilla son maître ; mais celui-ci, d’un geste furieux, le chassa. Cependant, à la cour, dans la ville, les inquiétudes redoublaient. Vainement la reine Thècla voulut entrer chez son fils ; Frédérick dit à Karl : « Réponds à ma mère, que si l’on me poursuit jusqu’ici on m’y trouvera mort. » Il fallut le laisser seul. ”
Résumé
Le Roi vierge, de Catulle Mendès, est un roman qui examine les tensions entre pouvoir, spiritualité et désir à travers le personnage de Frédérick, un prince en quête de purification. Les liens compliqués avec Lisi, Gloriane et les figures de la cour (Brascassou, Nonnenbourg) dévoilent des thèmes de sacrifice, de mort et de rédemption.
Les citations mettent en évidence une quête intérieure, associant révolte contre la chair et aspiration à une pureté transcendante, tout en évoquant le cadre politique et les conflits familiaux. L’œuvre combine lyrisme et dramatisme, dans une structure narrative dense et symbolique.
Citations de Le Roi vierge (Catulle Mendès)
“ Enfin, Madame Gloriane avait dit : « Mais oui, mais oui, je veux bien, c’est très drôle, » et, sans bonjour ni bonsoir, en pouffant de rire toujours, elle s’en était allée avec le négrillon. Tout le monde était resté très étonné. Un peu après, on avait entendu le bruit d’une voiture qui s’en va. Brascassou grinçait des dents, la face toute ridée de colère. — Ce contre-temps n’est pas bien grave, dit le prince en s’approchant. — Monsieur ! cria le factotum, vous ne connaissez pas Gloriane ! Si elle m’échappe une heure, elle m’échappe pour toujours ! ”
“ Frédérick se rappela que Karl avait nommé Lisi. Il marcha vivement, heurtant des meubles, vers la petite lumière, souleva de lourds rideaux. Là, dans une alcôve où pendait une lampe, l’archiduchesse Lisi, — non plus grasse et rose et vivante et joyeuse, mais si maigre, si pâle, — était couchée, le front sur des oreillers plus blêmes que sa peau ; et, sous les draps aux plis durs, elle avait déjà, la pauvre malade, une rigidité de morte. À genoux devant le lit, la reine Thècla, dans sa robe brune, récitait des prières, pareille à quelque vieille et austère nonne. — Ah ! fit Lisi. ”
“ Et Lisi : « Moi, je t’aimais, » répondit-elle. C’était vrai, elle l’aimait, depuis bien des jours ; l’amour, qui s’était épanoui en lui tout à coup, avait germé longtemps en elle, y avait fleuri déjà. Depuis la rencontre dans la clairière, elle s’était éprise, enfant, de cet enfant, parce que c’est très joli d’être un chef de bandits quand on est si jeune, et à cause de la plume qu’il avait sur sa coiffe. Puis, joyeuse et si vivante, elle s’était étonnée des tristesses où il languissait ; et tout ce qu’on éprouve — même l’étonnement — ajoute, lorsqu’on aime déjà, à l’amour que l’on avait. ”
“ « Où fuir la vie ? » Jésus s’offrait, comme pour dire : « En moi ! » Aux hésitations désespérées d’un homme, le Dieu confrontait son exemple ; lui aussi, le fils d’une vierge, il méprisait la chair ; et son royaume n’était pas de ce monde. Avec des prières d’enfant et des élans de jeune homme, Frédérick projetait tout son cœur vers la divinité fraternelle ! Comme elle il traverserait le lieu et le temps, sans se souiller aux choses ; il haïrait son corps, le materait, le vaincrait, et s’en dépouillerait enfin comme d’un haillon sordide, plein de poux, qui voile et gêne la pure nudité de l’âme. ”
“ II C’était vrai, elle avait épouvanté Frédérick. Chantée par Gloriane, la musique de Hans Hammer avait une signification nouvelle, étrangement inquiétante ; elle demeurait idéale, mais devenait terrible ; il se produisait comme un revirement de lointain : avec la même profondeur, ce n’était plus l’abîme d’en haut, c’était le gouffre d’en bas, la chute prodigieuse au lieu de la surnaturelle élévation, le paradis renversé en enfer. Pourquoi ? Comment ? À cause de la chair splendide, des cheveux fauves et de cette voix profonde, grasse, rauque un peu, qui a l’air de râler, quoique douce. ”
“ Le sarment ne déteste pas le brasier, puisque sa joie d’être consumé pétille en étincelles. Le jour, ils me fuient, oui, mais en se détournant pour me voir encore, pour emporter un peu de moi dans leurs yeux, puis, quand l’ombre vient, — à l’heure où les démons de la luxure rôdent autour des âmes, — c’est la Frascuèla qui s’allume pour eux dans les lueurs du ciel, c’est elle qu’ils aspirent dans l’air chaud qui passe ; et, s’ils résistent à me chercher, les frissons de mes cheveux leur courent toute la nuit sous la peau dans la tiédeur fiévreuse de l’oreiller. ”
“ C’est à ce paradis diabolique que doit ressembler le paysage où nous sommes. Il est tout pareil à la réalité des plaines, des eaux, du soir ; mais on éprouve, à le regarder, un malaise qui serre le cœur et le glace. Oh ! vois-tu, c’est que Dieu n’est pas ici. Et toi-même, mon Fried, tu es comme si tu n’existais pas à la façon des autres hommes. Tu es différent. Je ne suis pas bien sûre que tu me voies, ni que tu m’entendes. Peut-être tu n’es pas plus Frédérick que ces astres ne sont des étoiles. Tu vis, toi aussi, de la vie menteuse que tu as donnée aux choses. ”
Catulle Mendès,
Le Roi vierge
(1886)
“ Frédérick eut peur . Il devinait que c' était Lisi qui était là . Inquiète de lui , à cause de l' air brutal qu' il avait eu , le croyant malade peut-être , elle venait s' informer , lui dire : « Dormez bien , mon Fried ! » Il ne se souvenait plus s' il avait poussé le verrou . Elle allait sans doute entrer vivement , avec son rire , une lampe à la main . A l' idée de cette lumière et de cette joie qui surgiraient là , devant lui , Frédérick , tout tremblant , se ramassait sur lui-même , comme un enfant qui se fait petit quand on lui parle d' un monstre qui va venir le prendre . ”
“ Enfant, prends garde. Tu commandes à des hommes. Ta rêverie gêne l’action. Prends garde. La volonté de la Thuringe, proclamée par la Chambre, peut te contraindre à descendre du trône, et je te le dis, moi qui vois et qui entends de loin, la Révolution remue et monte sous l’apathie apparente des foules, comme une mer sous des sables, qui soudain surgit et dévaste la rive et déracine les rocs. — Madame ! dit fièrement le roi, si les députés du royaume me manquent de respect, je les chasserai d’un geste, et si mon peuple se lève contre moi, je me dresserai devant lui et refoulerai l’émeute... ”
“ Quoi ! il faudrait redescendre de ces ciels adorables, remonter de ces paradisiaques Ténares, — revenir dans l’insipide vie réelle ? Mais non, la musique de nouveau ouvrait ses ailes frémissantes, et lui, extasié dans l’invisible caresse, il écouta encore, longtemps, toujours... Son père mort, Frédérick fut roi. Au galop d’un cheval blanc, qui secouait sa crinière, il passa en revue les lignes blanches et bleues de l’armée, parmi la poussière du soleil et les acclamations. Mais, à peine couronné, il se précipita dans la solitude et dans la musique, comme un désespéré qui s’enferme. ”
“ Le rêve, à un moment donné, se lève dans tout esprit : bulle de savon en la plupart des hommes, prismatique, mais qui se résout vite en une goutte sale ; bulle aussi dans l’âme des songeurs tenaces, mais faite d’un métal transparent, qui résiste. Tout poète est un enfant rêveur continué et solidifié en homme. Brascassou fit mieux, ou pis, que d’admettre ce qu’on nomme le vrai, il s’y habitua, et l’aima. Sa mère aussi, peut-être, avait aimé cette chose. Le fils de la prostituée retrouvait et suivait la pente de sa race. ”
“ Pris à la gorge par d’écœurants arômes, aux yeux par d’acres fumées, le prince et le coiffeur traversèrent les vastes salles, où des cohues plus viles, avec un secouement éperdu de haillons carnavalesques, se soûlent de lumière, d’odeurs, de bruits, dans un air empuanti de sueurs et de vin. « Gloriane ne peut pas être ici, disait le chambellan. — Qui sait ? » répondait Brascassou. Trois heures durant ils visitèrent tous ces bouges, — toutes ces bauges. Sans résultat. Pas même une ressemblance entrevue, qui leur donnât un moment d’espoir. — Où faut-il aller ? demanda le cocher. ”
Catulle Mendès,
Le Roi vierge
(1886)
“ Il y a dans une aile de la Résidence , à Nonnenbourg , une retraite à presque tous interdite , où le roi pénètre seul , avec quelques pages familiers . Pour ceux-là même qui rôdent tout le jour sous les fenêtres du palais , elle est si mystérieuse qu' elle leur semble lointaine . Entre la ville affairée et vivante et le parc tout remuant de feuillages et d' oiseaux , elle apparaît à l' esprit , au fond d' une brume de rêve , comme un séjour de féeries , comme une île de prodiges , où rien de ce qui est la nature ne doit chanter ni verdir , où rien ne doit exister de ce qui est la vie . ”
“ « en veux-tu, dis ? » criait-elle, et les primevères étaient si proches des lèvres, qu’il ne savait si elle lui offrait des baisers ou des fleurs. La jeune nature éprise s’émerveillait de voir sourire au rire de cette enfant, ce beau jeune homme, un peu pâle, les yeux bleuis d’un rêve pur, et, dans les bruissements des feuilles, dans les fuites chantantes des ailes, tout se fiançait, les branches reverdies et les oiseaux revenus, autour des deux fiancés. Pourtant, si doux et si tendre qu’il fût, Lisi s’étonnait toujours de lui, un peu. ”
Catulle Mendès,
Le Roi vierge
(1886)
“ Lisi ! cria le roi , la face plus rouge encore et les yeux écarquillés , fixes , comme si quelque horrible vision se fût dressée devant lui . – Oui , l' archiduchesse Lisi . Tu es aimé d' elle , tu le sais bien , et toi-même ... – Taisez -vous , ma mère ! – Frédérick ! s' écria la reine , en se redressant , violente . – Plus un mot , vous dis -je . – Oh ! si tu refuses , prends garde ! – Je refuse , madame , et je ne tremblerai point . Que pouvez -vous contre moi ? M' arracher la rovauté après m' avoir offert l' empire ? Faites . Vous me prendrez mon trône , soit ! Je garderai mon lit . ”
“ Pourrait-il s’envoler, lui, ver aussi, sans aile ? Est-ce que le ciel existe pour ceux qui sont destinés à ramper ? Ainsi, pas un refuge hors du monde ? Hélas ! toute évasion impossible ? Un bruit confus monta vers lui, d’une profondeur lointaine ; on eût dit le brouhaha violent d’une foule, dispersé, atténué en un murmure vague ; et, par instants, un cri dur, cri de colère et de menace, fendait l’air avec la brusquerie d’un déchirement. Frédérick grimpa sur un rocher, en s’accrochant aux branches des sapins, et baissa les yeux vers la vallée resplendissante de soleil. ”
“ Mais la voix du rossignol des alpes, qui avait semblé la réponse de l’idéal au rêve, ne répliqua pas à la voix de la flûte. Alors, après un dernier regard, longuement tenace, comme si Frédérick eût voulu garder à jamais dans ses yeux toute la vision blanche de l’hiver, après une longue et large aspiration, comme s’il eût voulu emporter dans ses poumons tout le vaste air libre des hauteurs, le pâtre-roi suivit le pâle chemin qui descend, en murmurant, mélancolique : — L’oiseau de la solitude est fâché contre moi, parce que je reviens au milieu des hommes. ”
“ Il n’y a rien de plus discret qu’un bavardage habile ; et personne ne saurait où se trouve Votre Majesté si Sa mère n’était revenue de Berlin. Ah ! sire, la reine Thécla est une personne terriblement perspicace. Elle n’a voulu croire ni à la tulipe de Hollande, ni à la plume d’alcyon, ni aux renards bleus du Groënland, ni aux tambourins des Tziganes ; même la légende des jumeaux exigés par la reine des fées l’a fait sourire avec un air de dédain très pénible pour mon amour-propre de conteur ! Elle m’a regardé dans les yeux, en disant : « Où est le roi ? » ”
“ Brascassou pourrait s’informer. La concierge était entrée, amenant un petit nègre qui avait un sac de bonbons et une lettre pour Madame Gloriane. Un amour de négrillon qu’on aurait cru sorti d’une trappe de féerie, pas plus haut qu’une botte de travesti, tout en ébène et en soie de toutes les couleurs, avec des rubans et des fanfreluches, — l’air d’un oiseau de paradis qui serait un groom. La Gloriani avait croqué une praline, en avait fourré une autre dans la bouche de Signol, puis, en lisant la lettre, elle s’était mise à rire, à rire, à rire ! ”
“ Le directeur lui-même, un vieux petit homme, fît irruption dans la loge. — Eh bien, qu’arrive-t-il ? Êtes-vous folle ? Vous manquerez votre entrée. — On m’a volé ma malle ! Faites faire une annonce. — Non ! cria Brascassou. Il saisit la robe de satin vert de mer et la traîne de tulle, les jeta sur Gloriane en la poussant dans le corridor, l’en habilla en chemin, agrafa les deux jupes pendant qu’elle enfilait les manches, fit bouffer les volants sur l’escalier des coulisses, la poussa encore, n’eut pas le temps de lacer le corsage, cria : « Tu es nue, tu seras sublime ! » ”
“ Alors le barbier fit peine à voir, véritablement ; il balbutiait, se prenait les cheveux à pleines mains, voulait se couper la gorge avec le fatal acier ! « Et pourtant ce n’était pas sa faute si sa main avait tremblé ; avait-il pu rester maître de lui-même en entendant parler de la Frascuèla, de cette exécrable et démoniaque créature, dans sa propre maison, en présence de don José, en présence de l’alcade ! » Tourné vers Brascassou, il roulait des yeux furibonds, tout luisants de haine, et brandissait le rasoir, qui étincela avec un air de colère aussi. L’alcade voulut bien s’interposer. ”
“ Brascassou leva le front. Il vit dans le brouillard gris une longue rue, déserte, silencieuse, aux volets tous fermés ; de loin en loin, au-dessus de murs bas, se hérissaient des arbres dont les branches déchiraient la brume ; il y avait çà et là, d’une toiture à l’autre, un passage bref d’oiseau, qui disparaissait avec un seul cri. Cette rue, Brascassou ne la connaissait pas. Il n’était arrivé que depuis peu de jours dans la ville. Quant au chambellan, il y était venu plusieurs fois, mais n’y avait guère séjourné. ”
“ Tout le monde a des sincérités. Elle rejeta les dentelles de sa mantille, au risque de laisser voir, le matin, à un seul, ce qu’elle montrait à tout le monde le soir, et elle dit d’un petit ton résolu : — Eh bien, je veux vous sauver. J’ai trouvé un moyen. — J’aurai le portrait ? — Mieux que cela ! Tenez, ce n’est pas seulement à vous que je m’intéresse. Quant à Hans Hammer, il n’a rien à gagner ni à perdre dans toutes ces petites choses, puisqu’il a du génie ! et que demain le consolera d’aujourd’hui. Non, c’est Frédérick II qui m’occupe. Il me plaît. ”
“ Brascassou ne demandait pas mieux ! Il ne se souciait pas de se mettre mal avec l’alcade, le jour même de son arrivée à Pampelune. Il fit donc les plus humbles excuses, conseilla d’apposer sur la blessure un léger emplâtre de diachylum ; et il allait sortir de la boutique lorsque don José, debout, et les deux mains tendues vers la place, s’écria d’une voix forte : — Attendez, monsieur ! si le respect que d’honnêtes gens se doivent à eux-mêmes nous empêche de vous dire ce que c’est que la Frascuèla, nous pouvons du moins vous montrer ce qu’elle a fait. ”
“ Mais la musique ne dit rien d’une façon définie ; elle est comme un bégaiement divin, qui ne peut pas devenir parole ; elle s’efforce toujours vers un idéal, qu’elle ne saisit jamais, comme quelqu’un qui marcherait toujours et jamais n’arriverait ; elle est le rêve adorable à qui la réalisation, dans l’humanité, est interdite ! De sorte qu’elle était délicieusement et désespérément l’expression même de toute l’âme de Frédérick, l’ineffable désir obstiné de l’impossible ne pouvant être formulé que par un perpétuel inachèvement. ”
“ Si Frédérick avait été déjà initié aux œuvres de Hans Hammer, il eût reconnu, se succédant par de savantes modulations, les thèmes principaux du « Chevalier Klindor », du « Chevalier au Cygne », des « Maîtres Chanteurs d’Eisenach », de « Floris et Blancheflor ». Peut-être l’illustre artiste, dans une de ces heures de découragement que n’ignorent pas les plus robustes esprits, et qui, chez lui, suivent fréquemment les crises de colère nerveuse, éprouvait-il le besoin de fortifier sa volonté un instant chancelante dans l’admiration de ses travaux anciens, — de se prouver à lui-même son génie. ”
“ III Il sortait du décor infernal, il se trouva face à face avec Karl. — Ah ! Sire, venez vite, l’archiduchesse Lisi se meurt ! Stupide, hagard — quoi ! c’était possible ? il avait frappé une femme ? — Frédérick n’entendit guère les paroles de Karl. Il se laissa conduire, sans savoir où. Il ne songea même pas à dire : « Elle est là, sanglante, mourante sans doute. Courez, relevez, emportez cette malheureuse ! » Non, il était une âme qui ne sait plus où elle en est ; il ne parvenait pas à rassembler ses pensées éparses dans une immense horreur. ”
“ Quelquefois, au contraire, un furieux amour de la lumière et du bruit, de toute la vie éparse dans toute la nature, s’emparait de lui soudainement. Ses boucles défaites, de la pourpre aux joues, de la flamme aux yeux, il se précipitait hors de sa solitude, criant à Lisi : « Viens ! » Et il l’emportait à travers les bois et les roches, s’élançait aux branches, retombait dans les herbes où il se roulait ravi, et, humant les bonnes odeurs de la terre, aspirant les vastes chaleurs du ciel, il avait l’air d’un jeune poulain échappé ! ”
“ Les Mittelsbach, je pense, valent bien les Hohenzollern ! et ce ne serait pas la première fois que notre famille convoiterait l’empire ; tout sanglant du meurtre de Henri de Franconie, Carloman Ier a failli s’asseoir sur le trône de Charlemagne. La Prusse, oui, a une armée redoutable ; mais si plus d’hommes sont avec elle, nous avons Dieu avec nous. Elle braque des canons, nous élevons la Croix. L’empire allemand, fait par la Prusse, serait luthérien, et maudit ; fait par la Thuringe, l’empire allemand sera béni, puisqu’il sera catholique. ”
“ Elle avait vu Frédérick. La reine Thècla demeurait impassible, priant toujours. Mais Lisi, très lentement, très faiblement : — Ah ! tu es venu enfin, mon Fried bien-aimé ! Je n’espérais plus te voir, et, tu comprends, c’eût été bien affreux de mourir sans avoir regardé une fois encore tes chers yeux qui m’étaient si doux autrefois. On me disait que tu m’avais tout à fait oubliée ; mais te voilà, tu es bon ! Je devine : tu ne croyais pas que j’étais si malade ; tu pensais : « Bon ! un bain, ce n’est pas grand’chose, elle n’en mourra pas ! » ”
“ Lisi n’aurait jamais pensé que ce fût l’habitude des gens de police d’être si polis à l’égard des voleurs. Elle fut bien plus étonnée encore, lorsqu’elle vit un vieux gros homme, tout chamarré de dorures — il la fit songer à ce chambellan de la cour de Kranach, qui avait le nez rouge — s’avancer, avec les marques d’une profonde humilité et, la tête basse, mettre un genou en terre devant le chef des bandits. — Oh ! monseigneur ! monseigneur ! dit-il d’une voix fort convenablement émotionnée, combien je suis aise de retrouver enfin Votre Altesse ! ”
“ Mais un des soldats lui perça le côté avec une lance et aussitôt il en coula du sang... Alors, tous les spectateurs du drame auguste se dressèrent dans l’épouvante ! car, de la bouche du martyr, il était sorti un râle déchirant, un effroyable cri d’agonie ! et, en même temps, la tête de Jésus, un instant redressée, retomba lourdement. Oh ! cette clameur et ce geste étaient tels que l’art d’aucun acteur n’aurait pu les imiter ! Quoi ! tout ceci n’était donc pas un jeu ? le soldat romain avait vraiment enfoncé la lance dans le flanc du crucifié ! Un homme venait de mourir véritablement ? ”
