“ Tout ce que nous venons d’examiner en détail éclaire donc la position respective d’Abd-el-Kader et de Muley-Abderraman. L’un et l’autre jouent un double jeu, au milieu duquel la France, menacée par tous deux, peut aisément se tirer d’embarras en les opposant l’un à l’autre. Quant au sultan de Maroc, la prudence dont il est doué l’avertit que le danger est pour lui, non dans une agression française, mais dans les prédications d’Abd-el-Kader, l’infidélité de ses peuples et la proclamation de la guerre sainte. L’un est notre ennemi naturel, l’autre est notre allié secret et sympathique. ”
A. Rey
Élements biographiques
A. Rey, auteur francophone, s’impose comme un observateur perspicace des enjeux politiques et sociaux en Afrique du Nord, notamment au Maroc, à travers ses textes publiés dans la Revue des Deux Mondes. Son œuvre, marquée par une analyse approfondie des rapports de force entre les puissances coloniales et les sociétés autochtones, explore les tensions entre modernisation, tradition et domination.
En décrivant les ambiguïtés de l’action française ou européenne, Rey met en lumière les contradictions de l’impérialisme et les résistances culturelles, illustrant ainsi une réflexion critique sur la construction des identités dans un contexte de conflits transnationaux.
Citations de A. Rey
“ À cet accroissement du pouvoir dont les sultans s’emparèrent, que pouvaient opposer les chrétiens, divisés et rivaux ? Tenter le blocus d’une côte de deux mille lieues, d’un pays qui se suffit à lui-même, et qui peut frayer à son commerce d’autres voies par l’intérieur des terres ? La France, la Hollande, récemment l’Angleterre et l’Autriche, l’essayèrent en vain. Le blocus du Maroc par l’Angleterre compromettait Gibraltar bien plus que Tanger, et une rupture sérieuse avec le Maroc eût fermé à cette place la source de son approvisionnement. ”
“ L’administration du sultan, transformée en exploitation industrielle, souvent dirigée avec une avidité imprudente, a dû négliger les ressources guerrières. Comme tout sujet marocain naît soldat, les juifs et les esclaves exceptés, une levée en masse ne serait pas chose difficile. La pratique de la guerre, le maniement des armes, ne constituent pas une profession et exigent peu d’instruction spéciale. Il suffit de charger et de décharger le fusil, de dégaîner le sabre et le poignard ; le temps et le mode employés importent peu. L’ordre est une question de parade, non de tactique. ”
