Jacques Normand

Résumé

Jacques Normand Le Laurier Sanglant

Il est minuit : le temps est calme et le ciel clair.
Je suis en faction sur le chemin de fer,
Seul, la main au fusil, l’œil perdu dans l’espace.
J’entends auprès de moi, comme un soupir qui passe,
Un grand vent secouant les arbustes chétifs.
La lune, se montrant par instants fugitifs
À travers les flots blancs que forment les nuages,
Sur les champs dévastés verse de clairs mirages ;
À droite, noir géant silencieux, le fort
Veille, et Paris, couché sous l’horizon, s’endort.
Oh ! qu’il est doux alors de laisser la pensée
S’envoler au hasard de son aile lassée !
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Jacques Normand Le Laurier Sanglant

Me répondre ?... Relève un peu ce front têtu... »
Il tressaillit soudain, comme éveillé d’un rêve,
Ramassa son bâton, et d’une voix très brève :
« Je quitte le pays, dit-il, et dès demain
Je veux être à Belfort. — Mais, petit, le chemin
Est long pour arriver aux frontières françaises,
Et si, dès maintenant, tu prends ainsi tes aises
Et perds ainsi le temps, tu n’arriveras pas. »
Vers le fond du vallon il étendit le bras :
« Je suis du bourg : parti depuis la matinée
Je n’ai pu m’éloigner de toute la journée... »
En parlant, il avait des larmes dans les yeux.
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Jacques Normand Le Laurier Sanglant

C’est le craquement sec du fer qui se déchire,
Puis le gémissement triste, plaintif et lent,
De l’éclat projeté, qui fend l’air en sifflant.
Parmi nous tous, enfants de vingt ans, nul ne bouge,
Nul n’a peur... Et pourtant, hélas ! la neige rouge
Marque plus d’un endroit où la mort a passé ;
Il faut entre ses bras porter plus d’un blessé...
Moments affreux ! Encor, si c’était la bataille,
La lutte corps à corps, où le fusil travaille,
Où l’on rend coup pour coup, où l’on venge un ami !
Mais non : il faut mourir sans vengeance aujourd’hui.
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