“ Il ne suffit pas de savoir tirer juste, il faut connaître les habitudes du gibier, combattre ses tactiques par une tactique d’observation et d’expérience, développer en soi la ruse, la présence d’esprit, la patience, n’avoir pas de distraction, savoir tirer au juger parmi les broussailles, ou viser si juste et si vite, qu’un lièvre à la course apparaissant, pour une ou deux secondes, dans un éclairci de quelques pieds d’ouverture, il tombe là, sans quoi il ira se remiser dans des fourrés impénétrables. La perdrix aux champs n’est qu’une chasse d’enfants. ”
Résumé
“Mouny-Robin”, est une œuvre de George Sand. Des thèmes tels que Mouny, chasse ou le gibier y sont abordés.
Citations de Mouny-Robin (George Sand)
“ Jeanne Mouny était jolie comme un ange, et d’une délicatesse d’organisation aussi exceptionnelle que celle de son mari. Elle était petite , fluette, et blanche comme les narcisses de son pré. Vivant toujours à l’ombre des grands arbres qui croissent dans cette région fraîche et touffue, elle avait préservé son cou et ses bras des morsures du soleil, et, quand elle était vêtue le dimanche d’une robe blanche et d’un tablier à fleurs, elle ressemblait plus à une villageoise d’opéra qu’à une meunière du Berry. Pour rester dans le vrai, ce n’était ni l’une ni l’autre ”
“ Je présume que Mouny était somnambule ou cataleptique d’une certaine façon, et qu’il a été surpris par la crise extatique au moment où il levait la pelle de son moulin. Quoi qu’il en soit, sa fin a été mystérieuse comme sa vie, et il n’est aucun de nos paysans qui ne l’attribue encore aujourd’hui à une lutte avec l’esprit malin, le diable chasseur, le terrible Georgeon de la Vallée Noire. Je vous disais que notre peuple des campagnes possède son fantastique tout comme un autre, et que les Allemands n’en ont pas le monopole. ”
“ Il en est même qui ont rencontré cette chasse terrible, ces biches épouvantées fuyant devant la meute bruyante, et ces grands lévriers dont la race est perdue et qui devancent la course des feux follets, et les chasseurs avec leurs trompes au son funèbre, et le grand-veneur en personne, avec son habit rouge, son panache flottant et son cheval noir comme la nuit, piaffant, reniflant, et faisant fumer la bruyère sous ses pieds autour de ces arbres séculaires qui forment, au plus obscur de la forêt, le carrefour du Grand-Veneur. ”
“ C’est que le Français a plus que l’Allemand le sentiment de la vraie beauté dans la nature, témoin les grands paysagistes que la France seule a produits depuis quelques années. Il y a une véritable renaissance de ce côté-là. L’Allemand voit les choses autrement ; il veut embellir la nature. Elle ne suffit pas à son imagination, il la peuple de fantômes, il donne aux objets réels eux-mêmes des formes fantastiques. La scène allemande essaie minutieusement de réaliser cette pensée du poète, et je crois qu’ici on a bien fait de ne pas le tenter. ”
“ Malgré cette précaution, et quoique, pour complaire au sorcier dont les pratiques nous divertissaient, nous fissions de grands détours pour éviter de nous croiser dans notre marche avec quelque paysanne attardée se rendant à l’église, nous nous trouvâmes tout à coup face à face avec une bergère qui gardait ses moutons à l’angle d’une prairie. — Comme elle ne marche pas, dit mon frère, cela ne peut pas s’appeler une rencontre. — C’est égal, dit Mouny, c’est bien mauvais, et la chance est contre nous. Nous allons être deux heures sans rien tuer. ”
“ Deux ou trois fois, pour tromper leur ennui, ils tombèrent en arrêt sur des hérissons et sur des couleuvres ; mais Mouny nous interdisait de tirer sur ces viles bestioles, prétendant que cela gâtait la main. Au dire des paysans, il protégeait, par malice de sorcier, les mauvaises bêtes vouées au diable, car Georgeon livre au chasseur qu’il protège le plus noble gibier, à condition qu’il respectera les animaux immondes dont il fait sa société dans les nuits de sabbat : les chouettes, les chats sauvages, les crapauds, les serpents, les renards, les loutres, les chauves-souris, les loups, etc. ”
“ Nos superstitions n’ont point eu d’illustres interprètes et n’en auront pas ; l’esprit voltairien leur a porté le dernier coup, et notre moderne école fantastique n’a été qu’une pâle imitation de celles de nos voisins. Elle n’a rien produit de durable ; c’est une affaire de mode. Le Français des hautes classes et celui des classes moyennes rient des contes de revenants, et défendent aux valets d’en troubler la cervelle des enfants. L’Allemand éclairé n’y croit pas davantage, mais il n’en rit pas ; il les aime. Personne, à cet égard, n’a mieux peint l’esprit allemand que Henri Heine. ”
“ Nous cherchâmes dans le buisson, il y avait un second lièvre dont il avait cassé les reins du même coup qui avait fracassé la cervelle du premier. — Comment diable avais-tu fait pour le voir ? lui dis-je ; tu as de meilleurs yeux que nous ! — Des yeux ? répondit-il. Mettez telles lunettes que vous voudrez, et si vous voyez ce que je vois, je vous fais cadeau de mon chien et de ma femme. Allons, allons, vous, dit-il à mon frère, armez votre fusil ; la plume n’est pas loin. Au bout de cent pas, nous trouvâmes une bande de canards sauvages. Mouny s’abstint de tirer. ”
“ Il n’y a pas de Georgeon qui tienne ! répondit le moribond. Je ne saurai jamais comment cela m’est arrivé, pas plus, ajouta-t-il, que je n’ai su le reste ! Le fait est que l’accident tragique du pauvre Mouny n’a jamais été bien expliqué. Il faut être non pas maladroit, mais bien déterminé au suicide pour passer ainsi par la pelle de nos moulins. Il vous suffirait de voir celui de Mouny, pour vous convaincre qu’il faut s’y lancer ou y être précipité avec une grande force, la tête en avant, pour ne pas pouvoir se retenir aux ais du pont, quelle que soit la force de l’eau. ”
“ Un beau soir, comme la lune brillait au ciel, Mouny alla comme de coutume lever la pelle de son moulin ; mais, au moment où l’eau s’élançait et mettait la roue en mouvement, Georgeon, qui était mécontent de lui (sans doute parce qu’il ne le trouvait pas assez méchant pour un homme voué au diable) , le poussa par derrière, l’enfonça dans l’eau la tête la première et le fit passer sous la roue de son moulin, d’où il sortit suffoqué, brisé et frappé à mort. On le trouva de l’autre côté du moulin, échoué sur l’herbe du rivage, disloqué, immobile et près d’expirer. ”
“ Nous allons être deux heures sans rien tuer. Deux heures se passèrent en effet sans que nous pussions abattre une seule pièce. C’était à qui de nous tirerait le plus mal, et Mouny n’était pas le moins maladroit. — Puisque tu es sorcier, lui dis-je, au lieu de conjurer les mauvaises rencontres, tu devrais avoir des balles qui portent juste. On dit que Georgeon en donne à ses amis. — Est-ce que vous croyez à Georgeon, vous autres ? dit-il en haussant les épaules. Pour moi, je regarde tout ce qu’on en dit comme autant de contes pour faire peur aux enfans. ”
“ Je ne crois à aucune puissance surnaturelle, et je me dis, avec tous ceux qui ont assisté à l’épreuve, qu’il y a sans doute dans la nature bien d’autres secrets non encore révélés, qui de long-temps ne seront pas explicables. Que dis-je, de long-temps ? ne le seront-ils pas toujours ? Un fait constaté entraîne-t-il autre chose qu’une analyse des effets et des causes saisissables ? et n’y a-t-il pas au-dessus de ces causes saisissables une cause première qui est le secret même de la Divinité ? Qui nous dira comment le blé pousse, et comment l’homme est conçu ? ”
“ C’est lui qui donne de l’eau au moulin, de l’herbe au pré, de l’embonpoint aux bestiaux, et surtout du gibier au chasseur, car il est particulièrement l’Esprit de la chasse. Il trotte dans les guérets, il rôde dans les buissons, il contrarie les chasseurs maladroits, il gambade la nuit dans les prés avec les poulains, et, quand il parcourt la forêt, il est toujours accompagné d’au moins cinquante loups, lors même qu’il n’y en a pas un seul dans le pays. ”
“ Les continuelles et consciencieuses recherches de certains partisans du magnétisme, qui ne sont ni des fous, ni des charlatans, ont bien assez prouvé que la simple conquête d’un fait patent et incontestable peut être l’œuvre de toute une vie. Mais ce qu’il y a de plus étrange, c’est que ce fait à peine conquis entre d’emblée dans les esprits simples et droits sans y produire ni étonnement ni inquiétude. Je ne sais pas si les savans s’y soumettent aussi facilement, j’en doute. Leur orgueil a trop à faire pour s’accommoder des découvertes qui bouleversent leurs théories. ”
“ Nous voici au centre de la France, dans un vallon vert et frais, au bord de l’Indre, au bas d’un coteau ombragé de beaux noyers qui s’appelle la côte d’Urmont, et qui domine un paysage tout-à-fait doux à l’œil et à la pensée. ”
“ Le Français, par amour du vrai, nie ou méconnaît toute vérité nouvelle ; l’Allemand, par amour du fabuleux, refuse de constater la vérité qui contrarie ses chimères. Mais, je vous le répète, descendez au cœur du peuple ; vous trouverez dans les grandes villes une population intelligente et active, qui, bien qu’initiée à la raison et à la logique des hautes classes, se souvient encore des traditions de son enfance et des contes de sa nourrice villageoise. ”
“ Je l’aime de tout mon cœur, mais j’aime encore mieux la chasse. La chasse, voyez-vous, mes enfants, celui qui s’y adonne ne peut pas s’adonner à autre chose. Si vous êtes amoureux, si vous êtes jaloux, faites-moi cadeau de vos fusils et de vos chiens, car vous ne serez jamais que de mauvais chasseurs. ”
“ MOUNY-ROBIN L’autre soir, à l’Opéra, j’étais placé entre un bourgeois de Paris qui disait, d’un air profond, au second acte du Freyschütz : Faut-il que ces Allemands soient simples pour croire à de pareilles sornettes ! — Et un bon Allemand qui s’écriait avec indignation, en levant les yeux et les bras au ciel, c’est-à-dire au plafond : — Ces Français sont trop sceptiques ; ils ne conçoivent rien au merveilleux. ”
“ Quelques chaumières éparses, l’Indre, ruisseau profond et silencieux, qui se déroule comme une couleuvre endormie dans l’herbe, et que les arbres pressés sur chaque rive ensevelissent mystérieusement sous leur ombre immobile ; de grandes vaches ruminant d’un air grave, des poulains bondissant autour de leur mère, quelque meunier cheminant derrière son sac sur un cheval maigre, et chantant pour adoucir l’ennui du chemin sombre et pierreux ”
“ Il eût fallu sacrifier des effets de vérité à des effets de fantaisie, et peut-être eût-on perdu ces beaux effets sans atteindre au bizarre effrayant des effets contraires. En résumé, on peut dire que chaque peuple a son fantastique, et qu’il serait plus que difficile de concilier les deux. ”
“ Nous voyons bien germer et poindre un brin d’herbe dans le sein d’une graine, nous voyons bien un enfant naître du flanc de sa mère ; mais la puissance de la vie, mais la perpétuation et le renouvellement de l’être, mais ces propriétés impérissables de l’esprit et de la matière, d’où viennent-elles ? ”
“ Mais un sorcier est toujours réputé méchant et nuisible, et Mouny-Robin fut toujours vu de mauvais œil. C’était pourtant la plus douce et la plus obligeante créature du monde. Lorsque je l’ai connu, il était encore jeune ; c’était un homme assez grand, mince, et d’une apparence délicate, quoique d’une force rare. Je me souviens qu’un jour, voulant traverser son pré pour éviter de faire un long détour, je me trouvai empêché par un très-large fossé, rempli d’eau et de vase. Tout à coup je le vis sortir de derrière un saule. ”
“ Il en avait l’instinct, l’intelligence, l’attachement, la douceur confiante, et ce sens mystérieux qui met le chien sur la piste du gibier. Ceci mérite explication. Quelques années après mon aventure du fossé (si aventure il y a) , mon frère, étant venu se fixer dans le pays, fut pris d’une grande passion pour la chasse. C’était dans les commencements une passion malheureuse ; car, dans nos vallons coupés de haies et semés de pacages buissonneux, le gibier a tant de retraites, que la chasse est fort difficile. ”
“ Comment se fait-il que la mauvaise tenue de ce hibou les occupe plus que l’esprit du drame, si admirablement rendu par la musique ? — L’Allemand n’est pas content de certaines parties de l’exécution, me répondit le cosmopolite, et il s’en prend au décor. C’est bien de l’indulgence ou de la retenue de sa part. Quant au bourgeois, il va à l’Opéra pour voir le spectacle, et il écoute la musique avec les yeux. ”
“ Mais ce qu’il appartient à la science humaine d’analyser et d’expliquer par les moyens qui lui sont propres, c’est d’une part le mécanisme des causes naturelles procédant des causes divines, et de l’autre le mécanisme des effets naturels procédant des unes et des autres. ”
“ Et si par hasard vous voyiez passer à vos côtés, dans le brouillard, une grande ombre blanche avec un bruit de chaînes, il ne faudrait pas vous flatter trop vite que ce fût un spectre ; car ce pourrait bien être la jument blanche de quelque fermier, traînant les fers dont ses pieds de devant sont entravés. ”
“ La science fera ce progrès quand les savants auront vu un assez grand nombre de faits nouveaux et incontestables pour rougir de leur scepticisme, comme ils rougiraient aujourd’hui de leur naïveté, si naïfs ils pouvaient être. ”
“ La chasse l’absorbait tout entier, et j’ai toujours pensé que, comme chacun de nous a une certaine analogie de caractère, d’instincts, et même de physionomie avec un animal quelconque (Lavater et Grandville l’ont assez prouvé) , il y avait dans Mouny une grande tendance à rapprocher le type du chien de chasse de l’espèce humaine. ”
“ Mais, il y a deux mois, j’ai vu chez un médecin que je sais être un homme de conscience et de vertu, et que de nombreuses supercheries ont rendu plus méfiant que nous tous, une autre somnambule qui, malgré plusieurs bandeaux impénétrables, et privée de l’assistance de tout compère, exerça la faculté de la vue avec autant de netteté que je puis le faire avec d’excellents yeux et une clarté splendide. ”
“ Ce qu’on savait il y a trois mille ans : c’est qu’il y a des pythies, des devins, des augures, des visionnaires et des prophètes qui n’exploitent pas tous la crédulité des hommes, et qui sont vraiment mus par une puissance intime et incontestable. ”
“ Quand on aura analysé l’œil de l’extatique, quand on aura trouvé dans ses nerfs, ou dans sa rétine, ou dans son cerveau, une faculté particulière de voir à travers les obstacles et en dépit des distances, que saura-t-on ? ”
“ Nous partîmes pendant que la cloche du village appelait les fidèles à l’église et nous garantissait au moins contre des concurrents incommodes. — C’est trop tôt, nous dit Mouny-Robin. Laissez entrer tout le monde ; avant que le premier coup de fusil soit tiré, il ne nous faut rencontrer ni fille ni femme. ”
“ Lorsqu’on le surprend dans cet équipage, on s’assemble de tous les hameaux environnants pour faire une battue ; mais, quoi qu’on fasse, les loups deviennent invisibles, et le Malin se moque des chasseurs. ”
Termes fréquents
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