“ Un hiver, un printemps, Cynthia flamboie, idole dont la mémoire tour à tour éclaire un ciel gris ou réchauffe l’azur mièvre des minutes, couleur d’aquarelle entre deux giboulées. Mais, après le flamboiement, à même l’azur, de la jeune femme au casque de feu, une petite fille, les yeux encore éblouis du miracle, ne peut renier sa belle comète. Alors, l’écœurent les piètres anecdotes, dont se rassasie la haine familiale. Cynthia, déesse rousse, de vos doigts partent des faisceaux de lumière, mais à leur éclat, s’exagère la tristesse des jours, tous pareils. ”
Cynthia
Définition et enjeux
Citations sur “Cynthia”
William Shakespeare,
Œuvres complètes de Shakespeare…
“ Cynthia humiliée obscurcit sa lueur d’argent, jusqu’à ce que la nature traîtresse soit condamnée comme faussaire pour avoir volé au ciel le creuset divin où elle t’a formé, en dépit des cieux tout-puissants, pour humilier le soleil, le jour, et elle, Cynthia, la nuit. ”
“ Cynthia, fille de Neige et de Miroir, ton âme est un miracle sans geste, sans image, le ruisseau qui se mire en soi-même, où nul Narcisse jamais ne retrouve, pour s’y chérir et s’y perdre, sa piètre humanité. Tu vas, et sur la ville, ce ciel se creuse, frère insaisissable des flots et si profond que, des amants du monde entier le père et toi, seuls, oserez y toucher, cette nuit dans les rêves ! ”
Samuel-Henry Berthoud, Le fils du rabbin. Tome 2 (1844)
“ Avant une année, le souvenir de la Cynthia ne sera plus pour toi qu'une idée vagué, presque effacée, et qui amènera un sourire sur tes lèvres. C'est aux femmes seules à garder, dans leur coeur, une passion insensée, contre laquelle le temps et l'absence ne peuvent rien. ”
“ Alors, parmi la pénombre d’une maison aux rideaux tirés, dans le giron d’un fauteuil d’acajou, et velours de Gênes, c’est un réconfort, presque de la joie, d’apprendre à savoir, de mieux en mieux, chaque jour, qu’il y a des semaines, des mois, des années qui comptent pour du beurre. Renaissent donc les brouillards roux de l’hiver ; Cynthia, Cynthia, reflet fauve dont s’éclairaient les nuits prématurées, il faudrait bien plus qu’un vrai soleil dans le vrai ciel, pour que se dissipât le miracle de ton insaisissable lumière. ”
“ Quand Cynthia est venue, grand-mère, qui n’était pas encore jalouse, répétait toute la journée : « La fille de ma sœur est une beauté, au front couronné de flammes. » C’est la vérité. Les cheveux de Cynthia sont si beaux qu’on pense qu’ils vous brûleraient les doigts si on osait y toucher. Papa doit être fier de vivre avec une si belle dame, qui a des jolies couleurs sur ses joues. Un homme ne peut pas être gai, quand sa femme a une mauvaise mine. Mais voilà, grand-père, maman ne comprendront jamais. ”
Mary Elizabeth Braddon,
Joshua Haggard. Tome 2
(1879)
“ Et maintenant dites-moi de mourir, ma Charlotte, et je me tuerai comme Werther. Dites-moi seulement : « La vie nous serait plus facile à tous si tu étais mort, » et je ne vivrai pas un jour de plus pour tourmenter votre tranquille existence. Je suis votre esclave, ma chérie, votre humble et obéissant esclave! — Si vous l'êtes, dit Cynthia, agitée d'un violent tremblement et plus pâle que les anémones des bois qu'elle avait cueillies pour orner la chambre de malade du vieux squire, si vous l'êtes, vous m'obéirez. ”
“ Amour, amour, fuite à toute vitesse, le père et Cynthia partis comme des voleurs, les voleurs partis comme le père et Cynthia. Deux couples ont dû crier de joie, au premier tournant, lorsque sont devenus à jamais invisibles l’ennui de cette bâtisse, l’orgueil des peupliers. Deux couples, c’est-à-dire huit yeux un peu fous. Les hommes acceptent de se sentir les esclaves de minces créatures leurs compagnes. ”
“ Alors il faut être gentils avec elle, puisque tous les deux on est si heureux ensemble. Je t’aime tant, Cynthia. Tu ne ressembles pas aux autres femmes. Tu es bien plus belle. Tu es comme la mort, Cynthia, tu es une putain comme la mort, Cynthia, ma chérie, ma petite putain... ⁂ Quelques semaines plus tard, au déjeuner, l’enfant assise entre son grand-père et sa grand-mère, demande pourquoi il n’y a personne, devant le quatrième couvert, à la place de sa mère. ”
Samuel-Henry Berthoud, Le fils du rabbin. Tome 2 (1844)
“ On ne vit plus que par elle et que pour elle; le temps et l'absence, loin d'affaiblir l'amour qu'on lui a voué, ne font que tripler sa force et son dévouement. Jugez-en, Cynthia, puisqu'en assimilant la tendresse d'Isabelle à une passion vulgaire, vous avez blessé mon coeur et appelé la rougeur sur mon front. Oui, voyez-vous, cara donna, j'ai retrouvé, dans cette affection sainte, la candeur et la vivacité des émotions de mon adolescence. Comme les charbons ardents du prophète Isaïe, cette flamme sainte a purifié mon coeur et mes lèvres. ”
“ Chairs fripées, yeux clignotants, tous les couples fameux se lèvent, pour de piètres résurrections. Revanche inespérée, seuls ont conservé un espoir possible, Cynthia plus fraîche qu’une glace au citron, en dépit de sa longue traîne d’or déchirée, le père de si bel air dans son habit aux basques pourtant plus tristes qu’ailes d’oiseaux mouillés, une petite femme de chambre buveuse de pétrole et son amoureux, le jardinier. ”
André Laurie,
L'épave du Cynthia
(1886)
“ Sa main ouvrit le gilet de l'homme, mit à nu sa poitrine. C'était peut-être moins encore pour vérifier si le coeur battait que pour y chercher un nom. Ce nom s'y trouvait, tatoué en bleu, dans un écusson grossièrement dessiné : « Patrick O'Donoghan, Cynthia. » Et le coeur battait !... Et l'homme n'était pas mort !... Il avait seulement une large blessure à la tête, une autre à l'épaule, et, sur la poitrine, une contusion qui devait grandement gêner ses mouvements respiratoires. « Il faut le transporter à notre abri, le panser, le rappeler à la vie ! » dit Erik à maaster Hersebom. ”
Mary Elizabeth Braddon,
Joshua Haggard. Tome 2
(1879)
“ La théologie de son mari lui avait enseigné que le calvaire était le refuge du pécheur, son temple d'expiation, le seuil du paradis sur lequel tous les cœurs coupables pouvaient déposer leur fardeau, se purifier des souillures terrestres, se délivrer des chaînes terrestres, pour franchir ensuite les portes d'or; plus la faute était grande, plus le pécheur pénitent était sûr d'être bien accueilli. La faute de Cynthia n'était qu'une pensée, une faible aspiration vers un rêve de bonheur impossible, un coupable regret pour les choses qui auraient pu être. ”
Jean Beslière, Le page mutilé (1923)
“ Des grenouilles coassaient dans les roseaux ; Andrée s'en étonnait, elle ne pouvait comprendre qu'un petit animal pût faire tant de bruit. Elle cherchait à les voir, partagée entre la curiosité et l'inquiétude. Cynthia ne savait comment la retenir et la rassurer. Alors, d'un geste et d'un claquement de langue, Louis envoya Taïaut fourrager dans les herbes aquatiques. On entendit quelques plongeons, et le bruit se tut. Cynthia admira l'obéissance du chien et, secrètement, Louis se targua de ce petit succès. ”
“ Cynthia et son amant, pour leurs extases quotidiennes, ouvrent la valise de l’homme sans visage. Étendus sur le dos, les yeux perdus dans un ciel délicat, ils suivent d’impondérables cortèges, cependant qu’ici midi tombe plus lourd que plaque de fonte. Le soleil poignarde une ville et n’a pitié que de la rue aux putains. Bouées de désir, ces dames, elles, flottent sur un lac d’ombre tandis que là-bas se décomposent leurs sœurs honnêtes. Canicule. Vive la canicule. Ne les appelle-t-on point chiennes ? Vive donc la canicule, saison des cuisses ouvertes et des lourdes mamelles. ”
Jean Beslière, Le page mutilé (1923)
“ Cynthia elle-même jugea Amédée beaucoup mieux qu'il ne le méritait. Il s'était étonné de ne pas retrouver son père à Marseille et cette absence avait fait apparaître sur son front une ombre d'inquiétude qui impressionna favorablement la jeune fille. Elle voyait là les alarmes d'une sollicitude filiale, l'impatience d'un cœur aimant, et elle essayait d'apaiser ces sentiments touchants, alors que la source des appréhensions d'Amédée était dans une froide cupidité. ”
“ Plus la grand-mère blondit, se pare de bijoux baroques, moins on ose parler de Cynthia. Tout le monde est bien content que soit retrouvée la buveuse de pétrole. Au moins voilà quelqu’un sur qui taper. Et le grand-père qui la traite de névropathe, parle d’elle, comme il n’oserait pas d’une chenille ou d’un ver de terre. Elle était pourtant bien jolie, lorsqu’elle chantait la triste chanson des Monte-en-l’air. Ses crimes ? Elle vient d’assassiner son amoureux. ”
“ Cynthia, l’abreuvée de brises on ne sait d’où venues, tu es le pont de la planète minuscule et précise au mystère souverain. Tu es celle qui confond scrupules et scrofule, incapable de te rappeler, de ces syllabes moites à ne point toucher, lesquelles désignent l’hésitation des justices fabriquées, lesquelles, le mal qui carrie les os, laboure les muscles, pourrit les glandes. Fragile et invulnérable, ton mépris des autres, de tous ceux qui ne sont point le silencieux amant, te protège des tentations de banal orgueil. Tu es sans chercher à savoir, quoi, comment, pour qui, pour quoi. ”
Mary Elizabeth Braddon,
Joshua Haggard. Tome 2
(1879)
“ Cynthia écoutait les yeux dilatés, les mains crispées, comme si toute la scène était une réalité, comme si elle pouvait voir Werther là à ses pieds, étendu par terre. Ici était la harpe sur laquelle Charlotte avait joué. Le tableau vivait devant ses yeux : une soirée d'hiver; la pièce éclairée par les flammes du foyer; le malheureux étendu sans espoir, seul, sans que personne en eût pitié, la sombre résolution du suicide dans son esprit! Et Charlotte ne connaissait pas sa fatale intention ! Elle lui refusait la triste consolation du dernier adieu! ”
Mary Elizabeth Braddon,
Joshua Haggard. Tome 2
(1879)
“ La vie du squire semblait à sespatientes gardes-malades trembler dans la balance. Le docteur était convaincu qu'à la fin il succomberait. Cynthia accomplissait sa pénible besogne sans murmure et sans ennui; elle était pleine d'affection et de soins pour ce vieillard maussade qui dans sa faiblesse semblait un bébé entre ses bras et qui était forcé de se laisser soigner comme un bébé. ”
Jean Beslière, Le page mutilé (1923)
“ Le censeur eut un sursaut joyeux ; il affermit sa calotte d'une grande tape et, dans un épanouissement de sa face rubiconde, il s'écria : « Faites entrer ! » Cynthia franchit hâtivement le seuil. Elle était confuse, anxieuse, agitée. Joseph lui avait rapporté en bougonnant la semonce qu'il avait essuyée de M. Roquemont. Elle avait appris en même temps que les parents de Louis avaient porté l'incident devant « ces Messieurs » et elle accourait pour conjurer un éclat qui ne pouvait manquer d'attirer sur elle la fureur de son mari et sur le concierge une punition sans doute très rigoureuse. ”
“ Cynthia qui est une putain comme la mort, la petite buveuse de pétrole qui est une roulure, ceux qui n’ont d’alliés que le banal, le morne, bien sûr ne peuvent les aimer. Mais le fumier d’injures s’entrouvre pour un jaillissement des plus glorieuses floraisons. Qu’on essaie de les profaner. Rien ne peut salir ces amoureuses. Ce qui, au reste, ne saurait empêcher d’en vouloir à celui qui a pris la place de la déesse rousse et dont toute la maison vante les mérites. Amie a découvert qu’il était le magistrat le plus célèbre du monde. ”
“ Roulure, jolie fille que plus rien d’humain ne saura retenir, roulure, ô belle silencieuse. Une enfant, de sa vie, n’oubliera la chanson des monte-en-l’air, et ne saura, non plus, pardonner à certain juge d’instruction de se prétendre assassiné, alors que, sous prétexte de convalescence, on vient de l’installer dans la plus belle chambre de la maison, celle où Cynthia, des semaines et des semaines, a vécu, parmi les fleurs, les robes, les valises, fleuries de noms de palaces aux lettres étranges, et les flacons aux parfums de mystère et les rêves. ”
Jean Beslière, Le page mutilé (1923)
“ Ce n'était pas au moment où la mèche grésillait qu'il allait sortir de sa cachette. Il attendit donc pour aller à Paris que Cynthia eût fatigué la colère de madame Poméon et d'Amédée et il télégraphia à ce dernier : « Remplace camarade absent. Impossible venir. » Madame Poméon n'attachait d'ailleurs pas d'importance à la présence de son gendre. Elle n'attendait de lui aucun concours utile. Elle se flattait de pouvoir, à elle seule, entreprendre et mener rapidement au but l'enquête qui devait éclairer les relations de Cynthia avec le fils de madame Roquemont pendant leur séjour à Nantes. ”
P.-J. Stahl,
Contes de l'oncle Jacques
(1892)
“ Tout à coup apparut un beau navire, la Sardine. Il s'approchait du rivage toutes voiles dehors et les couleurs battant le mât. Un coup de canon retentit ! Tous frémirent d'effroi. Mais une voix suave et bien connue s'éleva dans le silence, et, au même moment, on distingua Cynthia depuis si longtemps perdue et le jeune Waldemar Pantinowitch, qui se promenaient sur le pont, faisant des signaux et agitant leurs mouchoirs avec impatience. Bientôt un canot se dirigea vers la terre et, une minute après, Cynthia était dans les bras de sa maman. ”
Jean Beslière, Le page mutilé (1923)
“ Ruminant son dépit, il se détacha de la contemplation de l'autel glorieux et rutilant, pour jeter sur sa compagne un regard plein d'animosité. Évidemment, elle ne se doutait pas de la rancœur qu'il éprouvait et dont elle était la cause. Le profil incliné, le menton niché dans le jabot de dentelles qui s'échappait de son manteau de fourrures, elle fixait pensivement les yeux sur un enfant qui, debout à côté de l'orgue, chantait l'Adeste fideles. Cette attitude accrut encore le mécontentement de M. Vinade. Il savait que Cynthia était tourmentée par un désir nostalgique de maternité. ”
Jean Beslière, Le page mutilé (1923)
“ Cynthia la rassura un peu : elle connaissait les deux religieuses, elle les savait dévouées et assez expérimentées. D'ailleurs, elle-même les surveillerait, elle viendrait souvent voir Louis, stimulerait s'il était nécessaire la sollicitude de ses garde-malade et ne manquerait pas d'envoyer à Courteuil un bulletin de santé quotidien. Un peu gênée, un peu confuse, mais réconfortée et reconnaissante, madame Roquemont embrassa son fils ; les deux jeunes femmes partirent ensemble. ”
Jean Beslière, Le page mutilé (1923)
“ Quand Cynthia fut étendue au milieu du lit, madame Poméon commença à la dégrafer et Amédée qui, comme sa grand'mère, avait maintenant l'air penaud et furtif, dit : « Je vais chercher le médecin. — Va vite, murmura-t-elle ! Y en a t-il un dans le quartier? — Je ne sais pas; je demanderai. — Appelle les bonnes en passant. » Il disparut et quelques secondes après on entendit des pas hâtifs dans l'escalier. La cuisinière et la femme de chambre firent irruption dans la pièce et, avec elles, le bruit et l'agitation. La concierge les rejoignit bientôt. ”
“ Petitdemange n’ose point risquer d’observation et l’enfant qui devient femme ne se reconnaît aucun droit d’accabler même en pensée une vieillarde qui veut, elle aussi, ressusciter le vent. Tout de même, elle pourrait s’y prendre un peu mieux, et Cynthia, jadis, a choisi sans visage l’homme dont elle accepta la valise à rêves. Amie, elle, impose la Reine maquillée avec une violence si décousue, que c’est à croire sa figure faite de morceaux pris au petit bonheur et assemblés couci-couça. ”
“ Le couteau c’est papa. Le blanc qui sert à couper, sa chemise ; le noir, qu’on tient dans la main, son pantalon. Si le blanc qui sert à couper était pareil au noir, on pourrait dire qu’il est en pyjama, mais malheureusement il n’y a pas moyen. La fourchette c’est Cynthia. La belle Cynthia, l’Anglaise. Ce qui sert à piquer les choses qu’on veut prendre dans l’assiette, c’est les cheveux de Cynthia. Elle a une jolie poitrine, qui saute, car elle est essoufflée. Papa est bien content. Il caresse Cynthia et il rit parce qu’il croit qu’elle a enfermé deux petits oiseaux dans son corsage. ”
