“ Tite-Live est le premier historien véritablement homme de bien. L’éloge n’en est-il pas injurieux pour César et Salluste ? César n’était-il pas homme de bien ? Oui, par occasion, s’il le fallait, s’il y avait politique à l’être et parce qu’il n’avait aucun goût à ne l’être pas, en homme autant au-dessus de ses qualités que de ses vices. De même que, tout en ayant de la bonté, il pouvait être cruel, il avait de l’honnêteté, quoiqu’il fût toujours près d’en manquer. Sa morale, c’était sa raison appréciant son intérêt. ”
L. G.
Résumé
La Revue des Deux Mondes, dirigée par L. G., est une publication littéraire et politique qui examine les enjeux historiques, sociaux et artistiques de son temps. À travers des études critiques, elle traite de la figure de Tite-Live, de la musique (Rossini, Mme Stoltz), des révolutions (février 1848) et des débats autour du suffrage universel.
Les articles combinent réflexions sur la vérité, l’art et la politique, reflétant une vision impliquée des mutations de la société, en particulier en France et en Piémont. La revue se présente comme un miroir des tensions idéologiques et des aspirations d’une époque en transformation.
Citations de Revue des Deux Mondes (L. G.)
“ Ils pensent, comme M. Rouher, que la révolution de février est une catastrophe, et ils le pensent d’autant plus maintenant, que, grace à l’entraînement de leur imagination, ils ne l’ont peut-être pas tous pensé en commençant. — Et ces ouvriers, enfin, que la révolution de février a enfiévrés de la passion de l’impossible, et qui comprennent maintenant que, quelle que soit la forme du gouvernement, l’impossible reste toujours l’impossible, qui voient surtout combien ils ont perdu à l’appauvrissement universel ? Ils pensent, comme M. Rouher, que la révolution de février est une catastrophe. ”
“ Ah ! mon Dieu, quel accident ! quelle catastrophe ! Il est possible que les médecins bénissent tout bas la maladie qui fait qu’il y a des médecins dans le monde ; mais c’est bien bas, soyez-en sûrs. Oh ! assurément, si nous n’avions pas eu le 24 février et le gouvernement provisoire, nous n’aurions pas eu le 10 décembre ; nous n’aurions pas eu, dans l’élection du président et dans l’élection de l’assemblée nationale, la grande et solennelle protestation que nous avons vue. Mais quoi ? la maladie a amené le remède ; c’est ce qu’elle fait toujours quand elle n’amène pas la mort. ”
“ L’art est à un bon point, a dit M. Hugo quelque part ; pourquoi le mot ne s’appliquerait-il pas à la musique ? De ce qu’il plaisait à Rossini de se croiser les bras, s’ensuivait-il que l’Italie entière dût se condamner au silence ? Nous ne le pensons point. Depuis la Zelmira et la Semiramide, les temps ont marché, et, si nous regardons derrière nous, nous verrons qu’un assez long espace nous sépare déjà du grand maître ; espace moins aride peut-être que bien des gens affectent de le penser, et dont la Norma, les Puritains, la Lucia, Nabucco marquent, non sans gloire, les divers stades. ”
“ Si quelqu’un me persuadait un jour que le vrai n’est qu’une vue de mon esprit, et non quelque chose qui est hors de lui, avant lui, qui sera après lui, qui est Dieu ; que le vrai est ma chose, qu’il commence et finit avec moi, que le trouble délicieux où me jette sa présence n’est qu’une sensation individuelle, et l’assentiment que lui donne ma raison un caprice ; que le vrai n’est pas plus que moi, n’est que moi ; — de même qu’on arrête avec le doigt le mouvement d’une montre, de même celui-là arrêterait en moi la vie morale à l’instant. ”
“ La voix humaine n’est point une serinette que l’on monte à volonté, et l’art du chant a ses conditions auxquelles les plus illustres eux-mêmes se soumettent. Fussiez-vous ensemble la Mariani et la Sontag, la Pisaroni et la Grisi, quand vous avez une fois adopté un registre, force est de vous y tenir pour la soirée du moins, quitte à passer le lendemain à l’autre, comme on a vu faire la Malibran. En dehors de cela, tout devient confusion, et vous finissez, comme Mme Stoltz, par chanter un je ne sais quoi d’indéchiffrable et qui n’a de nom dans aucune langue. ”
“ Cet éloge n’est pas seulement vrai des harangues de Tite-Live, il l’est encore de ses récits, dont les plus beaux sont ceux où il peint, c’est trop peu dire, où il sent lui-même ces passions. Cette sensibilité le rend heureux, comme un contemporain, des victoires de son pays, malheureux de ses défaites, et il y a dans sa partialité même, soit l’illusion d’un témoin qui a grossi les choses par l’espérance ou par la crainte, soit le dépit d’un lier Romain battu qui nie sa défaite ou qui n’en veut pas faire honneur à son ennemi. ”
“ En passant des affaires du dedans aux affaires du dehors, la première circonstance que nous rencontrons, c’est en Angleterre la mort de sir Robert Peel et les hommages que l’Angleterre et toute l’Europe rendent avec empressement à sa mémoire. Heureux homme en dépit de la précocité de sa mort ! heureux peuple malgré la grande porte qu’il a faite ! oui, heureux peuple, puisqu’il a encore cette vertu de la reconnaissance, qui, de toutes les vertus d’une société, est la plus rare et la plus salutaire, celle surtout qui témoigne le mieux de la vitalité d’un état. ”
“ Mauvais jour pour le grand ou pour le grandiose, quand on sent qu’il est vide ; or, cela commence à se sentir pour M. Hugo. Que veut-il dire en effet avec cette perpétuelle apothéose de l’idée et des idées ? — les idées, dit-il, qui sont immortelles et qui sont incompressibles ! — Oui, les idées sont immortelles, mais à une condition : c’est que ce ne soient pas des phrases. De tous les mérites que M. Victor Hugo attribue à la révolution de février, celui qu’il lui donne le plus libéralement et celui qu’elle a le moins est le mérite d’avoir des idées. ”
“ Pour étudier une littérature avec fruit, il semble qu’il faut commencer par les écrivains qui ont traité de l’histoire. C’est par eux seulement que nous connaissons les premiers élémens de cette littérature, à savoir le gouvernement, la constitution, la religion, les mœurs générales ; c’est dans leurs écrits que respire l’ame du peuple dont cette littérature est l’expression. Les historiens nous acclimatent, pour ainsi dire, au pays ; par eux nous savons tout ce qu’il y a de convenances invincibles et fatales entre une nation et le territoire qu’elle habite. Une nation est une personne ”
“ Pour se rendre compte d’une telle anomalie, il faut savoir que nulle part la différence entre le pays vrai et le pays légal n’est aussi profonde qu’en Piémont. Ce n’est pas qu’un cens restreint y exclue de la vie publique, comme avant février chez nous, cette classe nombreuse de citoyens qu’on nommait les rapacités, celle qui, après tout, fit l’opinion dans les pays libres, et remette la conduite des affaires à une faible minorité ; la législation sarde est au contraire, en fait, d’élections, la plus libérale qu’on ait pu imaginer, sans aller jusqu’au suffrage universel. ”
“ Ce vrai, c’est tout ce qui touche et convainc l’homme, soit comme individu, soit comme membre d’une société, soit comme citoyen d’une nation ; c’est ce qui l’avertit qu’il n’est pas isolé au milieu d’inconnus ; qu’outre sa vie individuelle, il vit d’une vie générale ; c’est tout ce qui, dans le passé, soit qu’il s’agisse de faits, de pensées ou de sentimens, le rend contemporain des faits, cohéritier avec l’humanité des pensées, sympathique aux sentimens. Nous ne sommes pas libres de ne pas connaître certainement le vrai ”
“ Ceux en particulier qui regrettent le passé s’en font des images merveilleuses de désintéressement, de vertu, de grandeur d’ame, pour se consoler de ce qui se fait autour d’eux ; et de même que, dans le présent, la grandeur des résultats leur est dérobée par la petitesse des causes apparentes et par l’agitation intéressée de tous ceux par qui ces résultats s’accomplissent, de même, dans le passé, les mêmes misères des moyens et des acteurs principaux leur sont dissimulées par la grandeur des résultats. C’est l’illusion familière à Tite-Live, et Salluste n’y a pas échappé. ”
“ La crédulité de Tite-Live n’est à surveiller que pour les époques où les témoignages ne manquent pas ; car il est probable que son penchant au merveilleux persiste, là même où il a plus de moyens de savoir la vérité. Encore ne faudrait-il pas lui en vouloir beaucoup. Son tort serait celui de toute l’antiquité, qui, dans tous les arts, songeait à plaire bien plus qu’à instruire, ou à n’instruire qu’à la condition de plaire. L’historien, dans la pensée de Quintilien, n’est qu’une sorte d’orateur tenu de plaire à son lecteur, comme l’orateur à son auditoire. ”
“ Chez beaucoup, il en faut accuser l’ignorance et la sottise plutôt que la perversité. Bacheliers inexpérimentés en droit constitutionnel, ils ne comprennent pas qu’un député puisse être autre chose que l’adversaire systématique et taquin du pouvoir. Faire acte d’opposition, c’est, à leurs yeux, faire acte de vertu civique. Que dis-je ? Il n’est pas jusqu’aux partisans même de la politique du gouvernement qui ne rougissent en quelque sorte de s’avouer ministériels ; cette épithète n’est guère prise qu’en mauvaise part ; il semble qu’on ne puisse honorablement être de l’avis du pouvoir. ”
“ Nous venons d’indiquer de quelle manière la montagne à la majorité, de salutaires scrupules sur les doctrines adoptées par la constitution ou sur les préjugés que le parti modéré pourrait avoir. Est-ce là le seul service qui la montagne rende à la majorité ? Non : il en est un plus général et plus quotidien que la montagne rend sans cesse à la majorité, et que la majorité, nous le répétons, a besoin qu’on lui rende sans cesse : c’est de lui montrer l’abîme ou le parti modéré et la société tout entière sont près de rouler, si la majorité s’avise un instant de céder à ses divisions intérieures. ”
“ Dans toutes les rencontres où il s’agit du salut public, l’Angleterre fait face au danger par un unanime élan. L’argent lui-même, par nature si timide, s’enhardit quand il faut soutenir l’honneur national, et, songeons-y, la masse ne tient si ferme, elle ne présente tant de consistance et tant de résolution, que parce que de la masse elle-même se détachent à tout moment des individus énergiques qui ne redoutent pas la responsabilité, et qui, dans toutes les conditions, même les plus modestes, font leur devoir d’individu. ”
“ Nous ne saurions dire, laissant de côté les hommes que nous respectons toujours pour aller aux choses que nous avons le droit de juger, nous ne saurions dire combien ces déclamations nous semblent sottes et ingrates, sottes et ingrates en Algérie, à propos de laquelle on les fait, sottes et ingrates en France, où l’on vient les faire. Y a-t-il un pays au monde qui doive plus à l’armée que l’Algérie et la France ? L’une lui doit d’être née, et l’autre lui doit de n’être pas morte. En Algérie, tout a été fait et créé par l’armée. ”
“ Quel dommage que la réalité ressemble parfois si peu à notre rêve, et que la prose d’un plan topographique soit si loin de la poésie de nos imaginations ! Il se peut que les gens qui veulent connaître Venise pour l’avoir entrevue à travers les tragédies de Shakespeare (je dis les tragédies, car à l’Othello il faut encore joindre Shylock) et la musique de Rossini, risquent fort de passer pour aimer à se payer d’illusions ; cependant, plus j’étudie les chefs-d’œuvre de ces deux maîtres, plus ils me semblent, chacun dans sa sphère, avoir approché de la vérité pittoresque et surpris le tableau. ”
“ Ce qui chantait l’amour et la tendresse chante désormais la fureur, la plainte du vieillard moribond est devenue l’hymne d’un héros. Robert Bruce, s’apprêtant à donner la liberté à l’Écosse, ne trouve rien de mieux que d’entonner la romance écrite jadis pour exprimer la douloureuse angoisse du père de Zelmire au fond de son cachet. La complainte du pauvre captif devenant tout à coup la chanson héroïque du libérateur, vit-on jamais plus aimable contraste ? Qu’on dise ensuite que la musique n’est point susceptible d’exprimer à la fois les deux sentimens qui se ressemblent le moins. ”
“ L’orgueil des incapables est le plus féroce de tous. En face de cette tyrannie toujours prête, toujours menaçante, le parti modéré voudra-t-il s’affaiblir par la division ? Voudra-t-il entrer sourdement en lutte avec le pouvoir exécutif ? Le pouvoir exécutif voudra-t-il porter peu à peu atteinte au légitime ascendant du pouvoir législatif ? Si on veut se désunir, rien n’est si facile ; la constitution de 1848 s’y prête admirablement. Elle a oublié qu’un gouvernement doit être organisé de manière à produire une action commune. ”
“ Qu’on s’étonne ensuite de cette espèce de malaise que l’exécution des ouvrages de Rossini paraît causer à certains chanteurs contemporains. Il est au fond de toute œuvre d’art, poésie ou musique, peu importe, à côté de l’élément divin qui ne meurt pas, un élément terrestre, transitoire, qu’elle emprunte à ce qu’il y a au monde de plus passager, de plus incertain, au caprice des temps, à la mode. Or, si ces conditions existent pour la poésie et la peinture, que ne sera-ce point pour la musique, l’art le plus exposé, comme on sait, à subir les mille influences du moment ? ”
“ Par le talent de narrateur, il touche au conteur. Le dramatique seul le touche, et, si la vérité n’y prête pas, j’ai peur ou qu’il ne la néglige, ou qu’il ne l’embellisse. Cependant Niebuhr a passé toute mesure en disant de Tite-Live qu’il n’éprouve ni conviction ni doute. Ce qu’il faut dire, c’est qu’il est convaincu à la manière des poètes, de sentiment plutôt que par les règles de la critique historique, et que, toutes les fois que l’historien doute, c’est le narrateur qui décide. ”
“ Nous devons compter aussi parmi les bonnes œuvres de la majorité de l’assemblée la loi sur la mise en état de siège de la Guadeloupe. L’état de nos malheureuses colonies est vraiment déplorable. La liberté des noirs, que le gouvernement provisoire a proclamée imprudemment, a excité au plus haut degré la haine des diverses races qui peuplent nos Antilles. Hier encore esclaves, aujourd’hui citoyens et électeurs, que voulez-vous que fassent les noirs, sinon d’obéir aux rancunes de l’esclavage ? Comment espérer la paix quand on met des armes aux mains des passions et des intérêts rivaux ? ”
“ Ni les passions, ni le tour d’imagination de notre époque, ni le désir de trouver dans un auteur des preuves pour ou contre quelque opinion du jour, ne se mêlent au pacifique intérêt de la vérité recherchée dans un passé si lointain et sans application directe au présent. Il nous sera donc aisé de nous défendre contre les charmes du plus brillant des narrateurs et de lui demander dans l’occasion si le vrai qu’il a négligé ne vaut pas mieux que le vraisemblable qu’il a imaginé ; pourquoi il a été infidèle ; si c’était faiblesse du narrateur ou partialité du citoyen pour son pays. ”
“ Nous apprécierons tour à tour l’éloquence politique et judiciaire dans Cicéron et dans les imposans fragmens qui nous sont restés de quelques orateurs qui l’ont précédé ou suivi ; la philosophie morale dans Cicéron et Sénèque ; la critique dans Cicéron encore, dans Quintilien et dans Tacite ; enfin l’art épistolaire dans ce même Cicéron, qui forme comme un corps de littérature à part dans la littérature latine, et dans Pline le jeune, qui a eu la gloire, donnée à fort peu, de bien écrire une lettre. Tel est le champ de nos études. L’objet, vous le savez, c’est le vrai. ”
“ Eh bien ! à ce chant de l’oiseau qui s’éveille, à cette barcarole toute de grace, de légèreté, de délicatesse, Mme Stoltz, avec sa fâcheuse habitude, a réussi à donner, le croira-t-on ? l’expression d’une véritable complainte ; rien de détaché, de coquet, d’élégant, mais un continuel canto legato, un accent monotone et traînard à désespérer le plus éploré des violoncelles. Nommer la cavatine illustre de Malcolm, c’est évoquer l’idée du triomphe de la Pisaroni, idée terrible devant laquelle n’a point pâli la cantatrice de l’Académie royale de Musique ! ”
“ Il courbe la tête sous le désastre de son pays, et s’étonne d’être encore vivant ; il est muet de douleur et d’inquiétude ; puis, avec Rome qui peu à peu se ranime, il relève la tête et respire enfin à la vue d’Annibal allant fêter Cannes à Capoue [4] . La sensibilité est un don commun à Tite-Live et à Virgile. Ils se ressemblent tous deux par cette faculté supérieure et charmante par laquelle le poète et l’historien s’aiment moins que les créations de leur esprit, et vivent pour ainsi dire de la vie qu’ils leur ont donnée. ”
“ Les plaintes que le parti modéré ferait sur le gouvernement personnel iraient s’ajouter involonlairement aux doctrines de la montagne, et lui prêteraient de la force. C’est le mal le plus douloureux des temps de licence qu’on n’y peut pas parler et agir pour la liberté, car le bien alors tourne inévitablement au mal. Dans des temps d’impiété, parler contre la superstition, c’est favoriser l’impiété dans des temps de révolution et de démagogie, parler contre la tyrannie, c’est favoriser la révolution et la démagogie. ”
“ Il y a lieu de supposer que Tite-Live n’eut aucun emploi considérable ni à Rome, ni à l’armée, et que ce fut, comme Horace et Virgile, ses aînés, le premier de cinq ans, le second de dix, un lettré de la cour d’Auguste. César et Salluste sont historiens, l’un dans le feu des affaires, l’autre au sortir des affaires, et par dépit d’en être dehors. C’est le génie même de l’histoire qui a fait Tite-Live historien. ”
“ Demandez au légitimiste, au bonapartiste, à l’orléaniste, comment il veut reconstituer le pouvoir en France : chacun vous dira aussitôt un nom propre ; mais, si vous lui demandez de laisser de côté les noms propres, chacun alors reconnaît qu’un pouvoir électif tous les trois ans et qui dépend des caprices de l’opinion universelle n’est pas un pouvoir capable de servir de noyau à la société ; chacun reconnaît que le suffrage universel, tel qu’il est constitué, ne peut être qu’un instrument de brusques révolutions et non pas de salutaires réformes. ”
“ C’est ce don de la lumière et du coloris que, dans une langue qui fait effort pour être expressive, Quintilien appelle la blancheur éblouissante, clarissinius candor, de Tite-Live. L’exemple en était nouveau, même après la lumière du style de César, même après le coloris de Salluste. César dessine à grands traits plutôt qu’il ne peint. Comme ce n’est point par l’imagination qu’il soit les choses et les hommes, mais d’un regard que ne trouble aucune émotion et par une sorte de connaissance anticipée qu’il en a par la raison, il faut réfléchir sur son style pour en être frappé. ”
“ Pourquoi César écrit-il ? Nous l’avons dit : pour se faire admirer et craindre à Rome. Et Salluste ? Pour la réputation qui s’attache à la pratique d’un art honnête ; pour ne pas perdre dans l’oisiveté et l’inaction le loisir que lui fait la retraite ; parce que cela sied mieux que l’agriculture ou la chasse ; parce que de toutes les occupations où l’on exerce son esprit, l’une des plus utiles est d’écrire l’histoire. Tite-Live écrit pour sa patrie et pour se consoler des maux qui l’ont accablée dans les derniers temps par le spectacle de ses grands commencemens et de ses progrès. ”
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