Résumé

Louis Delmas Revue des Deux Mondes

Les suites de l’influenza sont, on le sait, toujours pénibles et souvent prolongées. Légère ou grave, la maladie a pour règle absolue de laisser de son passage des traces plus ou moins durables. Il est peu d’affections dont la convalescence soit aussi traînante. À cette période de bien-être, où, comme dans un renouveau printanier, le malade, soudainement réveillé de sa léthargie, s’abandonne d’ordinaire tout entier à la douce joie de vivre, le grippé n’éprouve que très rarement ces fortifiantes émotions.
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On s’aperçut bientôt, et cruellement, qu’il fallait tout craindre d’une maladie qui n’a d’autre règle que l’incohérence pathologique, d’autre élément de pronostic que la redoutable inconnue des tares individuelles. Le redoublement de la mortalité générale, la fréquence des morts subites, la fatale précipitation des maladies en cours d’évolution, donnèrent la mesure de l’occulte pouvoir nocif de cette insignifiante, tant soit peu même ridicule grippe, dont on n’aurait naguère, sans un dédaigneux sourire, osé prononcer le nom banal.
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S’il en était ainsi, la grippe épidémique ne serait autre chose que le fait de la virulence accidentelle d’un microbe banal, ce qui, en principe, est en discordance manifeste avec les allures absolument spéciales des pandémies. Il semble plus rationnel d’admettre, comme pour le bacille du choléra, que l’agent pathogène, disséminé à l’infini par chaque grande invasion, ne disparaît pas brusquement avec elles.
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