Résumé

E. Beulé Un Préjugé sur l’Art romain

Comment la postérité n’aurait-elle pas cru un peuple qui s’accusait lui-même en disant : « Pendant cinq siècles, nous avons été sans arts, grossiers, ennemis du beau ; nous avons méprisé les artistes, et nos mains rudes n’ont manié que les armes ou la charrue ? C’est la Grèce qui nous a initiés à des jouissances délicates ; c’est elle qui nous a envoyé ses architectes et ses sculpteurs ; c’est elle qui a rempli Rome de ses dépouilles, qui étaient autant de chefs-d’œuvre : de cette heureuse invasion date l’art romain. »
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E. Beulé Un Préjugé sur l’Art romain

Les Grecs s’attachent aux formes exquises et poussent la délicatesse jusqu’à une divine perfection ; les Romains s’attachent à la force, au caractère, à la solidité immuable, à la durée. Pour les premiers, le beau est le but suprême ; pour les seconds, c’est l’utile. Les uns vivent dans le monde idéal, rêvent des types et conversent avec, ces dieux charmans qu’ils créent et rajeunissent sans cesse ; les autres ont l’esprit positif : ils sont aux prises avec le monde réel ; l’état est leur dieu, l’intérêt public leur rêve ; leur imagination s’attache à la terre pour l’étreindre par la conquête
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E. Beulé Un Préjugé sur l’Art romain

Aussi l’architecture romaine est-elle constituée de bonne heure. Elle crée des œuvres originales et grandioses que les Étrusques ne lui ont point enseignées et que les Grecs ne pourront qu’imiter à leur tour. Elle ne cherche point des proportions exquises, ni des détails raffinés ; elle vise à l’utile et au grand. Le temple, ce type que les Hellènes embellissaient et caressaient sans cesse, et qui est l’unité vivante de leur architecture, les Romains le copient simplement, en Étrurie d’abord, plus tard en Grèce. Les dieux sont satisfaits, les rites observés, cela suffit.
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