“ On dirait ces jeunes villageoises que poussent l’ambition et l’amour, et qui s’en vont, les folâtres, l’une poussant l’autre, chercher la fortune de leurs vingt ans. À mille pas à peine de sa source limpide, en entrant dans le bois épais de Buc, la villageoise est déjà une grande dame, le mince et clair filet d’eau est déjà une rivière. ”
Villageoise
Définition et enjeux
Citations sur “villageoise”
George Sand,
Valentine
(1832)
“ Te souviens-tu qu’un jour tu regrettais ici de n’être pas fermière, de ne pouvoir te soustraire à l’esclavage d’une vie opulente pour vivre en simple villageoise sous un toit de chaume ? Eh bien, voilà ton vœu exaucé. Tu seras suzeraine dans la chamière du ravin ; tu courras parmi les taillis avec ta chèvre blanche. Tu cultiveras tes fleurs toi-même, tu dormiras sans crainte et sans souci sur le sein d’un paysan. Chère Valentine, que tu seras belle sous le chapeau de paille des faneuses ! ”
J. Jacques Porchat, Trois mois sous la neige: Journal d'un jeune habitant du Jura
“ On goûte au village le repos de l'hiver; on consomme gaiement les fruits de l'année; on se visite; on passe la soirée autour d'un feu brillant ou d'un poêle bien chaud. Je n'avais jamais senti, jusqu'à présent, combien les autres hommes sont nécessaires à notre bonheur. On partage les travaux, et ils 74 sont moins pénibles; on partage les plaisirs, et ils doublent de prix.Ah! si le Tout-Puissant me ramène un jour du milieu de mes frères, que je jouirai vivement de leur présence! Quel plaisir d'entendre le bruit et de voir le mouvement de la société villageoise! ”
Jean-Jacques Gautier, Supplément à l'Histoire d'Alençon (1821)
“ Les filles du village accourent en plus grand nombre, et avec plus d'empressement ; toutes prêtes à servir une dévote , ou dans un cabaret; à coudre du canevas , ou à broder de la mousseline ; à vendre des pommes de terre, ou de vieux galons ; à promener un enfant, ou à veiller au chevet d'un infirme. Quelquefois l'aveugle Fortune marche après ces honnêtes villageoises. ”
Albert Humbert, La fête de Breluche : roman comique… (18..)
“ C'est l'heure où, dans toutes les maisons du village, le calme et le repos règnent en maîtres, couvrant également de leur grande ombre la tête grise du vieillard, le paysan robuste, la jeune fille aux rêves amoureux et le petit enfant qui dort en tétant sa langue. ”
Émile Zola,
Nouveaux contes à Ninon
“ A-t-il un nom doux à l’oreille, le petit village ? Est-ce un nom tendre, aisé aux lèvres françaises, ou quelque nom allemand, rude, hérissé de consonnes, rauque comme un cri de corbeau ? Et moissonne-t-on, vendange-t-on, dans le petit village ? Est-ce pays de blés ou pays de vignobles ? À cette heure, que font les habitants dans les terres, au grand soleil ? ”
Collin de Plancy,
Dictionnaire infernal
“ Dans beaucoup de villages, et surtout en Angleterre, on regarde les grillons qui animent le foyer à la campagne, et qui chantent si joyeusement la nuit, comme de petits esprits familiers d’une nature bienveillante, qui empruntent leur forme exiguë pour échapper aux malices humaines. Beaucoup de villageois se figurent que leur présence porte bonheur dans la famille et qu’on ne les tue pas impunément. ”
Marceline Desbordes-Valmore,
Poésies de Madame Desbordes-Valmore
“ LE HAMEAU Que n’as-tu comme moi pris naissance au village ! Que n’as-tu pour tout bien un modeste troupeau ! Olivier ! les trésors d’un brillant héritage Valent-ils le bonheur que t’offrit le hameau ? ”
Marceline Desbordes-Valmore,
A mes jeunes amis , Mme Desbordes-Valmore…
(1830)
“ Le village à la ville était joint par des fleurs, La jeunesse et l'enfance y mêlaient leurs couleurs, Et le vieillard riait d'une vendange heureuse. Tout-à-coup le plaisir cessa, Comme le feu follet qui s'éteint dès qu'il brille; Et dans l'ombre un long cri glaça Jusqu'au chant de la jeune fille. ”
Arthur Buies,
Petites chroniques pour 1877
“ Ce village, bâti comme à l’aventure, sur le bord même du fleuve, sans symétrie aucune, présentant aux rayons du soleil qui s’en va ses toits éclatants de blancheur, ses jardins, ses bosquets et ses touffes d’arbres qui, à cette heure, s’épanouissent dans un bain de lumière, est tout ce qu’on peut imaginer de plus gai et de plus coquet. ”
Edmond Rostand,
Un soir à Hernani
“ Le paysan, toujours immobile, s'étonne;Sa gravité, devant mon trouble, l'abandonne;Il regarde ce fou qui tremble et s'attendritQuand on lui dit le nom d'un village; il souritDe tous les petits plis de son visage glabre;Puis, se renveloppant de tristesse cantabre,Droit sur sa bique blanche au vieux ventre jauni,Disparaît au tournant du chemin. ”
H. Célarié, La Guerre vue par nos enfants
“ Le village, où vit l’écolière qui le raconte, on l’imagine. Perchées à flanc de colline, les maisons s’entassent grises de vieillesse, coiffées de lourdes tuiles rouges. Des raidillons grimpent faits comme pour des chèvres. ”
E. Marillier, Autour de la légende et de l'histoire (1907)
“ Or, par une belle matinée du printemps, où le soleil épand sur la campagne ses rayons d'or, les cloches du village se mettent en branle et lancent leurs joyeux carillons aux mille échos de la montagne. La nature est en fête; les jeunes filles, parées de leurs plus beaux vêtements, descendent les pentes de la montagne : c'est Pâques fleuries, jour de réjouissance au village. Le cœur de la veuve tressaille et le souvenir des légendes l'obsède. ”
Francis Jammes,
Feuilles dans le vent
“ Mais l’errant qui va de village en village connaît la vie telle qu’elle est, avec ce soleil large sur la route et cette lune discrète qui semble mesurer son huile pour ne pas fatiguer les yeux des pauvres endormis. ”
François-Jules Demange, Impressions et souvenirs. Avec une lettre-préface de S. É. le cardinal Foulon… (1892)
“ Là-bas, dans la campagne, au village que j'aime, Entre le noir clocher, les vignes et nos murs, Enfermé tout entier dans des devoirs obscurs, Votre humble dévouement s'est ignoré lui-même : Il ne compte qu'au ciel moissonner ce qu'il sème En des sillons bien durs! ”
Henry Wadsworth Longfellow,
Évangéline
“ Qu’est devenu le village aux toits de chaume et le foyer des fermiers de l’Acadie, dont la vie coulait paisible, comme ces rivières qui arrosent les bois, dont les eaux, obscurcies par les ombres de la terre, semblent cependant réfléchir l’image du ciel ? Ces fermes, si riantes autrefois, sont aujourd’hui désertes, et leurs habitants sont partis pour toujours ! ”
François-René de Chateaubriand,
Génie du christianisme
“ Les cloches du hameau se font entendre, les villageois quittent leurs travaux : le vigneron descend de la colline, le laboureur accourt de la plaine, le bûcheron sort de la forêt ; les mères, fermant leurs cabanes, arrivent avec leurs enfants, et les jeunes filles laissent leurs fuseaux, leurs brebis et les fontaines pour assister à la fête. ”
Eugène Guillaume, Revue des Deux Mondes
“ Une femme assise de face fait manger un enfant déjà sevré, tandis qu’elle allaite un nouveau-né. Dans le fond, on voit un laboureur avec sa charme ; un village et le soleil à l’horizon. C’est simple, fort et d’un sentiment absolument moderne. ”
François Coppée,
Œuvres complètes de François Coppée
“ On aiguise les faux, on prépare la grange, Et tous les paysans, dès l’aube rassemblés, Joyeux vont à la fête opulente des blés. Or, pendant tout ce temps de travail, les aïeules Au village, devant les portes, restent seules, Se chauffant au soleil et branlant le menton, Calmes et les deux mains jointes sur leur bâton ”
Le lièvre et le hérisson : conte inédit (1884)
“ LE LIÈVRE ET LE HÉRISSON CONTE INÉDIT ESQUISSE DE VILLAGE * * * Si je vous demandais : Connaissez-vous le village qui s'appelle Buxtehude? il y a fort à parier, mes enfants, que vous me répondriez : Non. Mais cela, je vous assure, a peu d'importance. Il y a ainsi, par le monde habité, une foule de villages et même de villes que vous ne connaîtrez peut-être jamais, ce qui n'empêchera point les gens d'y manger et d'y boire aux heures qu'il leur plaît, et les épis d'y pousser dans les champs, et les fruits d'y mûrir sur les arbres, et les fleurs d'y émailler les prairies. ”
Antony Valabrègue, Les frères Le Nain (1904)
“ On reconnaît ces petits villageois, à l'oeil vif, aux libres allures, qu'on rencontre allant par bandes, au bord des chemins ou près des fermes, qui courent dans les terrains en friche, et qu'on voit jouer en désordre près des meules de blé et des tas de paille. ”
Louis-Frédéric Rouquette, L'épopée blanche (1926)
“ Une route s’offre à lui ; la vie paisible dans la campagne, le village assoupi dans la ceinture verte des vignes, la garrigue odorante où les troupeaux s’en vont, tintillants de clochettes, la ligne bleue de la mer et les voiles blanches à l’horizon. ”
Joseph Bonneton, Légendes et nouvelles bourbonnaises… (1877)
“ Ils promènent de village en village les images de Dieu , des anges et des saints , des grands hommes de la politique et des fétiches de la Renommée : autant d' objets qui vont garnir l' échoppe de l' ouvrier et la chaumière du paysan . C' est de l' art populaire . ”
“ Tout le monde doit en parler au village, comme si l’homme qui saigne les porcs, le tailleur bossu, l’épicière, l’aubergiste, les vieux qui tettent des pipes vides et les vieilles qui se chauffent au soleil avaient vu le ciel se creuser et aperçu, dans une échappée vermeille, le passage d’un être surnaturel... ”
Victor Hugo,
Les Chansons des rues et des bois
(1866)
“ Je ris aussi ! Tout passe. 0 muse, allons-nous-en. J'aperçois l'humble grâce D'un toit de paysan ; L'arbre, libre volière, Est plein d'heureuses voix ; Dans les pousses du lierre Le chevreau fait son choix ; Et, jouant sous les treilles, Un petit villageois A pour pendants d'oreilles Deux cerises des bois. IX FETES DE VILLAGE EN PLEIN AIR Le bal champêtre est sous la tente. On prend en vain des airs moqueurs ; Toute une musique flottante Passe des oreilles aux coeurs. ”
Henri Baudrillart,
Un Magistrat breton, gentilhomme rural - Noël du Fail
“ Si ce villageois resté légendaire ne se rencontre plus bien souvent, son fils, qui lui ressemble peu, a laissé une postérité. C’est le paysan perverti qui vient habiter la ville et y exercer les plus vils métiers. ”
Joseph Bard,
Derniers mélanges de littérature et d'archéologie sacrée
(1847)
“ Le village est loin des bibliothèques qui instruisent et des salons qui policent, je le sais ; mais vous avez chez vous la famille qui rafraîchit et les livres héréditaires. Je ne crois pas qu'il y ait de condition meilleure pour la poésie, qu'une vie qui s'écoule, comme un ruisseau, parmi les fleurs, sur les champs, auprès des siens. ”
Léonide Ferland,
Entre deux rives
“ Figurez-vous un village pelotonné au sommet d’une colline, à quinze cents pieds au-dessus du fleuve, avec des fleurs, des arbres, des oiseaux, des jardins minuscules et de jolies maisonnettes où s’élèvent tout le long du jour les joyeux refrains des paysannes... ”
Victor Parant, La raison dans la folie : étude pratique et médico-légale sur la persistance partielle de la raison… (1888)
“ Partout, dans la campagne, Les villageois nombreux suspendent leurs travaux; Ceux qui durant le jour ont travaillé la terre, Regagnent en causant leurs paisibles foyers ; La parole leur rend la marche plus légère, Ils arpentent gaiement les rocailleux sentiers. ”
Joseph Bard,
Derniers mélanges de littérature et d'archéologie sacrée
(1847)
“ Et puis, dans le village, des mœurs et des figures encore rurales, une dernière lueur de l'esprit patriarcal, qui fait à grands pas la plaine: des aspects rustiques, qui, sous Pinfluence de notre excessive civilisation, deviennent si rares autour des hameaux , que bientôt les ombrages et la nature se retrouveront mieux parmi les jardins publics des villes qu'à la campagne. Oh! combien nous aimons ce bon et tutélaire pays, sa piété encore vive, ses habitudes sobres et laborieuses, la solitude, les harmonies et le silence de ses alentours, les intimes initiations qu'il développe! ”
Ève Circé-Côté, Bleu, blanc, rouge
“ Le village est en émoi : on sait que le ciel a visité les hôtes de la petite maisonnette et qu’un de ses anges est retenu captif dans la prison d’un berceau. On sait... Mais bah ! qu’est-ce qu’on ne sait pas dans un village où la moindre chose prend l’importance d’un événement. ”
“ Qui montent de la terre et de ses sillons bruns. Une fraîcheur descend des vertes chevelures De la forêt pensive, et dans la plaine obscure, Comme une meule aux champs dans les soirs langoureux, Le village repose, et des sommeils heureux Respirent sur la terre au paradis des rêves. ”
Ernestine Wirth, Le Livre de lecture courante des jeunes filles chrétiennes… (1872)
“ Conseils aux jeunes filles de la campagne. Fille du village, ne rêve point la vie des villes, ne déserte point la ferme, ne te laisse pas tromper par les apparences. Ne va pas où l'on étouffe, reste où l'on respire. ”
Eugène Baillet,
La petite Muse. Chansons et poésies d'Eugène Baillet…
(1901)
“ Y vivent tranquilles, contents, Beaux de santé, beaux de courage. Et je l'aime... c'est mon village. Combien de fois, au sein des champs fertiles, En travaillant sous un grand ciel bleu clair, Je plains le sort de l'habitant des villes, Lui qui travaille en prison et sans air. De nos travaux, nous, le plaisir nous venge; Les bons moments et les folles chansons, Quand la moisson ou sa soeur la vendange, Vient réunir les filles, les garçons. ”
“ Village où les habitants halètent encore, endormis dans leurs chambres closes, avec des trous, comme pour des insectes pris, ou des losanges dans la persienne... La servante se lève à tâtons, s’accroupit devant la cendre d’hier, prépare le foyer, et l’aube sur sa nuque, le feu sur son visage luttent, se disputent la plus pauvre créature humaine... ”
Henri Coupin, Les plantes originales (1909)
“ Alors les filles grimpent aux pentes, coupaillent et cisaillent en pleine dorure, et, la cueillette faite, le village s'emplit, charrettes, brouettes, de toute cette tristesse ensoleillée. Dans toutes les rues, dans toutes les ruelles, en bordure de chaque porte, en festons aux fenêtres, dans toutes les mains, petites et grandes, agiles et lentes, partout la fleur de mort, rayonnante et poignante. Les femmes, par tas au bord des rues, bavardes et rieuses, doigts légers et langues prestes, en gaieté, travaillent. ”
George Sand,
Correspondance 1812-1876
“ Une fois sortis du village, nous marchons trois heures sur les collines sans rencontrer une âme ou un animal. Pas de Parisiens ni de flâneurs ; même le dimanche, fort peu de bourgeois. Des paysans qui se couchent avec le soleil ”
H. Delaveau, Revue des Deux Mondes
“ Amis, je veux vous parler de la vie paisible du village : je vais vous dire comment une honnête famille passe sa vie dans les champs. La pauvre cabane qu’elle habite est entièrement couverte en chaume ”
Jules-Ernest Larivière, L’iris bleu
“ Le village offre un aspect de tristesse et de mélancolie à faire pleurer avec ses grands arbres dépouillés de leurs feuilles, les champs labourés qui l’environnent, les jardins desséchés, l’herbe que les premières gelées ont roussie, tout semble se marier à ma douleur et l’aviver encore si possible. ”
M. Vivien Saint-Martin, Le Tour du monde
“ Dans les villages, chaque famille possède sa case sacrée, où se trouvent jetés pêle-mêle des têtes informes, des pots, des boules de terre blanche, des plantes desséchées, des ustensiles divers destinés à ce qu’ils regardent comme leurs usages sacrés. ”
René Maizeroy,
La joie d'aimer
(1884)
“ On s'en va n'importe où, piquant au hasard un nom de village sur la carte, comme les vieilles qui ouvrent leur missel les yeux clos. On s'en va ne laissant pas d'adresse, sans tambour ni trompette, ainsi qu'un écolier qui prend la clef des champs. ”
Christine Trivulce de Belgiojoso, Revue des Deux Mondes
“ Qu’on juge de notre étonnement lorsqu’on approchant du village, nous vîmes les femmes, les enfans et les hommes sortir des maisons chargés de tout ce qu’ils pouvaient porter, — sacs de blé et de farine, provisions de tout genre, matelas, couvertures, — poussant aussi devant eux des vaches, des chèvres, des poules et des dindons. Cette population effrayée courait vers la montagne avec tous les signes de l’effroi et de la douleur. ”
Léon Pamphile LeMay, Les gouttelettes
“ Il conduira ses pas jusqu’au bourg inconnu. Le grand mystère émeut son esprit ingénu. Ils sont loin. Un village au village succède. Tout entière au bonheur que son âme possède Elle trouve riant le chemin triste et nu. ”
“ D’un village à l’autre, au milieu de terres soigneusement cultivées, de beaux vergers, par des chemins fréquentés, parmi tous les signes d’une vie rurale active, on traverse de longs espaces, sans apercevoir que rarement les centres naturels de cette activité, c’est-à-dire des habitations humaines. ”
George Sand,
Promenades autour d’un village
“ Le chemin fit encore un coude, et le village, le vrai village cherché, se présenta magnifiquement éclairé, sous nos pieds. Il faut arriver là au soleil couchant: chaque chose a son heure pour être belle.C'est un nid bâti au fond d'un entonnoir de collines rocheuses où se sont glissées des zones de terre végétale. Au-dessus de ces collines s'étend un second amphithéâtre plus élevé. Ainsi de toutes parts le vent se brise au-dessus de la vallée, et de faibles souffles ne pénètrent au fond de la gorge que pour lui donner la fraîcheur nécessaire à la vie. ”
