“ Roulure, jolie fille que plus rien d’humain ne saura retenir, roulure, ô belle silencieuse. Une enfant, de sa vie, n’oubliera la chanson des monte-en-l’air, et ne saura, non plus, pardonner à certain juge d’instruction de se prétendre assassiné, alors que, sous prétexte de convalescence, on vient de l’installer dans la plus belle chambre de la maison, celle où Cynthia, des semaines et des semaines, a vécu, parmi les fleurs, les robes, les valises, fleuries de noms de palaces aux lettres étranges, et les flacons aux parfums de mystère et les rêves. ”
René Crevel
Résumé
« Babylone », roman de René Crevel publié en 1932, explore avec une intensité lyrique les tensions entre désir, identité et déshumanisation. À travers les figures de Cynthia, une jeune femme en quête de liberté, et de personnages comme Petitdemange ou Mac-Louf, l'œuvre tisse un récit où les thèmes de la famille, de la sexualité et de l'exclusion se croisent.
Les citations révèlent une prose poétique, mêlant images oniriques (« jungle de fer peinturlurée », « chouette ») et réalités brutales (« putain », « pétrole »), dans un contexte où les relations humaines et les paysages urbains deviennent métaphores de l'angoisse moderne. L'œuvre, marquée par une structure fragmentée et des récits imbriqués, questionne l'essence de la liberté individuelle.
Citations de Babylone (René Crevel)
“ Un hiver, un printemps, Cynthia flamboie, idole dont la mémoire tour à tour éclaire un ciel gris ou réchauffe l’azur mièvre des minutes, couleur d’aquarelle entre deux giboulées. Mais, après le flamboiement, à même l’azur, de la jeune femme au casque de feu, une petite fille, les yeux encore éblouis du miracle, ne peut renier sa belle comète. Alors, l’écœurent les piètres anecdotes, dont se rassasie la haine familiale. Cynthia, déesse rousse, de vos doigts partent des faisceaux de lumière, mais à leur éclat, s’exagère la tristesse des jours, tous pareils. ”
“ Cynthia et son amant, pour leurs extases quotidiennes, ouvrent la valise de l’homme sans visage. Étendus sur le dos, les yeux perdus dans un ciel délicat, ils suivent d’impondérables cortèges, cependant qu’ici midi tombe plus lourd que plaque de fonte. Le soleil poignarde une ville et n’a pitié que de la rue aux putains. Bouées de désir, ces dames, elles, flottent sur un lac d’ombre tandis que là-bas se décomposent leurs sœurs honnêtes. Canicule. Vive la canicule. Ne les appelle-t-on point chiennes ? Vive donc la canicule, saison des cuisses ouvertes et des lourdes mamelles. ”
