“ Les fenêtres font défaut dans le plus grand nombre des étables, ou bien en nombre insuffisant, trop étroites, basses ou mal disposées, elles sont plus nuisibles qu’utiles et ne laissent passer convenablement ni l’air ni la lumière. Au lieu de les multiplier, on s’attache à en restreindre le nombre et les dimensions, et si tant de bouveries sont malsaines, c’est dans cette fâcheuse disposition qu’il faut en rechercher la cause. ”
Henri Bascoul
Résumé
“Des bouveries”, est une œuvre de Henri Bascoul. Des thèmes tels que étables, bouveries ou bœufs y sont abordés.
Citations de Des bouveries (Henri Bascoul)
“ Dans le phénomène de la respiration, l’air agit principalement par son oxygène qu’aucun autre gaz ne peut remplacer ; l’azote est là comme modérateur. Ce qui le prouve, c’est que dans l’air expiré la quantité de celui-ci n’a presque pas changé, tandis que la proportion d’oxygène a diminué d’environ un cinquième, qu’une quantité équivalente de vapeur d’eau et d’acide carbonique a remplacé. ”
“ Sous l’influence de l’air chargé de ces émanations, la respiration est gênée ; ce que les physiologistes nomment hématose, c’est-à-dire la conversion par l’oxygène inspiré, du sang noir, riche en produits de la digestion, en sang artériel, se fait très imparfaitement. Les animaux manquent bientôt d’appétit, ils digèrent mal ; toutes leurs actions accusent la souffrance ; ils maigrissent promptement et finissent d’ordinaire par succomber à des affections miasmatiques. ”
“ En pénétrant dans ces locaux, on éprouve cette impression désagréable qui caractérise une atmosphère trop concentrée, impression assez difficile à définir, mais que chacun a pu constater en entrant dans des salles incomplètement aérées et où sont réunies un grand nombre de personnes. À cette impression, qui sans nous faire éprouver des douleurs particulières nous fait désirer le grand air, se joint une odeur désagréable provenant de la décomposition de substances azotées. L’humidité abonde au point de laisser déposer la vapeur d’eau en gouttelettes sur les aspérités des murs. ”
“ Ordinairement, on laisse plus d’espace aux bœufs qu’aux vaches et on fait le lit plus grand aux bêtes d’engrais et aux vaches laitières. Celles qui sont destinées au travail sont communément logées plus à l’étroit ; cependant, si le propriétaire à tout intérêt à donner de l’espace aux bêtes de rente afin que les aliments profitent mieux et donnent plus de graisse ou plus de lait, il ne doit pas oublier que le travail amène la fatigue et que la fatigue demande le repos et non la gêne. Quoiqu’il en soit, les grands ruminants vivant presque toujours en commun, doivent être attachés. ”
“ Il est vrai que dans ces logements les effets attribués plus haut à toute atmosphère impure ne se manifestent pas toujours aussi promptement que le démontre la théorie. La raison en est toute simple : c’est que la porte, ouverte plusieurs fois par jour à cause du service, produit une aération incomplète qui retarde les accidents énumérés sans les conjurer entièrement, puisqu’ils apparaissent plus tard sous forme de charbon ou autres affections toujours désastreuses pour la ferme. Si tant de bœufs meurent phthisiques, ils le doivent, dans bien des cas, à l’atmosphère de leurs habitations. ”
“ Quel que soit le mode adopté, on doit ménager à chaque ruminant un espace en rapport avec ses besoins et l’exigence du service. Généralement cet espace est trop restreint, et sous le prétexte fictif de préserver les animaux du froid, on les entasse, de sorte que non-seulement ils étouffent, faute d’air respirable, mais encore ils n’ont pas la place nécessaire à leurs besoins. Ainsi serrés, les animaux sont mal à leur aise, contraints ; ils ne peuvent se coucher sans déranger leurs compagnons, et on les expose de plus à se blesser mutuellement avec les cornes ou avec les pieds. ”
“ Étant dans un milieu où la température est presque en harmonie avec celle du corps, les pertes de chaleur sont nulles, et par suite les produits carbonés de la digestion, au lieu d’être brûlés pour fournir une chaleur qui n’est pas dépensée, se déposent dans ces tissus mous, aptes à les recevoir, sous forme de graisse. Mais il n’en est pas moins vrai que l’engraissement est une maladie qui conduirait à la mort si elle ne se terminait à la boucherie ; car, sous l’influence des causes qui poussent à l’engrais, les fonctions de l’économie ne sont plus balancées les unes par les autres ”
“ Indépendamment de la partie réservée aux animaux il faut, dans les étables, ménager un espace peur le service ; le libre charroi des fumiers, l’introduction aisée des litières et tout autre besoin en font une obligation. Il est encore nécessaire pour que dans les va et vient les domestiques n’aient pas à déranger les animaux, et qu’ils soient en même temps à l’abri des coups de pieds ou autres atteintes de leur part. ”
“ Il suit de tout ce qui précède qu’il est presque impossible de donner aux animaux des locaux contenant les grandes quantités d’air dont ils ont besoin, et qu’on est dans la nécessité, si on tient à leur conserver la santé, de suppléer à l’exiguïté des étables par l’aération ou, ce qui revient au même, d’établir des ouvertures en nombre suffisant pour le renouvellement de l’air. ”
“ Aujourd’hui, comme autrefois, l’espace y est en général trop restreint ; si l’aérage n’est pas oublié, il est mal compris et surtout mal entretenu, aussi voit-on souvent ces abris, qui avant tout devraient être salubres, transformés en étuves infectes et malsaines. Ces locaux altèrent peu à peu la constitution de leurs habitants, qui deviennent plus impressionnables à l’action des causes morbifiques, et lorsqu’ils sont atteints, leurs maladies revêtent presque toujours les caractères redoutables des affections typhoïdes. ”
“ Les bœufs nourris avec des fourrages secs, riches en carbonne, en hydrogène, emploient pour brûler ces principes de plus fortes quantités d’oxygène que ceux dont le régime consiste en des substances aqueuses, herbes ou racines, où ces corps sont en plus faible proportion en même temps que moins condensés. Les carnivores qui consomment beaucoup de corps gras usent plus d’air, c’est-à-dire d’oxygène que les herbivores. L’aération doit donc être en rapport avec les aliments. La destination et les produits qu’on attend des animaux, influent aussi sur la quantité d’air à donner. ”
“ Avec le pays les conditions changent, et l’exposition Sud aura la préférence dans les régions froides, où l’hiver est aussi long que rigoureux ; la chaleur qu’elle entraîne peut neutraliser, dans une certaine mesure, les inconvénients inhérents au climat. Sur le sol de la France où règne, en général, une température assez douce, on doit exposer autant que possible les étables au levant ; on favorise ainsi la complète aération des locaux, sauf à établir des abris pour combattre le froid que cette exposition entraîne. ”
“ À la faveur de cette disposition, non-seulement chaque animal est isolé, pour manger, de ses voisins et n’a à craindre ni tapageurs, ni tyrans ; mais encore les bœufs sont à l’abri de toute agitation extérieure et ne sont plus dérangés par les hommes de service apportant la nourriture. Un couloir ménagé entre le mur et la mangeoire est le complément de ce système, il facilite la distribution des aliments, et met ceux qui en sont chargés à l’abri de tout accident. ”
“ D’un autre côté, l’étage supérieur n’a pas moins à souffrir des inconvénients d’un plancher construit avec autant de négligence. Les émanations malsaines de l’étable y trouvent une route facile et deviennent pour les personnes une cause active d’insalubrité. Si c’est le fenil qui est placé au dessus de la bouverie, les planchers reçoivent bien moins de soins encore ; on en voit qui ne sont constitués que par des perches de rebut placées çà et là sur les poutres, laissant entre elles de grands interstices que bouchent les fourrages. ”
“ Et malgré les progrès de la science, malgré les efforts de tant d’hommes éminents qui ont fait de l’hygiène leur étude spéciale, la routine et l’ignorance, ennemies de toute innovation, dictent encore de nos jours les seules lois qui président à la construction de la plupart des étables. ”
“ Dans les pays chauds, où il n’y a presque pas de mauvaise saison, on peut donner l’exposition septentrionale ; mais, si rien ne l’empêche, on exposera à l’Est, car c’est de là que viennent l’air le plus pur et la température la plus convenable. ”
“ Les portes servent bien effectivement à l’aération, puisqu’elles donnent passage à de fortes colonnes d’air qui déplacent une certaine masse de l’atmosphère intérieure ; mais leur action n’est que momentanée, irrégulière. Trop vive et trop brusque quand on ouvre, elle est nulle et tout-à-fait impossible lorsqu’elles sont closes, et il y aurait de graves inconvénients, de nature très différente, à les laisser ouvertes. Il faut donc d’autres baies pour faciliter l’entrée graduelle de l’air extérieur, de là l’utilité des fenêtres. ”
“ Le bœuf de travail exige une aération complète, car ce n’est qu’en respirant un air pur que ses muscles peuvent se développer et acquérir la force dont ils ont besoin. Un même milieu est réclamé par les élèves, afin de leur donner une constitution forte et résistante, et de favoriser en eux le développement des masses charnues, sans lesquelles ils ne seraient plus tard de bons animaux de travail ou de boucherie. ”
“ De plus, le niveau de l’aire doit se trouver au-dessus du sol extérieur ; le bœuf doit monter et non descendre lorsqu’il pénètre dans son habitation. Lorsque les étables sont enfoncées, l’aération n’est plus aussi facile, les urines et autres déjections ne pouvant s’écouler au dehors, s’infiltrent dans la terre et deviennent la source d’émanations malfaisantes, sans compter que les eaux météoriques peuvent y pénétrer. Il n’est pas rare de voir des étables dont le côté d’entrée est assez bien disposé, tandis que sur un autre point elles sont terrassées, adossées à un tertre ou à une colline. ”
“ Une plus grande quantité de l’un ou de l’autre de ces constituants, c’est là ce qu’il faut qu’on sache bien, donne un mélange impropre à l’entretien de la vie dans les conditions de la santé pleine et entière. ”
“ Quoiqu’il en soit, il serait à désirer que les mangeoires et les râteliers, lorsqu’ils existent, fussent divisés en autant de compartiments que l’étable contient d’habitants. Chaque bête prend alors ses repas sans être inquiétée par ses voisins, qui quelquefois gloutons, s’emparent, si on n’y veille, d’une partie de la nourriture de leurs compagnons. ”
“ À leur faveur, la poussière, les ordures du ménage tombent directement dans l’étable, dans les crèches, les râteliers, salissent les aliments et dégoûtent les animaux de leur nourriture ; en outre la peau, soumise à leur contact irritant, devient le siège de maladies d’autant plus graves que la cause qui les a produites agit en permanence. ”
“ Le plafonnage est ce qui convient le mieux et on doit regretter que son prix en restreigne l’emploi ; je ne citerai que pour mémoire les voûtes en pierre, travail hors de proportion avec le genre de construction qui m’occupe ; de plus, très chaudes en hiver, elles sont froides en été pour les animaux qui, comme le bœuf, ont besoin d’une température à peu près constante. Plus communs que les plafonds et les voûtes, les planchers, tels qu’ils existent communément, ont de nombreux inconvénients. Séparent-ils l’habitation du fermier des étables ? ”
“ Quoiqu’elle soit la plus négligée par les agriculteurs, elle n’en a pas moins son importance, et si tant de bœufs sont mal logés, il faut en rechercher une des causes dans le trop peu d’élévation donné aux planchers ou plafonds de leurs logements. Si les bouveries sont peu étendues dans le sens de la hauteur, moins d’air est contenu dans l’intérieur, et il devient très difficile de fournir aux animaux une atmosphère respirable, et conséquemment de les entretenir en santé. ”
“ Il faut les placer assez haut pour que l’air et la lumière n’arrivent pas directement sur les animaux ; les yeux des bœufs qui sont en face des fenêtres par où pénètre une vive lumière, sont surexcités et de graves ophthalmies peuvent en être la conséquence. Tandis que si ces ouvertures sont rapprochées du plancher, la lumière est diffuse et l’air n’arrive à la hauteur des animaux qu’après avoir traversé les couches les plus chaudes de l’atmosphère intérieure et leur avoir emprunté assez de chaleur pour ne plus être nuisible en arrivant dans les couches moyennes ou inférieures de l’habitation. ”
“ Tel est le milieu où vivent la plupart des ruminants dans ces étables mal disposées, enfoncées, basses, étroites, sans ouvertures, et où l’air contenu est altéré à la fois par les produits de la respiration et par ceux de la décomposition des matières excrémentielles, d’autant plus rapidement que la température y est plus élevée. ”
“ Il arrive parfois que dans le but de faire du bon fumier et d’en augmenter la quantité, on fait subir quelques modifications à l’aire des bouveries. On sacrifie alors l’hygiène à l’agriculture et on dispose le sol de façon à pouvoir laisser longtemps le fumier sous les pieds des bœufs, où ses qualités fertilisantes augmentent. C’est pour cette raison que dans quelques contrées la partie postérieure du lit des animaux est un peu plus inclinée que ne le voudrait une bonne hygiène ; mais en mettant une forte litière, on obvie aux inconvénients qui résultent de l’excès de pente. ”
“ Lorsqu’on veut élever une bouverie d’après les règles de l’hygiène, il importe de tenir compte de la météorologie locale ou de l’orientement, de la disposition des autres bâtiments de la ferme, enfin des voisinages nuisibles qu’on doit s’attacher à éviter. ”
“ En ajoutant que dans nos contrées ces derniers sont les plus fréquents, on aura assez de motifs pour conseiller de construire les étables à l’Est de l’habitation des hommes, de la laiterie et autres bâtiments qui demandent un air pur. On les placera, au contraire, à l’Ouest de la fosse à purin, du fumier, des égouts et autres établissements dont les émanations altèrent l’atmosphère. ”
“ Les barreaux ou fuseaux parfaitement cylindriques, unis, lisses, et s’il est possible tournant sur leur grand axe, devront laisser entre eux une distance de 8 à 10 centimètres ; plus écartés, ils permettraient aux bœufs de faire un triage dans les fourrages qu’on leur distribue, de choisir les plantes qu’ils affectionnent et de laisser perdre les autres ; plus rapprochés, la bête ne pourrait tirer le foin que brin par brin, ce qui rendrait les repas interminables et abrégerait le temps consacré au repos et à la rumination. ”
“ Puisqu’on ne peut supprimer les bouveries défectueuses pour en faire disparaître les inconvénients, avec quelques efforts et des dépenses souvent minimes, on pourrait les rendre relativement saines. Il suffirait pour cela de veiller à l’intégrité des murs, de faire disparaître les fissures qui servent de retraite aux insectes nuisibles et où s’entassent les graines du foin et la poussière. Celles qui se trouvent au-dessous du niveau du sol extérieur pourraient être facilement exhaussées, toutes enfin devraient être mieux aérées. ”
“ Si les animaux ne sont pas logés ou parqués, ils ne peuvent être facilement utilisés, l’agriculture perd la principale source des engrais, et on ne peut développer en eux les diverses aptitudes desquelles on tire, de nos jours, un si grand profit. ”
“ En première ligne se trouvent les marais, c’est-à-dire ces terrains bourbeux couverts d’eau stagnante, peuplés d’une quantité prodigieuse d’animaux, et où pousse une végétation d’autant plus riche que le climat est plus chaud. ”
“ D’un autre côté, trop d’élévation ne permet pas de régler la température des locaux et de maintenir celle-ci au degré convenable en tout temps. Il est nécessaire, sans doute, que les animaux respirent de l’air pur ; mais il faut aussi que dans la mauvaise saison ils n’aient pas à souffrir du froid, et les bouveries trop élevées ne sont plus assez chaudes. ”
“ Là où les animaux vivent attachés à la mangeoire, il est nécessaire d’incliner l’aire dans le sens de la longueur du bœuf, afin que les urines tendent toujours à s’écouler en arrière. La pente à donner doit être uniforme et à quelques centimètres en arrière des animaux, elle aboutira à une rigole ménagée à dessein et destinée à conduire les urines au dehors. ”
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