“ L’agent de change s’arrêta indécis. — Venez m’aider, reprit Sara ; je ne puis agrafer cette maudite robe, et mes doigts me font mal... Laurens, pâle comme un mort, s’approcha d’elle. Le monde le croyait heureux, et il attachait à cette croyance un prix inestimable. Le bonheur qu’on lui supposait eût été si grand dans la réalité, que le semblant même lui en était plus cher que la vie. ”
Citations sur “Laurens”
“ M. de Laurens se sentait perdre le souffle. Il se leva, chancelant, et voulut échapper à cette scène qui le faisait mourir. — Restez, Léon, restez, dit Petite ; j’ai besoin de vous, mon ami. — Madame, murmura M. de Laurens d’une voix éteinte, épargnez-moi !... vous voyez ce que je souffre !... — Quel enfantillage ! s’écria Petite avec son plus gracieux sourire ; — réfléchissez, Léon !... les domestiques sont indiscrets... si je sonne ma femme de chambre, tout Paris saura demain notre secret... ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
(1878)
“ J'ai conté l'enfance enthousiaste de JeanPaul Laurens, les premiers battements en quelque sorte de sa vocation ; j'ai conté sa jeunesse laborieuse, livrée à toutes les souffrances du corps, à tous les tourments de l'esprit; j'ai conté son œuvre page à page, avec amour, sans redouter la monotonie qui devait inévitablement résulter d'une si longue suite de descriptions. Si, comme l'a écrit un grand écrivain, « après avoir admiré son ami, il n'est rien de plus doux que de le dire», j'ai goûté cette douceur dans sa plénitude. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
“ C’est pour ceux-là, sur qui tombe la lumière singulièrement obscure de ce lieu sinistre, que Jean-Paul Laurens, après avoir brossé d’élan les physionomies emmêlées des profondeurs, a réservé toutes les vigueurs, toutes les hardiesses de son pinceau. Quoi de plus attendrissant que cette jeune mère serrant son nouveau-né sur son sein tari, au moment de le plonger dans la piscine ! Quoi de plus touchant que ce père soulevant dans ses bras son fils, que gagne la mort, pour l’approcher de l’onde sacrée ! ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
(1878)
“ Laurens, troublé, enlevé par la lecture de certains chapitres admirables, un moment avait voulu, en un coin de sa cervelle, désormais uniquement ouverte aux choses qui sont de l'humanité, découvrir quelque noble et belle figure de la Foi, de la Chasteté, de la Religion, de l'Humilité. Hélas! ces ombres lumineuses, entrevues dans un rêve, s'évanouissaient dès qu'il essayait de les serrer dans des lignes, de les arrêter dans une forme, de les animer d'une couleur. ”
“ N’était-ce pas encore pour Judith ?... Elle songeait à M. de Laurens, qui était l’obstacle placé entre Judith et la vie ; elle songeait à Franz, qui pouvait tuer l’avenir de la fille en perdant la mère. Et son front se redressait terrible, ses cils demi-baisses voilaient son regard impitoyable et froid. Il fallait tuer pour se défendre... Et, parmi toutes ces pensées, d’autres se glissaient, perverses et frivoles. L’âme de cette femme était un chaos. Tous les degrés du mal s’y mêlaient, impuissants à éteindre une étincelle de feu divin. Madame de Laurens rêvait à Lia, sa jeune sœur. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
(1878)
“ Une fois allongé sur une botte de paille, dans un galetas, à la cime du pigeonnier solitaire de la Grande-Allée, Jean-Paul Laurens, éloigné pour la première fois de son père qu'il aimait tendrement, d'un frère aîné qui partageait ses jeux, des camarades familiers, soupira bien une minute en pensant au bon petit lit vide de Fourquevaux; mais finalement, en dépit de cils humides, ses paupières, ayant battu la générale, se baissèrent, et il s'endormit les poings fermés. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
“ Du jour où Jean-Paul Laurens eut exposé l’Interdit, il fut manifeste que notre école possédait non pas seulement un peintre d’une vigueur exceptionnelle, mais un penseur hardi, inquiet de voies nouvelles, soucieux de dégager son art des sujets piteux où on le ravale, pour l’élever à des manifestations intellectuelles dignes de lui, plus hautes et plus complètes. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
“ XVII. Le trait dominant du caractère de Jean-Paul Laurens est l’obstination. Quand une idée a fait brèche dans son cerveau, la discussion est le maillet qui enfonce le coin plus avant dans la tête, au lieu de l’en arracher. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
(1878)
“ Les idées, se détachant sous le souffle d'une espérance toute neuve après la maladie, tombaient sur moi nombreuses, pressées, comme en automne tombent les fruits d'un arbre secoué par le vent. « Vous verrez! me répétait-il, vous verrez! » Mais Laurens, qui, dans le redressement de sa santé refaite, voyait la carrière unie et plane comme la main, reprenait à peine son élan pour s'y lancer à corps perdu, quand il fut contraint d'abandonner sur le chevalet Jésus guérissant un démoniaque ébauché, et de repartir incontinent pour Toulouse. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
(1878)
“ A mon avis, Jean-Paul Laurens, à qui nul, dans notre École, n'est supérieur ni par l'âpre énergie de la touche, ni par la sévérité hautaine de la composition, ni par le flux abondant de l'idée, Jean-Paul Laurens réalisera de grandes, de fortes, de puissantes choses. ”
Georges Lafenestre,
Revue des Deux Mondes
“ Ce n’est qu’une anecdote ; le peintre, avec tact, ne lui a pas donné de grandes proportions, mais la scène est vivante et bien caractérisée. La figure du moine exaltée est noblement violente, sans grimace, sans mélodrame, d’une coloration grave et vibrante dans un milieu bien adapté. Depuis quelques années, le pinceau de M. Laurens, autrefois un peu dur, acquiert de la souplesse et de la liberté. Sa lumière, moins sèche, se distribue avec plus de chaleur autour des formes plus adoucies. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
(1878)
“ Le jeune Laurens, étendu dans son lit, où il ne savait comment goûter un peu de repos, n'avait pas perdu un mot de cette scène entre son patron et les domestiques du Coq d'or. Il éprouva un singulier soulagement quand Justine et Prosper se furent retirés ; toutefois il leur en voulut de ne pas avoir refermé la porte de la chambre où Hortette, dans une illumination dont la nuit redoublait l'intensité, commençait à dormir son dernier sommeil. Les lueurs qui s'échappaient de là-bas se traînaient jusqu'à son lit, et il n'aurait eu qu'à se baisser pour les toucher du bout des doigts. ”
Jules Claretie,
L'art et les artistes français contemporains…
(1876)
“ M. Jean-Paul Laurens est demeuré profondément coloriste en abordant la peinture murale. Lacépède, vêtu de l'habit de membre de l'Institut, Gérard, superbement appuyé sur son épée, Bonaparte en costume rouge, Macdonald surtout, admirable dans son uniforme de général de la République, sont des figures qui font grand honneur à M. Laurens : elles vivent et cependant elles ont l'allure imposante des statues. Le fond bleu du ciel, les nuages, la figure de la France sont autantde morceaux magnifiquement traités. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
(1878)
“ Depuis cette époque, par des succès continus, la carrière de Jean-Paul Laurens, d'abord étroite, encombrée d'obstacles, s'est élargie, déblayée, et il marche aujourd'hui au premier rang parmi les jeunes maîtres de notre Ecole. Toutefois, autour de ce nom qui grandit à chaque exposition, il s'est élevé quelque rumeur. Mécontents de voir une force dramatique qui va naïvement à son but sans trébucher, des esprits inquiets ont reproché au peintre robuste de la Piscine de Bethsaïda de se complaire aux spectacles sombres de la vie, de faire dans son œuvre une cour trop assidue à la Mort. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
“ Le salon de 1876 nous montre Jean-Paul Laurens identique à lui-même ; le seul progrès à constater avec François de Borgia devant le cercueil d’Isabelle de Portugal et le Portrait de l’artiste, c’est un parfait équilibre des forces. De la longue pratique du travail, de l’expérience absolue de la palette, de la connaissance entière du sujet traité résulte enfin l’harmonie. Plus de heurts, de disparates, de hasards ; la beauté se dégage naturellement, sans secousses, comme d’elle-même, du dessin, de la couleur, de tous les moyens d’art arrivés à leur épanouissement. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
“ Avec Jésus chassé de la synagogue, le pas fut décisif, et désormais il devenait impossible de ne pas compter avec Jean-Paul Laurens. L’œuvre s’imposait non-seulement par le groupement habile des personnages, fort nombreux vers le fond, par la qualité du dessin, d’une merveilleuse précision de contour dans une foule où les têtes tendent à se confondre dès que les plans divers ne sont pas rigoureusement marqués, mais aussi par l’éclat très vibrant du ton, que le jeune artiste n’avait jamais su monter à ce point. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
“ Laurens indiquait déjà ce qu’il pourrait quand l’étude patiente de l’homme, la connaissance des secrets intimes de son art auraient développé les aptitudes qu’il tenait de la nature et dont il ne savait encore que montrer les germes, dénoncer, pour ainsi dire que les rudimens. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
(1878)
“ Jean-Paul Laurens est un artiste de grande envergure, et ce que Vasari réalisa pour le génie, mon amitié émue n'hésite pas à le tenter pour un talent que j'ai vu naître, se développer jour à jour, prendre enfin possession de la place que j'avais enviée pour lui. ”
Émile Souvestre,
Contes et légendes de Basse-Bretagne
“ Ce premier livre de du Laurens parut en 1857 : il est divisé en récits sérieux recueillis sur les lèvres des disréveller du Léonais, de la Cornouaille et de Tréguier, et en récits railleurs narrés par des marvailler du pays de Vannes ; une troisième partie contient des chroniques et des nouvelles. Le tout est un pastiche assez faible, maigre et très remanié. On peut retenir cependant le Hucheur de nuit et le Testament du recteur, ainsi qu’une bonne version du Diable boiteux, où Moustache, des Derniers Bretons, et l’Auberge blanche, du Foyer breton, sont agréablement fondus. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
“ Avec les renseignemens que je fournis sur Jean-Paul Laurens broyant les couleurs d’Antonio Buccaferrata, sur Jean-Paul Laurens chichement nourri chez Marianne Parmentier à Toulouse, sur Jean-Paul Laurens luttant à Paris pour son pain, désormais un critique, plus habile que je ne le suis à lire dans les créations du pinceau, sera mis à même de se rendre absolument compte de l’inspiration un peu triste, souvent brutale, parfois cruelle, du paysan de Fourquevaux, et de le placer au rang qui lui revient. C’est le service que j’aurai rendu à l’homme que j’aime. ”
Jean-Paul Laurens, L'oeuvre de J.-P. Laurens : ouvrage contenant de nombreuses reproductions d'oeuvres de cet artiste… (1906)
“ Dans trois grands panneaux, J.-P. LAURENS représente les derniers moments de la sainte, entourée de ceux qui l'ont vénérée. Les figures sont nombreuses, la composition puissante, les costumes variés, la couleur vibrante et forte. ”
“ Le mouvement qu’elle venait défaire avait rejeté en arrière sa longue chevelure ; ses traits pâles apparaissaient éclairés par la lueur mourante. — La poitrine de madame de Laurens se serra, oppressée. Nono cacha ses papiers sous son oreiller. Elle arrangea sa pauvre robe d’indienne de manière à couvrir le mieux possible sa nudité. Ses grands yeux noirs se levèrent au ciel en une oraison muette, tandis que ses petites mains faibles se joignaient sur sa poitrine. Sa paupière se ferma. La chandelle jeta une lumière plus vive pour mourir. Sara ne vit plus rien. ”
“ Hélas ! vous n’y songez pas, reprit l’agent de change ; vous êtes bonne, et la présence d’un pauvre malade gâterait votre plaisir. L’œil de Sara, qui se fixait dans le vide, retomba tout à coup sur M. de Laurens. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
“ Saint Bruno refusant les offrandes de Roger comte de Calabre, où pour la troisième ou quatrième fois Jean-Paul Laurens touchait juste, lui mérita la croix de chevalier de la Légion d’honneur. Pour peindre cette sombre toile qu’il a intitulée : le Pape Formose et Etienne VII, Jean-Paul Laurens avait dû ouvrir l’histoire ecclésiastique ; i ! y prit un goût décidé et revint souvent à ce livre. ”
“ Mais la faute en était-elle à vous, Sara ?... C’est moi qui n’ai pas su me faire aimer. — Pauvre Léon ! reprit l’enchanteresse en lui touchant doucement les cheveux ; vous êtes beau pourtant !... Où avais-je les yeux et que vous manque-t-il pour plaire ? Laurens ne savait si ses oreilles ne le trompaient point ; était-ce une illusion ? Il craignait de s’éveiller. Sara pencha vers lui sa tête souriante. — Mon Dieu ! reprit-elle, vous êtes jeune... et nous aurions de beaux jours pour réparer la tristesse oubliée. — Oh !... soupira l’agent de change, si Dieu me donnait ce bonheur ! ”
“ Il allait chercher à retrouver sa route, lorsque madame de Laurens apparut brusquement au seuil du pavillon. Il n’était point possible de l’éviter. — Que faites-vous ici, Albert ? reprit-elle d’une voix basse et rapide. — Vous m’aviez dit de venir vous trouver, répondit le baron, — je suis venu. — Quelle imprudence !... C’était chez moi, rue de Provence, et non pas dans cet hôtel, qui est celui de mon père. — N’êtes-vous pas heureuse de me revoir ? demanda le baron, qui la considérait curieusement. — Oh ! si fait, mon Albert !... Ne savez-vous pas comme je vous aime !... ”
“ Sara ne le remercia point. — Je suis à vous, mon ami, dit-elle bien tendrement, pour répondre au regard obstiné de son mari, qui l’interrogeait de loin. Mais, au lieu de quitter le docteur, elle lui serra le bras avec une vigueur imprévue. — Ne trouvez-vous pas que M. de Laurens va mieux ? dit-elle. — Non, répondit Mira. — Regardez-le bien... regardez encore... Vous qui êtes un homme savant, sauriez-vous médire le temps qu’il peut vivre encore ? ”
Joseph Félix, Une famille au XVIe siècle, document original… (1879)
“ Il nous fit à tous une belle exortation de bien vivre en l'amour et crainte de Dieu, et d'estre bien humbles et obéissans à nostre mère. Elle se mit à pleurer de 1 D'après la quittance du solde dé ses honoraires comme médecin de la ville d'Arles, Louis du Laurens serait décédé le 23 décembre 1574. Il fut compté à ses héritiers, sur l'acquit de sa veuve Louise de Castellan, la somme de 38 florins, 4 sols, pour vingt-trois jours, ses gages étant de 50 florins par mois. 56 MESSIEURS DU LAURENS voir un mari si sage, si homme de bien, instruisant si bien ses enfans et luy gagnant sa vie. ”
“ Franz rougit comme une jeune fille qu’on surprend à faire des signes du haut de sa fenêtre. Dans la bonne foi de son âme, il plaignait sincèrement madame de Laurens ; il s’accusait de l’avoir abandonnée. Comme il aimait avec passion et qu’il sentait, dans toute sa plénitude, le bonheur d’être aimé, il devinait aussi la peine amère de ceux qu’on n’aime plus. Il croyait avoir abandonné Sara. La vue de cette pauvre femme qui devait, selon lui, tant souffrir, mettait toujours au fond de son cœur de la tristesse et des remords. C’était Sara qui venait de passer son bras sous le sien. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
(1878)
“ Cette noble femme entrevit l'énormité de. sa tâche, et elle n'hésita pas un instant. De complicité avec son mari, enchanté de voir « parachever le cerveau du meilleur élève qu'il eût jamais connu, » — nous citons ses propres expressions, — elle attaqua la besogne sans plus tarder. Depuis l'école de Fourquevaux, où il faisait de si rares apparitions, Laurens, accablé de travail avec Antonio Buccaferrata, accablé de travail avec M. Villemsens, n'avait pas eu une heure pour ouvrir un livre. ”
Joseph Félix, Une famille au XVIe siècle, document original… (1879)
“ Honoré, Charles, Julien, André, Antoine, Richard, Jean et Gaspard Laurens, ses fils légitimes et naturels, et la dicte damoyselle Loyse de Castellan, sa femme, par esgales parts et portions. Et au cas que aulcun de ses dicts fils vint à décéder en âge pupillaire ou aultrement, sans enfans légitimes et naturels, au dict cas il a substitué et substitue à tel ou tels ainsy mourans le survivant ou les survivans d'iceux. ”
Jean-Paul Laurens, L'oeuvre de J.-P. Laurens : ouvrage contenant de nombreuses reproductions d'oeuvres de cet artiste… (1906)
“ Il n'a rien voulu représenter de particulier, ce tableau est une synthèse et c'est pour cette raison qu'il impressionne aussi vivement. 45 à 57. — Croquis divers. N'obéissant qu'à son goût sévère et à sa probité artistique, J.-P. LAURENS n'a jamais cherché, comme bien d'autres artistes, à flatter les goûts d'un certain public, à suivre les sentiers battus en matière de peinture décorative ou autre. Il n'a jamais pensé que la décoration d'une salle destinée à abriter des banquets ou des bals dût nécessairement se composer de nymphes, d'amours ou du cortège poncif de l'allégorie banale. ”
