Résumé

Georges Servières Tannhæuser à l’Opéra en 1861

Tannhæuser, à condition que le caractère de l’œuvre soit manifesté par une mise en scène conforme à celle de Bayreuth, apparaît au théâtre non comme un opéra légendaire, mais comme un drame, et captive les spectateurs bien plus par le conflit des sentiments humains que par le pouvoir expressif de la musique.
Par exemple, un des moments capitaux de l’action est celui où, Tannhæuser ayant invoqué le nom de Marie, tout le Venusberg s’effondre autour de lui. Sans avoir changé de place, il se retrouve au matin dans la calme vallée de la Wartburg. Il n’y a pas là qu’un vulgaire changement à vue.
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Georges Servières Tannhæuser à l’Opéra en 1861

Tantôt, c’est une obscurité compacte et pesante, — ce que M. Wagner appelle la mélodie infinie, sans doute, — qui écrase la plus robuste attention ; tantôt, c’est un vacarme discordant qui ne parvient qu’à dissimuler les plus grossiers fracas des tempêtes physiques.
L’ouverture du Tannhæuser a deux parties bien tranchées : l’une est très belle, c’est l’hymne religieux qui la termine, l’autre est un charivari suraigu, les violons semblent pris du delirium tremens... Le chant des pèlerins descendant la colline est du plain-chant affadi, une vague jérémiade Sans accent et sans caractère [69] .
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Georges Servières Tannhæuser à l’Opéra en 1861

Plus de fastidieux points d’orgue ; plus de caprices sautillants du gosier. Du mouvement, du mouvement, le poème va son train,
Le chanteur monte en croupe et galope avec lui. Ces conquêtes, M. Wagner les achète quelquefois un peu cher. Cette extrême concision entraine souvent un peu de monotonie, cette musique si concentrée a besoin de l’attention la plus soutenue. Il faut être tout à Wagner. En résumé, ce que je crains pour lui, ce n’est pas la mésestime du public, ce n’est pas le rire, c’est plutôt la fatigue. Pour lui, nous n’avons pas encore le tempérament assez allemand.
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