“ Rien de plus terrible à voir qu’un groupe de grands alligators occupés à dévorer un cheval que le courant emmène. La violence avec laquelle ils arrachent des membres entiers, le bruit produit par leurs défenses, quand ils ferment leurs énormes mâchoires, ne peut s’exprimer. Quand ils sont surpris à terre, ils ne peuvent ni attaquer ni se défendre, et on les tue avec une lance sans qu’ils opposent la moindre résistance. Le cayman dépose environ trente œufs dans le sable, d’une forme ovale et de six pouces de long. ”
E. N.
Résumé
“Revue des Deux Mondes”, est une œuvre de E. N.. Des thèmes tels que Bolivar, l'Orénoque ou l'Amérique y sont abordés.
Citations de Revue des Deux Mondes (E. N.)
“ Les arbres y sont immenses ; les nuages s’arrêtent dans leurs branches, et l’eau dégoutte sans cesse de leur feuillage. Les sentiers y étaient si glissans, que les chevaux et les mulets s’y abattaient sans cesse, et le bruit des torrens et des cascades ne contribuait pas peu à nous effrayer. — Tant qu’on reste dans ces forêts, on n’y souffre pas du froid ; mais dès qu’on les quitte pour entrer dans les Paramos, ou chemins dénudés, et sans abri à travers les pics inaccessibles, le vent est froid et pénétrant, et gèle ceux même qui sont bien couverts. ”
“ On se sert d’abord d’une corde très mince pour licou, le cheval ne pouvant souffrir un mors dans la bouche sans se cabrer et se renverser sur son cavalier. Puis on lui délie les jambes, on dénoue la corde qui lui serrait le cou, et bientôt il revient à lui, se lève, mais reste immobile et tremblant, jusqu’à ce que ses yeux soient découverts. Quand le cavalier est monté, et bien en selle, il enlève le tapojo, et alors commence la lutte entre la force et l’activité de l’animal sauvage épouvanté, combattant pour sa liberté, et le talent d’équitation sans égal du Llanero. ”
“ Nous avions bon vent en suivant la côte, et nous vîmes souvent les Cordillières couvertes de leurs neiges éternelles ; c’est un objet qui ne manque jamais d’attirer l’attention même des naturels. Ils ont sans cesse les yeux fixés dessus. Les pics les plus éloignés et les plus élevés ne se voyaient qu’un instant après le lever du soleil, ou à son coucher ; souvent nous pûmes remarquer le profil de quelque pic lointain sur le disque du soleil à mesure qu’il s’élevait, mais soudain la montagne s’évanouissait dans les airs, et devenait invisible par sa grande distance. ”
“ Le cayman est très redoutable une fois qu’il a goûté de la chair humaine, et, de même que toutes les bêtes féroces, il brave dès-lors tous les dangers, pour se procurer cet aliment, qu’il préfère à tous les autres. On dit alors qu’il est cebado. Il se met à l’affût des baigneurs qui restent imprudemment assis sur le bord de la rivière, ou des blanchisseuses occupées à y travailler, et il se laisse doucement descendre avec le courant, levant les yeux et les narines au-dessus de l’eau de temps en temps, afin de s’assurer s’il est assez près de sa proie pour l’attaquer. ”
“ L’aspect de l’Orénoque est magnifique, et du pont de notre bâtiment glissant sur les eaux, nous étions saisis d’admiration devant le panorama mouvant qui nous entourait. Les rives sont couvertes des deux côtés de forêts impénétrables, et d’arbres majestueux que le béjuco, plante grimpante, gigantesque, aussi grosse qu’un câble, enchaîne les uns aux autres ; des arbres morts séculaires sont tenus debout par ces plantes immenses que l’on confond souvent avec les énormes serpens d’eau qui sont aux aguets dans les marais d’où elles s’élancent. ”
“ Des Indiens nommés charquis portent les fardeaux et les voyageurs dans ces passages dangereux. Lorsque c’est un homme, ils le font placer dans un fauteuil attaché à leurs épaules. Le voyageur s’y asseoit à son aise, et de manière à éviter toute espèce de mouvement, qui pourrait ébranler le porteur, et lui faire perdre l’équilibre ; aussi les charquis se font-ils toujours payer plus pour porter un homme que pour un fardeau, alléguant avec raison qu’ils courent plus de danger avec ce qui remue qu’avec ce qui est immobile. ”
“ Le cheval paraît d’abord si étonné et si confus, qu’il n’ose se mouvoir ; mais bientôt les cris et les coups des compagnons de son cavalier le réveillent. Alors les efforts qu’il fait pour se débarrasser de son fardeau sont extraordinaires et dangereux pour celui qui le monte. Les chevaux de l’Amérique du Sud cependant sont rarement vicieux, ils ne se roulent, ni se frottent contre les arbres, moyens qu’emploient quelques chevaux pour se débarrasser de leur cavalier. ”
“ Quand un Indien traverse à la nage une rivière connue pour être fréquentée par un alligator dangereux, il se munit d’un fort bâton de dix-huit pouces de long environ, aiguisé aux deux bouts. S’il est attaqué quand il est dans l’eau, il le présente à la gueule ouverte du cayman, et l’animal, tâchant de le saisir, se perce le palais et la mâchoire inférieure avec ses pointes, de manière à ne pouvoir s’en débarrasser. ”
“ Le manque d’eau, car c’était l’été, obligeait souvent la cavalerie à abandonner ses chevaux, et chacun portait sa selle sur son dos, jusqu’à ce qu’il trouvât une nouvelle monture. Le phénomène du mirage se voit souvent dans ces immenses plaines désertes, mais les chevaux et le bétail ne se laissent pas prendre comme les hommes à ses fausses apparences ; ils savent toujours reconnaître, par quelques indications imperceptibles à l’homme, le voisinage de l’eau. ”
“ Cet animal, nommé par les Indiens cayman, n’est pas aussi actif qu’on l’a représenté jusqu’à présent. Dans l’eau même, où ses mouvemens devraient être plus faciles à cause de sa conformation, ils sont loin d’être rapides, et il compte beaucoup plus sur la surprise, pour saisir sa proie, que sur sa vivacité. Il est très gauche et lourd dans sa démarche, et évidemment incapable de poursuivre sur terre aucun animal avec chance de succès. ”
“ Les femmes de toutes classes à Guayaquil nagent très bien, et se baignent en grand nombre, au lever et au coucher du soleil, sans aucun abri, et sans aucun vêtement. Elles ne se gênent pas le moins du monde, quoiqu’il y ait beaucoup de curieux sur la côte et que les bâtimens marchands soient à l’ancre très près du rivage. On ne pourrait réellement trouver une place plus exposée pour se baigner que celle choisie par les Guyaquileñas, mais ces dames s’excusent en disant qu’elles sont si nombreuses dans l’eau, qu’il serait impossible d’y reconnaître personne. ”
“ Après avoir quitté l’Orénoque et remonté la rivière Cabullari, les voyageurs entrèrent dans la rivière Araüco, et abordèrent au village de Caüjaral, charmés de voir finir l’ennuyeux trajet par eau et de n’avoir plus à voyager que par terre. La navigation est fastidieuse sur cette petite rivière. Les arbres d’un bord à l’autre y font un dôme si épais, qu’ils empêchent de pénétrer la brise, qui est si rafraîchissante sur l’Orénoque. ”
“ Parmi les plantes médicinales et vénéneuses qui croissent sur les bords de l’Orénoque, une des plus singulières est une sorte de bejuco, qui, bien administrée, est un remède contre les morsures des serpens. On en fait des cataplasmes qu’on applique sur la blessure. Bien plus, cette plante semble priver les reptiles de leur puissance, et leur ôter la faculté de se servir de leurs dents ; car, lorsque les Indiens en ont quelques feuilles dans la main, ils les prennent sans la moindre crainte. ”
“ Le pays est alors inondé à plusieurs lieues des deux côtés du fleuve, et donne aux savanes l’aspect d’une mer intérieure. Les bœufs et les chevaux sauvages, qui abondent dans ces plaines, sont chassés, par les eaux, de leurs pâturages habituels, et se réfugient sur des terrains plus élevés, et quand ils s’aventurent dans ces nouveaux marais infestés d’innombrables alligators et de serpens d’eau, un grand nombre de poulains et de jeune bétail y trouve la mort. ”
“ Il n’a jamais plus de trois pouces de long, et sa forme est la même que celle du goldfish, auquel il ressemble par la brillante couleur orange de ses écailles. Quoique ces carribi soient si petits, ils sont tellement voraces, et se réunissent en quantités si prodigieuses, qu’ils sont très dangereux, et un Llanero les redoute plus qu’un cayman. Leur bouche est très grande en comparaison de leur corps, et s’ouvre comme un moule à balles. ”
“ Le ciel, vu de ces hauteurs, est d’un bleu foncé, et semble plus rapproché, que vu des vallées ; et quoique le disque du soleil soit sans nuage, ses rayons semblent ne pouvoir échauffer, et leur lumière est pâle comme celle de la lune. ”
“ C’est un déguisement si complet, qu’un mari a peine à reconnaître sa femme, surtout si, pour garder un plus strict incognito, elle met une des vieilles sayas de ses esclaves. Néanmoins, malgré leur désir de rester inconnues, rarement elles peuvent s’empêcher de montrer comme par hasard une bague de diamans, ou quelque autre bagatelle, comme une preuve non équivoque de leur rang dans la société. Les dames de Lima, comme toutes celles de l’Amérique du Sud, sont remarquables par la petitesse de leurs pieds. ”
“ Votre cheval est désellé et mis en liberté, et on s’inquiète peu qu’il s’égare ou non ; car il y en a toujours à portée une grande quantité, qui est considérée comme propriété publique. On vous donne de l’eau pour vous laver les pieds, et chacun, étendant son manteau et sa couverture à l’ombre, se couche en appuyant sa tête sur sa selle, en guise d’oreiller. ”
“ On le trouve rarement éloigné de la rivière ou de l’étang qu’il fréquente, et en général, quand les marais sont desséchés par les chaleurs, il préfère rester dans un état complet de torpeur, dans la boue, plutôt que de s’aventurer à la recherche de l’eau. Quoiqu’il soit amphibie, c’est cependant l’élément qui lui convient le mieux, car il y passe la plus grande partie de son temps, et, en cas d’alarmes, c’est là qu’il se retire. ”
“ Les dames du Chili ont une prédilection marquée pour les étrangers, parce qu’au mépris des habitudes du pays, ils s’associent à leurs jeux, à leurs conversations, et les accompagnent en chantant. Du reste, la société des femmes du Chili, comme dans toutes les autres parties de l’Amérique du Sud, est de beaucoup préférable à celle des hommes. Jamais les femmes ne portent de bonnets ”
“ Elle est armée de dents larges et pointues comme celles du requin en miniature, de sorte qu’ils emportent la peau là où ils mordent. Lorsqu’ils attaquent une bête ou un homme, ils leur enlèvent en un instant la chair de dessus les membres, et le goût du sang qui se répand dans l’eau, les rassemble par myriades. ”
“ Une armée souffrant de la soif offre l’aspect d’une déroute complète à l’approche de l’eau. Il est impossible, dans ces occasions, de faire garder aucune subordination ; chacun quitte son rang, et court en avant avec ces yeux hagards qui dénotent les tourmens de la soif. ”
“ Au lieu de fuir comme les cerfs et les animaux timides, ils galopent autour des étrangers, sur une masse compacte de plusieurs milliers à la fois, comme pour les reconnaître, et s’avancent hardiment à quelques pas de la ligne, où ils s’arrêtent à examiner les troupes, soufflant avec bruit à travers leurs naseaux, et montrant leur étonnement et leur déplaisir, surtout à la vue de la cavalerie. ”
“ L’aspect du pays commence à varier en approchant des montagnes, et le voyageur se réjouit, fatigué des plaines immenses qu’il a traversées. Le terrein devient de plus en plus inégal, et des ruisseaux rapides remplacent les étangs et les marres d’eau stagnante. Les plantations deviennent plus fréquentes, et les maisons sont bâties avec plus de soin. ”
“ Parmi les branches gambadent des singes de toute espèce qui suivent le bâtiment, en sautant d’un arbre à l’autre à l’aide du béjuco, nommé pour cela par les Indiens, échelle de singe. Le plus remarquable est l’araguato, qui est grand, rouge, et voyage toujours par compagnie, les mères portant leurs petits sur le dos. Ces singes sont très dangereux pour les plantations, et détruisent plus de racines et de fruits, qu’ils n’en mangent ou n’en emportent. ”
“ La chaleur étant très forte à Angostura, les voyageurs reçurent avec joie l’ordre de s’embarquer dans une petite flottille de chaloupes canonnières, et de bateaux qui allaient porter des troupes, à l’armée que le général Bolivar rassemblait dans les Llanos ou plaines de l’Apuri. Les bords du fleuve au-dessus d’Angostura ont un caractère différent de celui qu’ils ont au-dessous. Le pays est plus élevé et dépourvu de bois. La vue s’étend souvent sur d’immenses savanes dont elle ne peut mesurer l’étendue, égayées par d’innombrables troupeaux de bœufs et de chevaux. ”
“ Lorsqu’il y a beaucoup de bruit ou de mouvement dans la rivière, causé par une troupe de chevaux, par exemple, qui la traverse à la nage, ou par beaucoup de personnes qui se baignent dans le même endroit, il n’y a pas grand danger d’être surpris par les alligators, quoiqu’il y en ait probablement des centaines dans le voisinage. Ils restent à guetter les chevaux faibles et les poulains qui restent en arrière, et il est rare qu’ils ne réussissent pas à en arrêter un ou deux. ”
“ On en porte vendre en ville une telle profusion, que la plazuela a l’air d’un véritable jardin. Toutes les femmes de l’Amérique du Sud ont la passion des fleurs, et elles achètent souvent à un prix exorbitant celle qu’elles nomment clavel. ”
“ Les dames de Bogota sont gaies et gracieuses, et ressemblent aux Andalouses. Le climat, qui n’y est pas aussi chaud que dans les autres parties de l’Amérique du Sud, leur permet de faire de l’exercice, et elles y gagnent une fraîcheur de teint qu’on trouve rarement dans le pays. ”
“ S’il réussit à l’approcher sans avoir été vu, ce qui arrive souvent, il frappe sa victime d’un coup de queue sec et violent, et il est rare qu’elle ne tombe à l’instant dans l’eau, où il la dévore. Il y a quelques exemples cependant de personnes qui ont échappé au cayman, en ayant la présence d’esprit de lui crever les yeux, ce qui le force à lâcher prise. ”
“ On offre toujours une fleur à une personne en visite dans une maison, et il est rare au Chili qu’on manque à cette marque d’attention. Le vaso de mistura est la manière favorite de jouir des essences des fleurs, mêlées aux parfums artificiels. ”
“ Comme il n’y a pas de chemins dans les plaines, un étranger trouve difficilement sa route d’une ferme à l’autre. Ces fermes sont situées environ à un jour de distance l’une de l’autre, pour donner assez de pâturages à leurs troupeaux, afin qu’ils ne se confondent pas avec d’autres ; les habitans se guident sur des palmiers qui s’élèvent de loin en loin et forment des espèces d’îles dans cet océan. ”
“ Les nuages passent sans cesse si vite et si épais, qu’ils cachent entièrement à la vue les montagnes et les forêts les moins élevées ; et quelquefois ils obscurcissent tellement le chemin, que le danger de le perdre, ou de faire un faux pas fait trembler ”
“ Santiago est la capitale du Chili, et la route pour y arriver de Valparaiso passe sur deux hautes montagnes nommées Cuestas. Les habitans de cette ville sont hospitaliers et recherchent la société des étrangers. Leurs plaisirs favoris sont la danse et la musique ; ils sont aussi grands joueurs, le monte est leur jeu le plus ordinaire. La sala ou salon, dans lequel on reçoit ordinairement, est meublé dans les maisons élégantes de la ville ”
“ Après avoir passé Neyva, il faut descendre de cheval, car le sentier est si étroit, qu’il n’y a pas de place pour les genoux du cavalier, et comme il y fait très glissant, on serait sûr de se briser les os au moindre faux-pas de l’animal. Le feuillage des arbres qui couvrent ce chemin est si épais, qu’on marche presque dans l’obscurité ”
“ Les Indiens et nous-mêmes en mangions, quand les provisions devenaient rares, malgré l’odeur désagréable de musc qui distingue cet animal, et qui infecte l’air dans les lieux qu’il habite. On voit souvent dans l’eau les alligators porter leurs petits sur le dos. ”
“ Cette ville est la capitale de la Guyane et se nomme ordinairement Angostura, à cause du rétrécissement du fleuve dans cet endroit, où il n’a que 2 milles de large, et 60 à 70 brasses, ou 350 pieds de profondeur. L’Orénoque y est très rapide, et ne peut se traverser sans danger surtout pendant l’inondation. On pourra se former une idée de la masse d’eau immense que décharge ce fleuve, quand on saura qu’il monte à Angostura de 90 pieds au-dessus de son niveau habituel, et que le courant est de 3 milles à l’heure. ”
“ On le voit souvent endormi à sa surface, et par la forme de sa tête, il peut respirer dans cette position, pendant que le reste du corps est sous l’eau. C’est une erreur que de le croire obligé d’aller à terre pour dévorer sa proie. ”
“ Un sentiment profond de solitude et d’éloignement du monde s’empare alors de votre âme, et s’accroît encore par le silence de mort qui règne autour de vous ; aucun bruit ne se fait entendre, si ce n’est le vol du condor, et le murmure monotone et éloigné des cascades. ”
“ Ces immenses troupeaux sont toujours conduits par quelques chefs, vieux et robustes, dont les crinières flottantes et les longues queues indiquent assez qu’ils n’ont jamais été soumis à l’homme ; les jumens et les poulains se tiennent sur le dernier rang. Il y a aussi des troupeaux d’ânes, de cochons et de chiens sauvages. Ces derniers sont devenus si nombreux en certains endroits, qu’ils inspirent des craintes aux voyageurs isolés ”
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