“ Chaque pays a ses mœurs. Rue de Provence, il faut se ruiner pour manger du pain ; rue Saint-Martin, on met du foin dans ses vieilles bottes, et telle chrysalide commerciale, modeste, un peu sordide même, qui a végété vingt ans loin du soleil, s’élance un beau matin hors de sa coque sombre pour voler, effronté papillon, vers un splendide hôtel des Champs-Élysées, dont l’antichambre ne l’eût pas admise hier, et qui est aujourd’hui son palais. Demandez à ces victorieux si l’argent a de l’odeur ! Il y a agence et agence. ”
Rue de Provence
Définition et enjeux
Citations sur “rue de Provence”
Charles-Étienne, Sous le fouet (1921)
“ Son éternel monocle à l’œil, elle inspecte dans le hall de la rue Desbordes-Valmore, où Jacques Provence a réuni tant d’œuvres d’art, sa Françoise qui se tient devant elle, vêtue du fourreau blanc des infirmières, drapée dans l’ample manteau bleu, sa jolie tête grave, aux yeux tristes, serrée sous le bandeau où saigne la pourpre d’une toute petite croix... ”
Édouard Fournier,
Chroniques et légendes des rues de Paris
(1864)
“ Après la mort de madame Thélusson et la vente de l'hôtel de la rue de Provence, ils étaient venus s'établir dans un autre fort beau qu'ils possédaient rue Paradis-Poissonnière. La Révolution les en fit partir. Nous ne suivrons que celui qui se retira en Angleterre. ”
Georges de Manteyer, Le nom et les deux premières enceintes de Gap (1905)
“ La direction générale de la rue de Provence fait, sur le plan officiel de 1841 au 1/1000e, entre la rue de l'Odéon et la rue du Connétable, un angle de 45° du nord absolu vers l'est, et de l'ouest vers le sud 1. Par conséquent, les rues secondaires, qui croisent cette voie par 95° et 85°, font un angle de 40° du nord vers l'ouest et du sud vers l'est, ou tout au moins de 39°5 pour la valeur moyenne de 95°5. ”
Félix Lazare, Louis Lazare , Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments
“ Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit : il sera ouvert aux frais du sieur de la Boulaye, et sur le terrain qui lui appartient au faubourg Montmartre, entre les rues de Provence et Chanteroine, une nouvelle rue nommée rue du Houssay, laquelle aura 30 pieds de largeur, et sera dirigée pour avoir son ouverture sur la d. rue de Provence, en face de la rue Taitbout, et son débouché sur la d. rue Chantereine à 30 pieds ou environ du côté du couchant de la rue des Trois-Frères, etc... ”
Edmond Rostand,
Deux romanciers de Provence: Honoré d'Urfé et Émile Zola
“ Car l’imagination des Provençaux est comme leur soleil, ce soleil dont la lumière chaude transfigure et fait resplendir. La couleur éclate partout où il pose sa caresse ; d’une vieille rue grimpant dans un quartier sale, d’un groupe déguenillé, il fait quelque chose de pittoresque et de saisissant. Demandez à tous les peintres : d’un rien on fait un tableau avec ce soleil ! Et avec cette imagination, qui n’a qu’à rayonner comme lui pour que tout se dore et se poétise, — il n’en faut pas beaucoup non plus pour faire un roman. ”
“ Quelques années plus tard la rue de Provence fut ouverte et en face de la rue d'Artois l'architecte Ledoux construisit une très belle maison pour la dame Thélusson. L'entrée de cette maison se faisait remarquer par un avant-corps circulaire qui dominait sur les deux ailes. Vers le commencement de la révolution cet hôtel fut démoli et la rue Cérutti (c'était le nouveau nom de la rue d'Artois) fut prolongée au nord jusqu'à la place actuelle de Notre-Dame-de-Lorette. Nous avons dit qu'en 4 830 cette rue fut appelée rue Laffitte. ”
Marie-Paul-Prosper Beck, Nomenclature des voies publiques et privées dressée sous la direction de M. Bouvard… (1898)
“ Finira rue Saint-Lazare, 77, où elle forme actuellement impasse. Long1" actuellement ouverte : 220m,00. Longr future : 300TM,00. Largr : 12M,00. — ORD. ROYALE DU H DÉCEMBRE 1845. Ouverture et Alignements entre la rue des Mathurins et la rue de Provence. (Sol cédé gratuitement.) (Uné partie a'été supprimée.) ARRÊTÉ PRÉFECTORAL DU 20 JUILLET 1881. Numérotage partiel. DÉCISION MINISTÉRIELLE DU 23 DÉCEMBRE 1845. Dénomination. Largr ; 12M,00. — DÉCRET DU 30 OCTOBRE 1894 (U. P.) . Prolongement entre ia rue de Provence et la rue Joubert. Alignements et Nivellement. (Exécuté en 1895.) ”
Adolphe Joanne,
Paris : nouveau guide de l'étranger et du Parisien
(1867)
“ Autrefois la perspective finissait à la rue de Provence , devant l'arcade cintrée de l'hôtel Thélusson, à travers laquelle o.n apercevait les massifs d'un gra- cieux jardin, une rotonde, des colonnades, des statues mêlées à des rochers et à des fontaines. Cette habitation, qui fournissait un charmant point de vue aux promeneurs du boulevard, fut encore plus remarquée lorsqu'elle changea d'hôte, lorsque Murat y vint occuper les appartements du banquier génevois. ”
Félix Lazare, Louis Lazare , Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments
“ La largeur assignée à cette partie de la rue Chauchat est de 12 m. Les constructions situées sur le côté droit, à l’encoignure de la rue de Provence, devront reculer de 2 m. 40 c. Les autres propriétés ne sont pas soumises à retranchement. — Égout entre les rues Pinon et de Provence. — Éclairage au gaz (compe Anglaise) . ”
Édouard Fournier,
Chroniques et légendes des rues de Paris
(1864)
“ Il connut sa femme, qui était institutrice des enfants Thélusson. (Goncourt, la Femme au XVIIIe siècle, p. 480.) Provence, à l'extrémité de la rue nouvelle d'Artois, aujourd'hui Laffitte, un très-magnifique et très-galant hôtel. Il s'étendait en profondeur jusqu'à la rue Chantereine, sur une largeur de vingt-quatre toises. Des jardins entouraient les bâtiments qui eux-mêmes, avec leurs colonnettes, leurs rochers servant de bases aux appartements du rez-de-chaussée, etc., n'étaient pour ainsi dire que des ornements paysagers. Tout était décoré dans le goût du temps, mais avec magnificence. ”
“ Cette circulation de voitures sur cette ligne reconnue inutile par le secours de la nouvelle rue, on va voir se développer à l'instant, non plus une route aride et poudreuse, mais un vrai site de Provence, une promenade d'hiver formant terrasse sur la rivière , sous le meilleur abri et le plus heureux aspect le midi , sur une ligne- de plus de sept cent toises, promenade au centre, et sans prix que sans cette mesure il est à jamais interdit de pouvoir ailleurs obtenir. ”
Georges Feydeau,
Théâtre complet
“ — Hôtel du Libre-Echange, 220, rue de Provence ! ”
Jules Cousin, De la nomenclature des rues de Paris (1899)
“ Après avoir rendu hommage au comte de Provence, Monsieur, à Madame, au comte d'Artois (rue d'Artois, aujourd'hui rue Laffitte) , M. de La Michodière, comte de Hauteville, prévôt des marchands de 1773 à 177$, baptise deux rues, M. de Caumartin et M. Le Pelletier, ses successeurs en 1778 et 1784, en nomment chacun une; les échevins Boucher et Estienne (1773) , Trudon (1774) , Daval et Saint-Sabin (1776) , Chauchat (1778) , Richer, Martel (1780) ont aussi la leur, ainsi que M. Bltfault, receveur, Taitbout et Boudreau, greffiers de la ville. ”
Grasse. Notes à la suite de l'inventaire des archives communales… (1892)
“ « Commune a au-dessus de la porte de la Rou- « guière, à raison de trois escus annuellement. » Par jugement des commissaires des domaines du roi en Provence, du 8 avril 1690, cette tour fut déclarée mouvante de la Directe de sa Majesté. En 1763, la porte du Cours fut l'objet d'une réfection complète, en même temps que la Porte Neuve ; elle fut reconstruite avec une seule ouverture , dans l'axe de la rue, « sur l'alignement « de la façade de la maison de Cabris, entre cette « maison et la façade du couvent des RR. PP. « Jacobins. » La tour qui la surmontait ne fut pas reconstruite ”
Recueil des dépêches télégraphiques reproduites par la photographie et adressées à Paris au moyen… (1870-1871)
“ I Herpin, 56, provence. reçu lettre 17, allons tons bien, hiver à genève, t'écrivis souvent. — Luce Herpin. | Rochut, 52, rue provence. santés parfaites, sans crainte, dire debray tout bien positeaux, argent très-suffisant, écrire longuement. — Laymond. | Oudry, rue michel-ange. troisième dépêche, lettres chéron, frémy, alphonse reçues avec bonheur fin novembre, confiance, santé, embrassements à tous. — Oudry. | Geoffroy, 55, rue cuvier. tous bien portants, étienne charmant, habitons vault, tout tranquille, reçois letties. — Marthe. | Pussin, 83, rue morny. ”
George Sand,
Histoire de ma vie
“ On comprend qu'on puisse s'habituer à la brutalité du mistral, aux colères de la mer, et aux ardeurs d'un implacable soleil, quand on trouve là, dans une cité opulente, toutes les ressources de la civilisation à tous les degrés où l'on peut se les procurer, et quand on parcourt, sur un rayon de quelque étendue, cette Provence aussi étrange et aussi belle en bien des endroits que beaucoup d'endroits un peu trop vantés de l'Italie. ”
E. Dubois, Languedoc et Provence depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (1874)
“ Mais si Aix et Arles ont perdu de leur ancienne splendeur, Marseille a perpétué le souvenir de la grandeur provençale. Cette cité, que l'on a vue croître si rapidement en puissance et en richesses, et résister à tous les pouvoirs pour conserver son indépendance, ne pouvait manquer de suivre avec ardeur le mouvement révolutionnaire; ses habitants se laissèrent entraîner à tous les excès d'une démocratie sans frein, et elle offrit plus qu'aucune ville de Provence le triste spectacle des passions déchaînées. ”
Hippolyte Roux-Ferrand, Quelques souvenirs d'une promenade en Suisse… (1835)
“ La capitale de la Provence n'en est pas là, mais elle en approche, et l'on ne fait rien pour la détourner de cette voie, pour lui faire perdre une habitude si peu en harmonie avec les idées de notre siècle , avec les lumières du reste de la France. Marseille , grande et belle ville, centre du commerce de l'univers, rendez-vous de toutes les nations civilisées, est en dessous du plus humble bourg de l'Alsace et de la Lorraine pour tout ce qu'il y a d'important dans notre pauvre existence : l'instruction , la morale et la religion. ”
Jacques Normand, Les Jours vécus (souvenirs d'un Parisien de Paris… (1910)
“ Dans les rues – je parle des rues éloignées du centre – les passants sont rares , un silence délicieux règne , une ombre fraîche sommeille , les vieilles maisons , les aristocratiques hôtels ont des airs distingués et recueillis . Les campagnes d' alentour ont été justement nommées le jardin de la Provence . C' est tout dire , n' est -ce pas ? Quand une ville joint à cela ses anciennes murailles , son château des Papes , l' admirable vue de Villeneuve - lès - Avignon , l' île de la Barthelasse , et , aux environs , la Fontaine de Vaucluse , les Baux , que sais -je encore ? ”
Camille Allary, Au pays des cigales : nouvelles et contes (1876)
“ Et je vous souhaite aussi la bienvenue au nom de notre grand Paris entier, où vous arrivez avec la belle saison tardive, un peu après les hirondelles, un peu avant les roses. Il n'est pas besoin d'avoir laissé son cœur en Provence pour rire et pour pleurer avec vous. Quand le soleil vient, les bras se tendent, on lui ouvre sa demeure, sans l'avoir connu à son berceau; et c'est le soleil que vous apportez à tous, la jeunesse vaillante, l'enthousiasme et la foi, les premiers récits d'un poëte qui sont comme les premières tendresses d'un amant. ”
Louis Grégoire, Géographie générale, physique, politique et économique (1876)
“ Église Saint-Trophime. grand commerce d'huiles renommées, de fruits, d'amandes, de vins, de blés excellents ; c'est un grand marché pour les bestiaux et les laines. Cette ville, la première fondée par les Romains en Gaule, 123 avant J.-C., est célèbre par la victoire de Marius sur les Teutons ; elle devint la capitale florissante des comtes de Provence, qui fondèrent son université en 1413. Après la réunion de la Provence à la France, elle fut le siège du Parlement et la principale résidence de la noblesse. ”
Théophile-Gustave-Alphonse Le Mansois Duprey, De Montmartre à Montrouge : étude d'ethnographie parisienne (1894)
“ Les mieux doués — c'est le plus grand nombre — abandonnent rapidement leurs habitudes de bavardage pour ne conserver qu'une parole brillante, En Provence. souple et facile. Les femmes, surtout, s'accommodent bientôt à nos mœurs; elles joignent alors à leur beauté de race un charme tout particulier qui les place au rang des Parisiennes les plus gracieuses. La littérature et les arts sont le domaine de prédilection des Provençaux. Quelque Parisien que soit devenu le Provençal, il s'acclimate difficilement à Paris; il regrette toujours son soleil. ”
Charles Fuster, Provence au coeur secret. Nouvelle édition (1928)
“ L'éclair brille... Ah! pourtant, ce n'est pas la saison. Ces orages d'hiver n'ont rien d'une assoupie, Provence ! En ayant pris même la déraison, Tu montres que toi seule es tout-à-fait la vie ! Avec des " si "... Si (poète et logis, c'est tendrement pareil Par le beau don qu'on fait dune chaleur profuse) , Si l'on était maison, auprès d'Aix, Ville-Muse, On serait Mas Lumière ou Bastidon Soleil. Si l'on devenait eau, miroir pour jeunes filles, Pour paysage illustre ou monument bronzé, On serait cet artiste au travail amusé, Ce flâneur dans l'exquis, le canal des Alpilles. ”
A. de Closset, Histoire de la langue et de la littérature provençales et de leur influence sur l'Espagne ainsi que… (1845)
“ Ainsi travaillée pendant plusieurs siècles, et par le concours des influences diverses que nous venons de rappeler, comme de celles que nous signalerons encore, la Provence enfanta une littérature d'une originalité remarquable, mais qui, par suite même de la sphère qu'elle embrassa, devait n'avoir qu'une existence éphémère. Cette littérature subit l'influence du climat; en effet, le peuple de ce pays est, par tempérament, gai, quoique violent, éminemment spirituel, sujet aux impressions du moment, facile à s'exalter, et cette teinte est très sensible dans les monuments que nous possédons. ”
Michel Darluc, Histoire naturelle de la Provence… (1782-1784)
“ Ses rues font bien percées; il y a peu de quartiers où l'on ne jouisse des influences d'une atmosphere toujours, renouvellée par la largeur & l'étendue, qu'on leur a données. Je ne dirai rien de la beauté de ses maisons dont plusieurs ont toute l'apparence de palais, de la grandeur de ses places enrichies d'obélisques & de fontaines jaillissantes , du superbe cours qui embellit cette ville & de ses dehors enchanteurs où l'on peut se promener toute l'année fous des arbres long-tems couverts de verdure. ”
Congrès des Sociétés savantes de Provence… (1907)
“ Secrétaire-Correspondant de la Société d'Etudes provençales à Apt. Avant que progressivement disparaissent, sous la poussée des exigences de la vie contemporaine, les derniers linéaments de la physionomie de nos villes de Provence, il n'est pas sans intérêt de fixer, aussi approximativement que possible, l'aspect des vieilles rues où tant de générations se sont agitées et de rappeler les anciennes dénominations — bizarres parfois, mais toujours logiques et pittoresques — que les habitants leur avaient accolées. ”
Louis Gillet,
Le trésor des musées de province…
(1934)
“ Mais dans cette opulente Marseille, où abondent les grandes fortunes, fières de la cité qu'elles illustrent, il se trouvera bien un amateur patriote pour faire le geste indispensable et pour compléter ce que les Borély, les Surian, les Emile Ricard ont fait pour les artistes des autres générations. C'est un fait remarquable que la place que tient la Provence dans la peinture nouvelle. ”
Alphonse Daudet,
Numa Roumestan
“ La ville dormait, déserte et silencieuse, bercée par le mistral, soufflant en grands coups d’éventails, aérant, vivifiant l’été chaud de Provence, mais rendant la marche difficile, surtout le long du cours où rien ne l’entravait, où il pouvait courir en tournant, encercler toute la petite cité avec des beuglements de taureau lâché. ”
Hippolyte Roux-Ferrand, Quelques souvenirs d'une promenade en Suisse… (1835)
“ Le treizième siècle vit la fin de leur règne. L'inquisition, la croisade contre les Albigeois, le pape Innocent et tous les genres de fanatisme couvrirent ce beau pays de ruines et de désolations; la. cour de Provence fut déserte, les troubadours malheureux, persécutés, ne firent plus entendre que des chants de douleur. La gaie science s'éteignit; deux siècles l'avaient vue naître et expirer. Le génie poétique des Provençaux avait inventé une foule de rithmes et de pièces différentes dans lesquelles ils chantaient tour-à-tour les dames, les aventures romanesques et les mœurs du temps. ”
Hippolyte Taine,
Carnets de voyage
“ Hors de Marseille et de la mer, cette Provence est lugubre à voir ; on dirait d’un pays brûlé, usé, rongé jusqu’à l’os par une civilisation détruite. Point d’arbres, sauf des mûriers espacés, des oliviers souffreteux, parmi des myriades de cailloux et des rocs nus, desséchés, blanchâtres ; parfois un quart de lieue de côte démantelée et stérile ; à l’horizon, des hauteurs dégarnies allongeant les unes au-dessus des autres leurs squelettes de pierre ; l’homme a tout mangé, il ne reste rien de vivant ”
L. Simonin, Revue des Deux Mondes
“ Sur ce coin fortuné de la Provence, sous ce climat qu’assainit le mistral, tout le monde, riche et content, coule une existence aisée et quelque peu nonchalante. Le caractère est jovial, bon, généreux, ouvert ; on vit volontiers en plein air, sur la place publique, comme les anciens. ”
