“ Après les jours effroyablement gris et sinistres de l'automne russe, ces jours de spleen, qui semblent la fin de tout, dans un universel écrasement, voici que le soleil renaît. La campagne blanche se couvre de pistes luisantes où circulent des traîneaux lents chargés de bois et des denrées les plus diverses. La gaîté et la vie partout s'épandent.La neige est aussi nécessaire à la Russie que le soleil à notre été : sans neige, tout périrait dans la terre. Un hiver sans neige et un été sans eau, voilà les deux plus grandes calamités pour le pays russe ; dans les deux cas, c'est la famine. ”
Jules Legras
Résumé
Au pays russe de Jules Legras, publié au XIXe siècle, est un récit de voyage qui explore les contrastes entre la Russie rurale et l’Occident. À travers des descriptions poétiques des villages, des paysans et des paysages (bouleaux, neige, hiver), Legras met en lumière la simplicité et la résilience du peuple russe, tout en soulignant ses relations ambivalentes avec l’Europe.
Les personnages comme Serge Ivanovitch ou Valodia incarnent cette tension entre tradition et modernité. L’ouvrage, à la fois ethnographique et philosophique, dévoile une société en mouvement, où la bienfaisance et l’égoïsme coexistent, et où la neige, symbole de survie, structure la vie quotidienne.
Citations de Au pays russe (Jules Legras)
“ La route boueuse qui, sous les grisailles du crépuscule, coupe la morne plaine, et va se perdre tout là-haut, sur la ligne claire du ciel, c'est bien la route de civilisation que suit ce peuple enfant, cet obscur rêveur : lentement, avec des ornières et des coudes, elle monte, elle monte là-haut. Et lui, le paysan en sandales d'écorce, lui qui regarde vaguement au loin, insouciant du train qui passe, c'est bien le résigné paysan russe : sans un regard en arrière, il s'avance, avec son petit cheval ami, et il vainc la distance, la fatigue, l'ennui ”
“ C'est un admirable coup d'œil ; de pareils quais, sur un pareil fleuve, suffiraient à la gloire d'une capitale.Tout, à Pétersbourg, donne l'impression d'une ville artificielle. La présence d'une cour soupçonneuse et d'une police inquiète y fait taire cette gaîté insouciante qui caractérise les vraies villes russes. On s'y observe, et l'on sent qu'on y est observé.Saint-Pétersbourg est la plus grande fenêtre que la Russie ouvre sur l'Occident ; nulle part l'influence de la civilisation étrangère n'y est aussi caractérisée et rien n'est plus déplaisant. ”
